|
NOTES
Note_1 Note
de Voltaire , 1730: Henri, comte de Bouchage, frère puîné
du duc de Joyeuse, tué à Coutras. Un jour qu’il passait à
Paris, à quatre heures du matin, près du couvent des Capucins,
après avoir passé la nuit en débauche, il s’imagina
que les anges chantaient les matines dans le couvent. Frappé de
cette idée, il se fit capucin sous le nom de frère Ange.
Depuis il quitta son froc, et prit les armes contre Henri IV. Le duc de
Mayenne le fit gouverneur du Languedoc, duc et pair, et maréchal
de France. Enfin il fit son accommodement avec le roi; mais un jour ce
prince étant avec lui sur un balcon au-dessous duquel beaucoup de
peuple était assemblé: « Mon cousin, lui dit Henri
IV, ces gens-ci me paraissent fort aises de voir ensemble un apostat et
un renégat. » Cette parole du roi fit rentrer Joyeuse dans
son couvent, où il mourut.
Note_2 La
Fontaine a dit, livre IX, fable ix:
Quand des nues
Fond à son tour un aigle aux ailes étendues. |
Note_3 Racine
a dit dans Mithridate, acte III, scène i:
Ils savent que sur eux, prêt à se déborder,
Ce torrent, s’il m’entraîne, ira tout inonder. |
Note_4 Racine
avait dit, dans Athalie, acte III, scène iii:
Et d’un instant perdu connaissait tout le prix.
Note_5 Dans
l’Art poétique de Boileau, chant IV, vers 4 et 5, il y a:
Là, le fils orphelin lui redemande un père;
Ici, le frère pleure un frère empoisonné. |
Note_6 Boileau
a dit, dans le Lutrin, chant I, vers 42:
Fait siffler ses serpents, l’excite à la vengeance.
Note_7 Dans
l’Année littéraire, 1760, tome II, page 109, on remarque
que l’idée des vers sur Rome est prise dans le poème de Saint-Prosper
contre les ingrats, et l’on rapporte quelques vers de la traduction par
Sacy:
Rome · · · · · ·
· · · · · · · ·
· · · ·
Plus grande par la foi que jadis par la guerre,
Étant chef de l’Église, est le chef de
la terre. |
Godeau, évêque de Vence, dans son Épître
à sa bibliothèque, a dit:
Rome, dont le destin, soit en paix, soit en guerre,
Est de se voir toujours la reine de la terre. (B.) |
Note_8 Boileau,
satire X, vers 481:
Sur le pompeux débris des lances espagnoles.
Note_9 Note
de Voltaire , 1741: Voyez l’Histoire des Papes.
Note_10
Note de Voltaire , 1730: Sixte-Quint,
étant cardinal de Montalte, contrefit si bien l’imbécile
près de quinze années, qu’on l’appelait communément
l’âne d’Ancône. On sait avec quel artifice il obtint
la papauté, et avec quelle hauteur il régna.
Note_11
Boileau a dit dans le Lutrin, chant II, vers 133:
Ce doux siècle n’est plus.
Racine, dans Phèdre, acte Ier, scène
i:
Cet heureux temps n’est plus.
Note_12
Note de Voltaire , 1730: En 1570,
le parlement donna un fameux arrêt contre la bulle In coena Domini.
On connaît ses remontrances célèbres
sous Louis XI, au sujet de la pragmatique sanction: celles qu’il fit à
Henri III contre la bulle scandaleuse de Sixte-Quint, qui appelait la maison
régnante génération bâtarde, et la fermeté
constante à soutenir nos libertés contre les prétentions
de la cour de Rome.
¾ En 1730, la note
était plus ample; elle commençait ainsi: « On sait
que, pendant les guerres du xiiie siècle entre les empereurs et
les pontifes de Rome, Grégoire IX eut la hardiesse non seulement
d’excommunier l’empereur Frédéric II, mais encore d’offrir
la couronne impériale à Robert, frère de saint Louis:
le parlement de France assemblé répondit, au nom du roi,
que ce n’était pas au pape à déposséder un
souverain, ni au frère d’un roi de France à recevoir d’un
pape une couronne sur laquelle ni lui ni le saint-père n’avaient
aucun droit. En 1580, le parlement sédentaire donna, etc. »
(B.)
Note_13
On a souvent appliqué ce vers à l’auteur de la
Henriade, et M. Wirchter l’avait mis pour légende à la
médaille qu’il a frappée. Cette médaille est fort
rare, parce qu’à Genève on exigea de M. Wirchter de supprimer
sa légende. (K.)
¾ Le graveur que les
éditeurs de Kehl appellent Wirchter est appelé Waechter par
Colini. (B.)
Note_14
Boileau a dit, satire II, vers 66:
Je ne vais point au Louvre adorer la Fortune.
Note_15
Note de Voltaire , 1730: Le 7 de
janvier de l’an 1589, la Faculté de théologie de Paris donna
ce fameux décret par lequel il fut déclaré que les
sujets étaient déliés de leur serment de fidélité,
et pouvaient légitimement faire la guerre au roi. Le Fèvre,
doyen, et quelques-uns des plus sages, refusèrent de signer. Depuis,
dès que la Sorbonne fut libre, elle révoqua ce décret,
que la tyrannie de la Ligue avait arraché de quelques-uns de son
corps. Tous les ordres religieux qui, comme la Sorbonne, s’étaient
déclarée contre la maison royale, se rétractèrent
depuis comme elle. Mais si la maison de Lorraine avait eu le dessus, se
serait-on rétracté?
Note_16
Nous avons cru devoir imprimer ici le décret de la Sorbonne,
qui ne se trouve que dans des livres qu’on ne lit plus.
DÉCRET DE LA FACULTÉ
DE PARIS.
CONTRE HENRI III.
RÉPONSE DE LA FACULTÉ
DE THÉOLOGIE DE PARIS.
L’an du Seigneur 1589, 7 janvier, à la réquisition
des gouverneur, officiers de la ville, et des habitants catholiques, qui
ont présenté un acte public, signé par leur greffier,
et scellé du sceau public de la ville, la très sacrée
Faculté de théologie de Paris, après une procession
solennelle de tous les ordres de ladite Faculté, et la célébration
de la messe du Saint-Esprit, s’est assemblée pour délibérer
sur les deux articles suivants, qui sont extraits de la requête des
susdits habitants, dont voici la teneur:
A monseigneur le duc d’Aumale, gouverneur, et à
messieurs les prévôts des marchands et échevins de
la ville de Paris.
« Vous remontrent humblement les bons bourgeois,
manants et habitants de la ville de Paris, que plusieurs desdits habitants
et autres de ce royaume sont en peine et scrupule de conscience pour prendre
résolution sur les préparatifs qui se font pour la conservation
de la religion catholique, apostolique, et romaine, de cette ville de Paris
et de tout l’État de ce royaume, à l’encontre des desseins
cruellement exécutés à Blois, et infraction de la
foi publique, au préjudice de ladite religion, et de l’édit
d’union, et de la naturelle liberté de la convocation des états:
sur quoi lesdits suppliants désireroient avoir une sainte et véritable
résolution. Ce considéré, il vous plaise promouvoir
que messieurs de la Faculté de théologie soient assemblés
pour délibérer sur ces points, circonstances et dépendances:
et s’il est permis de s’assembler, s’unir et contribuer contre le roi;
et si nous sommes encore liés du serment que nous lui avons juré,
pour sur ce donner leur avis et résolution.
« Soit la présente requête renvoyée
par-devers messieurs de la Faculté de théologie, lesquels
seront suppliés s’assembler et donner sur ce leur résolution.
Fait le septième janvier mil cinq cent quatre-vingt-neuf: signé
Éverard, et scellé du sceau public de la ville. »
ARTICLES SUR LESQUELS IL A ÉTÉ
DÉLIBÉRÉ PAR LA SUSDITE FACULTÉ.
« Si le peuple du royaume de France est délié
du serment de fidélité prêté à Henri
III?
« Si le même peuple peut en sûreté
de conscience s’armer, s’unir, lever de l’argent, et contribuer pour la
défense et conservation de la religion catholique, apostolique,
et romaine, dans ce royaume, contre les horribles projets et attentats
du susdit roi et de ses adhérents, et contre l’infraction de la
foi publique par lui commise à Blois, au préjudice de la
susdite religion catholique, de l’édit de la sainte union, et de
la liberté naturelle de la convocation des états?
