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NOTES
Note_1 Le
5 juillet.
Note_2 Mais
avec la date de 1767, et sous ce titre Octave et le jeune Pompée,
ou le Triumvirat, avec des remarques sur les proscriptions, in-8° de
viii et 180 pages. (B.)
Note_3 C’est
la Préface qui suit.
Note_4 Les
éditeurs de Kehl avaient placé ces deux morceaux dans les
Mélanges historiques.
Quant aux notes de l’auteur, relatives à sa tragédie
et qui, depuis la première édition jusqu’à ce jour,
avaient été rejetées à la fin de la pièce,
je les ai mises au bas du texte. Les additions que j’y ai faites sont entre
deux crochets. Plusieurs passages de ces notes ont été reproduits
par Voltaire dans ses Questions sur l’Encyclopédie, au mot
Auguste octave. (B.)
Note_5 Cet
éditeur est Voltaire lui-même. Sa Préface était
dans l’édition originale dont j’ai parlé dans une note ci-dessus.
(B.)
Note_6Acte
III, scène ii.
Note_7Acte
III, scène iv.
Note_8Voyez
la première des notes sur la scène ire de l’acte II. (B.)
Note_9Luneau
de Boisjermain; l’édition qu’il donna des Oeuvres de Racine
avec des commentaires est de 1768, en sept volumes in-8°. (B.)
Note_10Voyez
Théâtre, tome Ier.
Note_11Note
de Voltaire: Cette île, où les triumvirs commencèrent
les proscriptions, est dans la rivière Réno, auprès
de Bononia, que nous nommons Bologne. Elle n’est pas si grande qu’elle
semble l’être dans cette tragédie, mais je crois qu’on peut
très bien supposer, surtout en poésie, que l’île et
la rivière étaient plus considérables autrefois qu’aujourd’hui;
et surtout ce tremblement de terre dont il est parlé dans Pline
peut avoir diminué l’une et l’autre. Il y a dans l’histoire plusieurs
exemples de pareils changements produits par des volcans et par des tremblements
de terre. Ce fut dans ce temps-là même que la nouvelle ville
d’Épidaure, sur le golfe Adriatique, fut renversée de fond
en comble, et le cours de la rivière sur laquelle elle était
située fut changé et très diminué.
Note_12Note
de Voltaire: Il est bon d’observer qu’Antoine n’épousa
Octavie que longtemps après; mais c’est assez qu’il ait été
beau-frère d’Octave. Il ne répudia point Octavie; niais il
fut sur le point de la répudier quand il fut amoureux de Cléopâtre,
et elle mourut de chagrin et de colère.
Note_13Note
de Voltaire: Les historiens disent que Fulvie fit les avances
à Octave, et qu’il ne la trouva pas assez belle: ce qui paraît
en effet par les vers licencieux qu’il fit contre Fulvie.
Quod f.... Glaphyram Antonius, hanc mihi poenam
Fulvia constituit, se quoque uti f....
Aut f.... aut pugnemus, ait! quid quod mihi vita
Carior est ipsa mentula, signa canant. |
Cette abominable épigramme est un des plus forts
témoignages de l’infamie des moeurs d’Auguste. Peut-être l’auteur
de la pièce en a-t-il inféré qu’Octave s’était
dégoûté de Fulvie; ce qui arrive toujours dans ces
commerces scandaleux. Octave et Fulvie étaient également
ennemis des moeurs, et prouvent l’un et l’autre la dépravation de
ces temps exécrables; et cependant Auguste affecta depuis des moeurs
sévères.
Note_14Note
de Voltaire:Il est très vrai qu’Auguste fut longtemps
livré à des débauches de toute espèce. Suétone
nous en apprend quelques-unes. Ce même Sextus Pompée, dont
nous parlerons, lui reprocha des faiblesses infâmes, effeminatum
insectatus est.
Antoine, avant le triumvirat, déclara que César,
grand-oncle d’Auguste, ne l’avait adopté pour son fils que parce
qu’il avait servi à ses plaisirs; adoptionem avunculi stupro
meritum. Lucius lui fit le même reproche, et prétendit
même qu’il avait poussé la bassesse jusqu’à vendre
son corps à Hirtius pour une somme très considérable.
Son impudence alla depuis jusqu’à arracher une femme consulaire
à son mari, au milieu d’un souper: il passa quelque temps avec elle
dans un cabinet voisin, et la ramena ensuite à la table sans que
lui, ni elle, ni son mari, en rougissent.
Nous avons encore une lettre d’Antoine à Auguste,
conçue en ces mots:
« Ita valeas ut, hanc epistolam quum leges, non
inieris Testulam, aut Terentillam, aut Russilam, aut Salviam, aut omnes.
Anne refert ubi et in quam arrigas? » On n’ose traduire cette lettre
licencieuse.
Rien n’est plus connu que ce scandaleux festin de cinq
compagnons de ses plaisirs avec six principales femmes de Rome. Ils étaient
habillés en dieux et en déesses, et ils en imitaient toutes
les impudicités inventées dans les fables:
| Dum nova divorum coenat adulteria.
(Suet., Oct., chap. 70.)
|
Enfin on le désigna publiquement sur le théâtre
par ce fameux vers:
Videsne ut cinaedus orbem digito temperet? (Id., 168.)
Presque tous les auteurs latins qui ont parlé d’Ovide
prétendent qu’Auguste n’eut l’insolence d’exiler ce chevalier romain,
qui était beaucoup plus honnête homme que lui, que parce qu’il
avait été surpris par lui dans un inceste avec sa propre
fille Julia, et qu’il ne relégua même sa fille que par jalousie.
Cela est d’autant plus vraisemblable que Caligula publiait hautement que
sa mère était née de l’inceste d’Auguste et de Julie:
c’est ce que dit Suétone dans la vie de Caligula [chap. xxiii].
