OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE
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LA HENRIADE

AVERTISSEMENT DE BEUCHOT.

Voltaire lui-même dit(5) qu'il « commença la Henriade à Saint-Ange(6), chez M. de Caumartin, intendant des finances, après avoir fait Oedipe, et avant que cette pièce fût jouée. » On sait, par une note du Commentaire historique, qu'Oedipe était achevé en 1713; mais cette tragédie ne fut jouée qu'en 1718. C'est donc dans cet intervalle de cinq ans que fut conçue la Henriade.

Voltaire, que ses parents, à son retour de Hollande, avaient forcé d'entrer chez un procureur, fut bientôt dégoûté du métier; et M. de Caumartin obtint de son père la permission d'emmener à Saint-Ange le jeune Arouet. Le père de Caumartin, qui s'y trouva, avait, dans sa jeunesse, vécu avec des seigneurs de la cour de Henri IV et des amis de Sully. Les récits qu'il faisait à Voltaire eurent bientôt enflammé l'imagination du poète, qui résolut d'être le chantre de Henri. C'est une tradition reçue, consacrée, que, pendant sa détention à la Bastille, en 1716, Voltaire composa le second chant de son poème(7). On peut donc faire remonter à 1715 l'idée première de la Henriade. L'auteur avait vingt et un ans. 

Il était assez naturel de dédier le poème au roi de France, qui était le cinquième descendant de Henri IV. Voltaire pouvait espérer que son ouvrage serait imprimé à l'imprimerie royale. Il faisait graver des planches d'après ses idées et les dessins de Coypel, Galloche, et Detroye(8). La dédicace était, au moins en grande partie, rédigée, lorsqu'un refus inconcevable dérangea tous les projets du poète. Ce qui de cette dédicace a échappé à la destruction n'a été publié qu'en 1821. Ce n'est qu'un fragment, mais il est étendu. Il ne peut être mis à la tête d'une édition, mais je dois le conserver comme monument. Le voici: 

« Sire, tout l'ouvrage où il est parlé des grandes actions de Henri IV doit être offert à Votre Majesté. C'est le sang de ce héros qui coule dans vos veines. Vous n'êtes roi que parce qu'il a été un grand homme, et la France, qui vous souhaite autant de vertus et plus de bonheur qu'à lui, se flatte que le jour et le trône que vous lui devez vous engageront à l'imiter. 

« Henri IV était, de l'aveu de toutes les nations, le meilleur prince, le maître le plus doux, le plus intrépide capitaine, le plus sage politique de son siècle. Il conquit son royaume à force de vaincre et de pardonner. Après plus de cent combats sanglants et plus de deux cents sièges, il se vit enfin maître de la France, mais de la France désolée et épuisée d'hommes et d'argent; les campagnes étaient incultes, les villes désertes, les peuples misérables. Henri IV en peu d'années répara tant de ruines; et parce qu'il était juste et qu'il savait choisir de bons ministres, il rétablit l'ordre dans l'État et dans les finances; il sut en même temps enrichir son épargne et ses peuples. 

« Heureux d'avoir connu l'adversité, il compatissait aux malheurs des hommes, et il modérait les rigueurs du commandement que lui-même il avait ressenties. 

« Les autres rois ont des courtisans, il avait des amis; son coeur était plein de tendresse pour ses vrais serviteurs. Il écrivit au fameux Duplessis-Mornay, qui avait reçu un outrage: « Comme votre roi, je vous ferai justice; et comme votre ami, je vous offre mon épée. » Plusieurs Français gardent avec un respect religieux quelques lettres écrites de sa main, monument de sa justice et de sa bonté. Une à M. de Caumartin, depuis garde des sceaux, commençait par ces mots: Euge(9), serve bone et fidelis; quia supra pauca fuisti fidelis, supra multa te constituam. « Courage, bon et fidèle serviteur; puisque vous m'avez bien servi dans les petites choses, je vous en confierai de plus importantes. » 

« Tout le monde connaît celle qu'il écrivit au duc de Sully au sujet des habitants des vallées de la Loire, ruinés par les débordements de cette rivière: 

« Pour ce qui touche la ruine des eaux, Dieu m'a donné mes sujets pour les conserver comme mes enfants; que mon conseil les traite avec charité. Les aumônes sont agréables à Dieu, particulièrement en cet accident; j'en sentirois ma conscience chargée; que l'on les secoure de tout ce qu'on jugera que je le pourrai faire. » 

