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NOTES
Note_1
Note_2
Francfort et Leipsig, 1763, petit in-8° de
viij et 156 pages, que je regarde comme l’édition originale. L’Avis
de l’Éditeur est signé Colini, et se retrouve dans les
éditions de Francfort et Leipsig, 1763, in-8° de 98 et xvj pages:
de Genève, 1763, in-8° de vj et 134 pages; de Francfort et Leipsig
(Paris, Duchesne), in-12 de 92 et xvj pages. Une édition de Paris,
veuve Duchesne, 1774, in-8° de 74 pages, contient encore l’Avis
de Colini, et présente des variantes qui ont été
données, pour la première fois, en 1820, par M. Lequien.
(B.)
Note_3
Le 24 mars 1762: voyez la lettre à Villars,
du 25 mars 1762. (B.)
Note_4
Colini, dans son Avis de l’Éditeur,
dit le 30 septembre et le 7 octobre (1762), et son témoignage
me parait préférable à celui de Voltaire, qui, dans
sa lettre à d’Argental, du 23 novembre 1762, donne le 23 septembre
pour date de la représentation à Schwetzingen. (B.)
Note_5
D’Alembert; mais les lettres où se trouvaient
les mots rapportés ici ne font pas partie de la correspondance.
(B.)
Note_6
J’ai mis au bas du texte les notes de Voltaire
imprimées jusqu’ici à la fin de la pièce. «
Ces notes sont pour les philosophes », écrivait Voltaire à
Mme de Fontaine, le 8 février 1762. Il avait pris son sujet moins
pour faire une tragédie que pour faire un livre de notes à
la fin de la pièce, disait-il à d’Alembert (lettre du 25
février 1762). Les additions que j’ai faites à ces notes
sont entre deux crochets. Ce signe, moins usité que la parenthèse,
par cela même appelle plus l’attention du lecteur. (B.)
Note_7
« ... La porte se referme incontinent, écrivait
Voltaire, après avoir laissé voir au spectateur deux longues
files de prêtres et de prêtresses couronnées de fleurs,
et une décoration magnifiquement illuminée au fond du sanctuaire.
L’oeil, toujours curieux et avide, est fâché de ne voir qu’un
instant ce beau spectacle... »
Note_8
Note de Voltaire:
Ces mystères et ces expiations sont de la plus haute antiquité,
et commençaient alors à devenir communs chez les Grecs. Philippe,
père d’Alexandre, se fit initier aux mystères de la Samothrace
avec la Jeune Olympias, qu’il épousa depuis. C’est ce qu’on trouve
dans Plutarque, au commencement de la vie d’Alexandre, et c’est ce qui
peut servir à fonder l’initiation de Cassandre et d’Olympie.
Il est difficile de savoir chez quelle nation on inventa
ces mystères. On les trouve établis chez les Perses, chez
les Indiens, chez les Égyptiens, chez les Grecs. Il n’y a peut-être
point d’établissement plus sage. La plupart des hommes, quand ils
sont tombés dans de grands crimes, en ont naturellement des remords.
Les législateurs qui établirent les mystères et les
expiations voulurent également empêcher les coupables repentants
de se livrer au désespoir, et de retomber dans leurs crimes.
La créance de l’immortalité de l’âme
était partout le fondement de ces cérémonies religieuses.
Soit que la doctrine de la métempsycose fût admise, soit qu’on
reçût celle de la réunion de l’esprit humain à
l’esprit universel, soit que l’on crût, comme en Égypte, que
l’âme serait un jour rejointe à son propre corps; en un mot,
quelle que fût l’opinion dominante, celle des peines et des récompenses
après la mort était universelle chez toutes les nations policées.
Il est vrai que les Juifs ne connurent point ces mystères,
quoiqu’ils eussent pris beaucoup de cérémonies des Égyptiens.
La raison en est que l’immortalité de l’âme était le
fondement de la doctrine égyptienne, et n’était pas celui
de la doctrine mosaïque. Le peuple grossier des Juifs, auquel Dieu
daignait se proportionner, n’avait même aucun corps de doctrine;
il n’avait pas une seule formule de prière générale
établie par ses lois. On ne trouve, ni dans le Deutéronome,
ni dans le Lévitique, qui sont les seules lois des Juifs, ni prière,
ni dogme, ni créance de l’immortalité de l’âme, ni
peines, ni récompenses après la mort. C’est ce qui les distinguait
des autres peuples; et c’est ce qui prouve la divinité de la mission
de Moïse, selon le sentiment de M. Warburton, évêque
de Worcester [de Glocester]. Ce prélat prétend que Dieu,
daignant gouverner lui-même le peuple juif; et le récompensant
ou le punissant par des bénédictions ou des peines temporelles,
ne devait pas lui proposer le dogme de l’immortalité de l’âme,
dogme admis chez tous les voisins de ce peuple.