« Après avoir ouï sur ces articles
la délibération mûre, exacte, et libre, de tous les
docteurs assemblés au nombre de soixante et dix, et avoir entendu
plusieurs raisons différentes, tirées en grande partie tant
des saintes Écritures que des saints canons et des décrets
des pontifes, il a été conclu par monsieur le doyen de la
même Faculté, sans réclamation, et ce, par forme de
conseil, pour lever les scrupules dudit peuple:
« D’abord, que le peuple de ce royaume est délié
du serment de fidélité prêté au roi Henri;
« Ensuite, que le même peuple peut en sûreté
de conscience s’armer, s’unir, lever de l’argent, et contribuer pour la
défense et conservation de la religion catholique, apostolique,
et romaine, contre les horribles projets et attentats du susdit roi et
de ses adhérents, depuis qu’il a violé la foi publique, au
préjudice de la susdite religion catholique, de l’édit de
la sainte union, et de la liberté naturelle de la convocation des
états.
« De plus, la même Faculté de Paris
a jugé à propos d’envoyer cette conclusion au pape, pour
qu’il daigne l’approuver et confirmer par l’autorité du Saint-Siège
apostolique, et, par ce moyen, secourir l’Église gallicane, qui
est dans le plus pressant danger. (K.)
Note_17
Ces vers sont une imitation de ceux d’Athalie, acte IV,
scène iii:
Ne descendez-vous pas de ces fameux lévites
Qui, lorsqu’au dieu du Nil le volage Israël
Rendit dans le désert un culte criminel,
De leurs plus chers parents saintement homicides,
Consacrèrent leurs mains dans le sang des perfides;
Et par ce noble exploit vous acquirent l’honneur
D’être seuls employés aux autels du Seigneur? |
Mais dans Athalie c’est un prophète inspiré
de Dieu qui parle, et ici c’est le démon de la Discorde. (K.)
Note_18
Racine a dit, dans Athalie, acte IV, scène ii:
Entrez, généreux chefs des familles sacrées,
Du ministère saint tour à tour honorées. |
Note_19Note
de Voltaire , 1723: Dès que Henri III et le roi de Navarre
parurent en armes devant Paris, la plupart des moines endossèrent
la cuirasse, et firent la garde avec les bourgeois. Cependant cet endroit
du poème désigne la procession de la Ligue, où douze
cents moines armés firent la revue dans Paris, ayant Guillaume Rose,
évêque de Senlis, à leur tête.
On a placé ici ce fait, quoiqu’il ne soit arrivé
qu’après la mort de Henri III. (Id., 1730.)
¾ Au lieu de la phrase
qui termine cette note, on lit dans l’édition de 1723: « Cette
procession extravagante, que l’on appela à Paris la Drôlerie,
se fit en 1590. Ce fut à cette belle cérémonie qu’un
moine, qui avait malheureusement un mousquet chargé à balles,
tua un aumônier du cardinal Caïetan, dans le carrosse de ce
légat, qui s’était arrêté au bout du pont Notre-Dame
pour voir passer cette mascarade. L’auteur du Catholicon a transporté
cette procession en 1593, aux états de la Ligue; et par la même
liberté on la place, dans ce poème, sous Henri III, en 1589,
selon la règle qui veut qu’un poète épique, dans l’arrangement
des événements, ait plus d’égard à l’ordonnance
de son dessein qu’à l’exacte vérité de l’histoire.
» (B.)
Note_20Note
de Voltaire , 1730: Ce n’est point à dire qu’il n’y eût
que seize particuliers séditieux, comme l’a marqué l’abbé
Legendre dans sa petite Histoire de France; mais on les nomma les
Seize, à cause des seize quartiers de Paris qu’ils gouvernaient
par leurs intelligences et leurs émissaires. Ils avaient mis d’abord
à leur tête seize des plus factieux de leur corps. Les principaux
étaient Bussi-Le-Clerc, gouverneur de la Bastille, ci-devant maître
en fait d’armes; La Bruyère, lieutenant particulier; le commissaire
Louchart; Emmonot et Morin, procureurs; Oudinet, Passart, et surtout Senault,
commis au greffe du parlement, homme de beaucoup d’esprit, qui le premier
développa cette question, obscure et dangereuse, du pouvoir qu’une
nation peut avoir sur son roi. Je dirai en passant que Senault était
père du P. J.-J. Senault, cet homme éloquent, qui est mort
général des prêtres de l’Oratoire en France.
¾ En donnant à
cette note la date de 1730, je dois remarquer que le premier membre de
la première phrase et toute la dernière phrase sont de 1741.
(B.)
Note_21Note
de Voltaire , 1730: Les Seize furent longtemps indépendants
du duc de Mayenne. L’un d’eux, nommé Normand, dit un jour dans la
chambre du duc: « Ceux qui l’ont fait pourraient bien le défaire.
»
Note_22
Ce vers et les sept qui le suivent sont de 1730.
Note_23
Cette peinture du parlement ne ressemble guère à
celle que Voltaire fera quarante ans plus tard. (G. A.)
Note_24
Vers qui furent populaires en 1789 et 1792. (G. A.)
Note_25
Achorée dit dans Corneille, en parlant de Pompée:
· · · · · ·
· Il s’avance au trépas
Avec le même front qu’il donnait les États.
Pompée, acte II, scène
ii.
|
Note_26
Note de Voltaire , 1730: Le 16
janvier 1589, Bussi-Le-Clerc, l’un des Seize, qui de tireur d’armes était
devenu gouverneur de la Bastille, et le chef de cette faction, entra dans
la grand’chambre du parlement, suivi de cinquante satellites: il présenta
au parlement une requête, ou plutôt un ordre, pour forcer cette
compagnie à ne plus reconnaître la maison royale.
Sur le refus de la compagnie, il mena lui-même
à la Bastille tous ceux qui étaient opposés à
son parti; il les y fit jeûner au pain et à l’eau, pour les
obliger à se racheter plus tôt de ses mains: voilà
pourquoi on l’appelait le grand-pénitencier du parlement.
Note_27
Note de Voltaire , 1723 et 1730:
Augustin de Thou, second du nom, oncle du célèbre historien;
il eut la charge de président du fameux Pibrac en 1585.
Molé ne peut être qu’Édouard Molé,
conseiller au parlement, mort en 1631.
Scarron était le bisaïeul du fameux Scarron,
si connu par ses poésies et par l’enjouement de son esprit.
Bayeul était oncle du surintendant des finances.
Nicolas Potier de Novion de Blancménil, président
à mortier, se nommait Blancménil, à cause de la terre
de ce nom, qui depuis tomba dans la maison du Lamoignon, par le mariage
de sa petite-fille avec le président de Lamoignon.
Nicolas Potier ne fut pas, à la vérité,
conduit à la Bastille avec les autres membres du parlement, car
il n’était pas venu ce jour-là à la grand’chambre;
mais il fut depuis emprisonné au Louvre, dans le temps de la mort
de Brisson. Ou voulut lui faire le même traitement qu’à ce
président. On l’accusait d’avoir une correspondance secrète
avec Henri IV. Les Seize lui firent son procès dans les formes,
afin de mettre de leur côté les apparences de la justice,
et de ne plus effaroucher le peuple par des exécutions précipitées,
que l’on regardait comme des assassinats.
Enfin, comme Blancménil allait être condamné
à être pendu, le duc de Mayenne revint à Paris. Ce
prince avait toujours eu pour Blancménil une vénération
qu’on ne pouvait refuser à sa vertu; il alla lui-même le tirer
de prison. Le prisonnier se jeta à ses pieds, et lui dit : «
Monseigneur, je vous ai obligation de la vie; mais j’ose vous demander
un plus grand bienfait, c’est de me permettre de me retirer auprès
de Henri IV, mon légitime roi: je vous reconnaîtrai toute
ma vie pour mon bienfaiteur; mais je ne puis vous servir comme mon maître.
» Le duc de Mayenne, touché de ce discours, le releva, l’embrassa,
et le renvoya à Henri IV. Le récit de cette aventure, avec
l’interrogatoire de Blancménil, sont encore dans les papiers de
M. le président de Novion d’aujourd’hui.
Bussi-Le-Clerc avait été d’abord maître
en fait d’armes, et ensuite procureur. Quand le hasard et le malheur des
temps l’eut mis en quelque crédit, il prit le surnom de Bussi, comme
s’il eût été aussi redoutable que le fameux Bussi d’Amboise.
Il se faisait aussi nommer Bussi Grande-Puissance.
¾ Dans l’édition
de 1723, l’alinéa qui concerne Bussi-Le-Clerc est terminé
par ces mots: « On l’appela le grand-pénitencier du parlement,
parce qu’il faisait jeûner à la Bastille les magistrats qu’il
y avait enfermés. »
Cela fut, en 1730, reporté dans la note précédente.
