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VARIANTES
DE LA TRAGÉDIE DU TRIUMVIRAT.
Variante
n°1:(Voir l'emplacement de cette
variante)
Au lieu de la scène entre Auguste et Antoine, il
y avait, dans le premier acte, cette scène entre Antoine et Fulvie.
La scène entre les deux triumvirs ouvrait le deuxième
acte; on la trouvera ici telle qu’elle était dans le premier manuscrit.
(Antoine parle bas à un tribun; il aperçoit
Fulvie, et se détourne.)
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ANTOINE.
Ah! c’est elle...
FULVIE.
Arrêtez, ne craignez point Fulvie.
Je suis une étrangère, aucun noeud ne nous
lie;
Et je ne parle plus à mon perfide époux.
Mais après les hasards où j’ai couru pour
vous,
Lorsque, pour cimenter votre grandeur.suprême,
Je consens au divorce, et m’immole moi-même;
Quand j’ai sacrifié mon rang et mon amour,
Puis-je obtenir de vous une grâce à mon
tour?
ANTOINE.
Le divorce à mes yeux ne vous rend pas moins chère.
Avec la soeur d’Octave un hymen nécessaire
Ne saurait vous ravir mon estime et mon coeur.
FULVIE.
Je le veux croire ainsi, du moins pour votre honneur.
Eh bien! si de nos noeuds vous gardez la mémoire,
Je veux m’en souvenir pour sauver votre gloire.
Voyons à vous prier si je m’abaisse en vain.
ANTOINE.
Que me demandez-vous? Que faut-il?
FULVIE.
Être humain,
Être éclairé du moins; savoir avec
prudence
A tant de cruautés mêler quelque indulgence.
Un pardon généreux pourrait faire oublier
Des excès dont j’ai honte et qu’il faut expier.
Je demande, en un mot, la grâce de Pompée.
ANTOINE.
Vous? De quel intérêt votre âme est
occupée!
Qui vous rejoint à lui? Pourquoi sauver ses jours?
L’intérêt dans les coeurs domine-t-il toujours?
A la simple pitié ne peuvent-ils se rendre?
Apprenez que sa voix se fait encore entendre.
Quand je voulus du sang, je n’eus point de refus;
Quand il faut pardonner, on ne m’écoute plus!
Cette grâce à vous-même est utile
peut-être.
ANTOINE.
Madame, il n’est plus temps: je n’en suis plus le maître.
Son trépas importait à notre sûreté,
Et l’arrêt aujourd’hui doit être exécuté.
FULVIE.
C’est assez, et ce trait manquait à votre outrage;
Voilà ce que des cieux m’annonçait le présage,
Quand la foudre, trop lente à punir les mortels,
A brisé dans vos mains vos édits criminels!
C’est donc là de César cet ami magnanime!
Allez, vous n’imitez qu’Achillas et Septime.
Son nom vous était cher, et vous l’avez terni;
Et si César vivait, il vous aurait puni.
Je rends grâce à l’affront qui tous deux
nous sépare:
C’est moi qui répudie un assassin barbare.
Par un divorce heureux j’ai dû vous prévenir;
Et les noeuds des forfaits cessent de nous unir.
ANTOINE.
Je pardonne au courroux, et le droit de vous plaindre
Doit vous être laissé quand il n’est plus
à craindre.
Ce n’est pas à Fulvie à me rien reprocher;
De nos sévérités on la vit approcher;
Sa main pour Cicéron montra peu d’indulgence.
Elle s’est emportée à quelque violence;
Et je n’attendais pas qu’elle pût s’offenser
Des justes châtiments qu’on la vit exercer.
FULVIE.
Il est vrai, j’ai trop loin porté votre vengeance;
J’en obtiens aujourd’hui la digne récompense.
Je n’ai que trop rougi de l’excès d’un courroux
Dont j’écoutai la voix en faveur d’un époux.
A trop d’emportement je me suis avilie:
Vous en étonnez-vous? je vous étais unie;
Un moment de fureur a fait mes cruautés.
Mais vous, toujours égal en vos atrocités,
Vous, assassin tranquille et bourreau sans colère,
Vous vous livrez sans peine à votre caractère;
Pour être moins barbare il vous faut des efforts.
J’imitai vos fureurs, imitez mes remords. |
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ACTE DEUXIÈME.
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SCÈNE I.