On sait qu’Auguste avait répudié la mère
de Julie le jour même qu’elle accoucha d’elle, et il enleva le même
jour Livie à son mari, grosse de Tibère, autre monstre qui
lui succéda. Voilà l’homme à qui Horace disait [livre
II, épître ire, vers 2-3]:
Res Italas armis tuteris, moribus ornes,
Legibus emendes, etc. |
Antoine n’était pas moins connu par ses débordements
effrénés. On le vit parcourir toute l’Apulie dans un char
superbe traîné par des lions, avec la courtisane Cithéris,
qu’il caressait publiquement en insultant au peuple romain. Cicéron
lui reproche encore un pareil voyage fait aux dépens des peuples,
avec une baladine nommée Hippias et des farceurs. C’était
un soldat grossier, qui jamais, dans ses débauches, n’avait eu de
respect pour la bienséance; il s’abandonnait à la plus honteuse
ivrognerie et aux plus infâmes excès. Le détail de
toutes ces horreurs passera à la dernière postérité,
dans les Philippiques de Cicéron Sed jam stupra et flagitia
omittam; sunt qnaedam quae honeste non possum dicere, etc. (Philip.
2.) Voilà Cicéron qui n’ose dire devant le sénat ce
qu’Antoine a osé faire; preuve bien évidente que la dépravation
des moeurs n’était point autorisée à Rome, comme on
l’a prétendu. Il y avait même des lois contre les gitons,
qui ne furent jamais abrogées. Il est vrai que ces lois ne punissaient
point par le feu un vice qu’il faut tâcher de prévenir, et
qu’il faut souvent ignorer. Antoine et Octave, le grand César et
Sylla, furent atteints de ce vice; mais on ne le reprocha jamais aux Scipion,
aux Métellus, aux Caton, aux Brutus, aux Cicéron: tous étaient
des gens de bien; tous périrent cruellement.
Leurs vainqueurs furent des brigands plongés dans
la débauche. On ne peut pardonner aux historiens flatteurs ou séduits
qui ont mis de pareils monstres au rang des grands hommes; et il faut avouer
que Virgile et Horace ont montré plus de bassesse dans les éloges
prodigués à Auguste, qu’ils n’eut déployé de
goût et de génie dans ces tristes monuments de la plus lâche
servitude.
Il est difficile de n’être pas saisi d’indignation
en lisant, à la tête des Géorgiques, qu’Auguste
est un des plus grands dieux, et qu’on ne sait quelle place il daignera
occuper un jour dans le ciel, s’il régnera dans les airs, où
s’il sera le protecteur des villes, ou bien s’il acceptera l’empire des
mers.
An deus immensi venias maris, ac tua nautae
Numina sola colant: tibi serviat ultima Thule. |
L’Arioste parle bien plus sensément, comme aussi
avec plus de grâce, quand il dit dans son admirable trente-cinquième
chant:
Non fu si santo, nè benigno Augusto,
Come la tuba di Virgilio suona;
L’aver avuto in poesia buon gusto,
La proscrizione iniqua gli perdona, etc. (Ott. xxvi.) |
Tacite fait aisément comprendre comment le peuple
romain s’accoutuma enfin au joug de ce tyran habile et heureux, et comme
les lâches fils des plus dignes républicains crurent être
nés pour l’esclavage. Nul d’eux, dit-il, n’avait vu la république*.
* Presque toute cette note se trouve dans le Dictionnaire
philosophique, sous la rubrique Auguste. Octave.
Note_15Ce
vers célèbre renferme toute l’idée de cette tragédie.
(G. A.)
Note_16Ces
vers furent d’allusion sous le consulat Bonaparte, Sieyès, Roger-Ducos.
(G. A.)
Note_17Note
de Voltaire: Non seulement Octave et Antoine se haïssaient
et se craignaient l’un et l’autre, non seulement ils s’étaient déjà
fait la guerre auprès de Modène, mais Octave avait voulu
assassiner Antoine; et quand ils conférèrent ensemble dans
l’île de Réno, ils commencèrent par se fouiller réciproquement,
se soupçonnant également l’un et l’autre d’être des
assassins. Il est bien évident que la vengeance du meurtre de César
ne fut jamais que le prétexte de leur ambition. Ils n’agirent que
pour eux-mêmes, soit quand ils furent ennemis, soit quand ils furent
alliés. Il me semble que l’auteur de la tragédie a bien raison
de dire:
A quels maîtres, grands dieux, livrez-vous l’univers!
Le monde fut ravagé, depuis l’Euphrate jusqu’au
fond de l’Espagne, par deux scélérats sans pudeur, sans loi,
sans honneur, sans probité, fourbes, ingrats, sanguinaires, qui,
dans une république bien policée, auraient péri par
le dernier supplice. Nous sommes encore éblouis de leur splendeur,
et ne devrions être étonnés que de l’atrocité
de leur conduite. Si on nous racontait de pareilles actions de deux citoyens
d’une petite ville, elles nous dégoûteraient; mais l’éclat
de la grandeur de Rome se répand sur eux: elle nous en impose, et
nous fait presque respecter ce que nous haïssons dans le fond du coeur.
Les derniers temps de l’empire d’Auguste sont encore cités
avec admiration, parce que Rome goûta sous lui l’abondance, les plaisirs,
et la paix. Il régna avec gloire; mais enfin il ne fut jamais cité
comme un bon prince. Quand le sénat complimentait les empereurs
à leur avènement, que leur souhaitait-il? d’être plus
heureux qu’Auguste, meilleurs que Trajan, felicior Augusto, melior Trajano.
L’opinion
de l’empire romain fut donc qu’Auguste n’avait été qu’heureux,
mais que Trajan avait été bon. En effet, comment peut-on
tenir compte à un brigand enrichi d’avoir joui en paix du fruit
de ses rapines et de ses cruautés? Clementiam non voco,
dit
Sénèque, lassam crudelitatem.
Note_18Note
de Voltaire: Ce Lucius César avait épousé
une tante d’Antoine, et Antoine le proscrivit. Il fut sauvé par
les soins de sa femme, qui s’appelait Julie. Je n’ai trouvé dans
aucun historien qu’il ait eu une fille du même nom; je laisse à
ceux qui connaissent mieux que moi les règles du théâtre
et les privilèges de la poésie à décider s’il
est permis d’introduire sur la scène un personnage important qui
n’a pas réellement existé. Je crois que si cette Julie était
aussi connue qu’Antoine et Octave, elle ferait un plus grand effet. Je
propose cette idée moins comme une critique que comme un doute.