Les Juifs furent donc presque les seuls dans l’antiquité
chez qui les mystères furent inconnus. Zoroastre les avait apportés
en Perse, Orphée en Thrace, Osiris en Égypte, Minos en Crète,
Cyniras en Chypre, Érechthée dans Athènes. Tous différaient,
mais tous étaient fondés sur la créance d’une vie
à venir, et sur celle d’un seul Dieu. C’est surtout ce dogme de
l’unité de l’Être suprême qui fit donner partout le
nom de mystères à ces cérémonies sacrées.
On laissait le peuple adorer des dieux secondaires, des petits dieux, comme
les appelle Ovide, vulgus deorum [Vos quoque, plebs superum,
Fauni, Satyrique, Laresque. Ovide, Ibis, 81.], c’est-à-dire
les âmes des héros, que l’on croyait participantes de la Divinité,
et des êtres mitoyens entre Dieu et nous. Dans toutes les célébrations
des mystères en Grèce, soit à Éleusis, soit
à Thèbes, soit dans la Samothrace, ou dans les autres îles,
on chantait l’hymne d’Orphée: « Marchez dans la voie de la
justice, contemplez le seul maître du monde, le Démiourgos.
Il est unique, il existe seul par lui-même, tous les autres êtres
ne sont que par lui; il les anime tous: il n’a jamais été
vu par des yeux mortels, et il voit au fond de nos coeurs. »
Dans presque toutes les célébrations de
ces mystères, on représentait, sur une espèce de théâtre,
une nuit à peine éclairée, et des hommes à
moitié nus, errant dans ces ténèbres, poussant des
gémissements et des plaintes, et levant les mains au ciel. Ensuite
venait la lumière, et l’on voyait le Démiourgos, qui représentait
le maître et le fabricateur du monde, consolant les mortels, et les
exhortant à mener une vie pure.
Ceux qui avaient commis de grands crimes les confessaient
à l’hiérophante, et juraient devant Dieu de n’en plus commettre.
On les appelait dans toutes les langues d’un nom qui répond à
initiatus, initié,
celui qui commence une nouvelle vie,
et qui entre en communication avec les dieux, c’est-à-dire avec
les héros et les demi-dieux; qui ont mérité par leurs
exploits bienfaisants d’être admis après leur mort auprès
de l’Être suprême.
Ce sont là les particularités principales
qu’on peut recueillir des anciens mystères, dans Platon, dans Cicéron,
dans Porphyre, Eusèbe, Strabon, et d’autres.
Les parricides n’étaient point reçus à
ces expiations; le crime était trop énorme. Suétone
[Néron, xxxiv.] rapporte que Néron, après avoir assassiné
sa mère, ayant voyagé en Grèce, n’osa assister aux
mystères d’Éleusine. Zosime [Hist. II, 9.] prétend
que Constantin, après avoir fait mourir sa femme, son fils, son
beau-père, et son neveu, ne put jamais trouver d’hiérophante
qui l’admît à la participation des mystères.
On pourrait remarquer ici que Cassandre est précisément
dans le cas où il doit être admis au nombre des initiés.
Il n’est point coupable de l’empoisonnement d’Alexandre; il n’a répandu
le sang de Statira que dans l’horreur tumultueuse d’un combat, et en défendant
son père. Ses remords sont plutôt d’une âme sensible
et née pour la vertu, que d’un criminel qui craint la vengeance
céleste.
Note_9
Note de Voltaire:
Il est bon d’opposer ici le jugement de Plutarque sur Alexandre à
tous les paradoxes et aux lieux communs qu’il a plus à Juvénal
[Sat.x, l68-172; xiv, 311-314.] et à ses imitateurs [Boileau, Sat.
xii, 100-108] de débiter contre ce héros. Plutarque dans
sa belle comparaison d’Alexandre et de César, dit que « le
héros de la Macédoine semblait né pour le bonheur
du monde, et le héros romain pour sa ruine. » En effet, rien
n’est plus juste que la guerre d’Alexandre, général de la
Grèce, contre les ennemis de la Grèce, et rien de plus injuste
que la guerre de César contre sa patrie.