« Ce roi, qui aimait véritablement ses sujets, ne regarda jamais leurs plaintes comme des séditions, ni les remontrances des magistrats comme des attentats à l'autorité souveraine. Quelquefois son conseil prit des moyens odieux pour rétablir les finances. On créa des impôts qui firent soulever les peuples. Henri IV réprima doucement les séditieux, il rétablit ces impôts pour marquer son pouvoir, et les révoqua presque en même temps pour signaler sa bonté. Les députés des villes où les séditions s'étaient allumées vinrent se jeter aux pieds du roi, dans la crainte qu'on ne fit bâtir des citadelles dans leurs villes: « Je n'en veux point avoir d'autres, reprit le roi, que le coeur de mes sujets. » 

« Ce fut à peu près dans une pareille occurrence que l'un des plus sages et des plus vertueux magistrats que la France ait jamais eus, Miron, lieutenant civil et prévôt des marchands, fit au roi des remontrances hardies au sujet des rentes de l'hôtel de ville, dont on voulait faite une recherche préjudiciable à l'intérêt et au repos des familles; les paroles de Miron qui n'étaient que fortes, parurent séditieuses aux courtisans Plusieurs conseillèrent au roi de le faire enfermer à la Bastille. Au premier bruit de ces conseils violents, le peuple, qui idolâtrait Miron, et qui n avait pas encore perdu cette audace et cette impétuosité que donnent les guerres civiles, accourut en foule à la porte de ce magistrat. Il fit retirer la populace avec sagesse, et vint se présenter à Henri IV, plein d'une confiance que lui donnaient sa vertu et celle de son maître. Quand il parut devant le roi, il n'en reçut que des éloges. Le prince approuva sa fidélité et la hardiesse de son zèle. « Vous avez voulu, dit-il, être le martyr du public, mais je ne veux point en être le persécuteur. » Il fit plus, il révoqua son édit, et apprit aux rois, par cet exemple, qu'ils ne sont jamais si grands que lorsqu'ils avouent qu'ils se sont trompés. Le dirai-je, sire? oui, la vérité me l'ordonne; c'est une chose bien honteuse pour les rois que cet étonnement où nous sommes quand ils aiment sincèrement le bonheur de leurs peuples. Puissiez-vous un jour nous accoutumer à regarder en vous cette vertu comme un apanage inséparable de votre couronne! Ce fut cet amour véritable de Henri IV pour la France qui le fit enfin adorer de ses sujets. 

« Les coeurs que l'esprit de la Ligue avait endurcis s'attendrirent; ceux qui s'étaient le plus opposés à sa grandeur n'en désiraient plus que l'affermissement et la durée. Dans ce haut degré de gloire, il allait changer la face de l'Europe; il partait à la tête d'une armée formidable(10); on allait voir éclore un dessein inouï que seul il avait pu former, et qu'il était seul capable d'exécuter, lorsqu'au milieu de ces préparatifs et sous les arcs de triomphe préparés pour son épouse il fut assassiné. 

« A ces paroles, qui furent en un moment portées dans tout Paris: Le roi est mort! la consternation saisit tous les coeurs, on n'entendit que des cris et des gémissements; on s'embrassait en versant des larmes. Les vieillards disaient à leurs enfants: « Vous avez perdu votre père. » Vous le savez, sire, ce ne sont point des exagérations, c'est l'exacte peinture de la douleur que sa mort fit sentir à la France. 

« Vous êtes né, sire, ce que Henri le Grand devint par son courage. Ce trône qu'il conquit à quarante ans, dont il trouva les fondements ébranlés et teints du sang des Français, la nature vous l'a donné dans votre enfance, glorieux et paisible. Les coeurs des Français que ses vertus forcèrent si tard à l'aimer, vous les possédez dès votre berceau. Vos yeux ne se sont ouverts que pour voir des hommes pénétrés pour vous d'une tendresse respectueuse; que dis-je, la France vous adore! » 

Il paraît que les difficultés vinrent de la censure(11). Mais le poème était déjà connu. L'auteur en faisait des lectures chez le président des Maisons et recueillait les observations des personnes qui y assistaient, et parmi lesquelles était le président Hénault. Un jour, fatigué des critiques vétilleuses qu'il essuyait, Voltaire jette au feu le manuscrit et dit à ses juges: « Il n'est donc bon qu'à être brûlé. » 

Duvernet, qui dit tenir l'anecdote du président Hénault lui-même, ajoute(12) que le président s'élance à la cheminée et dérobe la Henriade aux flammes. Aussi écrivait-il longtemps après à Voltaire: « Souvenez-vous que pour l'arracher au feu il m'en a coûté une paire de manchettes de dentelle. » 

Près de cent ans après avoir été refusée par Louis XV, ou du moins en son nom, la Henriade eut une destinée bien différente. Lorsqu'en 1818 on rétablit sur le terre-plein du Pont-Neuf une statue de Henri IV, on ne trouva rien de mieux à mettre dans le ventre du cheval qu'un exemplaire de cette même Henriade(13).