Au reste, Bussi ne se faisait pas nommer Grande Puissance:
c’est une inadvertance de Voltaire, relevée par Leduchat (Ducatiana,
I, 14), qui rapporte le texte de L’Estoile, que voici: « Mais par-dessus
tous les autres brigands avoit ce M Bussi-Le-Clerc (car ainsi se faisoit-il
appeler) la grande puissance. » (B )
Note_28
Note de Voltaire , 1730: La Bastille.
Note_29
Vers souvent cités aussi lors de la prise de la Bastille
(G. A. )
Note_30
Note de Voltaire , 1730: En 1591,
un vendredi 15 novembre, Barnabé Brisson homme très savant
et qui faisait les fonctions de premier président, en l’absence
d’Achille de Harlay; Claude Larcher, conseiller aux enquêtes, et
Jean Tardif, conseiller au Châtelet furent pendus à une poutre
dans le petit Châtelet, par l’ordre des Seize. Il est à remarquer
que Hamilton, curé de Saint-Côme, furieux ligueur, était
venu prendre lui-même Tardif dans sa maison, ayant avec lui des prêtres
qui servaient d’archers. ¾ Voyez, sur
ces événements, l’ouvrage intitulé Histoire du
Parlement: l’auteur y parle comme historien; ici, il parle comme poète.
(K.)
Note_31
Racine a dit dans Andromaque, acte III, scène
viii:
Pensez-vous qu’après tout ses mânes en rougissent?
Note_32
Tyrtée, dans le premier des fragments qui nous restent de lui, avait
déjà vanté la mort du guerrier expirant pour son pays:
Il est beau qu’un guerrier, à son poste immobile,
Meure pour sa patrie, et meure aux premiers rangs.
(Traduction de M. Firmin Didot.)
|
Horace a dit, livre II, ode ii, vers 13:
Dulce et decorum est pro patria mori.
On lit dans Corneille:
Le peuple est trop heureux quand il meurt pour son roi.
Note_33Note
de Voltaire , 1723: Dominique, né à Calahorra
en Aragon, fonda les dominicains en 1215.
¾ La ville de Calahorra
n’est pas dans l’Aragon, mais dans la Castille vieille. (B.)
Note_34Note
de Voltaire , 1723: Jacques Clément, de l’ordre des dominicains,
natif de Sorbonne*, village près de Sens, était âgé
de vingt-quatre ans et demi, et venait de recevoir l’ordre de prêtrise
lorsqu’il commit ce parricide.
La fiction qui règne dans ce cinquième
chant, et qui peut-être pourra paraître trop hardie à
quelques lecteurs, n’est point nouvelle. La malice des ligueurs et le fanatisme
des moines de ce temps firent passer pour certain dans l’esprit du peuple
ce qui n’est ici qu’une invention du poète.
* Serbonnes.
Note_35
La Fontaine a dit, livre VIII, fable 5:
Par des voeux importuns nous fatiguons les dieux.
Note_36
J.-B. Rousseau a dit, livre Ier, ode viii:
Abaisse la hauteur des cieux
Et viens sur leur voûte enflammée,
D’une main de foudres armée,
Frapper ces monts audacieux. |
Mais ces idées sont prises du psaume 143.
Note_37Note
de Voltaire , 1730: Pays des Ammonites, qui jetaient leurs enfants
dans les flammes, au son des tambours et des trompettes, en l’honneur de
la Divinité, qu’ils adoraient sous le nom de Moloch.
Note_38Note
de Voltaire , 1730: Teutatès était un des dieux
des Gaulois. Il n’est pas sûr que ce fût le même que
Mercure; mais il est constant qu’on lui sacrifiait des hommes.
Note_39Note
de Voltaire , 1723: Les enthousiastes, qui étaient appelés
indépendants, furent ceux qui eurent le plus de part à la
mort de Charles Ier, roi d’Angleterre.
Note_40
J.-B. Rousseau a dit (Allégories, I, 128):
Sa vanité marche les yeux baissés.
Note_41Note
de Voltaire , 1723: L’on imprima et l’on débita publiquement
une relation du martyre de frère Jacques Clément, dans laquelle
on assurait qu’un ange lui avait apparu, et lui avait ordonné de
tuer le tyran, en lui montrant une épée nue. Il est resté
depuis un soupçon dans le public que quelques confrères de
Jacques Clément, abusant de la faiblesse de ce misérable,
lui avaient eux-mêmes parlé pendant la nuit, et avaient aisément
troublé sa tête, échauffée par le jeûne
et par la superstition. Quoi qu’il en soit, Clément se prépara
au parricide comme un bon chrétien ferait un martyre, par les mortifications
et par la prière. On ne put douter qu’il n’y eût de la bonne
foi dans son crime; c’est pourquoi on a pris le parti de le représenter
plutôt comme, un esprit faible, séduit par sa simplicité,
que comme un scélérat déterminé par son mauvais
penchant.
Jacques Clément sortit de Paris le dernier juillet
1589, et fut mené à Saint-Cloud par La Guesle, procureur
général. Celui-ci, qui soupçonnait un mauvais coup
de la part de ce moine, l’envoya épier pendant la nuit dans l’endroit
où il était retiré. On le trouva dans un profond sommeil;
son bréviaire était auprès de lui, ouvert et tout
gras, au chapitre du meurtre d’Holopherne par Judith. On a eu soin, dans
le poème, de présenter l’exemple de Judith à Jacques
Clément, à l’imitation des prédicateurs de la Ligue,
qui se servaient de l’Écriture sainte pour prêcher le parricide.
¾ Nous citerons ici
un passage d’un livre fait par un jacobin, et imprimé à Troyes,
chez M. Moreau, peu de temps après la mort de Henri III:
« De façon que Dieu, exauçant la
prière de cestui serviteur, nommé frère Jacques Clément,
une nuit, comme il étoit en son lit, lui envoie son ange en vision,
lequel avec grande lumière se présente à ce religieux,
et lui montre un glaive nu, lui dit ces mots: « Frère Jacques,
je suis messager du Dieu tout-puissant, qui te viens acertener que par
toi le tyran de France doit être mis à mort. Pense donc à
toi, et te prépare, comme la couronne de martyre t’est aussi préparée.
»
« Cela dit, la vision se disparut, et le laissa
rêver à telles paroles véritables. Le matin venu, frère
Jacques se remet devant les yeux l’apparition précédente;
et, douteux de ce qu’il devoit faire, s’adresse à un sien ami, aussi
religieux, homme fort scientifique, et bien versé en la sainte Écriture,
auquel il déclare franchement sa vision, lui demandant d’abondant
si c’étoit chose agréable à Dieu de tuer un roi qui
n’a ni foi ni religion, et qui ne cherche que l’oppression de ses pauvres
sujets, étant altéré du sang innocent, et regorgeant
en vices autant qu’il est possible. A quoi l’honnête homme fit réponse
que véritablement il nous étoit défendu de Dieu étroitement
d’être homicides; mais d’autant que le roi qu’il entendoit étoit
un homme distrait et séparé de l’Église, qui bouffoit
de tyrannies exécrables, et qui se déterminoit d’être
le fléau perpétuel et sans retour de la France, il estimoit
que celui qui le mettroit à mort, comme fit jadis Judith un Holopherne,
feroit chose très sainte et très recommandable. » (K.)
¾ Dans l’édition
de 1730, on avait remplacé la note de 1723 par celle-ci: «
Il jeûna, se confessa, et communia, avant de partir pour aller assassiner
le roi.» (B.)
Note_42
Ce vers manque dans l’édition de 1723. (B.)
Note_43
Racine a dit, dans Bérénice, acte I, scène
iv:
Je cherchais en pleurant la trace de ses pas.
Note_44
Note de Voltaire , 1723: Catherine
de Médicis avait mis la magie si fort à la mode en France,
qu’un prêtre nommé Sechelles, qui fut brûlé en
Grève sous Henri III, pour sorcellerie, accusa douze cents personnes
de ce prétendu crime. L’ignorance et la stupidité étaient
poussées si loin dans ces temps-là, qu’on n’entendait parler
que d’exorcismes et de condamnations au feu. On trouvait partout des hommes
assez sots pour se croire magiciens, et des juges superstitieux qui les
punissaient de bonne foi comme tels.
Note_45
Racine a dit dans Athalie, acte II, Scène iv:
Et tout ce vain amas de superstitions
Qui ferme votre temple aux autres nations. |
Note_46
Ce vers et les dix-neuf qui le suivent ont été ajoutés
en 1728.