OCTAVE, ANTOINE.
ANTOINE.
Ainsi Pompée échappe à la mort qui
le suit!
OCTAVE.
Antoine, croyez-moi, c’est en vain qu’il la fuit:
Si mon père a du sien triomphé dans Pharsale,
J’attends contre le fils une fortune égale;
Et ce nom de César, dont je suis honoré,
De sa perte à mon bras fait un devoir sacré:
Mon intérêt s’y joint.
ANTOINE.
Qu’il périsse ou qu’il vive,
Le Tibre dès demain nous attend sur sa rive.
Marchons au Capitole: il faut que les Romains
Apprennent à trembler devant leurs souverains.
Mais, avant de partir, lorsque tout nous seconde,
Il est temps de signer le partage du monde.
OCTAVE.
Je suis prêt: mes desseins ont prévenu vos
voeux,
Je consens que la terre appartienne à nous deux.
Songez que je prétends la Gaule et l’Illyrie,
Les Espagnes, l’Afrique, et surtout l’Italie.
L’Orient est à vous.
ANTOINE.
Telle est ma volonté,
Tel est le sort du monde entre nous arrêté.
OCTAVE.
Par des serments sacrés que notre foi s’engage;
Jurons au nom des dieux d’observer ce partage.
ANTOINE.
Des serments entre nous? Nos armes, nos soldats,
Nos communs intérêts, le destin des combats,
Ce sont là nos serments. Le frère d’Octavie
Devrait s’en reposer sur le noeud qui nous lie.
Nous nous connaissons trop: pourquoi cacher nos coeurs?
Les serments sont-ils faits pour les usurpateurs?
Je me croirais trompé si vous en vouliez faire.
Laissons-les à Lépide, aux lâches,
au vulgaire.
Je vous parle en soldat: je ne puis vous celer
Que vous affectez trop l’art de dissimuler.
César dans ses traités invoquait la victoire;
Agissons comme lui, si vous voulez m’en croire.
OCTAVE.
A votre audace altière il faut souvent céder;
N’en parlons plus. Quel rang voulez-vous accorder
A cet associé, triumvir inutile,
Qui reste sans armée et bientôt sans asile?
ANTOINE.
Qu’il abdique.
OCTAVE.
Il le doit.
ANTOINE.
On n’en a plus besoin.
De nos temples, dans Rome, on lui laisse le soin:
Qu’il demeure pontife, et qu’il préside aux fêtes
Que Rome, en gémissant, consacre à nos
conquêtes.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . .
OCTAVE.
La foudre avait frappé ces tables criminelles.
ANTOINE.
Le destin qui nous sert en produit de nouvelles.
Craignez-vous un augure?
OCTAVE.
Et ne craignez-vous pas
De révolter la terre à force d’attentats?
ANTOINE.
C’est le dernier arrêt, le dernier sacrifice
Qu’aux mânes de César devait notre justice.
OCTAVE.
Je n’en veux qu’à Pompée; et je vous avertis
Qu’il nous suffit du sang de nos grands ennemis:
Le reste est une foule impuissante, éperdue,
Qui sur elle en tremblant voit la mort suspendue,
Que dans Rome jamais nous ne redouterons,
Et qui nous bénira quand nous l’épargnerons.
On nous reproche assez une rage inhumaine
Nous voulons gouverner, n’excitons plus la haine.
ANTOINE.
Nommez-vous la justice une inhumanité?
Octave, un triumvir par César adopté,
Quand je venge un ami, craint de venger un père!
Vous trahissez son sang pour flatter le vulgaire!
Sur sa cendre avec moi n’avez-vous pas promis
La mort des conjurés et de leurs vils amis?
N’avez-vous pas déjà, par un zèle
intrépide,
Sur nos plus chers parents vengé le parricide?
A qui prétendez-vous accorder un pardon,
Quand vous m’avez vous-même immolé Cicéron?
Cicéron fut nommé père de la patrie,
Rome l’avait aimé jusqu’à l’idolâtrie;
Mais lorsqu’à ma vengeance un tribun l’a livré,
Rome, où nous commandons, a-t-elle murmuré?
Elle a gémi tout bas et gardé le silence.
Cassius et Brutus, réduits à l’impuissance,
Inspireront peut-être à quelques nations
Une éternelle horreur de nos proscriptions;
Laissons-les en tracer d’effroyables images,
Et contre nos deux noms révolter les deux âges:
Assassins de leur maître et de leur bienfaiteur,
C’est leur indigne nom qui doit être en horreur.