Dans un voyage qu'il fit à La Haye en octobre 1722, Voltaire proposa son ouvrage au libraire Levier, qui l'annonça par souscription. L'édition devait être in-4° et ornée des gravures faites sous les yeux de Voltaire, et dont j'ai déjà parlé. Le titre était Henri IV, ou la Ligue, poème héroïque. La souscription devait être fermée le 34 mars 1723(14). L'affaire fut rompue, et le libraire rendit l'argent aux souscripteurs. 

Rebuté pour ainsi dire de tous côtés, Voltaire, qui n'avait pas fait un poème pour le garder en portefeuille, se décida à le faire imprimer clandestinement. Sa correspondance(15) nous apprend que l'édition fut faite à Rouen, par Viret, libraire. Ce ne peut être que l'édition in-8° intitulée la Ligue, ou Henri le Grand, poème épique, par M. de Voltaire, à Genève, chez Mokpap, mdccxxiii, in-8° de viii et 231 pages. L'ouvrage est en neuf chants; et il y a quelques lacunes qui sont remplies par des points ou par des étoiles. 

L'année suivante parut une édition in-12 sous le même titre. On croit qu'elle fut faite à Évreux(16), quoiqu'elle porte l'adresse d'Amsterdam. Desfontaines, qui en fut l'éditeur, avoua à Michault(17) avoir rempli à sa fantaisie des lacunes de l'édition précédente, et avoir ajouté ces deux vers signalés par Voltaire: 
 

En dépit des Pradons, des Perraults, des H*** (Houdarts), 
On verra le bon goût fleurir de toutes parts.

Mais toutes les lacunes n'étaient pas remplies dans l'édition de Desfontaines. 

C'est aussi en 1724 que parut une autre édition petit in-8°, portant les mêmes titre et adresse que l'édition de 1723, à laquelle elle est conforme pour le texte comme pour les lacunes. 

Ces trois éditions étaient connues de Voltaire, qui les cite dans une note(18) où il répond à l'abbé Sabatier qui l'accusait d'avoir, pour la Henriade, pillé le Clovis de Saint-Didier, dont la première édition n'est que de 1725. 

L'auteur étant à Londres en 1727, y annonça une souscription pour une édition in-4° de la Henriade, et il eut beaucoup à se louer de la générosité anglaise. Peu après son arrivée en Angleterre, le juif Acosta lui fit banqueroute de vingt mille francs(19). Le roi d'Angleterre, instruit de ce malheur, envoya deux mille écus à Voltaire(20). On porte à cent cinquante mille livres le produit de la souscription: ce fut une des premières sources de sa fortune(21).

Sur le refus du roi de France, ce fut à la reine d'Angleterre que la Henriade fut dédiée. Cette dédicace en anglais ne fut pas reproduite dans les éditions des Oeuvres de Voltaire; mais Marmontel la comprit, ainsi que la traduction par Lenglet-Dufresnoy, dans la préface qu'il composa, en 1746, pour la Henriade, et que j'ai reproduite à l'exemple de mes prédécesseurs. 

L'édition in-4°, ornée des gravures que l'auteur avait fait exécuter, porte la date de I 728 et le titre de la Henriade, de M. de Voltaire. Mais son prix n'étant pas à la portée de tout le monde, Voltaire autorisa un libraire de Londres à en publier une dans le format in-8°, qui parut sous le même millésime. On imprima à la suite des Pensées sur la Henriade.

Une autre édition parut encore en 1728 en Hollande. Les Pensées y sont reproduites, mais sous le titre de Critique de la Henriade(22). Elles ne sont pas dans une édition de 1729. 

Une édition avouée par l'auteur parut, en 1730, in-8°. Un grand nombre de notes y furent ajoutées. 

C'est dans l'édition de 1732 que Voltaire corrigea la traduction que Desfontaines avait faite de l'Essai sur la poésie épique, ouvrage que l'auteur refit en français pour l'édition de 1733. Cette édition de 1733 est la première qui donne des variantes, qui toutefois ne sont qu'au nombre de deux, aux chants IV et VII. 