Remarquez surtout que Plutarque ne décide qu’après
avoir pesé les vertus et les vices d’Alexandre et de César.
J’avoue que Plutarque, qui donne toujours la préférence aux
Grecs, semble avoir été trop loin. Qu’aurait-il dit de plus
de Titus, de Trajan, des Antonins, de Julien même, sa religion à
part? Voilà ceux qui paraissaient être nés pour le
bonheur du monde, plutôt que le meurtrier de Clitus, de Callisthène
et de Parménion.
Note_10
Les vers précédés d’une étoile
étaient supprimés à la représentation.
Note_11
Note de Voltaire:
L’acteur doit ici regarder attentivement Cassandre.
Note_12
Note de Voltaire:
Ce spectacle ferait peut-être un bel effet au théâtre,
si jamais la pièce pouvait être représentée.
Ce n’est pas qu’il y ait aucun mérite à faire paraître
des prêtres et des prêtresses, un autel, des flambeaux et toute
la cérémonie d’un mariage: cet appareil, au contraire, ne
serait qu’une misérable ressource si d’ailleurs il n’excitait pas
un grand intérêt, s’il ne formait pas une situation, s’il
ne produisait pas de l’étonnement et de la colère dans Antigone,
s’il n’était pas lié avec les desseins de Cassandre, s’il
ne servait à expliquer le véritable sujet de ses expiations.
C’est tout cela ensemble qui forme une situation. Tout appareil dont il
ne résulte rien est puéril. Qu’importe la décoration
au mérite d’un poème? Si le succès dépendait
de ce qui frappe les yeux, il n’y aurait qu’à montrer des tableaux
mouvants. La partie qui regarde la pompe du spectacle est sans doute la
dernière; on ne doit pas la négliger, mais il ne faut pas
trop s y attacher.
Il faut que les situations théâtrales forment
des tableaux animés. Un peintre qui met sur la toile la cérémonie
d’un mariage n’aura fait qu’un tableau assez commun s’il n’a peint que
deux époux, un autel, et des assistants; mais s’il ajoute un homme
dans l’attitude de l’étonnement et de la colère, qui contraste
avec la joie des deux époux, son ouvrage aura de la vie et de la
force. Ainsi au second acte, Statira qui embrasse Olympie avec des larmes
de joie, et l’hiérophante attendri et affligé; ainsi, au
troisième acte, Cassandre reconnaissant Statira avec effroi, et
Olympie dans l’embarras et dans la douleur, ainsi, au quatrième
acte Olympie au pied d’un autel, désespérée de sa
faiblesse, et repoussant Cassandre qui se jette à ses genoux; ainsi,
au cinquième, la même Olympie s’élançant dans
le bûcher, aux yeux de ses amants épouvantés et des
prêtres qui tous ensemble sont dans cette attitude douloureuse, empressée,
égarée, qui annonce une marche précipitée,
les bras étendus, et prêts à courir au secours: toutes
ces peintures vivantes, formées par des acteurs pleins d’âme
et de feu, pourraient donner au moins quelque idée de l’excès
où peuvent être poussées la terreur et la pitié,
qui sont le seul but, la seule constitution de la tragédie. Mais
il faudrait un ouvrage dramatique qui, étant susceptible de toutes
ces hardiesses, eût aussi les beautés qui rendent ces hardiesses
respectables.
Si le coeur n’est pas ému par la beauté
des vers, par la vérité des sentiments, les yeux ne seront
pas contents de ces spectacles prodigués; et, loin de les applaudir,
on les tournera en ridicule, comme de vains suppléments qui ne peuvent
jamais remplacer le génie de la poésie.
Il est à croire que c’est cette crainte du ridicule
qui a presque toujours resserré la scène française
dans le petit cercle des dialogues, des monologues, et des récits.
Il nous a manqué de l’action; c’est un défaut que les étrangers
nous reprochent, et dont nous osons à peine nous corriger. On ne
présente cette tragédie aux amateurs que comme une esquisse
légère et imparfaite d’un genre absolument nécessaire.