Note_47
Note de Voltaire , 1730: Plusieurs
prêtres ligueurs avaient fait faire de petites images de cire qui
représentaient Henri III et le roi de Navarre: ils les mettaient
sur l’autel, les perçaient pendant la messe quarante jours consécutifs,
et le quarantième jour les perçaient au coeur.
Note_48
Note de Voltaire , 1730: C’était,
pour l’ordinaire, de juifs que l’on se servait pour faire des opérations
magiques. Cette ancienne superstition vient des secrets de la cabale, dont
les Juifs se disaient seuls dépositaires. Catherine de Médicis,
la maréchale d’Ancre, et beaucoup d’autres, employèrent des
juifs à ces prétendus sortilèges.
Note_49
On a remarqué que Saül ne consulta pas la pythonisse
dans Gelboa, ou plutôt Gelboé (comme dit l’Écriture),
qui était une montagne sur laquelle l’armée de Saül
fut défaite, et où il perdit la vie; Saül consulta la
pythonisse dans la ville d’Endor, distante d’environ une journée
de Gelboé.
Note_50
Note de Voltaire , 1730: Atéius,
tribun du peuple, ne pouvant empêcher Crassus de partir pour aller
contre les Parthes, porta un brasier ardent à la porte de la ville
par où Crassus sortait, y jeta certaines herbes, et maudit l’expédition
de Crassus, en invoquant les divinités infernales.
Note_51
Corneille, dans Horace, acte III, scène i, a dit:
Pareille à ces éclairs qui, dans le fort
des ombres,
Poussent un jour qui fuit, et rend les nuits plus sombres. |
Note_52
Potier, président du parlement, dont il est parlé
ci-devant, (fin du chant IV).
Villeroi, qui avait été secrétaire
d’État sous Henri III, et qui avait pris le parti de la Ligue, pour
avoir été insulté en présence du roi par le
duc d’Épernon.
Note_53
Note de Voltaire , 1730: Achille
de Harlay, qui était alors gardé à la Bastille par
Bussi-Le-Clerc. Jacques Clément présenta au roi une lettre
de la part de ce magistrat. On n’a point su si la lettre était contrefaite
ou non. ¾ C’est ce qui est étonnant
dans un fait de cette importance; et c’est ce qui me ferait croire que
la lettre était véritable, et qu’on l’aurait surprise au
président de Harlay: autrement on aurait fait sonner bien haut cette
fausseté contre la Ligue. (Id., 1741.)
Note_54
Dans Phèdre, acte v, scène vi:
Imitaient son silence, autour de lui rangés.
Dans Agathocle, acte IV, scène i:
Autour de lui rangés, ses courtisans le craignent.
Note_55
Note de Voltaire , 1730: Henri
III mourut de sa blessure le 3 août*, à deux heures de matin,
à SaintCloud; mais non point dans la même maison où
il avait pris, avec son frère, la résolution de la Saint-Barthélemy,
comme l’ont écrit plusieurs historiens; car cette maison n’était
point encore bâtie du temps de la Saint-Barthélemy.
¾ La note de 1723 donnait
quelques détails de plus. « La malheureuse journée
de Saint-Barthélemy arriva en 1572; alors la maison appartenait
à un bourgeois nommé Chapelier; Catherine de Médicis
l’acheta en 1577, et la donna à la femme de Jérôme
de Gondy, qui la fit rebâtir; par conséquent il est impossible
que Henri III soit mort dans la chambre où il avait tenu le conseil
de la Saint-Barthélemy. »
Les auteurs de l’Art de vérifier les dates
disent que Henri III mourut le 2 août, et cela se rapporte à
ce que dit Voltaire dans le chapitre xxxi de son Histoire du Parlement,
que « ce fut Henri IV qui porta lui-même l’arrêt
(contre Jacques Clément), le 2 août 1589, et condamna le corps
du moine à être écartelé et brûlés.
(B.)
* Le 2 août.
Note_56
Note de Voltaire , 1741: Le sixième
et le septième chants sont ceux où M. de Voltaire a fait
le plus de changements*. Celui qui était le sixième dans
la première édition de 1723 est le septième dans l’édition
de Londres, in-4°, et dans les autres qui l’ont suivie; et le commencement
de ce chant est tiré du chant neuvième de l’édition
de 1723.
Comme on a plus d’égard, dans un poème
épique, à l’ordonnance du dessein qu’à la chronologie,
on a placé immédiatement après la mort de Henri III
les états de Paris, qui ne se tinrent effectivement que quatre ans
après. (Id., 1730.)
Selon la vérité de l’histoire, Henri le
Grand assiégea Paris quelque temps après la bataille d’Ivry,
en 1590, au mois d’avril. Le duc de Parme lui en fit lever le siège
au mois de septembre. La Ligue, longtemps après, en 1593, assembla
les états pour élire un roi à la place du cardinal
de Bourbon, qu’elle avait reconnu sous le nom de Charles X, et qui était
mort depuis deux ans et demi; et, la même année 1593, au mois
de juillet, le roi fit son abjuration dans Saint-Denis, et n’entra dans
Paris qu’au mois de mars 1594.
De tous ces événements on a supprimé
l’arrivée du duc de Parme et le prétendu règne de
Charles, cardinal de Bourbon. Il est aisé de s’apercevoir que faire
paraître le duc de Parme sur la scène eût été
diminuer la gloire de Henri IV, le héros du poème, et agir
précisément contre le but de l’ouvrage, ce qui serait une
faute impardonnable.
A l’égard du cardinal de Bourbon, ce n’était
pas la peine de blesser l’unité, si essentielle dans tout ouvrage
épique, en faveur d’un roi en peinture, tel que ce cardinal: il
serait aussi inutile dans le poème qu’il le fut dans le parti de
la Ligue. En un mot, on passe sous silence le duc de Parme, parce qu’il
était trop grand, et le cardinal de Bourbon, parce qu’il était
trop petit. On a été obligé de placer les états
de Paris avant le siège, parce que si on les eût mis dans
leur ordre, on n’aurait pas eu les mêmes occasions de mettre dans
leur jour les vertus du héros; on n’aurait pas pu lui faire donner
des vivres aux assiégés, ni le faire aussitôt récompenser
de sa générosité. D’ailleurs les états de Paris
ne sont point du nombre des événements qu’on ne peut déranger
de leur point chronologique; la poésie permet la transposition de
tous les faits qui ne sont point écartés les uns des autres
d’un grand nombre d’années, et qui n’ont entre eux aucune liaison
nécessaire. Par exemple, je pouvais, sans qu’on eût rien à
me reprocher, faire Henri IV amoureux de Gabrielle d’Estrées du
vivant de Henri III, parce que la vie et la mort de Henri III n’ont rien
de commun avec l’amour de Henri IV pour Gabrielle d’Estrées. Les
états de la Ligue sont dans le même cas par rapport au siège
de Paris; ce sont deux événements absolument indépendants
l’un de l’autre. Ces états n’eurent aucun effet, on n’y prit nulle
résolution; ils ne contribuèrent en rien aux affaires du
parti; le hasard aurait pu les assembler avant le siège comme après,
et ils sont bien mieux placés avant le siège dans le poème;
de plus, il faut considérer qu’un poème épique n’est
pas une histoire: on ne saurait trop présenter cette règle
aux lecteurs qui n’en seraient pas instruits:
Loin ces rimeurs craintifs, dont l’esprit flegmatique
Garde dans ses fureurs un ordre didactique;
Qui, chantant d’un héros les progrès éclatants,
Maigres historiens, suivront l’ordre des temps.
Ils n’osent un moment perdre un sujet de vue:
Pour prendre Dôle, il faut que Lille soit rendue,
Et que leur vers, exact ainsi que Mézeray,
Ait fait tomber déjà les remparts de Courtray.
Boileau, Art poét., ch. II.
|
(Note de Voltaire,
1723.)
* Note de Voltaire
, 1741: Quand on imprima la Henriade en 1728, sons le nom de la
Ligue, cet ouvrage n’était pas encore achevé. il fut
imprimé même avec beaucoup de lacunes, sur une copie qui fut
dérobée à l’auteur, et qui fut beaucoup altérée
à l’impression.
Note_57
Corneille a dit dans Cinna, acte V, scène ire:
Sans vouloir l’acquérir par un assassinat.
Note_58
Imitation du verset 10 du psaume 11: « Et nunc, reges,
intelligite: erudimini qui judicatis terram. »
Note_59
Note de Voltaire , 1730: L’inquisition,
que les ducs de Guise voulurent établir en France.
