NOTES

Note_1 Tel qu’il est aujourd’hui, le commencement de ce chant date de 1730. Voyez les variantes. 

Note_2 Note de Voltaire, 1730: Il se fit déclarer, par la partie du parlement qui lui demeura attachée, lieutenant général de l’État et royaume de France. 

Note_3 Note de Voltaire, 1730: Les Lorrains. Le chevalier d’Aumale, dont il est si souvent parlé, et son frère le duc, étaient de la maison de Lorraine. 
Charles-Emmanuel, duc de Nemours, frère utérin du duc de Mayenne. 
La Châtre était un des maréchaux de la Ligue, que l’on appelait des bâtards qui se feraient un jour légitimer aux dépens de leur père. En effet, La Châtre fit sa paix depuis, et Henri lui confirma la dignité de maréchal de France. 

Note_4 Note de Voltaire, 1730: Joyeuse est le même dont il est parlé au quatrième chant dans une note. 
Saint-Paul, soldat de fortune, fait maréchal par le même duc de Mayenne, homme emporté et d’une violence extrême. Il fut tué par le duc de Guise, fils du Balafré. 
Brissac s’était jeté dans le parti de la Ligue, par indignation contre Henri III, qui avait dit qu’il n’était bon ni sur terre ni sur mer. Il négocia depuis secrètement avec Henri IV, et lui ouvrit les portes de Paris, moyennant le bâton de maréchal de France. 

Note_5 Note de Voltaire, 1730: Le comte d’Egmont, fils de Lamoral, comte d’Egmont, qui fut décapité à Bruxelles avec le prince de Horn, le 5 juin 1568. 
Le fils, étant resté dans le parti de Philippe II, roi d’Espagne, fut envoyé au secours du duc de Mayenne, à la tête de dix-huit cents lances. A son entrée dans Paris, il reçut les compliments de la ville. Celui qui le haranguait ayant mêlé dans son discours les louanges du comte d’Egmont, son père: « Ne parlez pas de lui, dit le comte, il méritait la mort; c’était un rebelle. » Paroles d’autant plus condamnables que c’était à des rebelles qu’il parlait, et dont il venait défendre la cause. 

Note_6 Note de Voltaire, 1730: Ce fut dans une plaine entre l’Iton et l’Eure que se donna la bataille d’Ivry, le 14 mars 1590. 

Note_7 La rime indique comment il faut prononcer le dernier mot de ce vers. Ce mot est encore employé en rime dans le vers 125 du chant IX. Voltaire s’est conformé à la prononciation du pays. Hamilton, dans son Épître à Boileau, et Bertin, dans sa lettre au chevalier du Hautier, ont fait aussi rimer Eure avec nature.

Note_8 On lit dans Job, chap. xxxix: « Terram ungula fodit; exultat audacter, in occursum pergit armatis, contemnit pavorem, nec cedit gladio... Ubi audierit buccinam, dicit: Wah; procul odoratur bellum, exhortationem ducum et ululatum exercitus, etc. » 
Sarrasin, dans l’Ode de Calliope sur la bataille de Lens (20 août 1648), avait imité ce passage: 
 

Il monte un cheval superbe
Qui, furieux aux combats,
A peine fait courber l’herbe
Sons la trace de ses pas;
Son oeil est ardent, farouche;
L’écume sort de sa bouche;
Prêt au moindre mouvement,
Il frappe du pied la terre,
Et semble appeler la guerre
Par un fier hennissement.

Fréron (Année littéraire, 1770, VII, 335) prétend que Voltaire est le plagiaire de Sarrasin. On a aussi rappelé ce vers de Segrais: 

Son cheval, glorieux du fardeau qu’il emporte.

Les vers de Voltaire sont une imitation de ceux de Virgile (Géorgiques, III,79, 85, 87, 88 ): 
 

Nec vanos horret strepitus. . . . . . . . . . . 
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Collectumque premens volvit sub naribus ignem.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Catque
Tellurem.

Note_9 Note de Voltaire, 1730: Jean d’Aumont, maréchal de France, qui fit des merveilles à la bataille d’Ivry, était fils de Pierre d’Aumont, gentilhomme de la chambre, et de Francoise de Sully, héritière de l’ancienne maison de Sully. Il servit sous les rois Henri II, François II, Charles IX, Henri III, et Henri IV. 

