OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE
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THÉÂTRE VI

NOTES

Note_1« A une des répétitions d’Irène, M. de Voltaire, mécontent des comédiens, se tourmentait beaucoup pour leur donner le sens de quelques morceaux. Un duc se trouvait là, je ne sais trop lequel, il y en a tant! Il osa dire à l’auteur de la pièce qu’il avait tort de s’enflammer, qu’il lui paraissait que les comédiens rendaient fort bien ses vers. « Cela peut être fort bon pour un duc, dit Voltaire; mais pour moi cela ne vaut rien. » Correspondance secrète, politique et littéraire (Londres, J. Adamson), de Paris, le 23 juillet 1778. 

Note_2Correspondance littéraire, Paris, Migneret, 1804, tome II, p, 208. 

Note_3Il remaniait ces deux dernières pièces. 

Note_4Prospectus d’une estampe représentant le couronnement de Voltaire, de Gaucher; à Mme la marquise de Villette, dame de Ferney-Voltaire (1782). 

Note_5On essaya de parodier cette scène du couronnement dans une estampe satirique représentant Voltaire couronné non plus par les comédiens français, mais par les comédiens italiens. Dans cette estampe satirique, ce n’est plus la France qui décerne une couronne au buste du poète, c’est Arlequin: 
 

Il est beau de la recevoir,
Quand c’est Arlequin qui la donne.

Note_6Lettre à d’Argental, 10 octobre 1777. 

Note_7Lettre, 25 octobre 1777. 

Note_8Dans sa Lettre à l’Académie française, lue dans la séance du 25 août 1776, Voltaire rabaissait beaucoup Shakespeare. Mme de Montague y répondit par une Apologie de son compatriote. La dédicace d’Irène, ou Lettre (nouvelle) à l’Académie française, est une réplique à Mme de Montague. (B.) 

Note_9C’est de Sophocle et d’Euripide que Pétrone, dans son chap. ii, a dit Invenerunt verba quibus deberent loqui. (B.) 

Note_10Art poét., III, 155-56. 

Note_11Note de Voltaire: Le P. Brumoy, dans son Discours sur le parallèle des théâtres, a dit de nos spectateurs: « Ce n’est que le sang-froid qui applaudit la beauté des vers. » Si ce savant avait connu notre public, il aurait vu que tantôt il applaudit de sang-froid des maximes vraies ou fausses, tantôt il applaudit avec transport des tirades de déclamation, soit pleines de beautés, soit pleines de ridicules, n’importe; et qu’il est toujours insensible à des vers qui ne sont que bien faits et raisonnables. 

Je demandai un jour à un homme qui avait fréquenté assidûment cette cave obscure appelée parterre, comment il avait pu applaudir à ces vers si étranges et si déplacés [Mort de Pompée, III, v]: 
 

César, car le destin, que dans tes fers je brave,
Me fait ta prisonnière, et non pas ton esclave;
Et tu ne prétends pas qu’il m’abatte le coeur
Jusqu’à te rendre hommage, et te nommer seigneur...

Comme si le mot seigneur était sur notre théâtre autre chose qu’un terme de politesse, et comme si la jeune Cornélie avait pu s’avilir en parlant décemment à César! Pourquoi, lui dis-je, avez-vous tant battu des mains à ces étonnantes paroles [Mort de Pompée, IV, iv]: 
 

Rome le veut ainsi: son adorable front
Aurait de quoi rougir d’un trop honteux affront,
De voir en même jour, après tant de conquêtes,
Sous un indigne fer ses deux plus nobles têtes.
Son grand coeur, qu’à tes lois en vain tu crois soumis,
En veut au criminel plus qu’à ses ennemis,
Et tiendrait à malheur le bien de se voir libre,
Si l’attentat du Nil affranchissait le Tibre.
Comme autre qu’un Romain n’a pu l’assujettir,
Autre aussi qu’un Romain ne l’en doit garantir.
Tu tomberais ici sans être sa victime
Au lieu d’un châtiment, ta mort serait un crime;
Et sans que tes pareils en conçussent d’effroi,
L’exemple que tu dois périrait avec toi.
Venge-la de l’Égypte à son appui fatale,
Et je la vengerai, si je puis, de Pharsale.
Va; ne perds point le temps, il presse. Adieu; tu peux
Te vanter qu’une fois j’ai fait pour toi des voeux.

Vous sentez bien aujourd’hui qu’il n’est guère convenable qu’une jeune femme, absolument dépendante de César, protégée, secourue, vengée par lui, et qui doit être à ses pieds, le menace en antithèses si recherchées, et dans un style si obscur, de le faire condamner à la mort pour servir d’exemple, et finisse enfin par lui dire: « Adieu, César, tu peux te vanter que j’ai fait pour toi des voeux une fois en ma vie. » Avez-vous pu seulement entendre ce froid raisonnement, aussi faux qu’alambiqué: « Comme autre qu’un Romain n’a pu asservir Rome, autre qu’un Romain ne l’en peut garantir? » 

Il n’y a point d’homme un peu accoutumé aux affaires de ce monde qui ne sente combien de tels vers sont contraires à toutes les bienséances, à la nature, à la raison, et même aux règles de la poésie, qui veulent que tout soit clair, et que rien ne soit forcé dans l’expression. 