Note_13
Note de Voltaire:
Le feu de Vesta était allumé dans presque tous les temples
de la terre connue. Vesta signifiait feu chez tes anciens Perses,
et tous les savants en conviennent. Il est à croire que les autres
nations firent une Divinité de ce feu, que les Perses ne regardèrent
jamais que comme le symbole de la divinité. Ainsi une erreur de
nom produisit la déesse Vesta, comme elle a produit tant d’autres
choses.
Note_14
Note de Voltaire:
Ce rôle doit être joué par la prêtresse inférieure,
qui est attachée à Statira.
Note_15
Note de Voltaire:
La prêtresse inférieure va chercher Arzane.
Note_16
Note de Voltaire:
Non seulement les défauts de cette tragédie ont empêché
l’auteur d’oser la faire jouer sur le théâtre de Paris; mais
la crainte que le peu de beautés qui peut y être ne fût
exposé à la raillerie a retenu l’auteur encore plus que ses
défauts La même légèreté qui fit condamner
Athalie pendant plus de vingt années par ce même peuple
qui applaudissait à la Judith de Boyer, les mêmes prétextes
qui sévirent à jeter du ridicule sur un prêtre et sur
un enfant, peuvent subsister aujourd’hui. Il est à croire qu’on
dirait: Voilà une tragédie jouée dans un couvent;
Statira est religieuse, Cassandre a fait une confession générale,
l’hiérophante est un directeur, etc.
Mais aussi il se trouvera des lecteurs éclairés
et sensibles qui pourront être attendris de ces mêmes ressemblances,
dans lesquelles d’autres ne trouveront que des sujets de plaisanterie.
Il n’y a point de royaume en Europe qui n’ait vu des reines s’ensevelir,
les derniers jours de leur vie, dans des monastères, après
les plus horribles catastrophes. Il y avait de ces asiles chez les anciens,
comme parmi nous. La Calprenède [dans son roman intitulé
Cassandre]fait retrouver Statira dans un puits: ne vaut-il pas mieux
la retrouver dans un temple?
Quant à la confession de ses fautes dans les cérémonies
de la religion elle est de la plus haute antiquité, et est expressément
ordonnée par les lois de Zoroastre qu’on trouve dans le Sadder.
Les
initiés n’étaient point admis aux mystères sans avoir
exposé le secret de leurs coeurs en présence de l’Être
suprême. S’il y a quelque chose qui console les hommes sur la terre,
c’est de pouvoir être réconcilié avec le ciel et avec
soi-même. En un mot, on a taché de représenter ici
ce que les malheurs des grands de la terre ont jamais eu de plus terrible
et ce que la religion ancienne a jamais eu de plus consolant et de plus
auguste. Si ces moeurs, ces usages, ont quelque conformité avec
les nôtres, ils doivent porter plus de terreur et de pitié
dans nos âmes.
Il y a quelquefois dans le cloître je ne sais quoi
d’attendrissant et d’auguste. La comparaison que fait secrètement
le lecteur entre le silence de ces retraites et le tumulte du monde, entre
la piété paisible qu’on suppose y régner, et les discordes
sanglantes qui désolent la terre, émeut et transporte une
âme vertueuse et sensible.
Note_17
« C’est Statira qui est le grand rôle,
écrivait Voltaire: ah! comme nous pleurions à ces vers. »
Note_18
« Olympie, écrit Voltaire, est une
petite fille de quinze ans, simple, tendre, effrayée, qui prend
à la fin un parti affreux, parce que son ingénuité
a causé la mort de sa mère, et qui n’élève
la voix qu’au dernier vers, quand elle se jette sur le bûcher...
Ce n’est point Zaïre... ce n’est point Chimène... »
Note_19
Note de Voltaire:
Cet exemple d’un prêtre qui se renferme dans les bornes de son ministère
de paix nous a paru d’une très grande utilité, et il serait
à souhaiter qu’on ne les représentât jamais autrement
sur un théâtre public qui doit être l’école des
moeurs. Il est vrai qu’un personnage qui se borne à prier le ciel
et à enseigner la vertu n’est pas assez agissant pour la scène;
mais aussi il ne doit pas être au nombre des personnages dont les
passions font mouvoir la pièce. Les héros, emportés
par leurs passions, agissent, et un grand-prêtre instruit. Ce mélange,
heureusement employé par des mains plus habiles, pourra faire un
jour un grand effet sur le théâtre.
On ose dire que le grand-prêtre Joad, dans la tragédie
d’Athalie, semble s’éloigner trop de ce caractère
de douceur et d’impartialité qui doit faire l’essence de son ministère.