Note_10 Note de Voltaire, 1730: Henri de Gontaud de Biron, maréchal de France, grand-maître de l’artillerie, était un grand homme de guerre: il commandait à Ivry le corps de réserve, et contribua au gain de la bataille en se présentant à propos à l’ennemi. Il dit à Henri le Grand, après la victoire: « Sire, vous avez fait ce que devait faire Biron, et Biron ce que devait faire le roi. » Ce maréchal fut tué d’un coup de canon, en 1592, au siège d’Épernay. 

Note_11 Note de Voltaire, 1730: Charles de Gontaud de Biron, maréchal et duc et pair, fils du précédent, conspira depuis contre Henri IV, et fut décapité dans la cour de la Bastille en 1620. On voit encore à la muraille les crampons de fer qui servirent à l’échafaud. 

Note_12 Ce texte, qui est de 1728, est une imitation de Racine (Britannicus, acte IV, scène ii): 
 

                                Et ce même Burrhus,
Qui depuis... Rome alors estimait ses vertus.

Note_13 Note de Voltaire, 1730: Rosny, depuis duc de Sully, surintendant des finances, grand-maître de l’artillerie, fait maréchal de France après la mort de Henri IV, reçut sept blessures à la bataille d’Ivry. 
Note de Voltaire, 1723: Il naquit à Rosny, en 1559, et mourut à Villebon en 1641: ainsi il avait vu Henri II et Louis XIV. Il fut grand-voyer et grand-maître de l’artillerie, grand-maître des ports de France, surintendant des finances, duc et pair et maréchal de France. C’est le seul homme à qui on ait jamais donné le bâton de maréchal comme une marque de disgrâce: il ne l’eut qu’en échange de la charge de grand-maître de l’artillerie, que la reine régente lui ôta en 1634. Il était très brave homme de guerre, et encore meilleur ministre; incapable de tromper le roi et d’être trompé par les financiers. Il fut inflexible pour les courtisans, dont l’avidité est insatiable, et qui trouvaient en lui une rigueur conforme à l’humeur économe de Henri IV. Ils l’appelaient le négatif, et l’on disait que le mot de oui n’était jamais dans sa bouche. Avec cette vertu sévère il ne plut jamais qu’à son maître, et le moment de la mort de Henri IV fut celui de sa disgrâce. Le roi Louis XIII le fit revenir à la cour quelques années après, pour lui demander ses avis. Il y vint, quoique avec répugnance. Les jeunes courtisans qui gouvernaient Louis XIII voulurent, selon l’usage, donner des ridicules à ce vieux ministre, qui reparaissait dans une jeune cour avec des habits et des airs de mode passés depuis longtemps. Le duc de Sully, qui s’en aperçut, dit au roi: « Sire, quand le roi votre père, de glorieuse mémoire, me faisait l’honneur de me consulter, nous ne commencions à parler d’affaires qu’au préalable on n’eût fait passer dans l’antichambre les baladins et les bouffons de la cour. » 
Il composa, dans la solitude de Sully, des mémoires dans lesquels règne un air d’honnête homme, avec un style naïf, mais trop diffus. 
On y trouve quelques vers de sa façon, qui ne valent pas plus que sa prose. Voici ceux qu’il composa en se retirant de la cour, sous la régence de Marie de Médicis: 
 

Adieu maisons, châteaux, armes, canons du roi;
Adieu conseils, trésors déposés à ma foi;
Adieu munitions, adieu grands équipages;
Adieu tant de rachats, adieu tant de ménages;
Adieu faveurs, grandeurs; adieu le temps qui court;
Adieu les amitiés et les amis de cour; etc.