Ce sont les coeurs ingrats qu’il faut que l’on punisse;
Seuls ils sont criminels, et nous faisons justice.
Ceux qui les ont aidés, ceux qui les ont servis,
Qui les ont approuvés, seront tous poursuivis,
De vingt mille guerriers péris dans nos batailles,
D’un oeil sec et tranquille on voit les funérailles;
Sur leurs corps étendus, victimes du trépas,
Nous volons, sans pâlir, à de nouveaux combats,
Et de la trahison cent malheureux complices
Seraient au grand César de trop chers sacrifices
OCTAVE.
Sans doute on doit punir; mais ne comparez pas
Le danger honorable et les assassinats.
César est satisfait; ce héros magnanime
N’aurait jamais puni le crime par le crime.
Je ne me repens point d’avoir vengé sa mort;
Mais sachez qu’à mon coeur il en coûte un
effort.
Je vois que trop de sang peut souiller la vengeance;
Je serais plus son fils en suivant sa clémence:
Quiconque veut la gloire avec l’autorité,
Ne doit verser le sang que par nécessité.
Pourquoi de Rome encor fouiller tous les asiles?
Je ne puis approuver des meurtres inutiles.
C’est aux chefs, c’est aux grands, aux Brutus, aux Catons,
Aux enfants de Pompée, à ceux des Scipions,
C’est à de tels proscrits que la mort se destine.
Notre sécurité dépend de leur ruine.
Épargnons un ramas de citoyens sans nom,
Qui seront subjugués par l’espoir du pardon:
C’est leur utile sang qu’il faut que l’on ménage;
Ne forçons point le peuple à sortir d’esclavage.
D’un oeil d’indifférence... |
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Il y avait dans ce même note une scène entre
Octave et Fulvie, qui a été retranchée.
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FULVIE.
Que le frère d’Antoine et l’amant de Julie
Ne craignent point de moi des reproches honteux,
Ma tranquille fierté les épargne à
tous deux.
Mon coeur, indifférent aux maux qui le remplissent,
N’a rien à regretter dans ceux qui me trahissent.
Tout ce que je prétends et d’Antoine et de vous,
C’est de fuir loin d’Octave et d’un perfide époux.
Ne me réduisez point à cette ignominie
De parer le triomphe et le char d’Octavie;
Allez: régnez dans Rome, et foulez à vos
pieds
Dans des ruisseaux de sang les citoyens noyés.
Au Capitole assis, partagez votre proie,
De mes nouveaux affronts goûtez la noble joie;
Mêlez dans votre gloire et dans vos attentats
Les jeux et les plaisirs à vos assassinats.
Mais laissez-moi cacher dans d’obscures retraites,
Loin de vous, loin de lui, l’horreur que vous me faites,
Ma haine pour vous deux, et mon mépris pour lui,
C’est tout ce qui me reste et me flatte aujourd’hui.
Délivrez-vous de moi, d’un témoin de vos
crimes,
D’un coeur que vous mettez au rang de vos victimes;
C’est l’unique faveur que je viens demander:
Maîtres de l’univers, daignez-vous l’accorder?
OCTAVE.
De votre sort toujours vous serez la maîtresse;
Je partage avec vous la douleur qui vous presse.
Je sais qu’Antoine et moi, forcés de vous trahir,
Devant vous désormais nous n’avons qu’à
rougir;
Que nous sommes ingrats, qu’il est de votre gloire
D’oublier de nous deux l’importune mémoire.
Mais quels que soient les lieux que vous ayez choisis,
Gardez-vous de vous joindre avec nos ennemis.
C’est ce qu’exige Antoine, et la seule prière
Que ma triste amitié se hasarde à vous
faire. |
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Variante
n°2:(Voir l'emplacement de cette
variante)
Dans le premier manuscrit, Julie ne se trouve point avec
Pompée au commencement de cet acte; ils ne paraissent point ensemble
devant Octave; mais Pompée paraît seul devant les deux triumvirs,
qui ont ensuite la scène suivante entre eux.
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ANTOINE.
Dans quel chagrin votre âme est-elle ensevelie?
Que craignez-vous?
OCTAVE.
Mon coeur, et les pleurs de Julie.