Note_60
Molière a dit, dans le Tartuffe, acte I, scène
vi:
Veut nous assassiner avec un fer sacré.
Note_61
On lit dans Rhadamiste et Zénobie, acte I, scène
i:
Mais le cruel, bien loin d’appuyer sa grandeur,
Le dévora bientôt dans le fond de son coeur. |
Note_62
Note de Voltaire , 1730: Potier
de Blancménil, président du parlement, dont il est question
dans les quatrième et cinquième chants.
Il demanda publiquement au duc de Mayenne la permission
de se retirer vers Henri IV. « Je vous regarderai toute ma vie comme
mon bienfaiteur, lui dit-il, mais je ne puis vous regarder comme mon maître.
» (Id., 1730.)
Note_63
Voltaire a dit, dans Oedipe, acte V, scène iv:
Voila tous mes forfaits; je n’en connais point d’autres.
Note_64
Ce vers se trouve dans le poème de Cassagne, déjà
cité.
Note_65
Note de Voltaire , 1738: C’est
dans les guerres de Flandre, sous Philippe II, qu’un ingénieur italien
fit usage des bombes pour la première fois. Presque tous nos arts
sont dus aux Italiens.
Note_66
Voyez la Préface de Marmontel. Mornay joue dans ce poème
le même rôle que Caton dans la Pharsale. (G. A.)
Note_67
Imitation d’Homère, Iliade, livre XII.
Note_68
Imitation de Racine (Thébaïde, acte v, scène
iii)
D’un geste menaçant, d’un oeil brûlant de
rage,
Dans le sein l’un de l’autre ils cherchent un passage. |
Ce dernier vers est, à un mot près, reproduit
dans le chant VIII, vers 246.
Note_69
Palissot a remarqué que ce passage est imité de
Xénophon, cité par Longin dans son Traité du sublime,
et traduit ainsi par Boileau: « Ayant approché leurs boucliers
les uns des autres, ils reculoient, ils combattoient, ils tuoient, ils
mouroient ensemble. » (Traité du sublime, chapitre
xvi, et Histoire grecque de Xénophon, livre IV.)
Note_70
Imitation de Virgile, Énéide, IX, 37:
Ferte citi ferrum, date tela, et scandite muros.
Note_71
Racine a dit dans la Thébaïde, acte IV, scène
iii:
Est-ce donc sur des morts que vous voulez régner?
Note_72
« Il faut admirer, dit M. Villemain, la belle fiction
de saint Louis apparaissant sur la brèche des remparts de Paris
pour arrêter le vainqueur. Le langage est vraiment épique.
»
Note_73
On lit dans Virgile, Énéide, II, 792-794:
Ter conatus ibi collo dare brachia circum;
Ter frustra comprensa manus effugit imago,
Par levibus ventis, volucrique simillima somno. |
Cette imitation de ces vers de Virgile était, en
1723, dans le chant VI qui depuis 1728 est le septième); voyez les
variantes du chant VII, vert 265.
Note_74
Note de Voltaire , 1752: On sait
combien d’illustres prisonniers d’État les cardinaux de Richelieu
et Mazarin firent enfermer à Vincennes. Lorsqu’on travaillait à
la Henriade, le secrétaire d’État Le Blanc était
prisonnier dans ce château, et il y fit ensuite enfermer ses ennemis.
Note_75
Note de Voltaire , 1723: Le lecteur
judicieux voit bien qu’on a été dans l’obligation indispensable
de mettre dans un songe toute la fiction de ce septième chant, qui
sans cela eût paru trop insoutenable dans notre religion. On a donc
supposé (et la religion chrétienne le permet) que Dieu, qui
nous donne toutes nos idées et le jour et la nuit, fait voir en
songe à Henri IV les événements qu’il prépare
à la France, et lui montre les secrets de sa providence sous des
emblèmes allégoriques, ce qu’on expliquera plus au long dans
le cours des remarques.
¾ Cette note de l’édition
de 1723 a été retranchée depuis par l’auteur.
Note_76
Imitation de Racine, Andromaque, acte V, scène
iii:
Enfin avec transport prenant son diadème,
Sur le front d’Andromaque il l’a placé lui-même. |
Note_77
Dans l’Énéide, livre XII, vers 59, on lit:
In te omnis domus inclinata recumbit.
Note_78
Le P. Lemoine (de qui est un quatrain attribué à
Voltaire) avait dit dans son poème de Saint Louis:
Moins pompeuse monta cette nue embrasée
Qui ravit autrefois le maître d’Élisée. |
Note_79
Voici un des plus admirables morceaux de poésie française
que nous connaissions. C’était pour la première fois, depuis
Lucrèce, que les idées scientifiques se trouvaient exprimées
en aussi beaux vers. Ce tableau du système du monde est en partie
relatif à la gravitation, et fit événement dans cette
société encore tout entichée des tourbillons de Descartes.
(G. A.)
Note_80
Dans le quatrième Discours sur l’homme, Voltaire a dit:
Notre globe entraîné
Se meut autour de soi, sur son axe incliné. |
Note_81Note
de Voltaire , 1730: Que l’un admette ou non l’attraction de
M. Newton, toujours demeure-t-il certain que les globes célestes,
s’approchant et s’éloignant tour à tour, paraissent s’attirer
et s’éviter.
Note_82
Voltaire, en citant ce vers et les quatre qui le précèdent
dans les Adorateurs, ajoute: « J’aurais mieux aimé
que l’auteur eût dit:
Dans ces cieux infinis le Dieu des cieux réside.
»
Mais ce vers ne se trouve dans aucune des éditions
que j’ai vues de la Henriade.
Note_83
Note de Voltaire , 1730: En Perse,
les Guèbres ont une religion à part, qu’ils prétendent
être la religion fondée par Zoroastre, et qui paraît
moins folle que les autres superstitions humaines, puisqu’ils rendent un
culte secret au soleil, comme à une image du Créateur.
Note_84
Ce mot a été employé par Voltaire dans
son Épître à Uranie et dans son Orphelin
de la Chine.
Note_85
Imitation de Virgile (Énéide, VI, 560-61):
Quae scelerum facies? o virgo, effare; quibusve
Urgentur poenis? qui tantus plangor ad auras? |
Note_86
Virgile a dit (Énéide, VI, 126):
Facilis descensus Averno est
et Racine (Phèdre, acte Ier, scène
iii)
Mille chemins ouverts y conduisent toujours.
Note_87
Note de Voltaire , 1730: Les théologiens
n’ont pas décidé comme un article de foi que l’enfer fût
au centre de la terre, ainsi qu’il l’était dans la théologie
païenne. Quelques-uns l’ont placé dans le soleil: on l’a mis
ici dans un globe destiné uniquement à cet usage.
Note_88
C’est encore une imitation de l’Énéide,
chant VI, vers 273 et suivants:
Vestibulum ante ipsum, primisque in faucibus Orci,
Luctus et ultrices posuere cubilia Curae,
Etc., etc. |
Note_89
Ovide a dit, livre Ier des Amours, élégie
xv, vers 39:
Pascitur in vivis Livor: post fata quiescit.
Note_90
Le premier hémistiche de ce vers est aussi dans Pandore,
acte III, voyez Théâtre, tome II.
Note_91Note
de Voltaire , 1730: Le parricide Jacques Clément fut
loué à Rome, dans la chaire où l’on aurait dû
prononcer l’oraison funèbre de Henri III. On mit son portrait à
Paris sur les autels, avec l’eucharistie. Le cardinal de Retz rapporte
que le jour des Barricades, sous la minorité de Louis XIV, il vit
un bourgeois portant un hausse-col sur lequel était gravé
ce moine, avec ces mots: SAINT JACQUES CLÉMENT.
Note_92
Racine a dit dans Athalie, acte III, scène iii:
Autant je les charmais par ma dextérité,
Dérobant à leurs yeux la triste vérité. |
Note_93Note
de Voltaire , 1746: On compte plus de 950 millions d’hommes
sur la terre; le nombre des catholiques va à 50 millions: si la
vingtième partie est celle des élus, c’est beaucoup; donc
il y a actuellement sur la terre 947 millions 500,000 hommes destinés
aux peines éternelles de l’enfer. Et comme le genre humain se répare
environ tous les vingt ans, mettez, l’un portant l’autre, les temps les
plus peuplés avec les moins peuplés, il se trouve qu’à
ne compter que 6,000 ans depuis la création, il y a déjà
300 fois 947 millions de damnés. De plus, le peuple juif ayant été
cent fois moins nombreux que le peuple catholique, cela augmente le nombre
des damnés prodigieusement: ce calcul méritait bien les larmes
de Henri IV.