Il ne voulut jamais changer de religion; cependant il fut des premiers à conseiller à Henri IV d’aller à la messe. Le cardinal Duperron l’exhortant un jour à quitter le calvinisme, il lui répondit: « Je me ferai catholique quand vous aurez supprimé l’Évangile; car il est si contraire à l’Église romaine, que je ne peux pas croire que l’un et l’autre aient été inspirés par le même esprit. » 
Le pape lui écrivit un jour une lettre remplie de louanges sur la sagesse de son ministère; le pape finissait sa lettre comme un bon pasteur, par prier Dieu qu’il ramenât sa brebis égarée, et conjurait le duc de Sully de se servir de ses lumières pour entrer dans la bonne voie. Le duc lui répondit sur le même ton; il l’assura qu’il priait Dieu tous les jours pour la conversion de Sa Sainteté. Cette lettre est dans ses mémoires. 
Addition des éditeurs de Kehl: [Ce sont les écrivains qui font la réputation des ministres. Pour les bien juger il faudrait non seulement connaître les principes de l’administration, mais encore avoir lu les lois, les règlements, que ces ministres ont faits, et savoir quelle a été l’influence de ces lois, de ces règlements sur la nation entière, sur les différentes provinces. Presque personne ne prend cette peine; et on juge les ministres sur la parole des historiens ou des écrivains politiques. 
Sully et Colbert en sont un exemple frappant. Sous le règne de Louis XIV les gens de lettres français étaient en général plongés dans une ignorance profonde sur tout ce qui regardait l’administration d’un État, et les hommes qui se mêlaient d’affaires étaient hors d’état d’écrire deux phrases qu’on pût lire. Le système tourna vers ces objets les esprits des hommes de tous les ordres. On s’occupa beaucoup de commerce; et, comme Colbert avait fait un grand nombre de règlements sur les manufactures, comme il avait encouragé le commerce maritime formé des compagnies, il devint, dans tous les écrits, le modèle des grands ministres. Cependant les sciences politiques firent partout des progrès, on cherchait à les appuyer sur des principes généraux et fixes; on en trouva quelques uns. On observa dans l’administration de Colbert un grand nombre de défauts; mais on avait besoin d’offrir un autre objet à l’admiration publique, et on choisit Sully: le choix était heureux. Ministre, confident, ami d’un roi dont la mémoire est chérie et respectée, il avait conservé la réputation d’un homme d’une vertu forte, d’une franchise austère; il avait été un sévère économe du trésor public: on opposa donc Sully à Colbert. On alla plus loin: on supposa que chacun de ces ministres avait un système d’administration; que ces systèmes étaient opposés; que l’un voulait favoriser l’agriculture, tandis que l’autre la sacrifiait à l’encouragement des manufactures. Mais il est facile, en lisant les lois qu’ils ont faites, de voir que ni l’un ni l’autre n’eurent jamais un système; de leur temps il était même impossible d’en avoir. Sully fut supérieur à Colbert, parce qu’il s’opposait avec courage aux dépenses que Henri voulait faire par générosité ou par faiblesse; au lieu que Colbert flatta le goût de Louis XIV pour les fêtes et la pompe de la cour; que Sully mérita 1a confiance de Henri IV en sacrifiant pour lui ses biens et son sang, et que Colbert, après avoir gagné la confiance de Mazarin, en l’aidant à augmenter ses trésors, obtint celle de Louis XIV, en se rendant le délateur de Fouquet et l’instrument de sa perte; que Sully, terrible aux courtisans, voulait ménager le peuple, et que Colbert sacrifia le peuple à la cour. 
Sully n’encouragea le commerce des blés que par des permissions particulières d’exporter, plus fréquentes à la vérité que du temps de Colbert, mais qu’il faisait aussi quelquefois acheter; conduite qu’un ministre même très corrompu n’oserait avouer de nos jours. 
Tous deux n’encouragèrent de même les manufactures que par des dons et des privilèges. Ils ne songèrent ni l’un ni l’autre à rendre moins onéreuses les lois fiscales: si elles furent moins dures sous Sully, il faut moins en faire honneur à son caractère qu’aux circonstances, qui n’auraient point permis cet abus de l’autorité royale. 
En un mot, Sully fut un homme vertueux pour son siècle, parce qu’on n’eut à lui reprocher aucune action regardée dans son siècle comme vile ou criminelle mais on ne peut dire qu’il fut un grand ministre, et encore moins le proposer pour modèle. Un général qui, de nos jours, ferait la guerre comme du Guesclin serait vraisemblablement battu. 
Sully eut des défauts et des faiblesses. Ami de Henri IV, il était trop jaloux de sa faveur; fier avec les grands ses égaux, il eut avec ses inférieurs toutes les petitesses de la vanité: sa probité était incorruptible; mais il aimait à s’enrichir, et ne négligea aucun des moyens regardés alors comme permis. Obligé de se retirer après la mort de Henri IV, il eut la faiblesse de regretter sa place, et de se conduire en quelques occasions comme s’il eût désiré d’avoir part au gouvernement incertain et orageux de Louis XIII. Il est vrai que le mot célèbre cité par M. de Voltaire est une belle réparation de cette faiblesse, si pourtant elle est aussi réelle que l’ont prétendu ses ennemis.] 
Note de Voltaire, 1730: Nangis, homme d’un grand mérite et d’une véritable vertu: il avait conseillé à Henri III de ne point faire assassiner le duc de Guise, mais d’avoir le courage de le juger selon les lois. 
Crillon était surnommé le Brave. Il offrit à Henri IV de se battre contre ce même duc de Guise. C’est à ce Crillon que Henri le Grand écrivit: « Pends-toi, brave Crillon; nous avons combattu à Arques, et tu n’y étais pas... Adieu, brave Crillon; je vous aime à tort et à travers. » 

Note_14 Note de Voltaire, 1730: Henri de La Tour d’Orliègues, vicomte de Turenne, maréchal de France. Henri le Grand le maria à Charlotte de La Mark, princesse de Sedan, en 1591. La nuit de ses noces, le maréchal alla prendre Stenay d’assaut. 