Note_19Note
de Voltaire: Le prix de chaque tête était de 100,000
sesterces, qui font aujourd’hui environ 22,000 livres de notre monnaie.
Mais il est très probable que le sang de Sextus Pompée, de
Cicéron et des principaux proscrits, fut mis à un prix plus
haut, puisque Popilius Laenas, assassin de Cicéron, reçut
la valeur de 200,000 francs pour sa récompense.
Au reste, le prix ordinaire de 100,000 sesterces pour
les hommes libres qui assassineraient des citoyens fut réduit à
40,000 pour les esclaves. L’ordonnance en fut affichée dans toutes
les places publiques de Rome. Il y eut trois cents sénateurs de
proscrits, deux mille chevaliers, plus de cent négociants, tous
pères de famille. Mais les vengeances particulières et la
fureur de la déprédation firent périr beaucoup plus
de citoyens que les triumvirs n’en avaient condamné. Tous ces meurtres
horribles furent colorés des apparences de la justice. On assassina
en vertu d’un édit; et qui osait donner cet édit? trois citoyens
qui alors n’avaient aucune prérogative que celle de la force.
L’avarice eut tant de part dans ces proscriptions, de
la part même des triumvirs, qu’ils imposèrent une taxe exorbitante
sur les femmes et sur les filles des proscrits, afin qu’il n’y eût
aucun genre d’atrocité dont ces prétendus vengeurs de la
mort de César ne souillassent leur usurpation.
Il y eut encore une autre espèce d’avarice dans
Antoine et dans Octave; ce fut la rapine et la déprédation
qu’ils exercèrent l’un et l’autre dans la guerre civile qui survint
bientôt après entre eux.
Antoine dépouilla l’Orient, et Auguste força
les Romains et tous les peuples d’Occident, soumis à Rome, de donner
le quart de leurs revenus, indépendamment des impôts sur le
commerce. Les affranchis payèrent le huitième de leurs fonds.
Les citoyens romains, depuis le triomphe de Paul-Émile jusqu’à
la mort de César, n’avaient été soumis à aucun
tribut; ils furent vexés et pillés lorsqu’ils combattirent
pour savoir de qui ils seraient esclaves, ou d’Octave ou d’Antoine.
Ces déprédateurs ne s’en tinrent pas là.
Octave, immédiatement avant la guerre de Pérouse, donna à
ses vétérans toutes les terres du territoire de Mantoue et
de Crémone; il chassa de leurs foyers un nombre prodigieux de familles
innocentes pour enrichir les meurtriers qui étaient à ses
gages. César, son père, n’en avait point usé ainsi;
et même, quoique dans les Gaules il eût exercé tous
les brigandages qui sont les suites de la guerre, on ne voit pas qu’il
ait dépouillé une seule famille gauloise de son héritage.
Nous ne savons pas si, lorsque les Bourguignons, et après eux les
Francs, vinrent dans la Gaule, ils s’approprièrent les terres des
vaincus. Il est bien prouvé que Clovis et les siens pillèrent
tout ce qu’ils trouvèrent de précieux, et qu’ils mirent les
anciens colons dans une dépendance qui approchait de la servitude;
mais enfin ils ne les chassèrent pas des terres que leurs pères
avaient cultivées. Ils le pouvaient, en qualité d’étrangers,
de barbares, et de vainqueurs; mais Octave dépouillait ses compatriotes.
Remarquons encore que toutes ces abominations romaines
sont du temps où les arts étaient perfectionnés en
Italie, et que les brigandages des Francs et des Bourguignons sont d’un
temps où les arts étaient absolument ignorés dans
cette partie du monde, alors presque sauvage.
La philosophie morale, qui avait fait tant de progrès
dans Cicéron, dans Atticus, dans Lucrèce, dans Memmius, et
dans les esprits de tant d’autres dignes Romains ne put rien contre les
fureurs des guerres civiles. Il est absurde et abominable de dire que les
belles-lettres avaient corrompu les moeurs. Antoine, Octave, et leurs suivants,
ne furent pas méchants à cause de l’étude des lettres,
mais malgré cette étude. C’est ainsi que, du temps de la
Ligue, les Montaigne, les Charron, les de Thou, les L’Hospital, ne purent
s’opposer au torrent de crimes dont la France fut inondée.
Note_20Note
de Voltaire: Fulvie se rend ici une exacte justice. Elle précipita
le frère d’Antoine dans sa ruine; elle cabala avec Auguste et contre
Auguste; elle fut l’ennemie mortelle de Cicéron; elle était
digne de ces temps funestes. Je ne connais aucune guerre civile où
quelque femme n’ait joué un rôle.
Note_21Note
de Voltaire: Il était en effet tel que l’auteur le dépeint
ici. Le lâche proscrivit jusqu’à son propre frère,
pour s’attirer l’affection de ses deux collègues, qu’il ne put jamais
obtenir. Il fut obligé de se démettre de sa place de triumvir
après la bataille de Philippes: il demeura pontife, comme l’auteur
le dit, mais sans crédit et sans honneurs. Octave et lui moururent
paisibles, l’un tout-puissant, l’autre oublié.
Note_22Note
de Voltaire: Ce ne fut point ainsi que fut fait le partage dans
l’île de Réno. Ce ne fut qu’après la bataille de Philippes
qu’Octave se réserva l’Italie; et ce nouveau partage même
fut la source de tous les malheurs d’Antoine, et de la prospérité
d’Auguste. Mais n’est-on pas étonné de voir deux citoyens
débauchés, dont l’un même n’était pas guerrier,
partager tranquillement tout ce que possèdent aujourd’hui le sultan
des Turcs, l’empereur de Maroc, la maison d’Autriche, les rois de France,
d’Angleterre, d’Espagne, de Naples, de Sardaigne, les républiques
de Venise, de Suisse, et de Hollande? Et ce qui est encore plus singulier,
c’est que cette vaste domination fut le fruit de sept cents ans de victoires
consécutives, depuis Romulus jusqu’à César.