¾ C’est ainsi, sauf
une petite erreur dans le calcul (120 fois, au lieu de 300 fois), qu’on
trouve cette note dans l’édition de la Henriade donnée
par Marmontel en 1746, et dans l’édition des Oeuvres, qui
est de la même année. Dans cette dernière, elle est
marquée d’un astérisque, tandis que les autres notes ont
des lettrines. Elle ne fut pas reproduite dans les éditions de 1748,
1751, 1752, 1756, 1764,1768, 1775.
Dans une édition de 1748 (autre que celle de Dresde),
et que je crois d’Amsterdam ou de Rouen, elle est remplacée par
celle-ci:
« Ces vers ont un rapport bien sensible à
la terrible vérité du petit nombre des élus; et, sans
vouloir ici effrayer les imaginations faibles par un calcul qui n’est que
trop juste, il suffit de renvoyer aux paraboles des épis laissés
après la moisson, et des grappes échappées à
la diligence du vendangeur. Voyez surtout le sermon de l’évêque
de Clermont (Massillon) sur le petit nombre des élus, lequel est
un chef-d’oeuvre d’éloquence, et le modèle presque inimitable
des sermons. » (B.)
Note_94
Ce vers et les onze qui le suivent ont été ajoutés
dans l’édition de 1728.
Note_95
Dans les Conseils à M. Racine, ces vers sont ainsi
cités:
Adoucit-il les traits de sa main vengeresse?
Punira-t-il, hélas! des moments de faiblesse? |
Note_96Note
de Voltaire , 1730: On peut entendre par cet endroit les fautes
vénielles et le purgatoire. ¾
Les anciens eux-mêmes en admettaient un, et on le retrouve expressément
dans Virgile. (Id., 1746.)
Note_97Note
de Voltaire , 1723: Il ne s’agit pas d’examiner dans un poème
si Clovis et Charlemagne, François Ier, Charles V, etc., sont des
saints; il suffit qu’ils ont été de grands rois, et que dans
notre religion on doit les supposer heureux, puisqu’ils sont morts en chrétiens.
Note_98Note
de Voltaire , 1730: Louis XII est le seul roi qui ait eu le
surnom de Père du peuple.
Note_99
Imitation de Virgile, Énéide, livre VIII,
vers 670:
His dantem jura Catonem.
Note_100
Note de Voltaire , 1730: Sur ces
entrefaites mourut George d’Amboise, qui fut justement aimé de la
France et de son maître, parce qu’il les aimait tous deux également.
(Mézeray, Grande Histoire.)
Note_101
Les éditeurs de Kehl trouvent exagéré cet
éloge du cardinal d’Amboise.
Note_102
Louis XV.
Note_103Note
de Voltaire , 1730: Parmi plusieurs grands hommes de ce nom
on a eu ici en vue Guy de La Trimouille, surnommé le Vaillant, qui
portait l’oriflamme, et qui refusa l’épée de connétable
sous Charles VI.
Clisson (le connétable de), sous Charles VI.
Montmorency. Il faudrait un volume pour spécifier
les services rendus à l’État par cette maison.
Note_104
Note de Voltaire , 1730: Gaston
de Foix, duc de Nemours, neveu de Louis XII, fut tué de quatorze
coups à la célèbre bataille de Ravenne, qu’il avait
gagnée. Dans quelques éditions on lisait Dunois.
Note_105
Note de Voltaire , 1730: Guesclin
(le connétable du). Il sauva la France sous Charles V, conquit la
Castille, mit Henri de Transtamare sur le trône de Pierre le Cruel
et fut connétable de France et de Castille.
Note_106
Note de Voltaire , 1730: Bayard
(Pierre du Terrail, surnommé le Chevalier sans peur et sans reproche).
Il arma François Ier chevalier à la bataille de Marignan;
il fut tué en 1523, à la retraite de Rebec, en Italie.
Note_107
Note de Voltaire , 1730: Jeanne
d’Arc, connue sous le nom de la Pucelle d’Orléans, servante d’hôtellerie,
née au village de Domremy-sur-Meuse, qui, se trouvant une force
de corps et une hardiesse au-dessus de son sexe, fut employée par
le comte de Dunois pour rétablir les affaires de Charles VII. Elle
fut prise dans une sortie à Compiègne, en 1430, conduite
à Rouen, jugée comme sorcière par un tribunal ecclésiastique,
également ignorant et barbare, et brûlée par les Anglais,
qui auraient dû honorer son courage.
¾ Id., 1723:
Voici ce qu’on a écrit de plus raisonnable sur la Pucelle d’Orléans:
c’est Monstrelet, auteur contemporain, qui parle:
« En l’an 1428, vint devers le roi Charles de France,
à Chinon, où il se tenoit, une pucelle, jeune fille âgée
de vingt ans, nommée Jeanne, laquelle étoit vêtue et
habillée en guise d’homme, et étoit des parties entre Bourgogne
et Lorraine, d’une ville nommée Droimi, à présent
Domremy, assez près de Vaucouleur; laquelle pucelle Jeanne fut grand
espace de temps chambrière en une hôtellerie, et étoit
hardie de chevaucher chevaux, les mener boire, et faire telles autres apertises
et habiletés que jeunes filles n’ont point accoutumé de faire;
et fut mise à voye, et envoyée devers le roi, par un chevalier
nommé messire Roger de Baudrencourt, capitaine, de par le roi, de
Vaucouleur, etc. »
On sait comment on se servit de cette fille pour ranimer
le courage des Français, qui avaient besoin d’un miracle: il suffit
qu’on l’ait crue envoyée de Dieu, pour qu’un poète soit en
droit de la placer dans le ciel avec les héros. Mézeray dit
tout bonnement que saint Michel, le prince de la milice céleste,
apparut à cette fille, etc. Quoi qu’il en soit, si les Français
ont été trop crédules sur la Pucelle d’Orléans,
les Anglais ont été trop cruels en la faisant brûler;
car ils n’avaient rien à lui reprocher que son courage et leurs
défaites.
Note_108
Dans la Pucelle, chant II, vers 278-79, l’auteur a dit:
Suivez du moins cette auguste amazone
C’est votre appui; c’est le soutien du trône. |
Note_109
L’auteur de la Connaissance des beautés et des défauts
de la poésie et de l’éloquence dans la langue française,
en citant ce vers au mot Liberté, a mis:
Par d’invincibles noeuds.
Note_110
Imitation de Virgile (Énéide, liv. VI, vers 706):
Hune circum innumerae gentes populique volabant.
Note_111
Autre imitation de Virgile (Énéide, liv.
VI, vers 756 et suiv.):
Dardaniam prolem quae deinde sequatur
Gloria, qui maneant Itala de gente nepotes,
Illustres animas, etc. |
Note_112
Louis XIII.
Note_113Note
de Voltaire , 1730: Le cardinal Mazarin fut obligé de
sortir du royaume en 1651, malgré la reine régente, qu’il
gouvernait; mais le cardinal de Richelieu se maintint toujours, malgré
ses ennemis, et même malgré le roi, qui était dégoûté
de lui.
Note_114
Les opinions sur Colbert sont si opposées entre elles,
ses admirateurs l’ont placé si haut, ses détracteurs l’ont
ensuite tant rabaissé, qu’il n’existe peut-être pas un seul
livre où il soit mis à sa véritable place.
Pour juger un ministre, il faut examiner ses lois et
ses opérations, les rapprocher des circonstances, de l’histoire
de son temps, et surtout des lumières de ses contemporains. Si un
homme d’État a montré de l’humanité et de la justice;
si, quoique gêné par les circonstances et par les événements,
il a eu le bonheur du peuple pour premier objet; s’il a prouvé qu’il
avait les mêmes lumières que les hommes éclairés
de son siècle, on doit respecter sa mémoire, et lui pardonner
de n’avoir été ni supérieur aux événements,
ni au-dessus de ses contemporains.
Colbert, fils d’un marchand, d’abord commis d’un négociant,
puis clerc de notaire, devint intendant du cardinal Mazarin. Fouquet avait
été surintendant dans les dernières années
de la vie du cardinal; son administration était également
onéreuse et corrompue.
Des traitants inventaient de nouveaux offices, de nouveaux
droits sur les consommations, réveillaient d’anciennes prétentions
domaniales, inventaient des privilèges exclusifs, des lettres de
maîtrise, faisaient revivre des arrérages d’impôts.