L'édition de 1734 n'est que la réimpression de celle de 1733.

C'est à Linant que l'on doit l'édition de 1737, dont if fit la préface. Quelques notes encore furent ajoutées à cette édition, la première où ait paru la Lettre de Cocchi, traduite par le baron Elderchen. 

Dans l'édition des Oeuvres de Voltaire, 1738-39, quatre volumes in-8°, on suivit pour la Henriade le texte de 1737; mais une note fut ajoutée sur le vers 197 du chant VI. 

Il est évident que l'édition des Oeuvres, faite en 1739, avait été entreprise à l'insu de l'auteur; car l'Essai sur la poésie épique y est conforme à la traduction de l'abbé Desfontaines, et non au texte refait par Voltaire dès 1733. 

En 1741, ou du moins sous cette date, fut émise la Henriade de M. de Voltaire avec des remarques et les différences qui se trouvent dans les diverses éditions de ce poème, Londres in-4°. Ce n'est point une nouvelle édition, mais tout simplement l'édition de 1728, qu'on rajeunit au moyen d'un nouveau titre, et en ajoutant: 1° en tête un Avertissement du libraire, la Préface de Linant (de 1737), et quelques autres pièces préliminaires; 2° à la fin du dernier chant, les arguments, notes, et variantes. Le travail des variantes est très incomplet. Quant aux remarques, l'éditeur les a tantôt réduites, tantôt étendues. Quelquefois même la rédaction de Voltaire a été mise de côté. 

Voltaire dit(23) que cette édition fut donnée par Gandouin, libraire à Paris, et que c'était l'abbé Lenglet-Dufresnoy qui avait recueilli les variantes. Il est à remarquer que Michault, auteur des Mémoires pour servir à l'Histoire de la Vie et des ouvrages de M. l'abbé Lenglet-Dufresnoy, 1764, in-12, ne fait aucune mention de ce travail. 

En ne parlant que des éditions qui méritent quelque attention, je ne dois point passer sous silence l'édition de la Henriade qui forme le tome Ier des Oeuvres, 1746, six volumes in-12. Elle contient, au chant VII, la note sur Colbert, et celle qu'on appelle la note des damnés, parce qu'elle donne un calcul sur le nombre des damnés. La nouvelle préface, composée pour cette édition, est intéressante. Dans quelques notes (pages 316, 344, 359, 360, 367, 371, 379, 381, 385, 388) sont réfutées des remarques de Lenglet-Dufresnoy. 

C'est pour une édition séparée de la Henriade, 1746, deux volumes in-12, que Marmontel composa une préface qu'on a presque toujours réimprimée avec la Henriade. L'édition de Marmontel a aussi la note des damnés. Mais la rédaction définitive de cette note est de 1748, dans l'édition in-12 d'Amsterdam (Rouen), qu'il ne faut pas confondre avec l'édition de Dresde de la même année, qui ne contient aucune des deux versions de la note sur les damnés, et qui a pourtant les notes réfutatives des remarques de Lenglet-Dufresnoy. 

Les éditions qui suivirent ne présentent que quelques corrections. 

En 1769, il circula des exemplaires d'une édition intitulée la Henriade, avec des remarques, à Henrichemont et à Bidache (à Toulouse), 1769, in-12. Les remarques sont de La Beaumelle, qui, non content de critiquer l'ouvrage, en refait des passages. Voltaire fit saisir l'édition. Il en avait le droit, puisque c'était une réimpression entière de son poème. Mais elle ne fut pas détruite. On la rendit, en 1793, aux héritiers, qui en firent une nouvelle publication en 1803. Dans l'Avis du libraire on se récrie contre la saisie faite ce 1769. Je possède un exemplaire avec le frontispice de 1769, et un avec celui de 1803. La saisie de 1769 n'effraya pas Fréron, qui, six ans après, mit au jour un Commentaire sur la Henriade, par feu M. de La Beaumelle, revu et corrigé par M. F. (Fréron), 1775, un volume in-4°, ou deux volumes in-8°. François de Neufchâteau proposait(24) d'intenter un procès à Fréron. Voltaire combattit ce projet(25).

A quelques corrections près, les volumes publiés par Fréron sont une réimpression du volume de 1769. Ils contiennent la Henriade tout entière et en corps d'ouvrage. Le Commentaire est au bas des pages. 

Cinq ans après on vit paraître la Henriade, avec la réponse de M. B. (Bidaut) à chacune des principales objections du Commentaire de La Beaumelle, 1780, un volume in-12; sur le faux titre du volume on lit: la Henriade vengée.