On pourrait l’accuser d’un fanatisme trop féroce, lorsque, rencontrant
Mathan en conférence avec Josabeth, au lieu de s’adresser à
Mathan avec la bienséance convenable, il s’écrie:
Quoi! fille de David, vous parlez à ce traître!
Vous souffrez qu’il vous parle! Et vous ne craignez pas
Que, du fond de l’abîme entr’ouvert sous ses pas,
Il ne sorte à l’instant des feux qui vous embrasent,
Ou qu’en tombant sur lui ces murs ne vous écrasent!
Que veut-il? De quel front cet ennemi de Dieu
Vient-il infecter l’air qu’on respire en ce lieu? |
Mathan semble lui répondre très pertinemment
en disant:
On reconnaît Joad à cette violence.
Toutefois il devrait montrer plus de prudence,
Respecter une reine, etc.
Acte III, scène v.
|
On ne voit pas non plus pour quelle raison Joad, ou Joïada,
s’obstine à ne vouloir pas que la reine Athalie adopte le petit
Joas. Elle dit en propres termes à cet enfant [acte II, scène
vii]: « Je n’ai point d’héritier,... je prétends vous
traiter comme mon propre fils. »
Athalie n’avait certainement alors aucun intérêt
à faire tuer Joas. Elle pouvait lui servir de mère, et lui
laisser son petit royaume. Il est très naturel qu’une vieille femme
s’intéresse au seul rejeton de sa famille. Athalie, en effet, était
dans la décrépitude de l’âge. Les Paralipomènes
[livre II, chapitre xxii, verset 2] disent que son fils Ochozias ou Achazia
avait quarante-deux ans [les Rois, livre IV, chap. viii, verset
26, disent vingt-deux] quand il fut déclaré melk ou
roitelet.
Il régna environ un an. Sa mère, Athalie,
lui survécut six ans. Supposons qu’elle fût mariée
à quinze ans, il est clair qu’elle avait au moins soixante-quatre
ans. Il y a bien plus; il est dit dans le quatrième livre des Rois
[X, 14], que Jéhu égorgea quarante-deux frères
d’Ochozias, et cet Ochozias était le cadet de tous ses frères:
à ce compte, pour peu qu’un des quarante-deux frères eût
été majeur, Athalie devait être âgée de
cent six ans quand le prêtre Joad la fit assassiner*.
Je n’examine point ici comment le père d’Ochozias
pouvait avoir quarante ans [Paralip., livre II, chap. xxi, verset 20],
et son fils quarante-deux quand il lui succéda, je n’examine que
la tragédie. Je demande seulement de quel droit le prêtre
Joad arme ses lévites contre la reine, à laquelle il a fait
serment de fidélité; de quel droit trompe-t-il Athalie en
lui promettant un trésor? de quel droit fait-il massacrer sa reine
dans la plus extrême vieillesse?
Athalie n’était certainement pas si coupable que
Jéhu, qui avait fait mourir soixante et dix fils du roi Achab, et
mis leurs têtes dans des corbeilles, à ce que dit le quatrième
livre des Rois [X, 7.] Le même livre [X, 11] rapporte qu’il fit exterminer
tous les amis d’Achab, tous ses courtisans, et tous ses prêtres.
Cette reine avait à la vérité usé
de représailles; mais appartenait-il à Joad de conspirer
contre elle, et de la tuer? Il était son sujet; et certainement,
dans nos moeurs et dans nos lois, il n’est pas plus permis à Joad
de faire assassiner sa reine qu’il n’eût été permis
à l’archevêque de Cantorbery d’assassiner Élisabeth
parce qu’elle avait fait condamner Marie Stuart.
Il eût fallu, pour qu’un tel assassinat ne révoltât
pas tous les esprits, que Dieu, qui est le maître de notre vie et
des moyens de nous l’ôter fut descendu lui-même sur la terre
d’une manière visible et sensible et qu’il eût ordonné
ce meurtre: or, c’est certainement ce qu’il n’a pas fait. Il n’est pas
dit même que Joad ait consulté le Seigneur, ni qu’il lui ait
fait la moindre prière avant de mettre sa reine à mort. L’Écriture
dit seulement [IV Rois, xi, 10] qu’il conspira avec ses lévites,
qu’il leur donna des lances, et qu’il fit assassiner Athalie à la
porte aux Chevaux [id., xi, 16], sans dire que le Seigneur approuvât
cette conduite.