ANTOINE.
Des pleurs vous toucheraient?
OCTAVE.
Son trouble, son effroi,
Dans mon étonnement ont passe jusqu’à moi.
J’ai frémi de la voir, j’ai frémi de l’entendre,
Couvert de tout ce sang que ma main fait répandre.
Fulvie en prendra soin: ces bords ensanglantés
Effarouchent ses yeux encore épouvantés.
Mais il faut dès demain que cette fugitive
Connaisse ses devoirs, m’obéisse, et me suive.
Je dois répondre d’elle; elle est de ma maison.
ANTOINE.
Vous êtes éperdu...
OCTAVE.
J’en ai trop de raison.
ANTOINE.
Vous l’aimez trop, Octave.
OCTAVE.
Il est vrai, ma jeunesse
Des plaisirs passagers connut la folle ivresse;
J’ai cherché comme vous, au sein des voluptés,
L’oubli de mes chagrins et de mes cruautés.
Plus endurci que moi, vous bravez l’amertume
De ce remords secret dont l’horreur me consume.
Vous ne connaissez pas ces tourments douloureux
D’un esprit entraîné par de contraires voeux,
Qui fait le mal qu’il hait, et fuit le bien qu’il aime,
Qui cherche à se tromper, et qui se hait lui-même.
Je passai du carnage à ces égarements
Dont les honteux attraits flattaient en vain mes sens.
J’ai cru qu’en terminant la discorde civile,
J’aurais près de Julie un destin plus tranquille
Je suis encor trompé; l’amour, l’ambition,
L’espoir, le repentir, tout n’est qu’illusion.
ANTOINE.
Peut-être que Julie, en ces lieux amenée,
Venait entre vos mains mettre sa destinée.
OCTAVE.
Non, je ne le puis croire.
ANTOINE.
Il n’appartient qu’à vous
De régler ses destins, de choisir son époux.
Elle a pu, dans ces jours de vengeance et d’alarmes,
Apporter à vos pieds ses terreurs et ses larmes;
Vous en serez instruit.
OCTAVE.
Quoi! dans ses jeunes ans,
S’arracher sans scrupule au sein de ses parents!
Vous savez les soupçons dont mon âme est
frappée.
ANTOINE.
On dit qu’elle est promise à ce jeune Pompée.
OCTAVE.
C’est mon rival en tout. Ce redoutable nom
Sera dans tons les temps l’horreur de ma maison.
En vain notre puissance à Rome est établie;
Il soulève la terre, il règne sur Julie;
Et Julie en secret a peut-être aujourd’hui
L’audacieux projet de s’unir avec lui.
De son sexe autrefois la timide décence
N’aurait jamais connu cet excès d’imprudence.
Mais la guerre civile, et surtout nos fureurs,
Ont corrompu les lois, les esprits, et les moeurs.
Aujourd’hui rien n’effraye, et tout est légitime:
Notre fatal empire est le siècle du crime.
ANTOINE.
Je ne vous connais plus, et depuis quelques jours
Un repentir secret règne en tous vos discours;
Je ne vous vois jamais d’accord avec vous-même.
OCTAVE.
N’en soyez point surpris, si vous savez que j’aime.
ANTOINE.
Rien ne m’a subjugué. Peut-être quelque jour
Comme César et vous je connaîtrai l’amour.
Cependant je vous laisse avec l’infortunée
Qu’on amène à vos yeux tremblante et consternée;
Vous pouvez aisément adoucir ses douleurs;
Gardez-vous de laisser trop d’empire à ses pleurs.
Aimez, puisqu’il le faut, mais en maître du monde. |
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Variante
n°3: (Voir l'emplacement de cette
variante)
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OCTAVE.
Votre reproche est juste, et c’est un trait de flamme
Qui sort de votre bouche, et pénètre mon
âme.
Vous pouvez tout sur moi: j’atteste à vos genoux
Le dieu qui vous envoie, et qui parle par vous,
Que le monde opprimé vous devra ma clémence.
Songez que c’est par vous et par notre alliance
Que le ciel veut finir le malheur des humains.
Rome, l’empire, et moi, tout est entre vos mains:
Son bonheur et le mien sur votre hymen se fonde.
Disposez de la foi d’un des maîtres du monde.
César du haut des cieux ordonne ce lien,
Et vous rendez mon nom aussi grand que le sien.