Fouquet agréait ces projets, et en vendait le produit aux inventeurs
moyennant une somme payée comptant. Le gouvernement, alors très
faible protégeait peu ces traitants; mais comme ils ne donnaient
qu’une petite partie de la valeur de ce qu’on leur accordait, ils gagnaient
encore beaucoup Des parts dans les profits ou une somme d’argent décidaient
de la préférence que le premier ministre et le surintendant
accordaient aux faiseurs de projets. Ces emplois subalternes et les détails
de cette corruption furent la première école de Colbert.
Le cardinal le recommanda en mourant au roi comme un homme qui lui serait
utile.
Le premier soin de Colbert fut de chercher à perdre
Fouquet. Il lui était aisé de montrer à Louis XIV
que ce ministre n’était qu’un homme vain, uniquement occupé
de soutenir ses profusions par des moyens ruineux, et ne sachant qu’emprunter.
Mais ce n’était pas sa disgrâce, c’était sa perte que
ses ennemis voulaient, parce que Fouquet, disgracié, eût pu
éclairer le roi sur la conduite passée de Colbert et des
autres ministres.
Cependant Fouquet était procureur général,
et ne pouvait être jugé que par le parlement. Ce droit n’est,
à la vérité, que le droit commun de tout citoyen;
mais il est bien moins facile de le violer contre un procureur général.
On persuada à Fouquet de vendre sa charge, et d’en faire porter
le prix au trésor royal. La voix publique accusa Colbert de cette
perfidie. On peignit ensuite Fouquet à Louis XIV comme un homme
dangereux, qui avait fait fortifier Belle-Isle, qui avait des trésors,
des troupes, et des partisans. Louis le crut. L’indiscrétion de
Fouquet, qui avait voulu acheter Mlle de La Vallière dans le temps
même où elle résistait au roi, lui rendait le surintendant
odieux.
La perte de Fouquet fut donc résolue; et l’on
employa pour l’arrêter une dissimulation qu’on aurait à peine
pardonnée à Henri III, s’il eût voulu faire arrêter
le duc de Guise: tant on avait trompé Louis XIV sur la prétendue
puissance du malheureux surintendant! Il fut jugé par des commissaires.
Séguier, son ennemi déclaré, fut un de ses juges,
ainsi que Pussort, allié de Colbert. Le Tellier le persécutait
avec violence. On disait alors: « Le Tellier a plus d’envie que Fouquet
soit pendu; mais Colbert a plus peur qu’il ne le soit pas. » La commission
ne prononça qu’un bannissement perpétuel; ceux des juges
qui, par leur fermeté, empêchèrent les autres d’aller
plus loin, furent disgraciés; et on obtint du roi que Fouquet, qui
aurait pu du fond de sa retraite démasquer ses ennemis, serait mis
dans une prison perpétuelle. C’est sous ces auspices que Colbert
parvint au ministère.
Ses premières opérations furent la remise
des arrérages des tailles. Le trésor ne sacrifiait, par cet
arrangement, que ce qu’il ne pouvait espérer de recouvrer. A la
vérité on joignit à cette remise une diminution de
tailles; mais elle fut bientôt remplacée, et au delà,
sous une autre forme.
On retrancha le quatrième des rentes, c’est-à-dire
qu’on fit banqueroute d’un quart de ce que le roi devait aux rentiers.
Depuis cette époque, on compta les années
de l’administration de Colbert par des impôts et par des emprunts.
Il est vrai que l’on prétend qu’il s’opposa aux emprunts; que même
le premier président ayant proposé à Louis XIV un
emprunt, au lieu d’un impôt qu’il voulait établir, et le roi
l’ayant accepté, Colbert dit au premier président: «
Vous venez d’ouvrir une plaie que vos petits-fils ne verront pas refermer.
» Si ce trait est vrai, Colbert avait bien vu; mais il n’en est pas
plus excusable, à moins qu’on n’établisse comme un principe
de morale qu’il est permis à un ministre de faire le mal, lorsque
ce mal lui est nécessaire pour conserver sa place.
Quant aux impôts, la forme la plus onéreuse
au peuple fut constamment préférée. Le code des aides,
celui des gabelles, que Colbert publia, sont un monument d’absurdité
et de tyrannie; il est impossible de porter plus loin le mépris
des hommes; il est impossible que le ministre qui a écrit ce code
eût conservé quelques sentiments d’humanité ou de justice:
dans ses règlements sur les manufactures, on érigea en loi
ce qui n’était que l’avis des fabricants habiles sur la manière
de fabriquer, et on soumit à des peines corporelles et infamantes
les ouvriers qui ne se conformeraient pas à ces opinions. Enfin
Colbert, n’ayant plus d’expédients, imagina de faire une opération
sur les petites monnaies, et de soumettre à des droits les denrées
qui servent à la subsistance du petit peuple de Paris. Il mourut;
et son enterrement fut troublé par la populace, que ces dernières
opérations avaient révoltée, et qui voulait déchirer
son corps.
Tel fut Colbert; et nous n’avons rien dit qui ne soit
prouvé ou par l’histoire ou par la suite même de ses lois:
comment donc cet homme eut-il une si grande réputation? Comment
M. de Voltaire, l’ami de l’humanité, l’a-t-il appelé le premier
des humains? C’est ce qui nous reste à expliquer.
Colbert établit de la régularité
dans la recette des impôts, et de l’ordre dans les dépenses.
Cet ordre n’était pas de l’économie, les citoyens étaient
toujours vexés; mais les vexations étaient moins arbitraires;
les grands, les propriétaires riches, étaient ménagés,
le peuple souffrait seul; et ses cris, étouffés par une administration
vigilante et rigoureuse, n’étaient pas entendus au milieu des fêtes
de la cour.
La France, depuis les malheurs de François Ier
jusqu’à la paix des Pyrénées, avait été
dans un état de trouble et de désastres: ses frontières
menacées et envahies, les guerres de religion, les guerres des grands
contre Richelieu et Mazarin, la puissance des seigneurs dans les provinces;
toutes ces causes s’opposaient également à l’industrie du
cultivateur et à celle de l’artisan. Personne n’osait et même
ne pouvait faire d’avance ni pour la culture, ni pour des entreprises de
manufactures. Le commerce extérieur n’avait pu s’établir;
le commerce intérieur était languissant. On commença
à respirer après la paix des Pyrénées; les
frontières étaient en sûreté, la paix régnait
dans l’intérieur des provinces.
L’autorité du roi ne souffrait plus de partage,
et les vexations particulières cessèrent d’être à
craindre. Plus la nation avait été épuisée,
plus ses progrès durent être rapides; et il était naturel
qu’on attribuât à Colbert ce qui était l’ouvrage des
circonstances.
Colbert parut avoir encouragé le commerce et les
manufactures, parce qu’il fit beaucoup de lois sur ces objets, et qu’on
lisait dans le préambule qu’elles avaient pour objet de favoriser
le commerce et les manufactures.
La France n’avait jamais eu de marine; elle en eut une
sous Colbert: non que ce ministre eût des connaissances dans la marine;
mais il dépensa beaucoup, et il eut le bonheur de trouver des officiers
de mer habiles, audacieux, et entreprenants.
Plusieurs Français tentèrent des établissements
dans les deux Indes; et, tantôt en les encourageant, tantôt
en profitant de leur ruine, Colbert parvint à établir quelques
colonies, qui, bien que faibles et mal administrées, paraissaient
aux yeux des Français, alors peu instruits, avoir augmenté
leur puissance et leurs richesses.
Enfin Colbert, en favorisant les beaux-arts, en protégeant
les gens de lettres, se fit des partisans qui célébrèrent
ses louanges. La persécution qu’il suscita contre Saint-Évremond;
l’exclusion des grâces de la cour, par laquelle La Fontaine fut puni
de son attachement pour Fouquet; la dureté de Colbert envers Charles
Perrault, son injustice à l’égard de Charles Patin, annonçaient
une âme étroite et dure, peu sensible aux arts, et seulement
frappée de la vanité de les protéger. Mais à
peine ces petitesses furent-elles remarquées: l’Académie
des sciences établie, de grands voyages utiles aux sciences entrepris
aux frais du roi, l’observatoire construit, subjuguèrent les esprits.
Colbert mourut, et ses successeurs le firent regretter.
Ils n’eurent pas d’autres principes d’administration; ils augmentèrent
les impôts, et parurent moins occupés encore du bonheur du
peuple. Les manufactures, le commerce, furent aussi mal administrés,
et moins encouragés. La marine tomba; la première guerre
qui suivit sa mort fut mêlée de revers, et la seconde fut
malheureuse.