Note_23Note
de Voltaire: On remarque en effet qu’avant la bataille d’Actium
il y eut un jour quatorze rois dans l’antichambre d’Antoine; mais ces rois
ne valaient ni les légions romaines, ni même le seul Agrippa,
qui gagna la bataille, et qui fit triompher le peu courageux Auguste de
la valeur d’Antoine. Ce maître de l’Asie faisait peu de cas des rois
qui le servaient: Il fit fouetter le roi de Judée, Antigone, après
quoi ce petit monarque fut mis en croix. Le prétendu royaume d’Antigone
se bornait au territoire pierreux de Jérusalem et à la Galilée.
Antoine avait donné le pays de Jéricho à Cléopâtre,
qui jouissait de la terre promise. Il dépouillait souvent un roi
d’une province pour en gratifier un favori. Il est bon de faire attention
à tant d’insolence d’un côté, et à tant d’abrutissement
de l’autre.
Note_24Note
de Voltaire: Auguste feignit toujours d’être superstitieux;
et peut-être le fut-il quelquefois. Il eut, au rapport de Suétone,
la faiblesse de croire qu’un poisson qui sautait hors de la mer sur le
rivage d’Actium lui présageait le gain de la bataille. Ayant ensuite
rencontré un ânier, il lui demanda le nom de son âne;
l’ânier lui répondit qu’il s’appelait Vainqueur: Octave
ne douta plus qu’il ne dût remporter la victoire. Il fit faire des
statues d’airain de l’ânier, de l’âne, et du poisson; il les
plaça dans le Capitole. On rapporte de lui beaucoup d’autres petitesses
qui, en contrastant avec tant de cruautés, forment le portrait d’un
méchant méprisable, mais qui devint habile: et c’est à
lui qu’on a dressé des autels de son vivant!
A quels maîtres, grands dieux, livrez-vous l’univers!
Note_25Ces
vers furent appliqués aux jacobins survivants qu’on transporta,
en 1800, aux îles Séchelles. (G. A.)
Note_26Imitation
de ces vers où Juvénal dit de Domitien:
Sed periit postquam cerdonibus esse timendus
Coeperat, hoc nocuit lamiarum caede madenti, etc. |
Note_27Note
de Voltaire: Ce Sextus Pompéius, dont nous avons déjà
parlé, était fils du grand Pompée. Son caractère
était noble, violent, et téméraire. Il se fit une
réputation immortelle dans le temps des proscriptions; il eut le
courage de faire afficher dans Rome qu’il donnerait, à ceux qui
sauveraient les proscrits, le double de ce que les triumvirs promettaient
aux assassins. Il finit par être tué en Phrygie par ordre
d’Antoine. Son frère Gnéius avait été tué
en Espagne, à la bataille de Monda. Ainsi toute cette famille si
chère aux Romains, et qui combattait pour les lois, périt
malheureusement; et Auguste, si longtemps l’ennemi de toutes les lois,
mourut dans la vieillesse la plus honorée.
Note_28On
a appliqué ces vers au duc d’Enghien. (G. A.)
Note_29Note
de Voltaire: Cela est incontestable, et je crois qu’on peut
remarquer que presque tous les chefs de parti, dans les guerres civiles,
ont été des voluptueux, si l’on en excepte peut-être
quelques guerres fanatiques, comme celle dans laquelle Cromwell se signala.
Les chefs de la Fronde, ceux de la Ligue, ceux des maisons de Bourgogne
et d’Orléans, ceux de la Rose blanche, et ceux de la Rose rouge,
s’abandonnèrent aux plaisirs au milieu des horreurs de la guerre.
Ils insultèrent toujours aux misères publiques, en se livrant
à la plus énorme licence, et les rapines les plus odieuses
servirent toujours à payer leurs plaisirs. On en voit de grands
exemples dans les Mémoires du cardinal de Retz. Lui-même
s’abandonnait quelquefois à la plus basse débauche, et bravait
les moeurs en donnant des bénédictions. Le duc de Borgia,
fils du pape Alexandre VI, en usait ainsi dans le temps qu’il assassinait
tous les seigneurs de la Romagne, et le peuple stupide osait à peine
murmurer. Tout cela n’est pas étonnant: la guerre civile est le
théâtre de la licence, et les moeurs y sont immolées
avec les citoyens.
Note_30Note
de Voltaire: Il faut avouer qu’Auguste eut de ces retours heureux,
quand le crime ne lui fut plus nécessaire, et qu’il vit qu’étant
maître absolu il n’avait plus d’autre intérêt que celui
de paraître juste: mais il me semble qu’il fut toujours plus impitoyable
que clément; car, après la bataille d’Actium, il fit égorger
le fils d’Antoine au pied de la statue de César, et il eut la barbarie
de faire trancher la tête au jeune Césarion, fils de César
et de Cléopâtre, que lui-même avait reconnu pour roi
d’Égypte.
Ayant un jour soupçonné le préteur
Gallius Quintus d’être venu à l’audience avec un poignard
sous sa robe, il le fit appliquer en sa présence à la torture;
et, dans l’indignation où il fut de s’entendre appeler tyran par
ce sénateur, il lui arracha lui-même les yeux, si on en croit
Suétone.
On sait que César, son père adoptif, fut
assez grand pour pardonner à presque tous ses ennemis; mais je ne
vois pas qu’Auguste ait pardonné à un seul. Je doute fort
de sa prétendue clémence envers Cinna. Tacite ni Suétone
ne disent rien de cette aventure. Suétone, qui parle de toutes les
conspirations faites contre Auguste, n’aurait pas manqué de parler
de la plus célèbre. La singularité d’un consulat donné
à Cinna pour prix de la plus noire perfidie n’aurait pas échappé
à tous les historiens contemporains. Dion Cassius n’en parle qu’après
Sénèque, et ce morceau de Sénèque ressemble
plus à une déclamation qu’à une vérité
historique. De plus, Sénèque met la scène en Gaule,
et Dion à Rome. Il y a là une contradiction qui achève
d’ôter toute vraisemblance à cette aventure. Aucune de nos
histoires romaines, compilées à la hâte et sans choix,
n’a discuté ce fait intéressant. L’histoire de Laurent Échard
est aussi fautive que tronquée. L’esprit d’examen a rarement conduit
les écrivains.