JULIE.
Je rends grâces au ciel, si sa voix vous inspire,
Si le fils de César mérite son empire,
Si vous lui ressemblez, si vous n’ajoutez pas
Le crime de tromper à tous vos attentats.
Soyez juste en effet, c’est peu de le paraître;
Pour un César alors je puis vous reconnaître.
Vous êtes de mon sang, et du sang des héros:
Allez à l’univers accorder le repos;
Mais sachez que ma foi n’en peut être le gage.
Ne devez qu’à vous-même un si grand avantage;
Ne cherchez la vertu qu’au fond de votre coeur;
En la mettant à prix vous en souillez l’honneur,
Vous en avilissez le caractère auguste.
Est-ce à vos passions à vous rendre plus
juste?
J’en rougirais pour vous.
OCTAVE.
Eh bien! je vous entends:
Je sais de vos refus les motifs insultants;
Et vous ne me parlez de vertu, de clémence,
Que pour voir impuni le rival qui m’offense.
Le ciel vous a trompée; il vous met dans mes mains
Pour vous sauver l’affront d’accomplir vos desseins.
Vous m’osez préférer l’ennemi de ma race!
Son sang va me payer sa honte et son audace;
Il ne peut échapper à mon juste courroux;
Et Pompée...
JULIE.
Ah! cruel! quel nom prononcez-vous?
Pompée est loin de moi... Qui vous dit que je
l’aime?
OCTAVE.
Vos pleurs, votre mépris de ma grandeur suprême:
Lui seul à cet excès a pu vous égarer.
C’est le seul des mortels qu’on peut me préférer;
Et c’est le seul aussi que nos coups vont poursuivre.
J’aurais pu me forcer jusqu’à le laisser vivre;
Mais vous le condamnez quand vous suivez ses pas.
Vous l’aimez: c’est à vous qu’il devra son trépas.
JULIE, à part.
O Pompée!
OCTAVE.
Oubliez le nom d’un téméraire
Que je dois immoler aux mânes de mon père,
A l’intérêt de Rome, à mes transports
jaloux;
Et demain soyez prête à partir avec nous. |
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Variante
n°4:
(Voir l'emplacement de cette
variante)
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Il est juste envers vous: ou vous veniez vous-même
Vous soumettre à la loi d’un maître qui
vous aime,
Ou vous osiez chercher au milieu des hasards
L’ennemi de mon règne et du nom des Césars;
Je dispose de vous dans ces deux conjonctures.
Je ne souffrirai pas que les races futures
Puissent m reprocher d’avoir laissé trahir
La majesté d’un nom que je dois soutenir.
Je comblerai de biens votre infidèle père,
J’imiterai le mien, sans prétendre à vous
plaire,
Mais je perdrai le jour avant qu’aucun mortel
Dans sa témérité soit assez criminel
Pour m’oser un moment disputer ma conquête. |
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Variante
n°5:(Voir l'emplacement de cette
variante)
L’ordre des scènes du quatrième acte n’était
pas le même dans le premier manuscrit que dans la pièce imprimée.
Après une scène entre Fulvie et ses confidents, l’auteur
avait placé les scènes suivantes; ensuite Fulvie et Pompée
restaient seuls.
SCÈNE II.
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JULIE.
Fulvie!
Soutenez mon courage et ma force affaiblie!
Pompée, absent de moi dans ce jour malheureux,
Quand j’invoque Pompée est un augure affreux!
Que fait-il, où va-t-il? Vous connaissez ma crainte
Elle est juste; et l’horreur qui dans vos yeux est peinte,
Ce front pâle et glacé, redoublent mon effroi.
FULVIE.
Julie, attendez tout de Pompée et de moi.
Gardons que dans ces lieux on ne nous puisse entendre:
Partout on nous observe, et l’on peut nous surprendre.
Veillez-y, cher Aufide; allez: de mes suivants
Choisissiz les plus prompts et les plus vigilants;
Et qu’au moindre danger leur voix nous avertisse.
AUFIDE.
Dans leur camp retirés, Antoine et son complice
Ont fait tout préparer pour un départ soudain.
Demain du Capitole ils prendront le chemin;
Ils vous y conduiront.
FULVIE.
Leur marche triomphante
N’est pas encor bien sûre, et peut être sanglante.
(Aufide sort.)
JULIE.
Que dites-vous?