Note_15 Note de Voltaire, 1730: La souveraineté de Sedan, acquise par Henri de Turenne, fut perdue par Frédéric-Maurice, duc de Bouillon, son fils, qui, ayant trempé dans la conspiration de Cinq-Mars contre Louis XIII, ou plutôt contre le cardinal de Richelieu, donna Sedan pour conserver sa vie: il eut, en échange de sa souveraineté, de très grandes terres, plus considérables en revenu, mais qui donnaient plus de richesses et moins de puissance. 

Note_16 Note de Voltaire, 1730: Claude, duc de La Trimouille, était à la bataille d’Ivry. Il avait un grand courage et une ambition démesurée, de grandes richesses, et était le seigneur le plus considérable parmi les calvinistes. Il mourut à trente huit ans. 
Balsac de Clermont d’Entragues, oncle de la fameuse marquise de Verneuil fut tué à la bataille d’Ivry. Feuquières et de Nesle, capitaines de cinquante hommes d’armes, y furent tués aussi. 

Note_17 Note de Voltaire, 1730: Jamais homme ne mérita mieux le titre d’heureux; il commença par être simple soldat, et finit par être connétable sous Louis XIII. 

Note_18 Boileau a dit, dans le Lutrin, chant V, vers 230: 

Dans son coeur éperdu cherche en vain du courage.

Note_19 Imitation de Virgile (Énéide, IV, 477, et I, 212-213): 
 

Consilium vultu tegit, ac spem fronte serenat...
. . . . . . . . . . . Curisque ingentibus aeger
Spem vultu simulat, premit altum corde dolorem.

Note_20 Ce vers et les quinze qui le suivent furent ajoutés en 1728. 

Note_21 Imitation de Virgile (Géorg., III, 75-76, 83-86): 
 

Continuo pecoris generosi pullus in arvis
Altius ingreditur. . . . . . . . . . . . . .
. . . . .Tum, si qua sonum procul arma dedere,
Stare loco nescit, micat auribus, et tremit artus,
Collectumque premens volvit sub naribus ignem.
Densa juba, et dextro jactata recumbit in armo.

(et Énéide, XI, 492, 493, 496, 497): 
 

Qualis, ubi abruptis fugit praesepia vinelis,
Tandem liber equus, campoque potitus aperto:
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Emicat, arrectisque fremit cervicibus alte
Luxurians, luduntque jubae per colla, per armos.

Note_22 Note de Voltaire, 1730: On a tâché de rendre en vers les propres paroles que dit Henri IV à la journée d’Ivry: « Ralliez-vous à mon panache blanc, vous le verrez toujours au chemin de l’honneur et de la gloire. » 

Note_23 Note de Voltaire, 1730: La baïonnette au bout du fusil ne fut en usage que longtemps après. Le nom de baïonnette vient de Bayonne, où l’on fit les premières baïonnettes. 

Note_24 Note de Voltaire, 1730: Duplessis-Mornay eut deux chevaux tués sous lui à cette bataille. Il avait effectivement dans l’action le sang-froid dont on le loue ici. 

Note_25 Racine a dit dans les Frères ennemis, acte V, scène iii: 

Dans le soin l’un de l’autre ils cherchent un passage.

Voltaire avait déjà imité ce vers; voyez les vers 251-252 du chant VI. 

Note_26 On trouve dans l’Alaric de Scudéry: 

Sous les coups redoublés, les casques étincellent.

Note_27 Dans l’Idoménée de Crébillon, acte I, scène ii, on lit: 

J’en approche en tremblant; hélas! c’était mon fils.

Note_28 Imitation de Virgile (Géorg., IV, 464-466, et 526): 
 

Ipse, cava solans aegrum testudine amorem,
Te, dulcis conjux, te solo in littore secum,
Te, veniente die, te, decedente, canebat.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
Ah, miseram Eurydicem! anima fugiente, vocabat.