Il se peut que Cinna ait été soupçonné
ou convaincu par Auguste de quelque infidélité, et qu’après
l’éclaircissement Auguste lui eût accordé le vain honneur
du consulat; mais il n’est nullement probable que Cinna eût voulu,
par une conspiration, s’emparer de la puissance suprême, lui qui
n’avait jamais commandé d’armée, qui n’était appuyé
d’aucun parti, qui n’était pas enfin un homme considérable
dans l’empire. Il n’y a pas d’apparence qu’un simple courtisan ait eu la
folie de vouloir succéder à un souverain affermi par un règne
de vingt années, qui avait des héritiers; et il n’est nullement
probable qu’Auguste l’eût fait consul immédiatement après
la conspiration.
Si l’aventure de Cinna est vraie, Auguste ne pardonna
que malgré lui, vaincu par les raisons ou par les importunités
de Livie, qui avait pris sur lui un grand ascendant, et qui lui persuada
que le pardon lui serait plus utile que le châtiment. Ce ne fut donc
que par politique qu’on le vit une fois exercer la clémence; ce
ne fut certainement point par générosité.
Je sais que le public n’a pu souffrir dans le Cinna
de
Corneille que Livie lui inspirât la clémence qu’on a vantée.
Je n’examine ici que la vérité des faits;
une tragédie
n’est pas une histoire. On reprochait à Corneille d’avoir avili
son héros, en donnant à Livie tout l’honneur du pardon. Je
ne déciderai point si on a eu raison ou tort de supprimer cette
partie de la pièce, qui est aujourd’hui regardée comme une
vérité, sur la foi de la déclamation de Sénèque.
Je crois bien qu’Auguste a pu pardonner quelquefois par
politique, et affecter de la grandeur d’âme: mais je suis persuadé
qu’il n’en avait pas; et, sous quelques traits héroïques qu’on
puisse le représenter sur le théâtre, je ne puis avoir
d’autre idée de lui que celle d’un homme uniquement occupé
de son intérêt pendant toute sa vie. Heureux quand cet intérêt
s’accordait avec la gloire! Après tout, un trait de clémence
est toujours grand au théâtre, et surtout quand cette clémence
expose à quelque danger. Il faut, dit-on, sur la scène, être
plus grand que nature.
Note_31Note
de Voltaire: Il est vrai qu’Auguste porta longtemps au doigt
un anneau sur lequel un sphinx était gravé. On dit qu’il
voulait marquer par là qu’il était impénétrable.
Pline le Naturaliste rapporte que, lorsqu’il fut seul maître de la
République, les applications odieuses, trop souvent faites par les
Romains à l’occasion du sphinx, le déterminèrent à
ne plus se servir de ce cachet, et il y substitua la tête d’Alexandre:
mais il me semble que cette tête d’Alexandre devait lui attirer des
railleries encore plus fortes, et que la comparaison qu’on devait faire
continuellement d’Alexandre et de lui n’était pas à son avantage.
Celui qui, par son courage héroïque, vengea la Grèce
de la tyrannie du plus puissant roi de la terre, n’avait rien de commun
avec le petit-fils d’un simple chevalier qui se servit de ses concitoyens
pour asservir sa patrie. Voyez les remarques suivantes.
Note_32Note
de Voltaire: Je propose quelques réflexions sur la vie
et sur la mort de Caton. Il ne commanda jamais d’armée; il ne fit
que simple préteur: et cependant nous prononçons son nom
avec plus de vénération que celui des César, des Pompée,
des Brutus, des Cicéron, et des Scipion même: c’est que tous
ont eu beaucoup d’ambition ou de grandes faiblesses. C’est comme citoyen
vertueux, c’est comme stoïcien rigide, qu’on révère
Caton malgré soi; tant l’amour de la patrie est respecté
par ceux mêmes à qui les vertus patriotiques sont inconnues;
tant la philosophie stoïcienne force à l’admiration ceux mêmes
qui en sont le plus éloignés. Il est certain que Caton fit
tout pour le devoir, tout pour la patrie, et jamais rien pour lui. Il est
presque le seul Romain de son temps qui mérite cet éloge.
Lui seul, quand il fut questeur, eut le courage non seulement de refuser
aux exécuteurs des proscriptions de Sylla l’argent qu’ils redemandaient
encore en vertu des rescriptions que Sylla leur avait laissées sur
le trésor public, mais il les accusa de concussion et d’homicide,
et les fit condamner à mort, donnant ainsi un terrible exemple aux
triumvirs, qui dédaignèrent d’en profiter. Il fut ennemi
de quiconque aspirait à la tyrannie. Retiré dans Utique,
après la bataille de Tapsa, que César avait gagnée,
il exhorte les sénateurs d’Utique à imiter son courage, à
se défendre contre l’usurpateur; il les trouve intimidés,
il a l’humanité de pourvoir à leur sûreté dans
leur fuite. Quand il voit qu’il ne lui reste plus aucune espérance
de sauver sa patrie, et que sa vie est inutile, il sort de la vie sans
écouter un moment l’instinct qui nous attache à elle; il
se rejoint à l’Être des êtres, loin de la tyrannie.
On trouve dans les odes de Lamotte un couplet contre Caton:
Caton, d’une âme plus égale,
Sous l’heureux vainqueur de Pharsale
Eût souffert que l’homme pliât;
Mais, incapable de se rendre,
Il n’eut pas la force d’attendre
Un pardon qui l’humiliât. |
On voit dans ces vers quelle est l’énorme différence
d’un bourgeois de nos jours et d’un héros de Rome. Caton n’aurait
pas eu une âme égale, mais très inégale, si,
ayant toute sa vie soutenu la cause divine de la liberté, il l’eût
enfin abandonnée. On lui reproche ici d’être incapable de
se rendre, c’est-à-dire d’être incapable de lâcheté.
On prétend qu’il devait attendre son pardon; on le traite comme
s’il eût été un rebelle révolté contre
son souverain légitime et absolu, auquel il aurait fait volontairement
serment de fidélité.