Voltaire était mort depuis deux ans. Les presses ne cessaient pas et n'ont pas cessé depuis de multiplier les exemplaires de la Henriade en divers formats, mais presque toujours sans aucun nouveau travail d'éditeur. 

Palissot publia, en 1784, une édition in-8°, dans laquelle il a introduit plusieurs versions nouvelles qu'il dit tenir la plupart de Voltaire, mais sans le prouver. 

Le travail de Jean Sivrac, qui donna à Londres, en 1795, une édition in-18, se borne à avoir réduit les notes de Voltaire comme celles de ses éditeurs. 

C'est à Sardy de Beaufort que l'on doit la Henriade, avec des notes et des observations critiques dédiées à la jeunesse, par M. ***, ancien officier, Avignon, Aubanel, 1809, in-18. 

La Henriade, poème auquel sont joints les passages des auteurs anciens et modernes qui présentent des points de comparaison; édition classique, par un professeur de l'Académie de Paris, Paris, Duponcet, 1813, in-18, est le travail de M. Naudet, membre de l'Institut. 

C'est par exception et comme chef-d'oeuvre typographique que je mentionne la Henriade, poème de Voltaire, Paris, P. Didot aîné, 1819, in-folio, tiré à 125 exemplaires. Il n'y a aucun travail d'éditeur. 

Quoique portant la même date de 1819, ce ne fut qu'en 1823 que fut mise au jour la Henriade, poème épique en dix chants, Paris, F. Didot, petit in-folio. M. Daunou a donné des soins à cette édition, à laquelle il a ajouté des notes critiques et littéraires. 

Par la publication de la Henriade, avec des remarques de Clément, etc., Paris, Ponthieu, 1823, in-8°, M. Lepan s'est acquis de nouveaux droits à être placé parmi les éditeurs qui dénigrent les auteurs qu'ils réimpriment. 

La même année 1823, M. Fontanier fit imprimer à Rouen la Henriade, avec un commentaire classique, un volume in-8°. 

Dans l'édition publiée à Nantes, 1826, in-12, M. l'abbé Bernier annonce avoir corrigé ou supprimé quelques vers contraires à la saine doctrine et aux bonnes moeurs.

Les innombrables éditions de la Henriade prouvent un succès que confirment encore les nombreux écrits dont elle a été le sujet. Je ne parlerai que de quelques-uns 

Les Réflexions critiques sur un poème intitulé la Ligue, etc., 1724, in-8°, eurent deux éditions en 1724. On les attribue à Bonneval. 

Une Lettre critique, ou Parallèle des trois poèmes épiques anciens, savoir l'Iliade, l'Odyssée d'Homère, et l'Énéide de Virgile, avec le poème nouveau intitulé la Ligue, ou Henri le Grand, poème épique par M. de Voltaire, à mademoiselle Del..., Paris, Legras, 1724, in-8° de seize pages, est d'un nommé Bellechaume, qui avait publié une Réponse à l'Apologie du nouvel Oedipe, 1719, in-8°, et qui donna encore une Seconde Lettre et Critique générale, ou Parallèle des trois poèmes épiques anciens, l'Iliade et l'Odyssée d'Homère, et l'Énéide de Virgile, avec le nouveau prétendu poème épique intitulé la Ligue, ou Henri le Grand, à mademoiselle Del.,., 1724, in-8° de quarante-six pages. 

L'Apologie de M. de Voltaire adressée à lui-même, 1725, in-8°, fut réimprimée dans la Bibliothèque française, tome VII, pages 259-280. A.-A. Barbier, d'après Chaudon, attribue cette critique de la Henriade à l'abbé Pellegrin, se fondant sur ce qu'il est dit à la fin de la pièce: « Celui qui vous adresse cette Apologie est l'auteur de la comédie du Nouveau Monde. » Mais c'est un détour du véritable auteur, l'abbé Desfontaines, qui perfidement cite les vers qu'il avait ajoutés sur les Pradons, les Perraults, les Houdarts. Les éditeurs de la Bibliothèque française disent nettement, page 257: « Cette pièce est de l'abbé D. F. » 

Le titre des Lettres critiques sur la Henriade de M. de Voltaire, 1728, in-8° de cinquante pages, annonçait que l'auteur avait le projet de publier plusieurs lettres. Mais il n'en a paru qu'une qui contient la critique du premier chant. Elle est de Saint-Hyacinthe, et a été réimprimée dans la Bibliothèque française, tome XII, pages 104-15, et n'a rien de commun avec la Critique de la Henriade (en neuf lettres), qu'on trouve dans le Voltariana.

