NOTES

Note_1Ce vers se trouve dans un poème de l’abbé Cassagnes, intitulé Henri le Grand, au roi, 1661, in-f°; voyez le Mercure de 1770, août, page 147. (B.) 
¾ Il est malaisé d’admettre que Voltaire se soit cru de bonne foi le premier auteur de l’alexandrin fameux de la Henriade, d’une allure si française: 

Et par droit de conquête et par droit de naissance,

qui est de l’abbé Cassagnes (Henri le Grand. Paris, de l’imprimerie d’Antoine Vitré, 1661, p. 3, vers 6). A coup sûr, Voltaire avait lu tout ce qui avait été publié à la gloire d’Henri IV, et ce vers lui était resté dans la mémoire. Ce qui plaide en faveur de sa loyauté, c’est qu’il ne remania le début de son premier chant qu’à Londres, en 1727, sur les observations du Smyrniote Dadiky, et qu’il ne devait pas avoir sous les yeux alors le poème du pauvre Cassagnes, dont les destinées étaient d’être déshonoré par Boileau et détroussé par Voltaire. (G. D.) 

Note_2 Note de Voltaire, 1723 et 1730: Henri III, roi de France, l’un des principaux personnages de ce poème, y est toujours nommé Valois, nom de la branche royale dont il était. 

Note_3Racine a dit, dans Phèdre, acte V, scène vi: 

Sa main sur ses chevaux laissait flotter les rênes.

Note_4Note de Voltaire, 1730: Henri III (Valois), étant duc d’Anjou, avait commandé les armées de Charles IX, son frère, contre les protestants, et avait gagné, à dix-huit ans, les batailles de Jarnac et de Moncontour. 

Note_5Note de Voltaire, 1741: Le duc d’Anjou fut élu roi de Pologne par les mouvements que se donna Jean de Montluc, évêque de Valence, ambassadeur de France en Pologne; et Henri n’alla qu’à regret recevoir cette couronne; mais, ayant appris, en 1574, la mort de son frère, il ne tarda point à revenir en France. 

Note_6Note de Voltaire, 1723: C’étaient eux qu’on appelait les mignons de Henri III. Saint-Luc, Livarot, Villequier, Duguast et Maugiron eurent part aussi et à sa faveur et à ses débauches. Il est certain qu’il eut pour Quélus une passion capable des plus grands excès. Dans sa première jeunesse on lui avait déjà reproché ses goûts: il avait eu une amitié fort équivoque pour ce même duc de Guise, qu’il fit depuis tuer à Blois. Le docteur Boucher, dans son livre De justa Henrici Tertii abdicatione, ose avancer que la haine de Henri III pour le cardinal de Guise n’avait d’autre fondement que les refus qu’il en avait essuyés dans sa jeunesse; mais ce conte ressemble à toutes les autres calomnies dont le livre de Boucher est rempli. 
Henri III mêlait avec ses mignons la religion à la débauche; il faisait avec eux des retraites, des pèlerinages, et se donnait la discipline. Il institua la confrérie de la Mort, soit pour la mort d’un de ses mignons soit pour celle de la princesse de Condé, sa maîtresse: les capucins et les minimes étaient les directeurs des confrères, parmi lesquels il admit quelques bourgeois de Paris; ces confrères étaient vêtus d’une robe d’étamine noire avec un capuchon. Dans une autre confrérie toute contraire, qui était celle des pénitents blancs, il n’admit que ses courtisans. Il était persuadé, aussi bien que certains théologiens de son temps que ces momeries expiaient les péchés d’habitude. On tient que les statuts de ces confrères, leurs habits, leurs règles, étaient des emblèmes de ses amours et que le poète Desportes, abbé de Tyron, l’un des plus fins courtisans de ce temps-là, les avait expliqués dans un livre qu’il jeta depuis au feu. 
Henri III vivait d’ailleurs dans la mollesse et dans l’afféterie d’une femme coquette; il couchait avec des gants d’une peau particulière pour conserver la beauté de ses mains, qu’il avait effectivement plus belles que toutes les femmes de sa cour; il mettait sur son visage une pâte préparée, et une espèce de masque par-dessus: c’est ainsi qu’en parle le livre des Hermaphrodites, qui circonstancie les moindres détails sur son coucher, sur son lever et sur ses habillements. Il avait une exactitude scrupuleuse sur la propreté dans la parure: il était si attaché à ces petitesses qu’il chassa un jour le duc d’Épernon de sa présence, parce qu’il s’était présenté devant lui sans escarpins blancs, et avec un habit mal boutonné. 
Quélus fut tué en duel le 27 avril 1578. 
Louis de Maugiron, baron d’Ampus, était l’un des mignons pour qui Henri III eut le plus de faiblesse: c’était un jeune homme d’un grand courage et d’une grande espérance. Il avait fait de fort belles actions au siège d’Issoire, où il avait eu le malheur de perdre un oeil. Cette disgrâce lui laissait encore assez de charmes pour être infiniment du goût du roi; on le comparait à la princesse d’Éboli, qui, étant borgne comme lui, était dans le même temps maîtresse de Philippe II, roi d’Espagne. On dit que ce fut pour cette princesse et pour Maugiron qu’un Italien fit ces quatre beaux vers renouvelés de l’Anthologie grecque: 
 

Lumine Acon dextro, capta est Leonida sinistro,
Et poterat forma vincere ulerque deos:
Parve puer, lumen quod habes concede puellae;
Sic tu caecus Amor, sic erit illa Venus.

Maugiron fut tué en servant Quélus dans sa querelle. 
Paul Stuart de Caussade de Saint-Mégrin, gentilhomme d’auprès de Bordeaux, fut aimé de Henri III autant que Quélus et Maugiron, et mourut d’une manière aussi tragique; il fut assassiné le 21 juillet de la même année, dans la rue Saint-Honoré, sur les onze heures du soir, en revenant du Louvre. Il fut porté à ce même hôtel de Boissy où étaient morts ses deux amis; il y mourut, le lendemain, de trente-quatre blessures qu’il avait reçues la veille. Le duc de Guise, le Balafré, fut soupçonné de cet assassinat, parce que Saint-Mégrin s’était vanté d’avoir couché avec la duchesse de Guise. Les mémoires du temps rapportent que le duc de Mayenne fut reconnu, parmi les assassins, à sa barbe large et à sa main faite en épaule de mouton. Le duc de Guise ne passait pourtant point pour un homme trop sévère sur la conduite de sa femme; et il n’y a pas d’apparence que le duc de Mayenne, qui n’avait jamais fait aucune action de lâcheté, se fût avili jusqu’à se mêler dans une troupe de vingt assassins pour tuer un seul homme. 
Le roi baisa Saint-Mégrin, Quélus, et Maugiron, après leur mort, les fit raser, et garda leurs blonds cheveux; il ôta de sa main à Quélus des boucles d’oreilles qu’il lui avait attachées lui-même. M. de l’Estoile dit que ces trois mignons moururent sans aucune religion: Maugiron, en blasphémant; Quélus, en disant à tout moment: « Ah! mon roi, mon roi! » sans dire un seul mot de Jésus-Cltrist ni de la Vierge. Ils furent enterrés à Saint-Paul: le roi leur fit élever dans cette église trois tombeaux de marbre, sur lesquels étaient leurs figures à genoux; leurs tombeaux furent chargés d’épitaphes en prose et en vers, en latin et en français: on y comparait Maugiron à Horatius Coclès et à Annibal, parce qu’il était borgne comme eux. On ne rapporte point ici ces épitaphes, quoiqu’elles ne se trouvent que dans les Antiquités de Paris, imprimées sous le règne de Henri III. Il n’y a rien de remarquable ni de trop bon dans ces monuments; ce qu’il y a de meilleur est l’épitaphe de Quélus: 
 

Non injuriam, sed mortem patienter tulit.
Il ne put souffrir un outrage,
Et souffrit constamment la mort.

¾ Voyez, sur Joyeuse, les notes du troisième chant. (Note de Voltaire, 1730.) 

Note_7Note de Voltaire, 1723 et 1730: Henri IV, le héros de ce poème, y est appelé indifféremment Bourbon ou Henri. Il naquit à Pau, en Béarn, le 13 décembre 1553. 

Note_8J.-B. Rousseau, dans son Palémon et Daphné, a dit: 

Ces fertiles coteaux où se plait la nature.

Note_9 Note de Voltaire, 1730:Saint Louis, neuvième du nom, roi de France, est la tige de la branche des Bourbons. 

Note_10Racine a dit dans Bajazet, acte Ier, scène ii: 
 

Et bientot les deux camps, au pied de son rempart,
Devaient de la bataille éprouver le hasard.

Note_11Note de Voltaire, 1730: Henri IV, roi de Navarre avait été solennellement excommunié par le pape Sixte-Quint dès l’an 1585, trois ans avant l’événement dont il est ici question. Le pape, dans sa bulle, l’appelle génération bâtarde et détestable de la maison de Bourbon; le prive, lui et toute la maison de Condé, à jamais de tous leurs domaines et fiefs, et les déclare surtout incapables de succéder à la couronne. 
Quoique alors le roi de Navarre et le prince de Condé fussent en armes à la tête des protestants, le parlement, toujours attentif à conserver l’honneur et les libertés de l’État, fit contre cette bulle les remontrances les plus fortes; et Henri IV fit afficher dans Rome, à la porte du Vatican, que Sixte-Quint, soi-disant pape, en avait menti, et que c’était lui-même qui était hérétique, etc. 

Note_12Racine, dans Mithridate, acte III, scéne ire, a dit: 
 

Il voit plus que jamais ses campagnes couvertes
De Romains que la guerre enrichit de nos pertes.

Note_13Dans son manuscrit, Voltaire faisait ici répliquer le roi de Navarre; mais le morceau fut retranché comme trop languissant. Voir une lettre à Thieriot (1722) dans la Correspondance. (G. A.) 

Note_14Dans Bajazet, acte Ier, scène ire, Racine a dit: 

Ils regrettent le temps à leur grand coeur si doux.