Enfin, plus Louvois était haï, plus Colbert
son rival gagnait dans l’opinion; sa conduite envers Fouquet fut presque
oubliée; on lui pardonna une fortune immense et le faste de sa maison
de Sceaux, en les comparant à la fortune scandaleuse d’Émeri,
aux prodigalités de Fouquet, et aux richesses des traitants de la
guerre de la succession.
A la mort de Louis XIV, la réputation de Colbert
augmenta encore: les principes de l’administration des finances, du commerce,
et des manufactures, étaient inconnus; et, lorsqu’on commença
en France à s’occuper de ces objets, ce fut pour adopter sur ces
matières l’opinion de Colbert.
On se plaignait de n’avoir plus de marine, et, sous lui,
la marine avait été florissante.
On regrettait la magnificence de la cour de Louis XIV.
On sentait les maux qu’avait causés la rigueur exercée contre
les protestants, et l’on croyait que Colbert les avait protégés;
on était dégoûté de la guerre, et Colbert passait
pour s’être opposé à la guerre.
Les dépenses excessives qu’il faisait pendant
la paix, pour satisfaire le goût de Louis XIV, paraissaient des moyens
de faire fleurir dans l’État les arts de luxe, d’animer les manufactures,
de rendre les étrangers tributaires de notre industrie.
Ce n’était pas après les opérations
de Law, et le haussement excessif des monnaies, qu’on pouvait reprocher
à Colbert les retranchements des rentes et une faible augmentation
dans la valeur du marc d’argent.
M. de Voltaire trouva donc la réputation de Colbert
établie, et il suivit l’opinion de son siècle: on ne peut
lui en faire un reproche. Ce qui, dans un homme occupé d’études
politiques, serait une preuve d’ignorance ou d’un penchant secret pour
des principes oppresseurs, n’est qu’une erreur très pardonnable
dans un écrivain qui a cru pouvoir s’en rapporter à l’opinion
des hommes les plus éclairés de l’époque où
il écrivait; et lorsque c’est l’amour des arts, de la paix, et de
la tolérance, qui a inspiré cette erreur, il y aurait de
l’injustice à ne point la pardonner. Depuis ce temps la science
de l’administration a fait des progrès, ou plutôt elle a été
créée, du moins en France; et Colbert a été
traité avec d’autant plus de sévérité, que
l’enthousiasme avait été plus vif.
On aurait tort sans doute de lui reprocher d’avoir ignoré
ce que personne ne savait de son temps. On doit louer son application au
travail, son exactitude; mais ni sa conduite envers Fouquet, ni les moyens
ruineux qu’il employa pour soutenir, aux dépens du peuple, le faste
de la cour, ni la dureté de ses règlements pour les manufactures,
ni la barbarie du code des aides et des gabelles, ni ses opérations
sur les monnaies, ni les retranchements des rentes, ne peuvent être
excusés.
On peut le regarder comme un homme habile, mais non comme
un homme de génie; ce nom ne convient en politique qu’à ceux
qui s’élèvent au-dessus des opinions et des idées
même des hommes éclairés de leur siècle. On
peut moins encore le regarder comme un homme vertueux; car ce nom n’est
dû qu’au ministre qui n’a jamais sacrifié ni la nation à
la cour, ni la justice à ses intérêts. (K.)
Note_115Note
de Voltaire , 1746: Le peuple, ce monstre féroce et aveugle,
détestait le grand Colbert, au point qu’il voulut déterrer
son corps; mais la voix des gens sensés, qui prévaut à
la longue, a rendu sa mémoire à jamais chère et respectable.
Note_116
Louis XIV. (Id., 1723.)
Note_117
Imitation de Virgile, Énéide (VI, 847-48):
Excudent alii spirantia mollius aera,
. . . . . . . .Vivos ducent de marmore vultus. |
Note_118
L’Académie des sciences, dont les mémoires sont
estimés dans toute l’Europe. (Id., 1730.)
Note_119
Note de Voltaire , 1730: Louis
de Bourbon, appelé communément le grand Condé, et
Henri, vicomte de Turenne, ont été regardés comme
les plus grands capitaines de leur temps; tous deux ont remporté
de grandes victoires, et acquis de la gloire même dans leurs défaites.
Le génie du prince de Condé semblait, à ce qu’on dit,
plus propre pour un jour de bataille, et celui de M. de Turenne pour toute
une campagne. Au moins est-il certain que M. de Turenne remporta des avantages
sur le grand Condé à Gien, à Étampes, à
Paris, à Arras, à la bataille des Dunes; cependant on n’ose
point décider quel était le plus grand homme.
Note_120
Note de Voltaire , 1730: Le maréchal
de Catinat, né en 1637. Il gagna les batailles de Staffarde et de
la Marsaille, et obéit ensuite, sans murmurer, au maréchal
de Villeroi, qui lui envoyait des ordres sans le consulter. Il quitta le
commandement sans peine, ne se plaignit jamais de personne, ne demanda
rien au roi, mourut en philosophe dans une petite maison de campagne à
Saint-Gratien, n’ayant ni augmenté ni diminué son bien, et
n’ayant jamais démenti un moment son caractère de modération.
Note_121Note
de Voltaire , 1730: Le maréchal de Vauban, né
en 1633, le plus grand ingénieur qui ait jamais été,
a fait fortifier, selon sa nouvelle manière, trois cents places
anciennes, et en a bâti trente-trois; il a conduit cinquante-trois
sièges, et s’est trouvé à cent quarante actions; il
a laissé douze volumes manuscrits pleins de projets pour le bien
de l’État, dont aucun n’a encore été exécuté.
Il était de l’Académie des sciences, et lui a fait plus d’honneur
que personne en faisant servir les mathématiques à l’avantage
de sa patrie.
Note_122Note
de Voltaire , 1730: François-Henri de Montmorency, qui
prit le nom de Luxembourg, maréchal de France, duc et pair, gagna
la bataille du Cassel sous les ordres de Monsieur, frère de Louis
XIV, remporta en chef les fameuses victoires de Mons, de Fleurus, de Steinkerque,
de Nerwinde, et conquit des provinces au roi. Il fut mis à la Bastille,
et reçut mille dégoûts des ministres.
Note_123Note
de Voltaire , 1730: On s’était proposé de ne parler
dans ce poème d’aucun homme vivant; on ne s’est écarté
de cette règle qu’en faveur du maréchal duc de Villars.
Il a gagné la bataille de Frédelingue et
celle du premier Hochstedt. Il est à remarquer qu’il occupa dans
cette bataille le même terrain où se posta depuis le duc de
Marlborough, lorsqu’il remporta contre d’autres généraux
cette grande victoire du second Hochstedt, si fatale à la France.
Depuis, le maréchal de Villars, ayant repris le commandement des
armées, donna la fameuse bataille de Blangis ou de Malplaquet, dans
laquelle on tua vingt mille hommes aux ennemis, et qui ne fut perdue que
quand le maréchal fut blessé.
Enfin, en 1712, lorsque les ennemis menaçaient
de venir à Paris, et qu’on délibérait si Louis XIV
quitterait Versailles, le maréchal de Villars battit le prince Eugène
à Denain, s’empara du dépôt de l’armée ennemie
à Marchiennes, fit lever le siège de Landrecies, prit Douai,
le Quesnoy, Bouchain, etc., à discrétion, et fit ensuite
la paix à Rastadt, au nom du roi, avec le même prince Eugène,
plénipotentiaire de l’empereur.
Note_124
Fréron (Année littéraire, 1770,
V, 418) prétend que ce vers est pris à Cotin, qui a dit:
Il arrachait la foudre à l’aigle des césars.
Note_125
Note de Voltaire , 1730: Feu M.
le duc de Bourgogne.
Note_126
Imitation de Virgile (Énéide, VI, 866):
Sed nox atra caput tristi circumvolat umbra.
Note_127
Virgile a dit (Énéide, VI, 869-70):
Ostendent terris hunc tantum fata, neque ultra
Esse sinent. |
Note_128
Rousseau, dans son Ode à la Fortune, avait dit:
Et qui, père de la patrie,
Compte ses jours par ses bienfaits. |
Note_129Note
de Voltaire , 1733: Ce poème fut composé dans
l’enfance de Louis XV.
Note_130
Imitation de Racine (Athalie, acte I, scène 1re):
Le ciel même peut-il réparer les ruines
De cet arbre séché jusque dans ses racines? |
Note_131Note
de Voltaire , 1730: Vrai portrait de Philippe, duc d’Orléans,
régent du royaume.
Note_132Note
de Voltaire , 1737: Dans le temps que cela fut écrit,
la branche de France et la branche d’Espagne semblaient désunies.
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