Les vers de Lamotte sont d’un coeur esclave qui cherche
de l’esprit. Je rougis quand je vois quels grands hommes de l’antiquité
nous nous efforçons tous les jours de dégrader, et quels
hommes communs nous célébrons dans notre petite sphère.
D’autres, plus méprisables, ont jugé Caton
par les principes d’une religion qui ne pouvait être la sienne, puisqu’elle
n’existait pas encore; rien n’est plus injuste ni plus extravagant. Il
faut le juger par les principes de Rome, de l’héroïsme et du
stoïcisme, puisqu’il était Romain, héros et stoïcien.
Note_33Note
de Voltaire: Je ne sais pas ce que l’auteur entend par ce vers.
Je ne connais que Métellus Scipion qui fit la guerre contre César
en Afrique, conjointement avec le roi Juba. Il perdit la grande bataille
de Tapsa; et voulant ensuite traverser la mer d’Afrique, la flotte de César
coula son vaisseau à fond. Scipion périt dans les flots,
et non dans les déserts. J’aimerais mieux que l’auteur eût
mis
Les Scipion sont morts aux syrtes de Carthage.
Il faut de la vérité autant qu’on le peut.
Note_34Note
de Voltaire: Je remarquerai, sur le meurtre de Cicéron
qu’il fut assassiné par un tribun militaire nommé Popilius
Laenas, pour lequel il avait daigné plaider, et auquel il avait
sauvé la vie. Ce meurtrier reçut d’Antoine 200,000 livres
de notre monnaie pour la tête et les deux mains de Cicéron,
qu’il lui apporta dans le forum. Antoine les fit clouer à la tribune
aux harangues. Les siècles suivants ont vu des assassinats, mais
aucun qui fût marqué par une si horrible ingratitude, ni qui
ait été payé si chèrement. Les assassins de
Valstein, du maréchal d’Ancre, du duc de Guise le Balafré,
du duc de Parme Farnèse, bâtard du pape Paul III, et de tant
d’autres, étaient à la vérité des gentilshommes,
ce qui rend leur attentat encore plus infâme; mais du moins ils n’avaient
pas reçu de bienfaits des princes qu’ils massacrèrent: ils
furent les indignes instruments de leurs maîtres; et cela ne prouve
que trop que quiconque est armé du pouvoir, et peut donner de l’argent,
trouve toujours des bourreaux mercenaires quand il le veut: mais des bourreaux
gentilshommes, c’est là ce qui est le comble de l’infamie.
Remarquons que cette horreur et cette bassesse ne furent
jamais connues dans le temps de la chevalerie: je ne vois aucun chevalier
assassin pour de l’argent.
Si l’auteur de l’Esprit des lois avait dit que
l’honneur était autrefois le ressort et le mobile de la chevalerie,
il aurait eu raison mais prétendre que l’honneur est le mobile de
la monarchie, après les assassinats à prix fait du maréchal
d’Ancre et du duc de Guise, et après que tant de gentilshommes se
sont faits bourreaux et archers, après tant d’autres infamies de
tous les genres, cela est aussi peu convenable que de dire que la vertu
est le mobile des républiques. Rome était encore république
du temps des proscriptions de Sylla, de Marius, et des triumvirs. Les massacres
d’Irlande, la Saint-Barthélemy, les Vêpres siciliennes, les
assassinats des ducs d’Orléans et de Bourgogne, le faux monnayage,
tout cela fut commis dans des monarchies.
Revenons à Cicéron. Quoique nous ayons ses
ouvrages, Saint-Évremond est le premier qui nous ait avertis qu’il
fallait considérer en lui l’homme d’État et le bon citoyen.
Il n’est bien connu que par l’histoire excellente que Middleton nous a
donnée de ce grand homme [l’histoire de Cicéron par Middleton
a
été traduite en français par l’abbé Prévost].
Il était le meilleur orateur de son temps et le meilleur philosophe.
Ses Tusculanes et son Traité de la Nature des dieux, si
bien traduits par l’abbé d’Olivet, et enrichis de notes savantes,
sont si supérieurs dans leur genre que rien ne les a égalés
depuis, soit que nos bons auteurs n’aient pas osé prendre un tel
essor, soit qu’ils n’aient pas eu les ailes assez fortes. Cicéron
disait tout ce qu’il voulait; il n’en est pas ainsi parmi nous. Ajoutons
encore que nous n’avons aucun traité de morale qui approche de ses
Offices;
et ce n’est pas faute de liberté que nos auteurs modernes ont
été si au-dessous de lui en ce genre; car de Rome à
Madrid on est sûr d’obtenir la permission d’ennuyer en moralités.
Je doute que Cicéron ait été un aussi
grand homme en politique. Il se laissa tromper à l’âge de
soixante-trois ans par le jeune Octave, qui le sacrifia bientôt au
ressentiment de Marc-Antoine. On ne vit en lui ni la fermeté de
Brutus, ni la circonspection d’Atticus; il n’eut d’autre fonction, dans
l’armée du grand Pompée, que celle de dire des bons mots.
Il courtisa ensuite César: il devait, après avoir prononcé
les Philippiques, les soutenir les armes à la main. Mais
je m’arrête; je ne veux pas faire la satire de Cicéron.
Note_35Note
de Voltaire: Je propose ici une conjecture. Il me semble que
l’intérêt des ministres du jeune Ptolémée, âgé
de treize ans, n’était point du tout d’assassiner Pompée,
mais de le garder en otage, comme un gage des faveurs qu’ils pouvaient
obtenir du vainqueur, et comme un homme qu’ils pouvaient lui opposer s’il
voulait les opprimer.
Après la victoire de Pharsale, César dépêcha
des émissaires secrets à Rhodes, pour empêcher qu’on
ne reçût Pompée. Il dut, ce me semble, prendre les
mêmes précautions avec l’Égypte: il n’y a personne
qui, en pareil cas, négligeât un intérêt si important.