Note_29 Ce morceau est une imitation du tableau de la mort d’Andromaque dans l’Iliade (chant XXII, vers 437-476), et des vers de Racine dans Phèdre, acte V, scène vi: 

La timide Aricie est alors arrivée, etc.

Note_30 On a dit que Voltaire inséra ces vers quand il eut appris comment on aimait à la cour de Versailles et à celle de Potsdam. Mais ils furent imprimés, pour la première fois, dans l’édition de 1737. 

Note_31 La légende veut que, dans ces vers, Voltaire ait fait allusion à ses déboires tant à la cour de France qu’à celle de Prusse (1749 et 1753:); mais ces vers ont été composés en 1737, et Frédéric les cite lui-même dans sa préface de 1739. C’est dommage pour la légende. (G. A.) 

Note_32 Note de Voltaire, 1730: Le duc de Biron fut blessé à Ivry, mais ce fut au combat de Fontaine-Française que Henri le Grand lui sauva la vie. On a transporté à la bataille d’Ivry cet événement, qui, n’étant point un fait principal, peut être aisément déplacé. 

Note_33 Note de Voltaire, 1723: Ce ne fut point à Ivry, ce fut au combat d’Aumale que Henri IV fut blessé; il eut la bonté depuis de mettre dans ses gardes le soldat qui l’avait blessé. 
Le lecteur s’aperçoit bien sans doute que l’on n’a pu parler de tous les combats de Henri le Grand dans un poème où il faut observer l’unité d’action. Ce prince fut blessé à Aumale; il sauva la vie au maréchal de Biron à Fontaine-Française. Ce sont là des événements qui méritent d’être mis en oeuvre par le poète; mais il ne peut les placer dans les temps où ils sont arrivés; il faut qu’il rassemble autant qu’il peut ces actions séparées; qu’il les rapporte à la même époque; en un mot, qu’il compose un tout de diverses parties: sans cela il est absolument impossible de faire un poème épique fondé sur une histoire. 
Henri IV ne fut donc point blessé à Ivry, mais il courut un grand risque de la vie; il fut même enveloppé de trois cornettes wallonnes, et y aurait péri s’il n’eût été dégagé par le maréchal d’Aumont et par le duc de La Trimouille. Les siens le crurent mort quelque temps, et jetèrent de grands cris de joie quand ils le virent revenir, l’épée à la main, tout couvert du sang des ennemis. 
Je remarquerai qu’après la blessure du roi à Aumale, Duplessis-Mornay lui écrivit: « Sire, vous avez assez fait l’Alexandre, il est temps que vous fassiez le César: c’est à nous à mourir pour Votre Majesté; et ce vous est gloire à vous, sire, de vivre pour nous; et j’ose vous dire que ce vous est devoir. 

Note_34 On a remarqué que c’était l’exclamation d’Alexandre après le passage de l’Hydaspe à la vue de Porus: « Tandem, par animo meo periculum video; cum bestiis simul et cum egregiis viris res est. » (Quinte-Curce, livre VIII.) 

Note_35 Dans l’édition de 1723, Voltaire tuait vite Egmont, et c’était Mayenne qu’il mettait longtemps aux prises avec Henri; à la fin, Mayenne s’enfuyait. (G. A.) 
¾ Ce vers est une imitation de Virgile (Énéide, XII, 952): 

Vitaque cum gemitu fugit indignata sub umbras;

et de Racine (Frères ennemis, acte V, scène iii): 

Et son âme en courroux s’enfuit dans les enfers.




Note_36 J.-B. Rousseau, dans sa cantate VII, a dit: 
 

Les astres de la nuit interrompent leur course;
Les fleuves étonnés remontent vers leur source.

Note_37 Boileau, dans le Lutrin, chant II, vers 2, appelle la Renommée: 

Ce monstre composé de bouches et d’oreilles.

J.-B. Rousseau, dans son Ode au prince Eugène, a dit: 
 

Ce monstre difforme
Tout couvert d’oreilles et d’yeux.

Ces descriptions modernes de la Renommée sont imitées de Virgile et d’Ovide: 
 

Monstrum horrendum, ingens; cui, quot sunt corpore plumae,
Tot vigiles oculi subter, mirabile dictu,
Tot linguae, totidem ora sonant, tot subrigit aures.
Énéide, 181-183
.
Tota fremit, vocesque refert, iteratque quod audit.
Métamorph., XII, 47.