Note_15Note de Voltaire, 1730: C’était Henri, prince de Condé, fils de Louis, tué à Jarnac. Henri de Condé était l’espérance du parti protestant. Il mourut à Saint-Jean-d’Angély à l’âge de trente-cinq ans, en 1585. Sa femme, Charlotte de La Trimouille fut accusée de sa mort. Elle était grosse de trois mois lorsque son mari mourut, et accoucha six mois après de Henri de Condé, second du nom, qu’une tradition populaire et ridicule fait naître treize mois après la mort de son père. 
Larrey a suivi cette tradition dans son Histoire de Louis XIV, histoire où le style, la vérité, et le bon sens, sont également négligés. 

Note_16Note de Voltaire, 1730: Duplessis-Mornay, le plus vertueux et le plus grand homme du parti protestant, naquit à Buy le 5 novembre 1549. Il savait le latin et le grec parfaitement, et l’hébreu autant qu’on le peut savoir: ce qui était un prodige alors dans un gentilhomme. Il servit sa religion et son maître de sa plume et de son épée. Ce fut lui que Henri IV, étant roi de Navarre, envoya à Élisabeth, reine d’Angleterre. Il n’eut jamais d’autre instruction de son maître qu’un blanc-signé. Il réussit dans presque toutes ses négociations, parce qu’il était un vrai politique, et non un intrigant. Ses lettres passent pour être écrites avec beaucoup de force et de sagesse. 
Lorsque Henri IV eut changé de religion, Duplessis-Mornay lui fit de sanglants reproches, et se retira de sa cour. On l’appelait le pape des huguenots. Tout ce qu’on dit de son caractère dans le poème est conforme à l’histoire. 
¾ Note de Voltaire, 1768: La raison qui porta l’auteur à choisir le personnage de Mornay, c’est ce caractère de philosophe qui n’appartient qu’à lui, et qu’on trouve développé au chant huitième: 
 

Et son rare courage, ennemi des combats,
Sait affronter la mort, et ne la donne pas.

Et au chant sixième, 
 

Il marche en philosophe où l’honneur le conduit,
Condamne les combats, plaint son maître, et le suit.

Voyez aussi la variante du vers 149. 

Note_17Le voyage de Henri de Navarre on Angleterre est une fiction. Mornay seul y alla. Voyez plus loin la dernière note de Voltaire pour le Chant I. 

Note_18Traduction du vers de Virgile (Énéide, I, 95): 

Praesentemque viris intentant omnia mortem.

Note_19Comme, dans le premier chant de l’Énéide, Énée essuie une tempête, Voltaire en a imaginé une pour son héros. (G. A.) 

Note_20Note de Voltaire, 1730: Jules César, étant en Épire, dans la ville dApollonie, aujourd’hui Cérès, s’en déroba secrètement, et s’embarqua sur la petite rivière de Bolina, qui s’appelait alors l’Anius. Il se jeta seul pendant la nuit dans une barque à douze rames, pour aller lui-même chercher ses troupes, qui étaient au royaume de Naples. Il essuya une furieuse tempête. Voyez Plutarque. 

Note_21On trouve dans Boileau, épitre VI, vers 153-54. 
 

Nous irons, libres d’inquiétude,
Discourir des vertus dont tu fais ton étude.

Note_22Racine a dit dans Esther, acte Ier, scène 1re: 
 

Et c’est là que, fuyant l’orgueil du diadème,
Lasse des vains honneurs, et me cherchant moi-même.

Note_23Imitation de Tacite (Hist., livre Ier): « Qui nec totam servitutem, nec totam libertatem pati possunt. » 

Note_24Note de Voltaire, 1730: C’est à Westminster que s’assemble le parlement d’Angleterre: il faut le concours de la chambre des communes, de celle des pairs, et le consentement du roi, pour faire des lois. 

Note_25Vers célèbres sur la fameuse pondération des pouvoirs. Ils furent citée souvent en 1789, et au xixe siècle, pendant la durée de la royauté constitutionnelle. (G. A.) 

Note_26Note de Voltaire, 1730: La tour de Londres est un vieux château bâti près de la Tamise par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie. 

Note_27Imitation de Racine (Esther, acte Ier, scène 1re) 
 

Par quels secrets ressorts, par quel enchaînement
Le ciel a-t-il conduit ce grand événement?

Note_28Imitation de Virgile (Énéide, II, 3, 10, 13): 
 

Infandum, regina, jubes renovare dolorem.
· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · 
Sed, si tantus amer casus cognescere nostros
· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · 
Incipiam.

Note_29Imitation de Virgile (Énéide., II, 12): 

Animus meminisse horret.

Note_30Note de Voltaire, 1723: Ceux qui n’approuvent point que l’auteur ait supposé ce voyage de Henri IV en Angleterre peuvent dire qu’il ne paraît pas permis de mêler ainsi le mensonge à la vérité dans une histoire si récente; que les savants dans l’histoire de France en doivent être choqués, et les ignorants peuvent être induits en erreur; que si les fictions ont droit d’entrer dans un poème épique, il faut que le lecteur les reconnaisse aisément pour telles; que, quand on personnifie les passions, que l’on peint la Politique et la Discorde allant de Rome à Paris, l’Amour enchaînant Henri IV, etc., personne ne peut être trompé à ces peintures; mais que, lorsque l’on voit Henri IV passer la mer pour demander du secours à une princesse de la religion, on peut croire facilement que ce prince a fait effectivement ce voyage; qu’en un mot, un tel épisode doit être moins regardé comme une imagination du poète que comme un mensonge d’historien. 
Ceux qui sont du sentiment contraire peuvent opposer que non seulement il est permis à un poète d’altérer l’histoire dans les faits principaux, mais qu’il est impossible de ne le pas faire; qu’il n’y a jamais eu d’événement dans le monde tellement disposé par le hasard qu’on pût en faire un poème épique sans y rien changer; qu’il ne faut pas avoir plus de scrupule dans le poème que dans la tragédie, où l’on pousse beaucoup plus loin la liberté de ces changements: car, si l’on était trop servilement attaché à l’histoire, on tomberait dans le défaut de Lucain, qui a fait une gazette en vers, au lieu d’un poème épique. A la vérité il serait ridicule de transporter des événements principaux et dépendants les uns des autres, de placer la bataille d’Ivry avant la bataille de Coutras, et la Saint-Barthélemy après les Barricades. Mais l’on peut bien faire passer secrètement Henri IV en Angleterre, sans que ce voyage, qu’on suppose ignoré des Parisiens mêmes, change en rien la suite des événements historiques. Les mêmes lecteurs, qui sont choqués qu’on lui fasse faire un trajet de mer de quelques lieues, ne seraient point étonnés qu’on le fît aller en Guyenne, qui est quatre fois plus éloignée. Que si Virgile a fait venir en Italie Énée, qui n’y alla jamais, s’il l’a rendu amoureux de Didon, qui vivait trois cents ans après lui, on peut sans scrupule faire rencontrer ensemble Henri IV et la reine Élisabeth, qui s’estimaient l’un l’autre, et qui eurent toujours un grand désir de se voir. Virgile, dira-t-on, parlait d’un temps très éloigné: il est vrai; mais ces événements, tout reculés qu’ils étaient dans l’antiquité, étaient fort connus. L’Iliade et l’histoire de Carthage étaient aussi familières aux Romains que nous le sont les histoires les plus récentes: il est aussi permis à un poète français de tromper le lecteur de quelques lieues, qu’à Virgile de le tromper de trois cents ans. Enfin ce mélange de l’histoire et de la fable est une règle établie et suivie, non seulement dans tous les poèmes, mais dans tous les romans. Ils sont remplis d’aventures qui, à la vérité, ne sont pas rapportées dans l’histoire, mais qui ne sont pas démenties par elle. Il suffit, pour établir le voyage de Henri en Angleterre, de trouver un temps où l’histoire ne donne point à ce prince d’autres occupations. Or il est certain qu’après la mort des Guises Henri a pu faire ce voyage, qui n’est que de quinze jours au plus, et qui peut aisément être de huit. D’ailleurs cet épisode est d’autant plus vraisemblable que la reine Élisabeth envoya effectivement six mois après à Henri le Grand quatre mille Anglais. De plus, il faut remarquer que Henri IV, le héros du poème, est le seul qui puisse conter dignement l’histoire de la cour de France, et qu’il n’y a guère qu’Élisabeth qui puisse l’entendre. Enfin il s’agit de savoir si les choses que se disent Henri IV et la reine Élisabeth sont assez bonnes pour excuser cette fiction dans l’esprit de ceux qui la condamnent, et pour autoriser ceux qui l’approuvent. 

Note_31Note de Voltaire, 1756 à 1775: Il n’y a que ce seul claant dans lequel l’auteur n’ait jamais rien changé. ¾ La tradition veut que Voltaire ait composé tout ce chant en dormant, lorsqu’il était détenu à la Bastille, et qu’à son réveil il l’ait retenu par coeur. Mais le président Hénault nous apprend, dans ses Mémoires, que si Voltaire le fit sans encre ni papier, dans la tour de la Basinière, il était bien éveillé, et qu’il écrivit ses vers au crayon entre les lignes d’un livre qu’il avait. Quoi que le poète dise ici, il y eut des variantes dans ce chant comme dans les autres. (G. A.) 

Note_32Note de Voltaire, 1723: Quelques lecteurs peu attentifs pourront s’effaroucher de la hardiesse de ces expressions. Il est juste de ménager sur cela leur scrupule, et de leur faire considérer que les mêmes paroles qui seraient une impiété dans la bouche d’un catholique sont très séantes dans celle du roi de Navarre. Il était alors calviniste. Beaucoup de nos historiens mêmes nous le peignent flottant entre les deux religions; et certainement, s’il ne jugeait de l’une et de l’autre que par la conduite des deux partis, il devait se défier des deux cultes, qui n’étaient soutenus alors que par des crimes. 
Note de Voltaire, 1730: On le donne ici pour un homme d’honneur, tel qu’il était, cherchant de bonne foi à s’éclairer, ami de la vérité, ennemi de la persécution, et détestant le crime partout où il se trouve. 