On peut croire que César prit cette précaution nécessaire,
et que les Égyptiens allèrent plus loin qu’il ne voulait:
ils crurent s’assurer de sa bienveillance en lui présentant la tête
de Pompée. On a dit qu’il versa des larmes en la voyant; mais ce
qui est bien plus sûr, c’est qu’il ne vengea point sa mort; il ne
punit point Septime, tribun romain, qui était le plus coupable de
cet assassinat; et lorsque ensuite il fit tuer Achillas, ce fut dans la
guerre d’Alexandrie, et pour un sujet tout différent. Il est donc
très vraisemblable que si César n’ordonna pas la mort de
Pompée, il fut au moins la cause très prochaine de cette
mort. L’impunité accordée à Septime est une preuve
bien forte contre César. il aurait pardonné à Pompée,
je le crois, s’il l’avait eu entre ses mains; mais je crois aussi qu’il
ne le regretta pas; et une preuve indubitable, c’est que la première
chose qu’il fit, ce fut de confisquer tous ses biens à Rome. On
vendit à l’encan la belle maison de Pompée; Antoine l’acheta,
et les enfants de Pompée n’eurent aucun héritage.
Note_36Note
de Voltaire: Dion Cassius nous apprend que le surnom du père
d’Auguste était Cépias. Cet Octavianus Cépias fut
le premier sénateur de sa branche. Le grand-père d’Auguste
n’était qu’un riche chevalier qui négociait dans la petite
ville de Veletri, et qui épousa la soeur aînée de César,
soit qu’alors la famille des César fût pauvre, soit qu’elle
voulût plaire au peuple par cette alliance disproportionnée.
J’ai déjà dit qu’on reprochait à Auguste que son bisaïeul
avait été un petit marchand, un changeur à Veletri.
Ce changeur passait même pour le fils d’un affranchi. Antoine osa
appeler Octave du nom de Spartacus dans un de ses édits, en faisant
allusion à sa famille, qu’on prétendait descendre d’un esclave.
Vous trouverez cette anecdote dans la huitième Philippique de Cicéron:
quem Spartacum in edictis appellat, etc.
Il y a mille exemples de grandes fortunes qui ont eu une
basse origine, ou que l’orgueil appelle basse: il n’y a rien de bas aux
yeux du philosophe, et quiconque s’est élevé doit avoir eu
cette espèce de mérite qui contribue à l’élévation.
Mais on est toujours surpris de voir Auguste, né d’une famille si
mince, un provincial sans nom, devenir le maître absolu de l’empire
romain, et se placer au rang des dieux.
On lui donne des remords dans cette pièce; on lui
attribue des sentiments magnanimes: je suis persuadé qu’il n’en
eut point; mais je suis persuadé qu’il en faut au théâtre.
Note_37«
Le pauvre diable confesse, écrivait Voltaire à d’Argental,
qu’il ne peut réchauffer cette scène, et il dit qu’il lui
est impossible de faire d’Octave un amoureux violent. L’impuissance dont
il convient lui fait beaucoup de peine; mais il dit que c’est le seul vice
dont on ne peut pas se corriger. »
Note_38Vers
de Racine dans ses Cantiques sacrés.
voy. Oeuvres complètes
de Racine, édition de Saint-Marc Girardin et Louis Moland,
tome V, page 382.
Note_39Note
de Voltaire: On voit dans l’éloignement des restes de
feux faiblement allumés autour des tentes, et le théâtre
représente une nuit.
Note_40Note
de Voltaire: Ce trait n’est pas historique, mais il ne m’étonne
point dans Fulvie; c’était une femme extrême en ses fureurs,
et digne, comme elle le dit, du temps funeste où elle était
née. Elle fut presque aussi sanguinaire qu’Antoine. Cicéron
rapporte, dans sa troisième Philippique, que Fulvie étant
à Brindes avec son mari, quelques centurions mêlés
à des citoyens voulurent faire passer trois légions dans
le parti opposé; qu’il les fit venir chez lui l’un après
l’autre sous divers prétextes, et les fit tous égorger. Fulvie
y était présente; son visage était tout couvert de
leur sang Os uxoris sanguine respersum constabat. Elle fut accusée
d’avoir arraché la langue à Cicéron après sa
mort, et de l’avoir percée de son aiguille de tête.
Note_41Note
de Voltaire:Cette réflexion d’Aufide est très
convenable, puisqu’elle est fondée sur la vérité car,
après la bataille de Modène, qu’Antoine avait perdue, il
eut la confiance de se présenter presque seul devant le camp de
Lépide; plus de la moitié des légions passa de son
côté. Lépide fut obligé de s’unir avec lui,
et cette aventure même fut l’origine du triumvirat.
Note_42Note
de Voltaire:Non seulement ceux de Minturne, qui avaient ordre
de tuer Marius, se déclarèrent en sa faveur, mais étant
encore proscrit en Afrique, il alla droit à Rome avec quelques Africains,
et leva des troupes dès qu’il y fut arrivé.
Note_43Note
de Voltaire:Il est constant que Brutus et Cassius n’avaient
pris aucune mesure pour se maintenir contre la faction de César.
Ils ne s’étaient pas assurés d’une seule cohorte; et même
après avoir commis le meurtre, ils furent obligés de se réfugier
au Capitole. Brutus harangua le peuple du haut de cette forteresse, et
on ne lui répondit que par des injures et des outrages; on fut prêt
de l’assiéger. Les conjurés eurent beaucoup de peine à
ramener les esprits; et lorsque Antoine eut montré aux Romains le
corps de César sanglant, le peuple, animé par ce spectacle,
et furieux de douleur et de colère, courut le fer et la flamme à
la main vers les maisons de Brutus et de Cassius; ils furent obligés
de sortir de Rome: le peuple déchira un citoyen nommé Cinna,
qu’il crut être un des meurtriers. Ainsi il est clair que l’entreprise
de Brutus, de Cassius, et de leurs associés, fut soudaine et téméraire.
Ils résolurent de tuer le tyran, à quelque prix que ce fût,
quoi qu’il en pût arriver.