FULVIE.
J’espère....
JULIE.
En quels dieux? en quels bras?
FULVIE.
J’espère en la vengeance.
JULIE.
Elle ne suffit pas.
Si je perds mon époux, que me sert la vengeance?
Il dissimule en vain son auguste naissance;
Sa présence trahit un nom si glorieux,
Sa grandeur mal cachée éclate dans ses
yeux.
Le perfide Agrippa, Ventidius peut-être,
L’auront vu dans l’Asie, et vont le reconnaître.
Ah! périsse avec moi le détestable jour
Où l’un des triumvirs, épris d’un vain
amour,
Des vrais Césars en moi voyant l’unique reste,
Osa me destiner un rang que je déteste!
Tout est funeste en lui: sa triste passion
Tient de la cruauté de sa proscription.
Sur les autels d’hymen portant ses barbaries,
Il y vient allumer le flambeau des furies.
Le sang des nations commence d’y couler;
Et c’est Pompée enfin qu’il y doit immoler.
J’aurais moins craint de lui s’il m’avait méprisée.
Les dieux dans vos malheurs vous ont favorisée,
Quand votre indigne époux vous a ravi son coeur;
La haine des tyrans est pour nous un bonheur.
Mais plaire pour servir, ramper sous un barbare
Qui traîne sa victime à l’autel qu’il prépare,
Et recevoir de lui pour présent nuptial
Le sang de mon amant versé par son rival!
Tombe plutôt sur moi cette foudre égarée
Qui, frappant dans la nuit cette infâme contrée,
Et se perdant en vain dans ces rochers affreux
Épargnait nos tyrans, et dût tomber sur
eux!
FULVIE.
Et moi je vous prédis que du moins ce perfide
N’accomptira jamais cet hymen homicide.
JULIE.
Je le sais comme vous; ma mort l’empêchera.
FULVIE.
Et la sienne peut-être ici la préviendra.
JULIE.
De quel espoir trompeur êtes-vous animée?
Avez-vous un parti, des amis, une armée?
Nous sommes deux roseaux par l’orage pliés,
L’un sur l’autre en tremblant vainement appuyés;
Le puissant foule aux pieds le faible qui menace,
Et rit, en l’écrasant, de sa débile audace.
Tout tombe, tout gémit; qui peut vous seconder?
FULVIE.
Croyez du moins Pompée, et laissez-vous guider.
SCÈNE III.
JULIE, FULVIE, POMPÉE.
JULIE.
Héros né d’un héros, vous qu’une
juste crainte
Me défend de nommer dans cette horrible enceinte,
Où portez-vous vos pas égarés, incertains?
Quel trouble vous agite? Et quels sont vos desseins?
Regagnez ces rochers et ces retraites sombres
Où la nuit va porter ses favorables ombres.
Demain les trois tyrans, aux premiers traits du jour,
Partent avec la mort de ce fatal séjour;
Ils vont, loin de vos yeux, ensanglanter le Tibre.
Ne vous exposez point, demain vous serez libre.
POMPÉE.
C’est la première fois que le ciel a permis
Que mon front se cachât à des yeux ennemis.
JULIE.
Il le faut.
POMPÉE.
O Julie!
JULIE.
Eh bien?
POMPÉE.
Quoi! le barbare
Vous enlève à mes bras! Ce monstre nous
sépare!
Fulvie, écoutez-moi...
FULVIE.
Calmez-vous.
POMPÉE.
Ah! grands dieux!
Éloignez-la de moi, sauvez-la de ces lieux.
JULIE.
Que crains-tu? N’as-tu pas ce fer et ton courage?
Ne saurais-tu finir notre indigne esclavage?
Eh! ne peux-tu mourir en m’arrachant le jour?
Frappe.
POMPÉE.
Ah! qu’un autre sang....
JULIE.
Frappe, au nom de l’amour!
Frappe, au nom de l’hymen, au nom de la patrie!
POMPÉE.
Au nom de tous les trois, accordez-moi, Julie,
Ce que j’ai demandé, ce que j’attends de vous,
Pour le salut de Rome et celui d’un époux.
Achevez, évoquez les mânes de mon père:
J’ai dû ce sacrifice à cette ombre si chère;
Il faut une main pure ainsi que votre encens.
JULIE.
Que serviront mes voeux et mes cris impuissants?