Note_38 Ce chant était le huitième dans l’édition de 1723. Il est imité du dixième livre de l’Odyssée, du quatrième de l’Énéide, du quinzième et du seizième de la Jérusalem délivrée, du neuvième des Lusiades, du huitième de Télémaque, etc. (B.) ¾ On remarquera également avec quelle réserve, quelle pudeur même, le poète peint les amours de Henri et de Gabrielle. Il laisse deviner plutôt qu’il ne montre. C’est faire ce qu’il conseille, au chapitre v de son Essai sur la poésie épique, à propos, du Trissin et de son poème. (G. A.) 

Note_39 Dans son opéra de Samson (prologue, vers 4), Voltaire avait dit: 

Sur les bords fortunés embellis par la Seine.

Note_40 Note de Voltaire, 1730: Cette description du temple de l’Amour, et la peinture de cette passion personnifiée, sont entièrement allégoriques. On a placé en Chypre le lieu de la scène, comme on a mis à Rome la demeure de la Politique, parce que les peuples de l’île de Chypre ont de tout temps passé pour être adonnés à l’amour, de même que la cour de Rome a eu la réputation d’être la cour la plus politique de l’Europe. 
On ne doit point regarder ici l’Amour comme fils de Vénus et comme un dieu de la fable, mais comme une passion représentée avec tous les plaisirs et tous les désordres qui l’accompagnent. 

Note_41 Imitation de Segrais: 
 

Dans un bois écarté dont les ombrages verts
Ne sentirent jamais la rigueur des hivers.

Note_42 J.-B. Rousseau (Ode à une jeune veuve, livre II, ode vii): 
 

Une riante jeunesse
Folâtre autour de l’autel;
Les Grâces à demi nues
A ces danses ingénues
Mêlent de tendres accents;
Et sur un trône de nues,
Vénus reçoit votre encens.

Note_43 Racine a dit dans Iphigénie, acte I, scène i: 

Mais qui peut dans sa course arrêter ce torrent?

Note_44 Note de Voltaire, 1730: Vaucluse, Vallis clausa, près de Gordes, en Provence, célèbre par le séjour que fit Pétrarque dans les environs. L’on voit même encore près de sa source une maison qu’on appelle la maison de Pétrarque. 

Note_45 Note de Voltaire, 1730: Anet fut bâti par Henri II pour Diane de Poitiers, dont les chiffres sont mêlés dans tous les ornements de ce château, lequel n’est pas loin de la plaine d’Ivry. 

Note_46 Note de Voltaire, 1730: Gabrielle d’Estrées, d’une ancienne maison de Picardie, fille et petite-fille d’un grand maître de l’artillerie, mariée au seigneur de Liancourt, et depuis duchesse de Beaufort, etc. 
Henri IV en devint amoureux pendant les guerres civiles; il se dérobait quelquefois pour l’aller voir. Un jour même il se déguisa en paysan, passa au travers des gardes ennemies, et arriva chez elle, non sans courir risque d’être pris. 
On peut voir ces détails dans l’Histoire des amours du grand Alcandre, écrite par une princesse de Conti. 

Note_47 Note de Voltaire, 1730: Cléopâtre allant à Tarse, où Antoine l’avait mandée, fit ce voyage sur un vaisseau brillant d’or et orné des plus belles peintures; les voiles étaient de pourpre, les cordages d’or et de soie. Cléopâtre était habillée comme on représentait alors la déesse Vénus; ses femmes représentaient les Nymphes et les Grâces; la poupe et la proue étaient remplies des plus beaux enfants déguisés en Amours. Elle avançait dans cet équipage sur le fleuve Cydnus, au son de mille instruments de musique. Tout le peuple de Tarse la prit pour la déesse. On quitta le tribunal d’Antoine pour courir au-devant d’elle. Ce Romain lui-même alla la recevoir, et en devint éperdument amoureux. Plutarque. 

Note_48 « Malgré tous les charmes que lui procure la plume élégante et voluptueuse de Voltaire, cette blonde et grasse beauté me laisse froid, » dit M. Bancel. Et il a raison. Mieux vaut la chanson du Béarnais, laquelle a servi de modèle à Voltaire: 

Elle est blonde
Sans seconde;
Elle a la taille à la main.
Sa prunelle
Étincelle
Comme l’astre de matin.
De rosée Arrosée,
La rose a moins de fraîcheur;
Une hermine
Est moins fine,
Le lis a moins de blancheur. (G. A.)