Des Pensées sur la Henriade (Londres), 1728, in-8°, ont été réimprimées sous un autre titre dans les éditions de la Haye, 1728, et de Paris, 1826. 

Le Journal de Trévoux, de juin 1734, contient une critique de la Henriade. La Bruère y répondit par une Lettre sur la Henriade, qui fut insérée au Mercure de décembre 1731. 

Les Remarques historiques, politiques, mythologiques, et critiques sur la Henriade de M. de Voltaire, par le P. L... (Lebrun), la Haye, 1741, un volume in-8° de près de deux cent cinquante pages, auraient pu aussi être appelées théologiques; car il y en a un assez grand nombre de cette espèce. Lebrun était calviniste, à en juger par ce qu'il dit des vers 241 et 242 du chant Ier. Il n'est pas le seul sectaire qui ait condamné la Henriade. Dans la seconde édition, donnée par le P. Colonia, de la Bibliothèque janséniste, page 156, est comprise la Ligue, ou Henri le Grand, poème épique, auquel, par faute d'impression, on donna la date de 1743. Ce qui n'est pas moins singulier, c'est que, dans la quatrième édition que donna le P. Patouillet, sous le titre de Dictionnaire des livres jansénistes ou qui favorisent le jansénisme, 1752, quatre volumes in-12, on ne retrouve plus le poème de Voltaire qui, certes, ne s'était pas amendé. 

Le Parallèle de la Henriade et du Lutrin (par Batteux), 1746, in-12, est tout à l'avantage du Lutrin. 

Des Observations critiques sur le premier chant de la Henriade furent imprimées dans le Conservateur, octobre 1758, pages 132-170. 

Les sixième, septième, et huitième lettres de Clément à Voltaire, publiées en 1775 et 1776, sont consacrées à la Henriade.

Un Examen critique de la Henriade parut dans le Conservateur décadaire des principes républicains et de la morale publique, journal qui se publiait à Paris en 1794, et dont la collection forme deux volumes in-8°. Cet Examen est des citoyens Denis, Drobecq, Boucheseiche, et La Chapelle. 

Onze ans après on imprima la Philosophie de la Henriade, ou Supplément nécessaire aux divers jugements qui en ont été portés, surtout à celui de M. de Laharpe, par M. T. (Tabaraud), ancien supérieur de l'Oratoire, 1805, in-8°, dont une nouvelle édition augmentée est de 1824. 

Les tragédies de Voltaire furent presque toutes parodiées à l'instant de leur apparition. Ce ne fut que vingt-deux ans après la première édition de la Ligue (ou Henriade) qu'on vit paraître la Henriade travestie en vers burlesques (par Fongeret de Montbron), Berlin (Paris), 1745, in-12, plusieurs fois réimprimé. L'auteur désavoua une édition de Rouen, avec des variantes qui ne sont pas de lui; voyez l'Année littéraire, 1756, tome Ier, page 356. 

L'ouvrage de Montbron, dont on a retenu quelques traits, ne pouvait être parodié, mais il a été traduit dans un des patois de la France, sous ce titre: la Henriade de Voltaire mise en vers burlesques auvergnats, imités de ceux de la Henriade travestie de Marivaux, suivie du quatrième livre de l'Énéide de Virgile, 1798, in-18. Le traducteur auvergnat se trompe quand il attribue la Henriade travestie à Marivaux, qui a fait l'Homère travesti; ou l'Iliade en vers burlesques, 1716, deux volumes in-12. 

Dans une note à la fin de la seconde partie du Supplément au Siècle de Louis XIV, in-12, Voltaire dit qu'un auteur s'est avisé « de faire un poème épique de Cartouche et de parodier la Henriade sur un si vil sujet. » L'amour-propre d'auteur a entraîné Voltaire un peu trop loin. Le comédien Grandval père, auteur de le Vice puni, ou Cartouche, poème (en douze chants), 1725, in-8°, nouvelle édition, 1726, in-8°, y parodie quelques vers de Corneille, de Molière, de Boileau, de Racine, et de Voltaire(26). Il n'y avait pas, ce me semble, motif de se fâcher d'être en si bonne compagnie. 