De Pompée au tombeau que pouvons-nous attendre?
Du fer des assassins il n’a pu se défendre;
Le Phare est encor teint de son sang précieux.
POMPÉE.
Il n’était qu’homme alors; il est auprès
des dieux.
De Pharsale et du Phare ils ont puni le crime:
Songez que César même est tombé sa
victime,
Et qu’aux pieds de mon père il a fini son sort.
JULIE.
Puisse Octave à son tour subir la même mort!
POMPÉE.
Julie!... Il la mérite.
JULIE.
Ah! s’il était possible!...
Mais si vous paraissez, la vôtre est infaillible.
FULVIE, à
Julie.
Si vous restez ici, c’est vous qui l’exposez;
Bientôt les yeux jaloux seront désabusés.
On le croit un soldat qui, dans ces temps de crimes,
A l’or des trois tyrans vient vendre des victimes;
Avec vous dans ces lieux s’il était découvert,
Je ne pourrais plus rien. Votre amour seul le perd.
POMPÉE.
Levez au ciel les mains: la mienne se prépare
A vous tirer au moins de celles du barbare.
JULIE.
Cruel! pouvez-vous bien vous exposer sans moi?
POMPÉE.
Allez, ne craignez rien, je fais ce que je dois;
Faites ce que je veux.
JULIE.
A vous je m’abandonne;
Mais qu’allez-vous tenter?
POMPÉE.
Ce que mon père ordonne.
JULIE.
Peut-être comme lui vous marchez au trépas!
Mais soyez sûr au moins qu’on ne me verra pas,
Par d’inutiles pleurs arrosant votre cendre,
Jeter d’indignes cris qu’on dédaigne d’entendre.
Les Romains apprendront que nous étions tous deux
Dignes de vivre ensemble, ou de mourir pour eux. |
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Variante
n°6:(Voir l'emplacement de cette
variante)
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FULVIE.
Vengeons sur des méchants le monde qu’on opprime.
POMPÉE.
Punir un criminel, ce n’est pas faire un crime:
C’est servir son pays; j’y suis déterminé.... |
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Variante
n°7:(Voir l'emplacement de cette
variante)
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POMPÉE.
Peut-être il est encor des yeux trop vigilants
Qui, pour sa sûreté, sont ouverts en tout
temps.
Mes esclaves partout ont une libre entrée;
On ne craint rien de moi.
POMPÉE.
Sa perte est assurée;
Mon sang sera mêlé dans les flots de son
sang.
(A Aufide.)
Quel mot a-t-on donné?
AUFIDE.
Seigneur, de rang en rang
La parole a couru: c’est Pompée et Pharsale.
POMPÉE.
Elle coûtera cher, elle sera fatale;
Et le nom de Pompée est un arrêt du sort
Qui du fils de César a prononcé la mort.
Mais je tremble pour vous, je tremble pour Julie;
Antoine vengera le frère d’Octavie. |
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Variante
n°8:(Voir l'emplacement de cette
variante)
Cet acte V commençait par la scène suivante
entre Octave et Antoine: on amenait ensuite successivement Fulvie avec
Julie et Pompée.
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OCTAVE.
Ainsi donc cette nuit l’implacable Fulvie
Allait nous arracher l’empire avec la vie?
ANTOINE.
Du fer qu’elle portait légèrement blessé,
Je vois avec mépris son courroux insensé.
Dans son emportement, sa main mal assurée
N’a porté dans mon sein qu’une atteinte égarée.
Son esprit, étonné de ce nouveau forfait,
Laissait son bras sans force et son crime imparfait;
Aisément à mes yeux désarmée
et saisie,
Dans la tente prochaine elle est avec Julie.
OCTAVE.
Il le faut avouer, de si grands attentats
Sont dignes de nos jours, et ne m’étonnent pas.
ANTOINE.
Mais quel est le Romain qui jusque dans nos tentes
A porté, Sans frémir, ses fureurs impuissantes?
OCTAVE.
D’Icile à mes côtés on a percé
le sein.
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Je goûtais, je l’avoue, un sommeil bien funeste.
Il semble qu’en effet quelque pouvoir céleste
Persécute mes nuits, et grave dans mon coeur
Des traits de désespoir et des tableaux d’horreur.
Je vois des morts, du sang, des tourments qu’on apprête;
Je vois le fer vengeur suspendu sur ma tête;
On m’abreuve du sang des Romains expirants.