Note_49 Cette fiction est, pour le fond et pour quelques détails, imitée de la Jérusalem délivrée, chant XV. 

Note_50 Imitation de Boileau, épître VIII, vers 64: 

Ne regarde, n’entend, ne connaît plus que toi.

Note_51 Laharpe, dans son Lycée, ou Cours de littérature, troisième partie, xviiie siècle, livre Ier, chapitre ier, section 2, a remarqué que cette comparaison avait été employée, mais mal employée, par Malherbe dans son Ode au duc de Bellegarde. Avant Malherbe, saint Grégoire de Nazianze, en parlant de ses relations avec saint Basile, avait dit: « Nous coulions des jours purs et tranquilles, comme cette source qui passe, et conserve la douceur de ses eaux à travers les flots amers de Sicile. » Voyez aussi le Traité des études, par Rollin, liv. II, chap. ier, art. 3. 

Note_52 Tout ce passage est imité du poème d’Adonis de La Fontaine, vers 128-134. 
 

Quand d’une égale ardeur l’un pour l’autre on soupire,
Et que de la contrainte ayant banni les lois
On se peut assurer au silence des bois,
Jours devenus moments. moments filés de soie,
Agréables soupirs, pleurs, enfants de la joie,
Voeux, serments, et regards, transports, ravissements,
Mélange dont se fait le bonheur des amants.

Note_53 Mme Deshoulières a dit: 

Agréables transports qu’en tendre amour inspire.




Note_54 Mornay rappelle ici le Mentor de Fénelon plutôt que le Caton de Lucain. (G. A.) 

Note_55 La Fontaine a dit, dans son élégie vii: 

La plus belle victoire est de vaincre son coeur.

Note_56 Racine a dit dans Mithridate, acte Ier, scène ii: 

Quelle vive douleur attendrit mes adieux!

Note_57 Les couplets de Henri IV sur son départ sont d’un bien autre sentiment et d’un tout autre ton que la tirade qu’il vient de débiter ici à Mornay: 
 

Charmante Gabrielle,
Percé de mille dards,
Quand la gloire m’appelle
Sous les drapeaux de Mars,
Cruelle départie!
Malheureux jour!
Que ne suis-je sans vie
Ou sans amour! (G. A.)

Note_58 Scudéry, dans Alaric, a dit: 

Allons chercher à vaincre, ou du moins à mourir.




Note_59 Cette fiction est imitée du chant XX de la Jérusalem délivrée. Ce fut en 1737 que l’auteur ajouta ici trente-deux vers. 

Note_60 Le morceau qui suit a toujours figuré dans les Cours de littérature. C’est une imitation de la Jérusalem délivrée. Dans les premières éditions, le combat était plus précipité. (G. A.) 

Note_61 Imitation de Corneille (Cinna, acte V, scène iii): 
 

O vertu sans exemple! ô clémence, qui rend
Votre pouvoir plus juste, et mon crime plus grand.

Note_62 Ce vers et les onze qui la suivent furent ajoutés en 1746. 

Note_63 Imitation de Virgile (Énéide, X, 773-74): 
 

Dextra inihi deus, et telum, quod missile libro,
Nunc adsint.

Et de Stace (Thébaïde, III, 615-16): 
 

Virtus mihi numen et ensis
Quem teneo.

Note_64 Cette description du combat de Turenne contre d’Aumale est en partie imitée de la Jérusalem délivrée, chants VI et VII. 

Note_65 « Je suis, je crois, le premier poète, dit Voltaire à propos de ce passage, qui ait tiré une comparaison de la réfraction de la lumière, et le premier Français qui ait peint des coups d’escrime portés, parés, et détournés. » (Lettre à Frédéric, 1739.) 

Note_66 Voltaire avait dit dans Oedipe, acte III, scène iv: 

Tremblez, malheureux roi, votre règne est passé.

Note_67 J.-B. Rousseau, dans sa cantate X, a dit: 

Il veut parler, sa voix sur ses lèvres expire.

C’est le Vox faucibus haesit de Virgile. 

Note_68 Note de Voltaire, 1730: Le chevalier d’Aumale fut tué dans ce temps-là à Saint-Denis, et sa mort affaiblit beaucoup le parti de la Ligue. Son duel avec le vicomte de Turenne n’est qu’une fiction; mais ces combats singuliers étaient encore à la mode. Il s’en fit un célèbre derrière les Chartreux, entre le sieur de Marivaux, qui tenait pour les royalistes, et le sieur Claude de Marolles, qui tenait pour les ligueurs. Ils se battirent en présence du peuple et de l’armée, le jour même de l’assassinat de Henri III; mais ce fut de Marolles qui fut vainqueur. 