Les centons en français ne sont pas nombreux. Il en existe un intitulé le Siège de Paris et les vers de la Henriade de Voltaire distribués en une tragédie en cinq actes, terminée par le couronnement de Henri IV; par l'auteur d'Eulalie, ou des Préférences amoureuses, drame en cinq actes et en prose (feu Bohaire Dutheil), la Haye, et Paris, 1780, in-8° de quarante pages. 

Avant Voltaire on avait chanté Henri IV en latin, en italien, et même en français. Claude Quillet, auteur de la Callipédie, avait composé une Henricias. Ce poème latin était en douze chants; il n'a point été imprimé; le manuscrit était dans la bibliothèque du cardinal d'Estrées. 

Jules Malmignati, poète du dix-septième siècle, avait fait imprimer l'Enrico, ovvero Francia conquistata, poema eroico, Venise, 1623, in-8°. Villoison a, dans le Magasin encyclopédique, cinquième année, tome Ier, page 299, donné une notice de ce rare ouvrage. Le poème italien est en vingt-deux chants. « Ce qu'il y a de plus remarquable dans le poème de Malmignati, c'est que (chant VI, pages 129 et suivantes) Henri IV est enlevé au ciel, dans un char de feu, pendant la nuit, et y voit les places destinées aux princes chrétiens, et (chant XXII, pages 468 et suivantes) saint Louis lui apparaît et l'exhorte à embrasser la religion catholique; Henri se rend à ses instances; et le dénouement de la Henriade de Malmignati est le même que celui de la Henriade de Voltaire, qui lui est postérieure d'un siècle. » L'abjuration de Henri IV est un fait qui devait naturellement être la conclusion d'un poème sur Henri. Le rapport qu'il y a entre les sixièmes chants des poèmes de Malmignati et de Voltaire prouve que tous deux avaient lu l'Énéide; la source appartenait à l'un et à l'autre. 

Sébastian Garnier, contemporain de Henri IV, avait publié, en 1593 et 1594, les huit derniers et les deux premiers chants d'un poème de sa façon, intitulé la Henriade, qui devait avoir seize chants. Ce livre était tellement oublié (je pourrais dire inconnu) qu'il n'en est pas fait mention dans la première édition de la Bibliothèque historique de la France du P. Lelong, et que, dans la seconde édition de ce grand travail bibliographique, on ne parle que des huit derniers chants. Le succès de la Henriade de Voltaire donna l'idée de réimprimer la Henriade et la Loyssée de Sébastian Garnier en un volume in-8°. Ce fut en 1770 que, pour me servir des expressions de Voltaire dans une autre occasion, la nouvelle édition parut et disparut. 

Ce n'est pas pour lutter avec Voltaire que M. Maizony de Lauréal a composé la Petite Henriade, ou l'Enfance de Henri IV, poème en trois chants, 1824, in-18. « Le sujet de cette composition, dit l'auteur, est l'enfance et l'éducation de Henri IV. » Les vers sont alternativement de dix et de douze syllabes, ce qui est une nouveauté; les rimes ne sont pas croisées. 

Plus ambitieux, l'abbé Aillaud, mort à la fin de 1826, avait fait imprimer la Nouvelle Henriade, poème héroïque en douze chants, Montauban, 1826, in-8° de trente pages, ne contenant que le premier chant. La mort de l'auteur n'est peut-être pas la seule cause de l'interruption de l'impression. Dans les Observations sur la Henriade, qui forment la préface de son poème, Aillaud déclare avec franchise, que si ce poème (celui de Voltaire, sous les rapports de la versification, doit être placé presque à côté de celui de Virgile et du Tasse, ce même poème doit descendre au dernier rang des épopées avouées par le public, sous les rapports qui constituent l'invention, le grand poète, l'homme de génie. 

Le Blanc de Guillet, autour de la tragédie de Manco Capac, né à Marseille en 1730, mort le 2 juillet 1799, a laissé en manuscrit la moitié d'un poème sur la Ligue. Je n'en connais aucun morceau d'imprimé. 

L'abbé Caux de Cappeval essaya le premier de traduire, en vers latins, la Henriade. Il fit, en 1746, imprimer dans le Mercure, second volume de juin, sa traduction des quatre-vingts premiers vers du premier chant. Le traducteur fit annoncer le projet d'imprimer son livre en 1756; et Fréron en parla avec éloge(27). Cependant, treize ans après, aucun libraire n'avait encore voulu se charger de l'impression(28). La première édition ne parut qu'en 1772; la troisième est de 1777. 

Une autre traduction, en vers latins, par L. B., fut publiée à Toulouse vers 1811, en un volume in-12. 