Note_33Molière a dit dans Tartuffe, acte IV, scène ire: 
 

Des intérêts du ciel pourquoi vous chargez-vous?
Laissez-lui, laissez-lui le soin de sa vengeance.

 

Note_34 Note de Voltaire, 1730: François, duc de Guise, appelé communément alors le grand duc de Guise, était père du Balafré. Ce fut lui qui, avec le cardinal son frère, jeta les fondements de la Ligue. Il avait de très grandes qualités, qu’il faut bien se donner de garde de confondre avec la vertu. 
Le président de Thou, ce grand historien, rapporte que Frauçois de Guise voulut faire assassiner Antoine de Navarre, père de Henri IV, dans la chambre de François II. Il avait engagé ce jeune roi à permettre ce meurtre. Antoine de Navarre avait le coeur hardi, quoique l’esprit faible. Il fut informé du complot, et ne laissa pas d’entrer dans la chambre où on devait l’assassiner. « S’ils me tuent, dit-il à Reinsi, gentilhomme à lui, prenez ma chemise toute sanglante, portez-la à mon fils et à ma femme; ils liront dans mon sang ce qu’ils doivent faire pour me venger. » François II n’osa pas, dit M. de Thou, se souiller de ce crime; et le duc de Guise, en sortant de la chambre, s’écria: Le pauvre roi que nous, avons!

Note_35On lit dans Tartuffe, acte Ier, scène vi: 
 

Et pour perdre quelqu’un couvrent insolemment
De l’intérêt du ciel leur fier ressentiment.

 

Note_36Note de Voltaire, 1730: M. de Castelnau, envoyé de France auprès de la reine Élisabeth, parle ainsi d’elle: « Cette princesse avait toutes les plus grandes qualités requises pour régner heureusement. On pourrait dire de son règne ce qui advint au temps d’Auguste lorsque le temple de Janus fut formé, etc. » 

Note_37Note de Voltaire, 1730: Catherine de Médicis se brouilla avec son fils Charles IX sur la fin de la vie de ce prince, et ensuite avec Henri III. Elle avait été si ouvertement mécontente du gouvernement de François II, qu’on l’avait soupçonnée, quoique injustement, d’avoir hâté la mort de ce roi. 

Note_38Note de Voltaire, 1730: Dans les Mémoires de la Ligue, on trouve une lettre de Catherine de Médicis au prince de Condé, par laquelle elle le remercie d’avoir pris les armes contre la cour. 

Note_39Note de Voltaire, 1730: Elle fut accusée d’avoir eu des intrigues avec le vidame de Chartres, mort à la Bastille, et avec un gentilhomme breton, nommé Moscouët. 

Note_40Note de Voltaire, 1730: Quand elle crut la bataille de Dreux perdue, et les protestants vainqueurs: « Eh bien, dit-elle, nous prierons Dieu en français. » 

Note_41Note de Voltaire, 1730: Elle était assez faible pour croire à la magie; témoin les talismans qu’on trouva après sa mort. 

Note_42Racine avait dit dans Bajazet, acte Ier, scène ire: 

Traîne, exempt de péril, une éternelle enfance.

Note_43Note de Voltaire, 1730: La bataille de Dreux fut la première bataille rangée qui se donna entre le parti catholique et le parti protestant. Ce fut en 1562. 

Note_44Note de Voltaire, 1730: Anne de Montmorency, homme opiniâtre et inflexible, le plus malheureux général de son temps, fait prisonnier à Pavie et à Dreux, battu à Saint-Quentin par Philippe II, fut enfin blessé à mort à la bataille de Saint-Denis, par un Anglais nommé Stuart, le même qui l’avait pris à la bataille de Dreux. 

Note_45Boileau, épitre IV, vers 123, a dit: 

Déjà du plomb mortel plus d’un brave est atteint.

Note_46Note de Voltaire, 1730: C’est ce même François de Guise cité ci-dessus, fameux par la défense de Metz contre Charles-Quint. Il assiégeait les protestants dans Orléans, en 1563, lorsque Poltrot de Méré, gentilhomme angoumois, le tua par derrière d’un coup de pistolet chargé de trois balles empoisonnées. Il mourut à l’âge de quarante-quatre ans, comblé de gloire, et regretté des catholiques. 

Note_47Note de Voltaire, 1723: Antoine de Bourbon, roi de Navarre, père du plus intrépide et du plus ferme de tous les hommes, fut le plus faible et le moins décidé: il était huguenot, et sa femme, catholique. Ils changèrent tous deux de religion presque en même temps. 

Jeanne d’Albret fut depuis huguenote opiniâtre; mais Antoine chancela toujour dans sa catholicité, jusque-là même qu’on douta dans quelle religion il mourut. Il porta les armes contre les protestants, qu’il aimait, et servit Catherine de Médicis, qu’il détestait, et le parti des Guises, qui l’opprimait. 

Il songea à la régence après la mort de François II. La reine mère l’envoya chercher: « Je sais, lui dit-elle, que vous prétendez au gouvernement; je veux que vous me le cédiez tout à l’heure par un écrit de votre main, et que vous vous engagiez à me remettre la régence, si les états vous la défèrent. » Antoine de Bourbon donna l’écrit que la reine lui demandait: et signa ainsi son déshonneur. C’est à cette occasion que l’on fit ces vers, que j’ai lus dans les manuscrits de M. le premier président de Mesmes: 
 

Marc-Antoine, qui pouvoit être
Le plus grand seigneur et le maître
De son pays, s’oublia tant,
Qu’il se contenta d’être Antoine,
Servant lâchement une roine*.
Le Navarrois en fait autant.

Après la fameuse conjuration d’Amboise, un nombre infini de gentilshommes vinrent offrir leurs services et leurs vies à Antoine de Navarre; il se mit à leur tête; mais il les congédia bientôt, en leur promettant de demander grâce pour eux. « Songez seulement à l’obtenir pour vous, lui répondit un vieux capitaine; la nôtre est au bout de nos épées. » 

Il mourut à quarante-quatre ans, au même âge que le duc de Guise, d’un coup d’arquebuse reçu dans l’épaule gauche au siège de Rouen, où il commandait. Sa mort arriva le 17 novembre 1562, le trente-cinquième jour de sa blessure. L’incertitude qu’il avait eue pendant sa vie le troubla dans ses derniers moments; et, quoiqu’il eût reçu les sacrements selon l’usage de l’Église romaine, on douta s’il ne mourut point protestant. Il avait reçu le coup mortel dans la tranchée, dans le temps qu’il pissait aussi lui fit-on cette épitaphe: 
 

Ami François, le prince ici gisant
Vécut sans gloire, et mourut en pissant.

Il y on a une dans M. Le Laboureur qui ressemble à celle-là, et finit par le même hémistiche. M. Jurieu assure que lorsque Louis, prince de Condé, était en prison à Orléans, le roi de Navarre, son frère, allait solliciter le cardinal de Lorraine, et que celui-ci recevait, assis et couvert, le roi de Navarre, qui lui parlait debout et nu-tête; je ne sais où M. Jurieu a pu déterrer ce fait. 

¾ Dans l’édition de 1730, cette note a été réduite à sept lignes. Voltaire, au commencement de son Essai sur les guerres civiles de France, qui est dans le présent volume, reparle du changement de religion du père et de la mère de Henri IV. (B.) 

* Cléopâtre. 

Note_48Note de Voltaire, 1723: Louis de Condé, frère d’Antoine, roi de Navarre, le septième et dernier des enfants de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, fut un de ces hommes extraordinaires nés pour le malheur et pour la gloire de leur patrie. Il fut longtemps le chef des réformés, et mourut, comme l’on sait, à Jarnac. Il avait un bras en écharpe le jour de la bataille. Comme il marchait aux ennemis, le cheval du comte de La Rochefoucauld, son beau-frère, lui donna un coup de pied qui lui cassa la jambe. Ce prince, sans daigner se plaindre, s’adressa aux gentilshommes qui l’accompagnaient: « Apprenez, leur dit-il, que les chevaux fougueux nuisent plus qu’ils ne servent dans une armée. » Un instant après il leur dit avec un bras en écharpe et une jambe cassée: « Le prince de Condé ne craint point de donner la bataille, puisque vous le suivez; » et chargea dans le moment. 

Brantôme dit qu’après que le prince se fut rendu prisonnier à Dargence dans cette bataille, arriva un très honnête et très brave gentilhomme nommé Montesquiou, qui, ayant demandé qui c’était, comme on lui dit que c’était M le prince de Condé: « Tuez, tuez, mordieu! » dit-il, et lui tira un coup de pistolet dans la tête. 
Note de Voltaire, 1730: Montesquiou était capitaine des gardes du duc d’Anjou depuis Henri III. Le comte de Soissons, fils cadet du prince de Condé, chercha partout Montesquiou et ses parents, pour les sacrifier à sa vengeance. 

Henri IV était à la journée de Jarnac, quoiqu’il n’eût pas quatorze ans et remarqua les fautes qui firent perdre la bataille. 

Note de Voltaire 1723: Le prince de Condé était bossu et petit, et cependant plein d’agréments, spirituel, galant, aimé des femmes. On fit sur lui ce vaudeville: 
 

Ce petit homme tant joli,
Qui toujours cause et toujours rit,
Et toujours baise sa mignonne:
Dieu gard’ de mal ce petit homme!