N’est-il donc pas clair, après cette exposition,
que le rôle et le caractère de Joad, dans Athalie, peuvent
être du plus mauvais exemple, s ils n’excitent pas la plus violente
indignation? Car pourquoi l’action de Joad serait-elle consacrée?
Dieu n’approuve certainement pas tout ce que l’histoire
des Juif, rapporte. L’Esprit-Saint a présidé à la
vérité avec laquelle tous ces livres ont été
écrits. Il n’a pas présidé aux actions perverses dont
on y rend compte. Il ne loue ni les mensonges d’Abraham [Gen., xii, 13,
et xx, 13], d’Isaac [id, xxvi, 7] et de Jacob [id., xxvii, 19], ni
la circoncision imposée aux Sichimites [Genèse, xxxiv] pour
les égorger plus aisément, ni l’inceste de Juda avec Thamar,
sa belle fille [Genèse, xxxviii], ni même le meurtre de l’Égyptien
[Exode, ii, 12] par Moïse. Il n’est point dit que le Seigneur approuve
l’assassinat d’Églon [Juges, iii, 21], roi des Moabites, par Aod
ou Eud; il n’est point dit qu’il approuve l’assassinat de Sizara par Jaël
[Juges, iv, 21], ni qu’il ait été content que Jephté,
encore teint du sang de sa fille, fît égorger quarante-deux
mille hommes d’Éphraïm, au passage du Jourdain, parce qu’ils
ne pouvaient pas bien prononcer Schibbolet [Juges, xii, 6]. Si les
Benjamites du village de Gabaa voulurent violer un lévite, si on
massacra toute la tribu de Benjamin [Juges, xx], à six cents personnes
près, ces actions ne sont point citées avec éloge.
Le Saint-Esprit ne donne aucune louange à David
pour s’être mis [I Rois, xxii, 2], avec cinq cents brigands chargés
de dettes, du parti du roitelet Akis, ennemi de sa patrie, ni pour avoir
égorgé [I Rois, xxvii, 9] les vieillards, les femmes, les
enfants, et les bestiaux des villages alliés du roitelet, auquel
il avait juré fidélité et qui lui avait accordé
sa protection.
L’Écriture ne donne point d’éloge à
Salomon pour avoir fait assassiner son frère Adonias [III Rois,
ii, 25]; ni à Bahasa pour avoir assassiné Nadab [III Rois,
xv, 27]; ni à Zimri, ou Zamri [dans les Rois, livre III, chap. xvi,
on lit Zambri] pour avoir assassiné Éla et toute sa famille;
ni à Amri, ou Homri, pour avoir fait périr Zimri [III Rois,
xvi, 17, 18]; ni à Jéhu pour avoir assassiné Joram
[IV Rois, ix, 24].
Le Saint-Esprit n’approuve point que les habitants de
Jérusalem assassinent le roi Amasias, fils de Joas [IV Rois, xiv,
19]; ni que Sellum [id., xv, 8, 10] fils de Jabès, assassine Zacharias,
fils de Jéroboam; ni que Manahem assassine Sellum [id., xv, 8, 14],
fils de Jabès; ni que Facée [id., id., 23, 25], fils de Roméli,
assassine Facéia, fils de Manahem; ni qu’Osée, fils d’Éla
[id., id., 30] assassine Facée, fils de Roméli. Il semble
au contraire que ces abominations du peuple de Dieu sont punies par une
suite continuelle de désastres presque aussi grands que ces forfaits.
Si donc tant de crimes et tant de meurtres ne sont point
excusés dans l’Écriture, pourquoi le meurtre d’Athalie serait-il
consacré sur le théâtre?
Certes, quand Athalie dit à l’enfant: « Je
prétends vous traiter comme mon propre fils, » Josabeth pouvait
lui répondre: « Eh bien! madame, traitez-le donc comme votre
fils, car il l’est; vous êtes sa grand’mère; vous n’avez que
lui d’héritier; je suis sa tante; vous êtes vieille; vous
n’avez que peu de temps à vivre; cet enfant doit faire votre consolation.