Quelques passages seulement ont été aussi traduits. Le P. Alexandre Viel, né en 1736, mort en 1821, a donné Henriados liber octavus, in-8° de quarante-neuf pages, sans date, nom de ville, ni d'imprimeur, ni même d'auteur, mais réimprimée dans ses Miscellanea gallico-latina, 1816, in-12. 

Une traduction de la famine de Paris (chant X) a été imprimée dans l'Apis romana, n° 1 du tome II, mai 1822. 

C'est une entreprise si vaste qu'une édition complète des Oeuvres de Voltaire, qu'il m'a été impossible de me livrer aux recherches qu'il faudrait faire pour découvrir toutes les traductions en diverses langues. 

La Enriade tradotta in italiano in versi sciolti da Paniasse Cabiriano fiorentino, 1739, in-8°, est le travail de Nenci, qui l'a publié sous son nom d'académicien des arcadi.

Un premier chant de la Henriade, traduit en italien, est imprimé à la suite des Elegie scelte di Tibullo, Lucques, 1745, in-4°. 

La bibliothèque de Bergame possède le manuscrit d'une traduction italienne en vers blancs, par Marenzi, à qui Voltaire écrivit le 12 février 1770. 

Vers le même temps, M. de La Tourette avait envoyé à Voltaire le manuscrit d'une traduction par le chevalier de Ceretesi. 

Deux ans après parut l'Enriade, poema eroico del signor de Voltaire, tradotto in versi italiani del signor Antigono de Villa, professore d'anatomia e belle lettere nell' academia di Berlino, Neufchâtel, 1772, in-8°. 

Le 9 décembre 1774, Voltaire écrivit au comte de Medini pour le remercier de l'envoi de sa traduction italienne de la Henriade.

On a, en 1846, imprimé une traduction en vers blancs, par Michel Bolaffi.

Dans sa Préface de la Henriade, Marmontel cite Ortolani comme traducteur italien de chants de ce poème. 

Marmontel parle aussi d'une traduction en vers anglais, par Lockman. 

Les deux premiers chants d'une autre traduction dans la même langue, par un citoyen de la Caroline, ont été imprimés à New-York en 1823. 

Une traduction en vers espagnols, par D. Joseph-Joachim Virues y Espinola, a paru à Madrid, 1823, in-8°. Je ne sais si c'est la même traduction qui a été imprimée à Perpignan, 1826, in-16, avec les initiales D. J. de V. y E. y D. A. L. y J. 

Il existe deux traductions hollandaises l'une, par Klinkhamer, est de 1742; l'autre, par Feitama, ne vit le jour qu'en 1753. 

On compte aussi, au moins, deux traductions allemandes: l'une, par le libraire Schraembl, mort en 1803; l'autre, par F. Hermès, imprimée à Berlin, 1824, in-8°. 

La traduction hongroise, par Joseph Petzcli, a été publiée à Gyorben, 1792, in-8°. 

Frédéric, n'étant encore que prince royal, avait projeté de faire graver la Henriade à Londres; ennuyé des lenteurs du graveur, il prit le parti de la faire imprimer avec des caractères d'argent(29). Mais, étant bientôt monté sur le trône, il oublia ce projet. Il avait cependant composé, pour cette édition, un Avant-propos qui ne vit le jour qu'en 1756. En mettant cet Avant-propos en tête de la Henriade, on mettait à la suite la Préface de Marmontel, qui est de 1746. J'ai placé ces préfaces dans leur ordre de publication. 

Les notes, et surtout les variantes, sont considérablement augmentées dans cette édition. Le mérite en est à M, Thomas, qui m'avait communiqué un grand travail sur la Pucelle et qui m'en a envoyé un plus grand encore sur la Henriade.

Les notes signées d'un K sont des éditeurs de Kehl, MM. Condorcet et Decroix; Condorcet est seul auteur de la note sur Colbert à l'occasion du vers 349 du chant VII. Mais en général il est rigoureusement impossible de faire la part de chacun des éditeurs de Kehl. 

Les additions que j'ai faites à diverses des notes de Voltaire ou des éditeurs de Kehl en sont séparées par un 3/4 , et sont, comme mes notes, signées de l'initiale de mon nom. Je n'ai mis ma signature qu'à quelques-unes des notes nouvelles, dont je devais prendre la responsabilité. Presque toutes les autres qui n'ont point de signature sont le résultat des nombreuses et utiles recherches de M. Thomas. Je n'ai eu qu'à les vérifier et reporter sur l'exemplaire qui a servi pour l'impression. 

3 mars 1834.