Note de Voltaire, 1730: La maréchale de Saint-André se ruina pour lui, et lui donna, entre autres présents, la terre de Vallery, qui depuis est devenue la sépulture des princes de la maison de Condé. 
Jamais général ne fut plus aimé de ses soldats: on en vit à Pont-à-Mousson un exemple étonnant. Il manquait d’argent pour ses troupes, et surtout pour les reîtres, qui étaient venus à son secours, et qui menaçaient de l’abandonner: il osa proposer à son armée, qu’il ne payait point, de payer elle-même l’armée auxiliaire; et, ce qui ne pouvait jamais arriver que dans une guerre de religion et sous un général tel que lui, toute son armée se cotisa, jusqu’au moindre goujat. 
Il fut condamné, sous François II, à Orléans, à perdre la tête; mais on ignore si l’arrêt fut signé. La France fut étonnée de voir un pair, prince du sang, qui ne pouvait être jugé que par la cour des pairs, les chambres assemblées, obligé de répondre devant des commissaires; mais ce qui parut le plus étrange fut que ces commissaires mêmes fussent tirés du corps du parlement. C’étaient Christophe de Thou, depuis premier président, et père de l’historien; Barthélemy Faye, Jacques Viole, conseillers; Bourdin, procureur général, et du Tillet, greffier, qui tous, en acceptant cette commission, dérogeaient à leurs privilèges, et s’ôtaient par là la liberté de réclamer leurs droits, si jamais on leur eût voulu donner à eux-mêmes, dans l’occasion, d’autres juges que leurs juges naturels. 

¾ Note de Voltaire, 1741: On prétend que Mme Renée de France, fille de Louis XII et duchesse de Ferrare, qui arriva en France dans ce même temps, ne contribua pas peu à empêcher l’exécution de l’arrêt. 

Note de Voltaire, 1723: Il ne faut pas omettre un artifice de cour dont on se servit pour perdre ce prince qui se nommait Louis. Ses ennemis firent frapper une médaille qui le représentait: il y avait pour légende, Louis xiii, Roi de France On fit tomber cette médaille entre les mains du connétable de Montmorency, qui la montra tout en colère au roi persuadé que le prince de Condé l’avait fait frapper. ¾ Il est parle de cette médaille dans Brantôme et dans Vigneul de Marville (Id., 1741). 

Note_49Racine a dit (Esther, acte Ier, scène ire ): 
 

Mais lui, voyant en moi la fille de son frère,
Me tint lieu, chère Élise, et de père et de mère.

 

Note_50Note de Voltaire 1730: Gaspard de Coligny, amiral de France, fils de Gaspard de Coligny, maréchal de France, et de Louise de Montmorency, soeur du connétable; né à Châtillon le 16 février 1516 (Note de Voltaire, 1730), après la mort du prince de Condé, fut déclaré chef du parti des réformés en France. Catherine de Médicis et Charles IX surent l’attirer à la cour pour le mariage de Henri IV et de Marguerite de Valois, soeur de Charles IX et de Henri III. Il fut massacré le jour de la Saint-Barthélemy c’était principalement à ce grand homme qu’on en voulait. (Id., 1741.) 

Quelques personnes ont reproché à l’auteur de la Henriade d’avoir fait son héros, dans ce second chant, d’un huguenot révolté contre son roi, et accusé par la voix publique de l’assassinat de François de Guise. Cette critique louable est fondée sur l’obéissance au souverain, qui doit faire le principal caractère d’un héros français; mais il faut considérer que c’est ici Henri IV qui parle. Il avait fait ses premières campagnes sous l’amiral, qui lui avait tenu lieu de père; il avait été accoutumé à le respecter, et ne devait ni ne pouvait le soupçonner d’aucune action indigne d’un grand homme, surtout après la justification publique de Coligny, qui ne pouvait point paraître douteuse au roi de Navarre. 

A l’égard de la révolte, ce n’était pas à ce prince à regarder comme un crime dans l’amiral son union avec la maison de Bourbon contre des Lorrains et une Italienne. Quant à la religion, ils étaient tous deux protestants; et les huguenots, dont Henri IV était le chef, regardaient l’amiral comme un martyr. (Id., 1723.) 

¾ Dans l’édition de 1723, au lieu de Quelques personnes ont reproché à l’auteur, etc., on lit: Quelques personnes m’ont reproché, etc.; ce qui ne laisse aucun doute que Voltaire soit l’auteur de cet alinéa et du suivant. (B.) 

Note_51Boileau a dit, épître VII, vers 59: 

Je dois plus à leur haine, il faut que je l’avoue.

Note_52Voltaire lui-même indique cette expression comme étant de Corneille. Voyez le Cid, acte IV, scène vii. 

Note_53On lit dans Phèdre, acte IV, scène vi: 

Et leur osent du crime aplanir le chemin.

Note_54Racine a dit dans Iphigénie, acte III, scène iii: 
 

Puis-je ne point chérir l’heureuse occasion
D’aller du sang troyen sceller notre union?

 

Note_55Racine a dit (Esther, acte III, scène i: 

Les perfides bienfaits.

Note_56On lit dans Virgile (Énéide, II): 
 

· · · · · · · · · · · · Aut ulla putatis
Dona carere dolis Danaum? · · · · · ·· · · · · ·
Quidquid id est, timeo Danaos et dona ferentes.

 

Note_57Dans Mithridate, acte IV, scène iv, on lit: 

Dans l’ombre du secret.

Note_58On a prétendu que le projet du massacre des huguenots était formé depuis huit années; que le duc d’Albe en avait donné le conseil à Catherine de Médicis dans les conférences qu’il eut avec elle à Bordeaux. 

D’autres croient que le projet ne fut formé que dans le temps de la dernière paix avec les huguenots. M de Voltaire était de cette opinion; autrement il n’aurait pas dit: 
 

Dans l’ombre du secret, depuis peu Médicis
A la fourbe, au parjure, avait formé son fils.

Quelques écrivains ont même avancé que Charles IX ne savait rien encore du projet lorsque l’amiral fut blessé; qu’il était de bonne foi lorsqu’il jura de punir les assassins de l’amiral; qu’alors la reine lui avoua qu’elle était un des complices, le fit consentir en un instant à commettre le même crime dont il venait de jurer qu’il tirerait vengeance, et à faire égorger cent mille de ses sujets, à qui il venait de pardonner. 

D’autres enfin ont cru que le projet de la reine était de faire tuer l’amiral par des assassins aux gages du duc de Guise, de faire ensuite attaquer par les gardes le duc et ses satellites; qu’alors Charles IX, délivré à la fois des deux chefs de parti qu’il pouvait craindre, aurait, aux yeux de toute l’Europe, l’honneur d’avoir puni le crime du duc de Guise. L’habileté du Balafré fit manquer ce projet. 

Nous ne discuterons pas ici toutes ces opinions, dont les trois premières sont appuyées sur des probabilités assez fortes. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’on mit dans l’exécution du projet autant d’irrésolution que d’atrocité; que les chefs n’étaient d’accord entre eux sur rien; que le duc de Guise voulait envelopper dans le massacre toutes les grandes familles fidèles au roi; qu’il multiplia les victimes; que lorsque Charles IX vint au parlement accuser avec tant de lâcheté l’amiral d’une prétendue conspiration, il était prêt, et peut-être avait déjà envoyé des contre-ordres dans les provinces; que les ordres n’émanaient point tous de lui; qu’enfin le fanatisme populaire, la barbarie de Charles IX, du duc d’Anjou, et de sa mère, ne furent en cette occasion que les instruments de projets dont eux-mêmes devaient être les victimes. (K.) 

Note_59Note de Voltaire, 1730: Marguerite de Valois, soeur de Charles IX, fut mariée à Henri IV en 1572, peu de jours avant les massacres. 

Note_60Le pape refusait à Marguerite de Valois la permission d’épouser Henri IV. « Si mons du pape fait trop la bête, dit Charles IX avec ses jurements ordinaires, je prendrai moi-même Margot par la main, et la mènerai épouser en plein prêche. » Enfin le pape se rendit, et Marguerite fut mariée à la porte de Notre-Dame de Paris par le cardinal de Bourbon, oncle de Henri IV. Charles IX parlait-il de bonne foi? ou la colère apparente contre le pape était-elle le fruit de la dissimulation? Ce pape, qui depuis approuva la Saint-Barthélemy, était-il instruit du complot lorsqu’il accorda la dispense? (K.) 

Note_61Note de Voltairee, 1723: Jeanne d’Albret, attirée à Paris avec les autres huguenots, mourut après cinq jours d’une fièvre maligne: le temps de sa mort, les massacres qui la suivirent, la crainte que son courage aurait pu donner à la cour, enfin sa maladie, qui commença après avoir acheté des gants et des collets parfumés chez un parfumeur nommé René, venu de Florence avec la reine, et qui passait pour un empoisonneur public; tout cela fit croire qu’elle était morte de poison. On dit même que ce René se vanta de son crime, et osa dire qu’il en préparait autant à deux grands seigneurs qui me s’en doutaient pas. Mézeray, dans sa grande histoire, semble favoriser cette opinion: en disant que les chirurgiens qui ouvrirent le corps de la reine ne touchèrent point à la tête, où l’on soupçonnait que le poison avait laissé des traces trop visibles. On n’a point voulu mettre ces soupçons dans la bouche de Henri IV, parce qu’il est juste de se défier de ces idées qui n’attribuent jamais la mort des grands à des causes naturelles. Le peuple, sans rien approfondir, regarde toujours comme coupables de la mort d’un prince ceux à qui cette mort est utile. On poussa la licence de ces soupçons jusqu’à accuser Catherine de Médicis de la mort de ses propres enfants; cependant il n’y a jamais eu de preuves ni que ces princes, ni que Jeanne d’Albret, dont il est ici question, soient morts empoisonnés. 