Si un étranger et un scélérat comme Jéhu, melk
de Samarie, assassina votre père et votre mère, s’il fit
égorger soixante et dix fils de vos frères, et quarante-deux
de vos enfants, il n’est pas possible que, pour vous venger de cet abominable
étranger, vous prétendiez massacrer le seul petit-fils qui
vous reste. Vous n’êtes pas capable d’une démence si exécrable
et si absurde, ni mon mari ni moi ne pouvons avoir la fureur insensée
de vous en soupçonner; ni un tel crime ni un tel soupçon
ne sont dans la nature. Au contraire, on élève ses petits-fils
pour avoir un jour en eux des vengeurs. Ni moi ni personne ne pouvons croire
que vous ayez été à la fois dénaturée
et insensée. Élevez donc le petit Joas; j’en aurai soin,
moi qui suis sa tante, sous les yeux de sa grand’mère. »
Voilà qui est naturel, voilà qui est raisonnable:
mais ce qui ne l’est peut-être pas, c’est qu’un prêtre dise:
« J’aime mieux exposer le petit enfant à périr que
de le confier à sa grand’mère; j’aime mieux tromper ma reine,
et lui promettre indignement de l’argent, pour l’assassiner, et risquer
la vie de tous les lévites par cette conspiration, que de rendre
à la reine son petit-fils; je veux garder cet enfant et égorger
sa grand’mère, pour conserver plus longtemps mon autorité.
» C’est là au fond, la conduite de ce prêtre.
J’admire, comme je le dois, la difficulté surmontée
dans la tragédie d’Athalie, la force, la pompe, l’élégance
de la versification, le beau contraste du guerrier Abner et du prêtre
Mathan. J’excuse la faiblesse du rôle de Josabeth, j’excuse quelques
longueurs; mais je crois que si un roi avait dans ses États un homme
tel que Joad, il ferait fort bien de l’enfermer.
* Voici le compte:
| Athalie se marie à quinze
ans |
15
|
| Elle a quarante-deux fils |
42
|
| Ochozias, le quarante-deuxième,
commence a régner à quarante-deux ans. |
42
|
| Il règne un an. |
1
|
| Athalie règne, après
lui, six ans. |
6
|
| Somme totale |
106
|
Note_20
Note de Voltaire:
Il serait à souhaiter que cette scène pût être
représentée dans la place qui conduit au péristyle
du temple; mais alors cette place occupant un grand espace, le vestibule
un autre, et l’intérieur du temple ayant une assez grande profondeur,
les personnages qui paraissent dans ce temple ne pourraient être
entendus: il faut donc que le spectateur supplée à la décoration
qui manque.
On a balancé longtemps si on laisserait l’idée
de ce combat subsister, ou si on la retrancherait. On s’est déterminé
à la conserver, parce qu’elle paraît convenir aux moeurs des
personnages, à la pièce, qui est toute en spectacles, et
que l’hiérophante semble y soutenir la dignité de son caractère.
Les duels sont plus fréquents dans l’antiquité qu’on ne pense.
Le premier combat, dans Homère, est un duel à la tête
des deux armées, qui le regardent, et qui sont oisives; et c’est
précisément ce que propose Cassandre.
Note_21
« L’aspect de Cassandre, augmentant les
maux de nerfs de Statira, écrivait Voltaire, rend sa mort bien plus
vraisemblable... Bien des gens croient que Statira, voyant que sa fille
aime Cassandre, s’est aidée d’un peu de sublimé. »
Note_22
Dans
Artémire, acte Ier, scène
ire (voyez Théâtre,
tome Ier), Voltaire avait dit:
Soldats sous Alexandre, et rois après sa mort.
(B)
Note_23
« C’est une situation assez forcée,
assez invraisemblable, écrivait Voltaire, que deux amants viennent
presser mademoiselle de faire un choix dans le temps même qu’on brûle
madame sa mère; mais je voulais me donner le plaisir du bûcher,
et si Olympie ne se jette pas dans le bûcher aux yeux de ses deux
amants, le grand tragique est manqué. »
Note_24
Note de Voltaire:
Elle monte sur l’estrade de l’autel qui est près du bûcher.
Les prêtresses lui présentent les offrandes.
Note_25
Note de Voltaire: Le suicide est une chose très
commune sur la scène française. Il n’est pas à craindre
que ces exemples soient imités par les spectateurs. Cependant, si
on mettait sur le théâtre un homme tel que le Caton d’Addison,
philosophe et citoyen, qui, ayant dans une main le Traité de
l’immortalité de l’âme
de Platon, et une épée
dans l’autre, prouve par les raisonnements les plus forts qu’il est des
conjonctures où un homme de courage doit finir sa vie, il est à
croire que les grands noms de Platon et de Caton réunis, la force
des raisonnements, et la beauté des vers, pourraient faire un assez
puissant effet sur des âmes vigoureuses et sensibles pour les porter
à l’imitation, dans ces moments malheureux où tant d’hommes
éprouvent le dégoût de la vie.