Il y a vingt exemples d’assassinats produits par la vengeance
ou par l’enthousiasme de la liberté, qui furent l’effet d’un mouvement
violent plutôt que d’une conspiration bien réfléchie
et prudemment méditée. Tel fut l’assassinat du duc de Parme
Farnèse, bâtard du pape Paul III; telle fut même la
conspiration des Pazzi, qui n’étaient point sûrs des Florentins
en assassinant les Médicis, et qui se confièrent à
la fortune.
Note_44Note
de Voltaire:Les flambeaux qui éclairent les tentes s’éteignent.
Note_45Dans
la lettre à d’Argental, du 23 juin 1764, se trouve un vers qui avait
place ici; mais on n’a pas les autres qui faisaient partie de la même
version. (B.)
Note_46Note
de Voltaire:Il y eut quelques exemples de pareille méprise
dans les guerres civiles de Rome. L’esprit de vertige qui animait alors
les Romains est presque inconcevable. Lucius Terentius, voulant tuer le
père du grand Pompée pénétra seul jusque dans
sa tente, et crut longtemps l’avoir percé de coups, il ne reconnut
son erreur que lorsqu’il voulut faire soulever les troupes, et qu’il vit
paraître à leur tête celui qu’il croyait avoir égorgé.
On dit que la même chose arriva depuis à Maximien Hercule,
quand il voulut se venger de Constantin, son gendre. Vous voyez aussi,
dans la tragédie de Venceslas, que Ladislas assassine son
propre frère, quand il croit assassiner le duc, son rival.
Note_47Note
de Voltaire:L’auteur se trompe ici. Casca n’était point
un homme du peuple. Il est vrai qu’il n’y eut en lui rien de recommandable;
mais enfin c’était un sénateur, et on ne devait pas le traiter
d’homme obscur, à moins qu’on n’entende par ce mot un homme sans
gloire; ce qui me semble un peu forcé.
Note_48Note
de Voltaire: C’est de bonne heure qu’Octave prend ici le nom
d’Auguste. Suétone nous dit qu’Octave ne fut surnommé Auguste,
par un décret du sénat, qu’après la bataille d’Actium.
On balança si on lui donnerait le titre d’Augustus ou de
Romulus. Celui d’Augustus fut préféré; il signifie
vénérable, et même quelque chose de plus, qui répond
au grec sebastos.
Il est bien plaisant de voir aujourd’hui quelles
gens prennent le titre de vénérables.
Il paraît pourtant qu’Octave avait déjà
osé s’arroger le surnom d’Auguste à son premier
consulat, qu’il se fit donner à l’âge de vingt ans,
contre toutes les lois, ou plutôt qu’Agrippa et les légions
lui firent donner. Ce fut cet Agrippa qui fit sa fortune; mais Octave sut
ensuite la conserver et l’accroître.
Note_49Note
de Voltaire: Il est constant que ce fut à la fin le but
d’Octave, après tant de crimes. Il vécut assez longtemps
pour que la génération qu’il vit naître oubliât
presque les malheurs de ses pères. Il y eut toujours des coeurs
romains qui détestèrent la tyrannie, non seulement sous lui
mais sous ses successeurs: on regretta la république, mais on ne
put la rétablir; les empereurs avaient l’argent et les troupes.
Ces troupes enfin furent les maîtresses de l’État; car les
tyrans ne peuvent se maintenir que par les soldats; tôt ou tard les
soldats connaissent leurs forces; ils assassinent le maître qui les
paye, et vendent l’empire à d’autres. Cette Rome, si superbe, si
amoureuse de la liberté, fut gouvernée comme Alger; elle
n’eut pas même l’honneur de l’être comme Constantinople, où
du moins la race des Ottomans est respectée. L’empire romain eut
très rarement trois empereurs de suite de la même famille
depuis Néron. Rome n’eut jamais d’autre consolation que celle de
voir les empereurs égorgés par les soldats. Saccagée
enfin plusieurs fois par les Barbares, elle est réduite à
l’état où nous la voyons aujourd’hui.
Je finirai par remarquer ici que l’entreprise désespérée
que le poète attribue à Sextus Pompée et à
Fulvie est un trait de furieux qui veulent se venger à quelque prix
que ce soit, sûrs de perdre la vie en se vengeant; car si l’auteur
leur donne quelque espérance de pouvoir faire déclarer les
soldats en leur faveur, c’est plutôt une illusion qu’une espérance.
Mais enfin ce n’est pas un trait d’ingratitude lâche comme la conspiration
de Cinna. Fulvie est criminelle, mais le jeune Pompée ne l’est pas.
Il est proscrit, on lui enlève sa femme; il se résout à
mourir, pourvu qu’il punisse le tyran et le ravisseur. Auguste fait ici
une belle action en le laissant aller comme un brave ennemi qu’il veut
combattre les armes à la main. Cette générosité
même est préparée dans la pièce par les remords
qu’Octave éprouve dès le premier acte. Mais assurément
cette magnanimité n’était pas alors dans le caractère
d’Octave: le poète lui fait ici un honneur qu’il ne méritait
pas.
Le rôle qu’on fait jouer à Antoine est peu
de chose, quoique assez conforme à son caractère: il n’agit
point dans la pièce; il y est sans passion; c’est une figure dans
l’ombre, qui ne sert, à mon avis, qu’à faire sortir le personnage
d’Octave. Je pense que c’est pour cette raison que le manuscrit porte seulement
pour titre Octave et le jeune Pompée, et non pas le Triumvirat;
mais
j y ai ajouté ce nouveau titre, comme je le dis dans ma préface,
parce que les triumvirs étaient dans l’île, et que les proscriptions
furent ordonnées par eux.
J’aurais beaucoup de choses à dire sur le caractère
barbare des Romains depuis Sylla jusqu’à la bataille d’Actium, et
sur leur bassesse après qu’Auguste les eut assujettis. Ce contraste
est bien frappant: on vit des tigres changés en chiens de chasse
qui lèchent les pieds de leurs maîtres.
On prétend que Caligula désigna consul un
cheval de son écurie; que Domitien consulta les sénateurs
sur la sauce d’un turbot; et il est certain que le sénat romain
rendit en faveur de Pallas, affranchi de Claude, un décret qu’à
peine on eût porté, du temps de la république, en faveur
de Paul-Émile et des Scipions.
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