Il n’est pas vrai, comme le prétend Mézeray, qu’on n’ouvrit point le cerveau de la reine de Navarre; elle avait recommandé expressément qu’on visitât avec exactitude cette partie après sa mort. Elle avait été tourmentée toute sa vie de grandes douleurs de tête, accompagnées de démangeaisons, et avait ordonné qu’on cherchât soigneusement la cause de ce mal, afin qu’on pût le guérir dans ses enfants s’ils en étaient atteints. La Chronologie novennaire rapporte formellement que Caillard, son médecin, et Desnoeuds, son chirurgien, disséquèrent son cerveau, qu’ils trouvèrent très sain; qu’ils aperçurent seulement de petites bulles d’eau logées entre le crâne et la pellicule qui enveloppe le cerveau, et qu’ils jugèrent être la cause des maux de tête dont la reine s’était plainte: ils attestèrent d’ailleurs qu’elle était morte d’un abcès formé dans la poitrine. Il est à remarquer que ceux qui l’ouvrirent étaient huguenots, et qu’apparemment ils auraient parlé de poison s’ils y avaient trouvé quelque vraisemblance. On peut me répondre qu’ils furent gagnés par la cour: mais Desnoeuds, chirurgien de Jeanne d’Albret, huguenot passionné, écrivit depuis des libelles contre la cour; ce qu’il n’eût pas fait s’il se fût vendu à elle; et, dans ces libelles, il ne dit point que Jeanne d’Albret ait été empoisonnée. De plus il n’est pas croyable qu’une femme aussi habile que Catherine de Médicis eût chargé d’une pareille commission un misérable parfumeur, qui avait, dit-on, l’insolence de s’en vanter. 

Jeanne d’Albret était née, en 1530, de Henri d’Albret, roi de Navarre, et de Marguerite de Valois, soeur de François Ier. A l’âge de douze ans, Jeanne fut mariée à Guillaume, duc de Clèves; elle n’habita pas avec son mari. Le mariage fut déclaré nul deux ans après par le pape Paul III, et elle épousa Antoine de Bourbon. Ce second mariage, contracte du vivant du premier mari, donna lieu depuis aux prédicateurs de la Ligue de dire publiquement, dans leurs sermons contre Henri IV, qu’il était bâtard; mais ce qu’il y eut de plus étrange fut que les Guises, et entre autres ce François de Guise qu’on dit avoir été si bon chrétien, abusèrent de la faiblesse d’Antoine de Bourbon au point de lui persuader de répudier sa femme, dont il avait des enfants, pour épouser leur nièce, et se donner entièrement à eux. Peu s’en fallut que le roi de Navarre ne donnât dans ce piège. Jeanne d’Albret mourut à quarante-deux ans, le 9 juin 1572. 

M. Bayle, dans ses Réponses aux questions d’un provincial, dit qu’on avait vu de son temps, en Hollande, le fils d’un ministre, nommé Goyon, qui passait pour petit-fils de cette reine. On prétendait qu’après la mort d’Antoine de Navarre, elle s’était mariée à un gentilhomme nommé Goyon, dont elle avait eu ce ministre. 

Note_62Ce vers est dans Artémire, acte I, scène i; voyez t. Ier du Théâtre. 

Note_63Racine a dit (Bajazet, acte II, scène i) 
 

Prince, l’heure fatale est enfin arrivée
Qu’à votre liberté le ciel a réservée.

 

Note_64Ici commence la célèbre peinture du massacre de la Saint-Barthélemy. 

Note_65Note de Voltaire, 1730: Ce fut la nuit du 23 au 24 août, fête de saint Barthélemy, en 1572, que s’exécuta cette sanglante tragédie. 

L’amiral était logé dans la rue Bétizy, dans une maison qui est à présent une auberge, appelée l’hôtel Saint-Pierre, où l’on voit encore sa chambre. 

Note_66Malherbe, dans son Ode à la reine sur sa bienvenue en France, a dit: 

Des mois l’inégale courrière.

Note_67Boileau, dans son Lutrin, II, 104, a dit: 

Et toujours le sommeil lui verse des pavots.

Note_68Ce vers et les suivants sont encore imités de Boileau, épître IV: 

Lorsqu’un cri, tout à coup suivi de mille cris, etc.

Note_69Note de Voltaire, 1730: Le comte de Téligny avait épousé, il y avait dix mois, la fille de l’amiral. Il avait un visage si agréable et si doux que les premiers qui étaient venus pour le tuer s’étaient laissé attendrir à sa vue; mais d’autres plus barbares le massacrèrent. 

Note_70Note de Voltaire, 1730: Besme était un Allemand, domestique de la maison de Guise. Ce misérable étant depuis pris par les protestants, les Rochellois voulurent l’acheter pour le faire écarteler dans leur place publique. Ils proposèrent ensuite de l’échanger contre le brave Montbrun, chef des protestants du Dauphiné, à qui le parlement de Grenoble faisait alors le procès. Montbrun fut exécuté, et Besme tué par un nommé Bretanville. 

¾ Cette note est conforme aux éditions de Kehl. Dans toutes les éditions du vivant de l’auteur, de 1730 à 1775, au lieu des deux dernières phrases, on lisait seulement: « mais il fut tué par un nommé Bretanville. » 

On a reproché à Voltaire d’avoir dit que Besme était Allemand, tandis qu’il était Bohémien. Mais ne peut-on pas comprendre la Bohème dans l’Allemagne? (B.) 

Note_71Note de Voltaire, 1723: Il est impossible de savoir s’il est vrai que Catherine de Médicis ait envoyé la tête de l’amiral à Rome, comme l’assurent les protestants. 

¾ Mais il est sûr qu’on porta sa tête à la reine, avec un coffre plein de papiers, parmi lesquels était l’histoire du temps, écrite de la main de Coligny. (Id., 1730.) ¾ On y trouva aussi plusieurs mémoires sur les affaires publiques. Un de ces mémoires avait pour objet d’engager Charles à faire la guerre aux Anglais. Charles IX fit lire ce mémoire à l’ambassadeur d’Angleterre, qui se plaignait à lui de la trahison faite aux protestants, et qui n’en méprisa que plus la politique de la cour de France. Un autre mémoire montrait les dangers auxquels il exposerait la tranquillité de l’État s’il donnait un apanage à son frère le duc d’Alençon: on le montra à ce jeune prince, qui regrettait l’amiral. « Je ne sais pas, répondit-il après l’avoir lu, si ce mémoire est d’un de mes amis, mais il est sûrement d’un sujet fidèle. » (K.) 

La populace traîna le corps de l’amiral par les rues, et le pendit par les pieds avec une chaîne de fer au gibet de Montfaucon. (Id., 1723.) ¾ Le roi eut la cruauté d’aller lui-même avec sa cour à Montfaucon jouir de cet horrible spectacle. Quelqu’un lui ayant dit que le corps de l’amiral sentait mauvais, il répondit, comme Vitellius: « Le corps d’un ennemi mort sent toujours bon. » (Id., 1723 et 1730.) 

Il alla au parlement accuser l’amiral d’une conspiration, et le parlement rendit un arrêt contre le mort, par lequel il ordonna que son corps, après avoir été traîné sur une claie, serait pendu en Grève, ses enfants déclarés roturiers et incapables de posséder aucune charge, sa maison de Châtillon-sur-Loing rasée, les arbres coupés, etc.; et que tous les ans on ferait une procession, le jour de la Saint-Barthélemy, pour remercier Dieu de la découverte de la conspiration, à laquelle l’amiral n’avait pas songé. Malgré cet arrêt, la fille de l’amiral, veuve de Téligny, épousa peu de temps après le prince d’Orange. (Id., l723, et K.) 

Le parlement avait mis, quelques années auparavant sa tête à cinquante mille écus; il est assez singulier que ce soit précisément le même prix qu’il mit depuis à celle du cardinal Mazarin. Le génie des Français est de tourner en plaisanterie les événements les plus affreux: on débita un petit écrit intitulé Passio Domini nostri Gaspardi Coligni, secundum Bartholomaeum. (Id., 1723.) 

Mézeray rapporte, dans sa grande histoire, un fait dont il est très permis de douter. Il dit que, quelques années auparavant, le gardien du couvent des cordeliers de Saintes, nommé Michel Crellet, condamné par l’amiral à être pendu, lui prédit qu’il mourrait assassiné, qu’il serait jeté par les fenêtres, et ensuite pendu lui-même. 

De nos jours, un financier ayant acheté une terre qui avait appartenu aux Coligny, y trouva dans le parc, à quelques pieds sous terre, un coffre de fer rempli de papiers qu’il fit jeter au feu, comme ne produisant aucun revenu. (Id., 1723.) 

Le Publiciste du 27 messidor an XII (1er juillet 1804) contient un article intitulé Monument de l’amiral Gaspard de Coligny, où il est dit que des amis de l’amiral recueillirent ses restes, et les déposèrent dans les caves du château de Châtillon. Le duc de Luxembourg, propriétaire de ce château en 1786, céda les restes de Coligny à M. de Montesquiou, qui les fit transporter dans sa terre de Maupertuis, où il érigea un mausolée sur l’une des faces duquel on lisait, en caractères de trois pouces: Ici reposent et sont honorés enfin, après plus de deux siècles, les restes de Gaspard Coligny, amiral de France, tué à la Saint-Barthélemy le xxiv août mdlxxii. (B.) 

Note_72Voltaire a dit dans Oedipe, acte I, scène iii: 
 

Et que son corps sanglant, privé de sépulture,
Des vautours dévorants devienne la pâture.

Ce qui est une réminiscence d’Homère, Iliade, chant Ier, vers 3-5. 

Note_73Note de Voltaire, 1730: C’était Henri, duc de Guise, surnommé le Balafré, fameux depuis par les barricades, et qui fut tué à Blois. Il était fils du duc François, assassiné par Poltrot. 

Note_74Note de Voltaire, 1730: Frédéric de Gonzague, de la maison de Mantoue, duc de Nevers, l’un des auteurs de la Saint-Barthélemy. 

Note_75Note de Voltaire, 1730: Albert de Gondi, maréchal de Retz, favori de Catherine de Médicis. 

¾ C’était qui lui avait appris à Charles IX à jurer et à renier Dieu, comme on disait dans ces temps-là. (K.) 