Le suicide n’est pas permis parmi nous. Il n’était
autorisé, ni chez les Grecs, ni chez les Romains, par aucune loi;
mais aussi n’y en avait-il aucune qui le punît. Au contraire, ceux
qui se sont donné la mort, comme Hercule, Cléomène,
Brutus, Cassius, Arria, Paetus, Caton, l’empereur Othon, ont tous été
regardés comme des grands hommes et comme des demi-dieux.
La coutume de finir ses jours volontairement sur un bûcher
a été respectée de temps immémorial dans toute
la haute Asie; et aujourd’hui même encore, on en a de fréquents
exemples dans les Indes orientales.
On a tant écrit sur cette matière, que je
me bornerai à un petit nombre de questions.
Si le suicide fait tort à la société,
je demande si ces homicides volontaires, et légitimés par
toutes les lois, qui se commettent dans la guerre, ne font pas un peu plus
de tort au genre humain.
Je n’entends pas, par ces homicides, ceux qui, s’étant
voués au service de leur patrie et de leur prince, affrontent la
mort dans les batailles; je parle de ce nombre prodigieux de guerriers
auxquels il est indifférent de servir sous une puissance ou sous
une autre, qui trafiquent de leur sang comme un ouvrier vend son travail
et sa journée, qui combattront demain pour celui contre qui ils
étaient armés hier, et qui, sans considérer ni leur
patrie ni leur famille, tuent et se font tuer pour des étrangers.
Je demande en bonne foi si cette espèce d’héroïsme est
comparable à celui de Caton, de Cassius et de Brutus. Tel soldat,
et même tel officier a combattu tour à tour pour la France,
pour l’Autriche et pour la Prusse.
Il y a un peuple sur la terre dont la maxime, non encore
démentie, est de ne se jamais donner la mort, et de ne la donner
à personne; ce sont les Philadelphiens, qu’on a si sottement nommés
quakers. Ils ont même longtemps refusé de contribuer aux frais
de la dernière guerre qu’on faisait vers le Canada pour décider
à quels marchands d’Europe appartiendrait un coin de terre endurci
sous la glace pendant sept mois, et stérile pendant les cinq autres.
Ils disaient, pour leurs raisons, que des vases d’argile tels que les hommes
ne devaient pas se briser les uns contre les autres pour de si misérables
intérêts.
Je passe à une seconde question.
Que pensent ceux qui, parmi nous, périssent par
une mort volontaire? Il y en a beaucoup dans toutes les grandes villes.
J’en ai connu une petite où il y avait une douzaine de suicides
par an. Ceux qui sortent ainsi de la vie pensent-ils avoir une âme
immortelle? Espèrent-ils que cette âme sera plus heureuse
dans une autre vie? Croient-ils que notre entendement se réunit
après notre mort à l’âme générale du
monde? Imaginent-ils que l’entendement est une faculté, un résultat
des organes, qui périt avec les organes mêmes, comme la végétation,
dans les plantes, est détruite quand les plantes sont arrachées;
comme la sensibilité dans les animaux, lorsqu’ils ne respirent plus;
comme la force, cet être métaphysique, cesse d’exister dans
un ressort qui a perdu son élasticité?
Il serait à désirer que tous ceux qui prennent
le parti de sortir de la vie laissassent par écrit leurs raisons,
avec un petit mot de leur philosophie: cela ne serait pas inutile aux vivants
et à l’histoire de l’esprit humain.
Note_26
« Il faut au dernier acte, écrivait
Voltaire, un air recueilli et plein d’un sombre désespoir; c’est
là surtout qu’il est nécessaire de mettre de longs silences
entre les vers. Il faut au moins deux ou trois secondes en récitant:
Apprends... que je t’adore... et que Je m’en punis; un silence après
apprends, un silence après
je t’adore. »
Sur le théâtre de Ferney, les flammes du bûcher
s’élevaient de quatre pieds au-dessus des acteurs. (G. A.)
Note_27
Note de Voltaire:
L’hiérophante, les prêtres, et les prêtresses, témoignent
leur étonnement et leur consternation.
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