Ces fantômes affreux fatiguaient tous mes sens.
Mon âme succombait d’épouvante frappée,
J’entendais une voix qui me criait Pompée!
Je tressaille à ce nom, je m’arrache au sommeil;
Le sang d’Icile mort me couvre à mon réveil.
Je m’arme, je m’écrie; on saisit le perfide,
On n’aperçoit en lui qu’un Africain timide,
Un malheureux sans force, interdit, désarmé,
De qui la voix tremblante et l’oeil inanimé
Nous découvraient assez qu’un si lâche coupable
D’un meurtre aussi hardi n’a point été
capable.
Lui-même il en ignore et la cause et l’auteur,
Et pour oser tromper il a trop de terreur,
L’indomptable Fulvie a-t-elle en sa colère
Employé pour me perdre une main mercenaire,
Tandis que de la sienne elle osait vous frapper?
ANTOINE.
L’assassin, tel qu’il soit, ne nous peut échapper.
OCTAVE.
Est-ce quelque proscrit qui, jusqu’en ces contrées,
Ose armer contre nous ses mains désespérées;
Et dans l’égarement se vengeant au hasard,
Venait porter la mort aux lieux dont elle part?
ANTOINE.
L’esclave nous a peint ce mortel téméraire;
Il ignorait, dit-il, son dessein sanguinaire.
OCTAVE.
Mais il est à Fulvie.
ANTOINE.
Une femme en fureur
Sans doute a contre nous trouvé plus d’un vengeur;
Elle a pu le choisir dans une foule obscure.
Casca fit à César la première blessure.
Les plus vils des humains, ainsi que les plus grands,
S’armeront contre nous, puisqu’on nous croit tyrans.
Ne nous attendons pas à des destins tranquilles,
Mais aux meurtres secrets, mais aux guerres civiles,
Aux complots renaissants, aux conspirations;
C’est le fruit éternel de nos proscriptions;
Il est semé par nous, en voilà les prémices.
Les dieux à nos desseins ne sont pas moins propices;
Notre empire absolu n’est pas moins cimenté;
On ne peut le chérir, mais il est redouté.
La terreur est la base où le pouvoir se fonde;
Et ce n’est qu’à ce prix qu’on gouverne le monde.
OCTAVE.
Que n’ai-je pu régner par des moyens plus doux!
Mais ce meurtre hardi rallume mon courroux.
Quoi! dans le même jour où Julie expirante
Par le sort est jetée en cette île sanglante,
Un meurtrier pénètre au milieu de la nuit,
A travers de ma garde, en ma tente, à mon lit!
Deux femmes, contre nous par la fureur unies,
A cet étrange excès se seront enhardies!
Julie aime Pompée, et par ce coup sanglant
Elle a voulu venger le sang de son amant.
Dans l’école du meurtre elle s’est introduite;
Elle en a profité; je vois qu’elle m’imite.
ANTOINE.
Nous allons démêler le fil de ces complots.
OCTAVE
Je suis assez instruit, et trop pour mon repos!
Je me vois détesté: que savoir davantage?
On ne m’apprendra point un plus sensible outrage. |
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Variante
n°9:(Voir l'emplacement de cette variante)
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JULIE.
Je ne m’en défends plus: oui, je suivais sa trace,
Oui, j’attachais mon sort à sa noble disgrâce.
J’ai préféré Pompée abandonné
des dieux,
A César fortuné, puissant, victorieux.
Que me reprochez-vous? cent peuples en alarmes
Ou rampent sous vos fers, ou tombent sous vos armes;
Le monde épouvanté reconnaît votre
loi;
Au fils du grand Pompée il ne reste que moi.
Oui, mon coeur est à lui; laissez-lui son partage;
Respectez ses malheurs, respectez son courage.
J’ai voulu rapprocher, après tant de revers,
Deux noms aimés du ciel et chers à l’univers.
Dignes de notre race en héros si féconde,
Nous nous aimions tous deux pour le bonheur du monde.
Voilà mon crime, Octave; osez-vous m’en punir?
Dans vos indignes fers m’osez-vous retenir?
Quand César a pleuré sur la cendre du père,
Portez-vous sur le fils une main sanguinaire?
Il l’honora dans Rome, et surtout aux combats.
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FIN DES VARIANTES DU TRIUMVIRAT.
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