Note_76Note de Voltaire, 1730: Gaspard de Tavannes, élevé page de François Ier. Il courait dans les rues la nuit de la Saint-Barthélemy, criant: « Saignez, saignez; la saignée est aussi bonne au mois d’août qu’au mois de mai. » Son fils, qui a écrit des mémoires, rapporte que son père, étant au lit de la mort, fit une confession générale de sa vie, et que le confesseur lui ayant dit d’un air étonné: « Quoi! vous ne parlez point de la Saint-Barthélemy? ¾ Je la regarde, répondit le maréchal, comme une action méritoire qui doit effacer mes autres péchés. » 

Note_77Imitation de Racine (Athalie, acte I, scène ii): 
 

Un poignard à la main, l’implacable Athalie,
Au carnage animait ses barbares soldats.

 

Note_78Note de Voltaire, 1730: Antoine de Clermont-Resnel, se sauvant en chemise, fut massacré par le fils du baron des Adrets, et par son propre cousin Bussy d’Amboise. 

Le marquis de Pardaillan fut tué à côté de lui. 

Note_79Note de Voltaire 1730: Guerchy se défendit longtemps dans la rue, et tua quelques meurtriers avant d’être accablé par le nombre; mais le marquis de Lavardin n’eut pas le temps de tirer l’épée. 

Note_80Dans une épître au duc de Bouillon, Chaulieu a dit: 

Dignes de plus de vie et de plus de fortune.

Note_81Ces vers rappellent ceux de Racine (Andromaque, acte III, scène viii): 
 

Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.

 

Note_82Note de Voltaire, 1730: Marsillac, comte de La Rochefoucauld, était favori de Charles IX et avait passé une partie de la nuit avec le roi. Ce prince avait eu quelque envie de le sauver, et lui avait même dit de coucher dans le Louvre mais enfin il le laissa aller en disant: « Je vois bien que Dieu veut qu’il périsse. » 

Soubise portait ce nom, parce qu’il avait épousé l’héritière de la maison de Soubise. Il s’appelait Dupont-Quellenec. Il se défendit très longtemps, et tomba percé de coups sous les fenêtres de la reine. Comme sa femme lui avait intenté un procès pour cause d’impuissance, les dames de la cour allèrent voir son corps nu et tout sanglant, par une curiosité barbare digne de cette cour abominable. 

Note_83Note de Voltaire, 1723: Voici ce que Brantôme ne fait pas difficulté d’avouer lui-même dans ses mémoires: « Quand il fut jour, le roi mit la tête à la fenêtre de sa chambre, et voyant aucuns dans le faubourg Saint-Germain qui se remuoient et se sauvoient, il prit une grande arquebuse de chasse qu’il avoit, et en tiroit tout plein de coups à eux, mais en vain, car l’arquebuse ne tiroit si loin; incessamment crioit: Tuez, tuez.

Plusieurs personnes ont entendu conter à M. le maréchal de Tessé que, dans son enfance, il avait vu un gentilhomme âgé de plus de cent ans, qui avait été fort jeune dans les gardes de Charles IX. Il interrogea ce vieillard sur la Saint-Barthélemy, et lui demanda s’il était vrai que le roi eût tiré sur les huguenots. « C’était moi, monsieur, répondit le vieillard, qui chargeais son arquebuse. » 

Henri IV dit publiquement plus d’une fois qu’après la Saint-Barthélemy une nuée de corbeaux était venue se percher sur le Louvre, et que, pendant sept nuits, le roi, lui, et toute la cour, entendirent des gémissements et des cris épouvantables à la même heure. Il racontait un prodige encore plus étrange: il disait que, quelques jours avant les massacres, jouant aux dès avec le duc d’Alençon et le duc de Guise, il vit des gouttes de sang sur la table; que par deux fois il les fit essuyer, que deux fois elles reparurent, et qu’il quitta le jeu saisi d’effroi. 

¾ Je crois que le commencement de cette note est des éditeurs de Kehl. Dans l’édition de 1723, au lieu du premier alinéa, on lisait: « Charles IX avait eu la barbarie de tirer lui-même, avec une arquebuse, sur les huguenots qu’il voyait fuir. » 

Cette phrase fut supprimée dans les éditions postérieures à 1724; mais dans les éditions de 1730 à 1775, au lieu de: « Plusieurs personnes ont entendu, etc., » il y a: « J’ai entendu. » 

Voltaire reparle de la barbarie que Charles IX eut de tirer sur les protestants, dans son Essai sur les guerres civiles, qui fait partie du présent volume. (B.) 

Note_84On trouve dans les Mémoires de Villeroi un discours de Henri III à un de ses confidents, sur la Saint-Barthélemy, où ce prince disculpe Charles IX, et accuse sa mère et lui-même. Charles IX, suivant ce récit, fut entraîné par les sollicitations de sa mère et de son frère, qui lui avouèrent que l’assassinat de Coligny s’était commis par leur ordre, et qu’il fallait ou les immoler à l’amiral, ou ordonner le massacre des protestants, pour lequel ils avaient d’avance pris des mesures. M. de Voltaire ne pouvait admettre ce récit sans rendre Valois trop odieux: d’ailleurs cette pièce n’est rien moins qu’authentique. (K.) 

Note_85Note de Voltaire, 1723: Caumont, qui échappa à la Saint-Barthélemy, est le fameux maréchal de La Force, qui depuis se fit une si grande réputation, et qui vécut jusqu’à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. ¾ Il a laissé des mémoires qui n’ont point été imprimés, et qui doivent être encore dans la maison de La Force. (Id., 1730.) 

Mézeray, dans sa grande histoire> dit que le jeune Caumont, son père, et son frère, couchaient dans un même lit; que son père et son frère furent massacrés, et qu’il échappa comme par miracle, etc. C’est sur la foi de cet historien que j’ai mis en vers cette aventure. (Id., 1723.) 

Les circonstances dont Mézeray appuie son récit ne me permettaient pas de douter de la vérité du fait, tel qu’il le rapporte: mais depuis, M. le duc de La Force m’a fait voir les mémoires manuscrits de ce même maréchal de La Force, écrits de sa propre main. Le maréchal y conte son aventure d’une autre façon: cela fait voir comme il faut se fier aux historiens. 

Voici l’extrait des particularités curieuses que le maréchal de La Force raconte de la Saint-Barthélemy: 

Deux jours avant la Saint-Barthélemy, le roi avait ordonné au parlement de relâcher un officier qui était prisonnier à la Conciergerie; le parlement n’en ayant rien fait, le roi avait envoyé quelques-uns de ses gardes enfoncer les portes de la prison, et tirer de force le prisonnier. Le lendemain, le parlement vint faire ses remontrances au roi: tous ces messieurs avaient mis leurs bras en écharpe, pour faire voir à Chartes IX qu’il avait estropié la justice. Tout cela avait fait beaucoup de bruit; et, au commencement du massacre, on persuada d’abord aux huguenots que le tumulte qu’ils entendaient venait d’une sédition excitée dans le peuple à l’occasion de l’affaire du parlement. 

Cependant un maquignon, qui avait vu le duc de Guise entrer avec des satellites chez l’amiral de Coligny, et qui, se glissant dans la foule, avait été témoin de l’assassinat de ce seigneur, courut aussitôt en donner avis au sieur de Caumont de La Force, à qui il avait vendu dix chevaux huit jours auparavant. 

La Force et ses deux fils logeaient au faubourg Saint-Germain, aussi bien que plusieurs calvinistes. Il n’y avait point encore de pont qui joignit ce faubourg à la ville. On s’était saisi de tous les bateaux par ordre de la cour, pour faire passer les assassins dans le faubourg. Ce maquignon se jette à la nage, passe à l’autre bord, et avertit M. de La Force de son danger. La Force était déjà sorti de sa maison; il avait encore eu le temps de se sauver; mais, voyant que ses enfants ne venaient pas, il retourna les chercher. A peine est-il rentré chez lui, que les assassins arrivent: un nommé Martin, à leur tête, entre dans sa chambre, le désarme, lui et ses deux enfants, et lui dit, avec des serments affreux, qu’il faut mourir. La Force lui proposa une rançon de deux mille écus le capitaine l’accepte; La Force lui jure de la payer dans deux jours; et aussitôt les assassins, après avoir tout pillé dans la maison, disent à La Force et à ses enfants de mettre leurs mouchoirs en croix sur leurs chapeaux, et leur font retrousser leur manche droite sur l’épaule: c’était la marque des meurtriers. En cet état ils leur font passer la rivière, et les amènent dans la ville. Le maréchal de La Force assure qu’il vit la rivière couverte de morts. Son père, son frère, et lui, abordèrent devant le Louvre; là ils virent égorger plusieurs de leurs amis, et entre autres le brave de Piles, père* de celui qui tua en duel le fils de Malherbe. De là le capitaine Martin mena ses prisonniers dans sa maison, rue des Petits-Champs, fit jurer à La Force que ni lui ni ses enfants ne sortiraient point de là avant d’avoir payé les deux mille écus, les laissa en garde à deux soldats suisses, et alla chercher quelques autres calvinistes à massacrer dans la ville. 