Note_69 Imitation du livre II de Télémaque: « Je me souviendrai toute ma vie d’avoir vu cette tête qui nageait dans le sang, les yeux fermés et éteints; ce visage pâle et défiguré; cette bouche entr’ouverte qui semblait vouloir achever encore des paroles commencées; cet air superbe et menaçant que la mort même n’avait pu effacer. » 

Note_70 Note de Voltaire, 1730: Henri IV bloqua Paris en 1590, avec moins de vingt mille hommes. 

Note_71 J.-B. Rousseau, dans sa cantate vii: 

Circé, pâle, interdite, et la mort dans les yeux.

Note_72 Note de Voltaire, 1730: Ce fut l’ambassadeur d’Espagne auprès de la Ligue qui donna le conseil de faire du pain avec des os de morts; conseil qui fut exécuté, et qui ne servit qu’à avancer les jours de plusieurs milliers d’hommes. Sur quoi on remarque l’étrange faiblesse de l’imagination humaine. Ces assiégés n’auraient pas osé manger la chair de leurs compatriotes qui venaient d’être tués, mais ils mangeaient volontiers les os. 

Note_73 Note de Voltaire, 1730: On fit la visite, dit Mézeray, dans les logis des ecclésiastiques et dans les couvents, qui se trouvèrent tous pourvus, même celui des capucins, pour plus d’un an. 

Note_74 Note de Voltaire, 1730: Les Suisses qui étaient dans Paris à la solde du duc de Mayenne y commirent des excès affreux, au rapport de tous les historiens de temps; c’est sur eux seuls que tombe ce mot de barbares, et non sur leur nation, pleine de bon sens et de droiture, et l’une des plus respectables nations du monde, puisqu’elle ne songe qu’à conserver sa liberté, et jamais à opprimer celle des autres. 

Note_75 Note de Voltaire, 1730: Cette histoire est rapportée dans tous les mémoires du temps. De pareilles horreurs arrivèrent aussi au siège de la ville de Sancerre. 

Note_76 Dans l’Iphigénie de Racine, acte IV, scène iv, on lit: 

Vous rendre tant le sang que vous m’avez donné.

Note_77 Imitation de Corneille (Oedipe, acte V, scène viii): 
 

Cet arrêt qu’à nos yeux lui-même il se prononce,
Est suivi d’un poignard qu’en son flanc il enfonce.

Note_78 Racine a dit dans Bajazet, acte IV, scène vii: 

Sauvons-le malgré lui de ce péril extrême.

Note_79 Note de Voltaire, 1730: Henri IV fut si bon, qu’il permettait à ses officiers d’envoyer (comme le dit Mézeray) des rafraîchissements à leurs anciens amis et aux dames. Les soldats en faisaient autant, à l’exemple des officiers. Le roi avait de plus la générosité de laisser sortir de Paris presque tous ceux qui se présentaient. Par là il arriva effectivement que les assiégeants nourrirent les assiégés. 

Note_80 Imitation d’Athalie, acte IV, scène iii: 

Maîtresses d’un vil peuple obéissent aux rois.

Note_81 L’hémistiche de mille astres divers est critiqué comme remplissage dans la Connaissance des beautés et des défauts de la poésie et de l’éloquence dans la langue française, au mot Grandeur de Dieu; voyez tome xxxix, page 223. 

Note_82 Ces vers sur le Dieu trinitaire des catholiques sont inspirés (qui le croirait?) de Chapelain. tant moqué par Boileau, et M. Villemain prétend que Chapelain l’emporte sur Voltaire: 
 

Loin des murs flamboyants qui renferment le monde,
Dans le centre caché d’une clarté profonde,
Dieu repose en lui-même, et vêtu de splendeur,
Sans bornes est rempli de sa propre grandeur.
Une triple personne en une seule essence,
Le suprême pouvoir, la suprême science,
Et le suprême amour, unis en trinité,
De son règne éternel forment la majesté. (G. A.)

Note_83 Note de Voltaire, 1730: Ce blocus et cette famine de Paris ont pour époque l’année 1590, et Henri IV n’entra dans Paris qu’au mois de mars 1594. Il s’était fait catholique en 1593; mais il a fallu rapprocher ces trois grands événements, parce qu’on écrivait un poème, et non une histoire.