Dites-moi donc par quel prestige vous avez applaudi sans cesse des tirades aussi embrouillées, aussi obscures, aussi déplacées? Mais dites-moi surtout pourquoi vous n’avez jamais marqué par la moindre acclamation votre juste contentement des véritables beaux vers que débite Andromaque, dans une situation encore plus douloureuse que celle de Cornélie [Andromaque, IV, i]: 
 

Je confie à tes soins mon unique trésor.
Si tu vivais pour moi, vis pour le fils d’Hector...
Fais connaître à mon fils les héros de sa race;
Autant que tu pourras conduis-le sur leur trace:
Dis-lui par quels exploits leurs noms ont éclaté:
Plutôt ce qu’ils ont fait que ce qu’ils ont été...
Qu’il ait de ses aïeux un souvenir modeste:
Il est du sang d’Hector, mais il en est le reste;
Et pour ce reste enfin, j’ai moi-même, en un jour,
Sacrifié mon sang, ma haine, et mon amour.

Les hommes de cabinet, qui réfléchissent, qui ont une sensibilité si fine et si juste, les gens de lettres les plus gâtés par un vain savoir, les barbares mêmes des écoles, tous s’accordent à reconnaître l’extrême beauté de ces vers si simples d’Andromaque. Cependant pourquoi cette beauté n’a-t-elle jamais été applaudie par le parterre? 

Cet homme de bon sens et de bonne foi me répondit: Quand nous battions des mains au clinquant de Cornélie, nous étions des écoliers élevés par des pédants, toujours idolâtres du faux merveilleux en tout genre. Nous admirions les vers ampoulés, comme nous étions saisis de vénération à l’aspect du saint Christophe de Notre-Dame. Il nous fallait du gigantesque. A la fin nous nous aperçûmes à la vérité que ces figures colossales étaient bien mal dessinées; mais enfin elles étaient colossales, et cela suffisait à notre mauvais goût. 

Les vers que vous me citez de Racine étaient parfaitement écrits; ils respiraient la bienséance, la vérité, la modestie, la mollesse élégante: nous le sentions; mais la modestie et la bienséance ne transportent jamais l’âme. Donnez-moi une grosse actrice d’une physionomie frappante, qui ait une voix forte, qui soit bien impérieuse, bien insolente, qui parle à César comme à un petit garçon, qui accompagne ses discours injurieux d’un geste méprisant, et qui surtout termine son couplet par un grand éclat de voix, nous applaudirons encore; et si vous êtes dans le parterre, vous battrez peut-être des mains avec nous; tant l’homme est subjugué par ses organes et par l’exemple. 

De pareils prestiges peuvent durer un siècle entier; et l’aveuglement le plus absurde a quelquefois duré plusieurs siècles. 

Quant à certaines prétendues tragédies écrites en vers allobroges ou vandales, que la cour et la ville ont élevées jusqu’au ciel avec des transports inouïs, et qui sont ensuite oubliées pour jamais, il ne faut regarder ce délire que comme une maladie passagère qui attaque une nation, et qui se guérit enfin de soi-même. 

¾ Les tragédies en vers allobroges, dont Voltaire parle dans le dernier alinéa de cette note, sont celles de Crébillon qu’on avait tant loué pour rabaisser l’auteur de Mérope. (B.) 

Note_12Voyez, dans la Correspondance, la lettre au duc de La Vallière, d’avril ou de mai 1761. 

Note_13Apologie de Shakespeare, en réponse à la critique de M. de Voltaire; traduite de l’anglais de Mme de Montague; Pari; 1777, in-8°. (B.) 

Note_14Ces Remarques sur le Cinna de Corneille font partie de l’Apologie de Shakespeare, et remplissent les pages 190-214 de la traduction française; mais la tragédie de Rodogune n’est le sujet d’aucun article spécial. (B.) 

Note_15Voltaire avait dit en 1764, dans son Commentaire sur Corneille, que le nom de grand fut donné à P. Corneille, non seulement pour le distinguer de son frère, mais du reste des hommes. (B.) 

Note_16Hémistiche de l’Iphigénie de Racine, acte II, scène ii. (B.) ¾ Euripide dit: « Vous y serez près de l’autel. » (G. A.) 

Note_17Page 46 de la traduction française. (B.) 

Note_18Cette phrase ne se trouve pas dans les Lettres de Mme de Sévigné. Elle peut avoir tenu ce propos; on peut le lui avoir prêté. Rien ne prouve que Voltaire en soit l’inventeur. (B.) 

Note_19Art poétique, III, 155-156. (B.) 

Note_20Dans les Lettres philosophiques. (B.) 

Note_21Ce personnage s’appelait d’abord Basile. Voltaire (lettre à d’Argental du 25 octobre 1777) explique pourquoi il changea ce nom: « M. de Villette, votre voisin, qui est à Ferney depuis quelques jours, et qui a été témoin de la naissance d’Alexis (Irène),prétend que le nom de Basile est très dangereux depuis qu’il y a un Basile dans le Barbier de Séville. Il dit que le parterre crie quelquefois: « Basile, allez-vous coucher », et qu’il ne faut, avec des Welches, qu’une pareille plaisanterie pour faire tomber la meilleure pièce du monde. Je ne connais point le Barbier de Séville; je ne l’ai jamais vu; mais je crois que M. de Villette a raison. Il n’y aura qu’à faire mettre Léonce au lieu de Basile par le copiste de la Comédie, supposé que ce copiste puisse être employé. Heureusement le nom de Basile ne se trouve jamais à la fin d’un vers, et Léonce peut suppléer partout. » 

Note_22« On dira toujours, écrivait Voltaire, qu’Alexis a tort de vouloir épouser Irène immédiatement après avoir tué son mari. Je dirai, comme les autres, qu’il a grand tort, et que c’est ce tort inexcusable que j’ai voulu mettre sur le théâtre. » 

A ce propos, les amis de M. de Voltaire trouvaient qu’Irène avait quelque ressemblance avec Sophonisbe. (G. A.) 

Note_23Irène prononce ce vers pour se faire pardonner son suicide condamnable aux yeux des catholiques. « Son dernier mot étant un acte de contrition, écrivait Voltaire, il est clair qu’elle est sauvée. » (G. A.)