L’un des deux Suisses, touché de compassion, offrit aux prisonniers de les faire sauver. La Force n’en voulut jamais rien faire; il répondit qu’il avait donné sa parole, et qu’il aimait mieux mourir que d’y manquer. Une tante qu’il avait lui trouva les deux mille écus; et l’on allait les délivrer au capitaine Martin, lorsque le comte de Coconas (celui-là même à qui depuis on coupa le cou) vint dire à La Force que le duc d’Anjou demandait à lui parler. Aussitôt il fit descendre le père et les enfants nu-tête et sans manteau. La Force vit bien qu’on le menait à la mort; il suivit Coconas, en le priant d’épargner ses deux enfants innocents. Le plus jeune, âgé de treize ans, qui s’appelait Jacques Nompar, et qui a écrit ceci, éleva la voix, et reprocha à ces meurtriers leurs crimes, en leur disant qu’ils en seraient punis de Dieu. Cependant les deux enfants sont menés avec leur père au bout de la rue des Petits-Champs; on donne d’abord plusieurs coups de poignard à l’aîné, qui s’écrie: « Ah, mon père: ah, mon Dieu! je suis mort. » Dans le même moment le père tombe percé de coups sur le corps de son fils. Le plus jeune, couvert de leur sang, mais qui, par un miracle étonnant, n’avait reçu aucun coup, eut la prudence de s’écrier aussi: « Je suis mort. » Il se laissa tomber entre son père et son frère, dont il reçut les derniers soupirs. Les meurtriers, les croyant tous morts, s’en allèrent en disant: « Les voilà bien tous trois. » Quelques malheureux vinrent ensuite dépouiller les corps: il restait un bas de toile au jeune La Force; un marqueur du jeu de paume du Verdelet voulut avoir ce bas de toile; en le tirant, il s’amusa à considérer le corps de ce jeune enfant: « Hélas! dit-il, c’est bien dommage; celui-ci n’est qu’un enfant, que peut-il avoir fait? » Ces paroles de compassion obligèrent le petit La Force à lever doucement la tête, et lui dire tout bas: « Je ne suis pas encore mort. » Ce pauvre homme lui répondit: « Ne bougez, mon enfant, ayez patience. » Sur le soir il le vint chercher; il lui dit: « Levez-vous, ils n’y sont plus; » et lui mit sur les épaules un méchant manteau. Comme il le conduisait, quelqu’un des bourreaux lui demanda: « Qui est ce jeune garçon? ¾ C’est mon neveu, lui dit-il, qui s’est enivré; vous voyez comme il s’est accommodé; je m’en vais bien lui donner le fouet. » Enfin le pauvre marqueur le mena chez lui, et lui demanda trente écus pour sa récompense. De là le jeune La Force se fit conduire, déguisé en gueux, jusqu’à l’Arsenal, chez le maréchal de Biron, son parent, grand-maître de l’artillerie; on le cacha quelque temps dans la chambre des filles; enfin, sur le bruit que la cour le faisait chercher pour s’en défaire, on le fit sauver en habit de page, sous le nom de Beaupui. (Id., 1723.) 

¾ A une phrase près, qui est de 1730, ainsi que je l’ai indiqué, toute cette note est de 1723; mais Voltaire ne rapporte pas textuellement le passage des Mémoires (encore inédits) du maréchal de La Force. Le fragment de ces Mémoires relatif à la Saint-Barthélemy fut imprimé dans le Mercure de novembre 1765, pages 31-51, et réimprimé en 1783, par J.-B.-B. de Laborde, dans l’édition qu’il donna de l’Histoire secrète de Bourgogne; mais il fut supprimé, et ne se trouve que dans quelques exemplaires de cette Histoire.

Dans son Siècle de Louis XIV, Voltaire dit que le maréchal de La Force mourut en 1652, à quatre-vingt-dix-sept ans. A ce compte, il aurait eu dix-sept ans en 1572. Il n’en avait que quatre ou cinq, s’il est mort à quatre-vingt-quatre ans. 

Quant au de Piles qui tua en duel un fils de Malherbe en 1628, ce ne peut être que le petit-fils du protestant égorgé en 1572, et dont le fils, en 1628, ne pouvait avoir moins de cinquante-six ans. M. de Fortia (Biographie Universelle, tome XXXIV, page 447) observe que Balzac dit formellement que l’adversaire du fils de Malherbe était un gentilhomme de Provence qui n’avait pas vingt-cinq ans. (B.) 

* Ou plutôt grand-père. (G.A.) 

Note_86Racine a dit dans Esther, acte I, scène i: 
 

Dieu tient le coeur des rois entre ses mains puissantes;
Il fait que tout prospère aux âmes innocentes,
Tandis qu’en ses projets l’orgueilleux est trompé.

 

Note_87Lagrange-Chancel a dit dans Amasis, acte I, scène i: 
 

Sur son corps tout sanglant, mourante, inanimée,
Ne recouvra ses sens que pour envisager
Cinq fils que sur le marbre on venait d’égorger.

 

Note_88J.-J. Rousseau, dans ses Confessions, livre III, raconte que la lecture de ce passage de la Henriade le corrigea d’une faute d’orthographe qu’il faisait avec tous les Genevois. « Ce mot parlât, qui me frappa, dit-il, m’apprit qu’il fallait un t à la troisième personne du subjonctif, au lieu qu’auparavant je l’écrivais et prononçais parla comme le parfait de l’indicatif. » (B.) 

Note_89Plusieurs gentilshommes attachés à Henri IV furent assassinés dans son appartement: on les y poursuivit jusque dans la chambre de la reine sa femme, soeur de Charles IX, qui leur sauva la vie en se jetant entre eux et les meurtriers. Henri IV et le prince de Condé, son cousin, furent arrêtés; on les menaça de la mort, et on les força d’abjurer le calvinisme. Les prêtres s’appuyèrent depuis de cette abjuration pour le traiter de relaps. Des historiens ont rapporté que Charles IX et sa mère allèrent à l’Hôtel de ville pour être témoins de l’exécution de Briquemont et de Cavagne, condamnés à mort comme complices de la prétendue conspiration qu’on avait la bassesse d’imputer à l’amiral de Coligny, et que l’on obligea Henri IV et le prince de Condé de suivre et d’accompagner le roi. (K.) 

Note_90On envoya d’abord des courriers aux commandants des provinces et aux chefs des principales villes, pour ordonner le massacre. Quelque temps après on envoya un contre-ordre; et le massacre s’exécuta, malgré ce contre-ordre, dans quelques villes, à Lyon entre autres, où le parti des Guises dominait mais, dans un grand nombre, les chefs catholiques s’opposèrent à l’exécution de ces ordres: le comte de Tende, en Provence; Cordes, de la maison de Simiane, en Dauphiné; Saint-Herem, en Auvergne; Charny, de la maison de Chabot, en Bourgogne; La Guiche, à Mâcon; le brave d’Ortez, à Bayonne; Villars, consul de Nîmes; les évêque d’Angers, de Lisieux, etc., etc. Beaucoup de protestants furent sauvés par leurs parents, par leurs amis, quelques-uns même par des prêtres: de ce nombre fut un Tronchin, qui resta plusieurs jours caché à Troyes dans un tonneau, et, s’étant retiré à Genève, y a été la tige de la famille de ce nom. (K.) 

¾ C’est d’après ce que Voltaire avait écrit dans son Essai sur les guerres civiles en France (qui fait partie du présent volume), qu’on met le commandant en Auvergne et l’évêque de Lisieux au nombre des personnes qui s’opposèrent au massacre des protestants; mais voyez ma note sur ce passage de l’Essai sur les guerres civiles. (B.) 

Note_91Dans le chant III de la Pucelle, Chapelain a dit: 
 

De tant de corps meurtris la Loire ensanglantée
Aux maritimes flots courut épouvantée.

 

Note_92Voltaire a dit dans Artémire, acte II, scène iii: 
 

Puisse dans l’avenir ta mort épouvanter
Les ministres des rois qui pourraient t’imiter!

 

Et dans Brutus, acte V, scène vii: 
 

Par mon juste supplice il faut épouvanter
Les Romains, s’il en est qui puissent m’imiter

.
Note_93Note de Voltaire, 1730: Chartes IX fut toujours malade depuis la Saint-Barthélemy, et mourut environ deux ans après, le 30 mai 1574, tout baigné dans son sang, qui lui sortait par les pores. 

¾ Henri IV fut témoin de la mort de Charles IX. Ce prince, dont il avait reçu tant d’outrages, le fit appeler peu d’heures avant de mourir; il lui recommanda sa femme et sa fille, comme à l’héritier naturel de la couronne, et à un prince dont il connaissait la grandeur d’âme et la bonne foi. Il l’avertit ensuite de se défier de... (Mais il prononça ce nom, et quelques paroles qui suivirent, de manière à n’être pas entendu de ceux qui étaient dans la chambre). « Monsieur, il ne faut pas dire cela, dit la reine mère, qui était présente. ¾ Pourquoi ne pas le dire? répondit Charles IX; cela est vrai. » Il est vraisemblable que c’est de Henri III qu’il parlait: il connaissait tous ses vices, et l’avait pris en horreur depuis qu’il l’avait vu retarder son départ pour la Pologne, dans l’espérance de sa mort prochaine. (K.) 

Note_94Note de Voltaire, 1730: La réputation qu’il avait acquise à Jarnac et à Moncontour, soutenue de l’argent de la France, l’avait fait élire roi de Pologne en 1573. Il succéda à Sigismond II, dernier prince de la race des Jagellons. 

Note_95Note de Voltairee, 1730: Henri de Guise le Balafré, né en 1550, de François de Guise et d’Anne d’Este. Il exécuta le grand projet de la Ligue, formé par le cardinal de Lorraine son oncle, du temps du concile de Trente, et entamé par François, son père. 

Note_96Boileau a dit dans son épître I, vers 112: 

Qu’on n’alla jamais voir sans revenir heureux.

Note_97Ce vers a été omis dans les éditions de 1723 et 1724; il fut rétabli en l728. (B.) 

Note_98Note de Voltaire, 1768: On reprit l’auteur d’avoir mis le mot de prêches dans un poème épique. Il répondit que tout peut y entrer, et que l’épithète de criminels relève l’expression de prêches.

Note_99Note de Voltaire, 1730: Anne, duc de Joyeuse, donna la bataille de Coutras contre Henri IV, alors roi de Navarre, le 20 octobre 1587. On comparait son armée à celle de Darius, et l’armée de Henri IV à celle d’Alexandre. Joyeuse fut tué dans la bataille par deux capitaines d’infanterie nommés Bordeaux et Descentiers. 

Note_100Note de Voltaire, 1730: Il avait épousé la soeur de la femme de Henri III. Dans son ambassade à Rome, il fut traité comme frère du roi. Il avait un coeur digne de sa grande fortune. Un jour, ayant fait attendre trop longtemps les deux secrétaires d’État dans l’antichambre du roi, il leur en fit ses excuses, en leur abandonnant un don de cent mille écus que le roi venait de lui faire. 

Note_101Horace a dit, livre I, ode ii, vers 21-22: 
 

Audiet cives acuisse ferrum,
Quo graves Persae melius perirent;

Et Corneille (dans le Cid, acte III, scène vi): 
 

Leurs vaillantes mains
Se tremperont bien mieux au sang des Africains.

 

Note_102Ce vers rappelle celui de Zaïre (acte II, scène iii): 

Des chevaliers français tel est le caractère.

Note_103Boileau a dit (Lutrin, chant IV, vers 10): 

Valet souple au logis, fier huissier à l’église.

Note_104Imitation de Virgile (Énéide, IX, 435.37) 
 

Purpureus veluti cum flos, succisus aratro,
Languescit moriens; lassove papavera collo
Demisere caput, pluvia cum forte gravantur.

Dans son poème d’Adonis, vers 531-32, La Fontaine a dit: 
 

Les fleurs, présent de Flore,
Filles du blond Sommeil et des pleurs de l’Aurore.

Cette dernière expression a aussi été employée par Bernard dans son ode sur la Rose: 

Tendre fruit des pleurs de l’Aurore.

Note_105Dans Adélaïde du Guesclin, acte II, scène i, Voltaire a dit: 

Et ce bras qui n’est teint que du sang des Français.

Le vers qu’on lit aujourd’hui dans la Henriade est de 1737. (B.) 

Note_106Note de Voltaire, 1730: Dans le même temps que l’armée du roi était battue à Coutras, le duc de Guise faisait des actions d’un très habile général contre une armée nombreuse de reîtres venus au secours de Henri IV; et, après les avoir harcelés et fatigués longtemps, il les défit au village d’Auneau. 

Note_107Note de Voltaire, 1730: Le duc de Guise, à cette journée des Barricades, se contenta de renvoyer à Henri III ses gardes, après les avoir désarmés. 

Note_108Quinault (Thésée, acte II, scène viii), avait dit: 
 

Quand on a fait trembler un roi,
Apprenez qu’on en doit tout craindre.

 

Note_109Note de Voltaire, 1723: Le cardinal de Guise, l’un des frères du duc de Guise, avait dit plus d’une fois qu’il ne mourrait jamais content qu’il n’eût tenu la tête du roi entre ses jambes, pour lui faire une couronne de moine. Mme de Montpensier, soeur des Guises, voulait qu’on se servît de ses ciseaux pour ce saint usage. Tout le monde connaît la devise de Henri III; c’étaient trois couronnes avec ces mots: Manet ultima coelo, auxquels les ligueurs substituèrent ceux-ci: Manet ultima claustro. On connaît aussi ces deux vers latins qu’on afficha aux portes du Louvre: 
 

Qui dedit ante duas, unam abstulit; altera nutat;
Tertia tonsoris est facienda manu.

En voici une traduction que l’auteur a lue dans les manuscrits de feu M. le président de Mesmes: 
 

Valois, qui les dames n’aime,
Deux couronnes posséda:
Bientôt sa prudence extrême
Des deux l’une lui ôta.
L’autre va tombant de même,
Grâce à ses heureux travaux.
Une paire de ciseaux
Lui baillera la troisième.

 

Note_110Racine a dit dans Mithridate, acte II, scène iii: 

Un rival dès longtemps soigneux de lui déplaire.

Note_111Note de Voltaire, 1723: Le duc de Guise fut tué le vendredi 23 décembre 1588, à huit heures du matin. Les historiens disent qu’il lui prit une faiblesse dans l’antichambre du roi, parce qu’il avait passé la nuit avec une femme de la cour: c’était Mme de Noirmoutier, selon la tradition. Tous ceux qui ont écrit la relation de cette mort disent que ce prince dès qu’il fut entré dans la chambre du conseil, commença à soupçonner son malheur par les mouvements qu’il aperçut. D’Aubigné rapporte qu’il rencontra d’abord dans cette chambre d’Espinac, archevêque de Lyon, son confident. Celui-ci qui en même temps se douta de quelque chose, lui dit en présence de Larchant, capitaine des gardes, à propos d’un habit neuf que le duc portait: « Cet habit est bien léger, au temps qui court; vous en auriez dû prendre un plus fourré. » Ces paroles, prononcées avec un air de crainte, confirmèrent celles du duc. Il entra cependant par une petite allée dans la chambre du roi, qui conduisait à un cabinet dont le roi avait fait condamner la porte. Le duc, ignorant que la porte fût murée, lève, pour entrer, la tapisserie qui la couvrait dans le moment, plusieurs de ces Gascons qu’on nommait les Quarante-cinq le percent avec des poignards que le roi leur avait distribués lui-même. 

Les assassins étaient La Bastide, Mousivry, Saint-Malin, Saint-Gaudin, Saint-Capautel, Halfrenas, Herbelade, avec Lognac, leur capitaine. Monsivry fut celui qui donna le premier coup; il fut suivi de Lognac, de La Bastide, de Saint-Malin, etc., qui se jetèrent en même temps sur le duc. 

On montre encore dans le château de Blois une pierre de la muraille contre laquelle il s’appuya en tombant, et qui fut la première teinte de son sang. Quelques Lorrains, en passant par Blois, ont baisé cette pierre; et, la raclant avec un couteau, en ont emporté précieusement la poussière. 

On ne parle point, dans le poème, de la mort du cardinal de Guise, qui fut aussi tué à Blois; il est aisé d’en voir la raison: c’est que le détail de l’histoire ne convient point à l’unité du poème, parce que l’intérêt diminue à mesure qu’il se partage. 

C’est par cette raison que l’on n’a point parlé du prince de Condé dans la bataille de Coutras, afin de n’arrêter les yeux du lecteur que sur Henri IV. 

¾ Je rétablis le dernier alinéa de cette note tel qu’il se trouve dans les seules éditions de 1723 et 1724. (B.) 

Note_112Note de Voltaire 1730: Le duc de Mayenne, frère puîné du Balafré, tué à Blois, avait été longtemps jaloux de la réputation de son aîné. Il avait toutes les grandes qualités de son frère, à l’activité près. 

Note_113Note de Voltaire, 1723: On lit dans la grande histoire de Mézeray que le duc de Mayenne fut soupçonné d’avoir écrit une lettre au roi, où il l’avertissait de se défier de son frère. Ce seul soupçon suffit pour autoriser le caractère qu’on donne ici au duc de Mayenne, caractère naturel à un ambitieux, et surtout à un chef de parti. 

Note_114Note de Voltaire, 1730: Le chevalier d’Aumale, frère du duc d’Aumale, de la maison de Lorraine, jeune homme impétueux, qui avait des qualités brillantes, qui était toujours à la tête des sorties pendant le siège de Paris, et inspirait aux habitants sa valeur et sa confiance. 

Note_115Note de Voltaire, 1730: Philippe II, roi d’Espagne, fils de Charles-Quint. On l’appelait le Démon du midi, demonium meridianum, parce qu’il troublait toute l’Europe, au midi de laquelle l’Espagne est située. Il envoya de puissants secours à la Ligue, dans le dessein de faire tomber la couronne de France à l’infante Claire-Eugénie, ou à quelque prince de sa famille. 

Note_116Note de Voltaire, 1730: La cour de Rome, gagnée par les Guises, et soumise alors à l’Espagne, fit ce qu’elle put pour ruiner la France. Grégoire XIII secourut la Ligue d’hommes et d’argent; et Sixte-Quint commença son pontificat par les excès les plus grands, et heureusement les plus inutiles, contre la maison royale, comme on peut voir aux remarques sur le premier chant. 

Note_117Note de Voltaire, 1730: Henri IV, alors roi de Navarre, eut la générosité d’aller à Tours voir Henri III, suivi d’un page seulement, malgré les défiances et les prières de ses vieux officiers, qui craignaient pour lui une seconde Saint-Barthélemy. 

Note_118Ce vers était primitivement dans le chant Ier. (B.) 

Note_119Note de Voltaire, 1730: Robert d’Évreux, comte d’Essex, fameux par la prise de Cadix sur les Espagnols, par la tendresse d’Élisabeth pour lui, et par sa mort tragique arrivée en 1601. Il avait pris Cadix sur les Espagnols, et les avait battus plus d’une fois sur mer. La reine Élisabeth l’envoya effectivement en France en 1590, au secours de Henri IV, à la tête de cinq mille hommes. 

Note_120Note de Voltaire, 1730: Sixte-Quint, pape, avait osé excommunier le roi de France, et surtout Henri IV, alors roi de Navarre. 

Philippe II, roi d’Espagne, grand protecteur de la Ligue. 

Note_121Note de Voltaire, 1730: Sixte-Quint, né aux Grottes, dans la Marche d’Ancône, d’un pauvre vigneron nommé Peretti; homme dont la turbulence égala la dissimulation. Étant cordelier, il assomma de coups le neveu de son provincial, et se brouilla avec tout l’ordre. Inquisiteur à Venise, il y mit le trouble, et fut obligé de s’enfuir. Étant cardinal, il composa en latin la bulle d’excommunication lancée par le pape Pie V contre la reine Élisabeth. Cependant il estimait cette reine, et l’appelait un gran cervello di principessa. 

Note_122Note de Voltaire, 1730: Cet événement était tout récent; car Henri IV est supposé voir secrètement Élisabeth en 1589; et c’était l’année précédente que la grande flotte de Philippe II, destinée pour la conquête de l’Angleterre, fut battue par l’amiral Drake, et dispersée par la tempête. 

On a fait, dans un journal de Trévoux, une critique spécieuse de cet endroit. Ce n’est pas, dit-on, à la reine Élisabeth de croire que Rome est complaisante pour les puissances, puisque Rome avait osé excommunier son père. 

Mais le critique ne songeait pas que le pape n’avait excommunié le roi d’Angleterre, Henri VIII, que parce qu’il craignait davantage l’empereur Charles-Quint. (Id., 1737.) Ce n’est pas la seule faute qui soit dans cet extrait de Trévoux, dont l’auteur, désavoué et condamné par la plupart de ses confrères, a mis dans ses censures peut-être plus d’injures que de raisons. (Id., 1746.)