OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE
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THÉÂTRE V

LE DROIT DU SEIGNEUR (Suite)

Retour au début du Droit du Seigneur

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE I.

LE MARQUIS, LE CHEVALIER.

LE MARQUIS.

.
Cher chevalier, que mon coeur est en paix!
Que mes regards sont ici satisfaits!
Que ce château qu'ont habité nos pères,
Que ces forêts, ces plaines, me sont chères!
Que je voudrais oublier pour toujours
L'illusion, les manèges des cours!
Tous ces grands riens, ces pompeuses chimères,
Ces vanités, ces ombres passagères,
Au fond du coeur laissent un vide affreux.
C'est avec nous que nous sommes heureux.
Dans ce grand monde, où chacun veut paraître,
On est esclave, et chez moi je suis maître.
Que je voudrais que vous eussiez mon goût!

LE CHEVALIER.

Eh! oui, l'on peut se réjouir partout,
En garnison, à la cour, à la guerre,
Longtemps en ville, et huit jours dans sa terre.

LE MARQUIS.

Que vous et moi nous sommes différents!

LE CHEVALIER.

Nous changerons peut-être avec le temps.
En attendant, vous savez qu'on apprête
Pour ce jour même une très belle fête;
C'est une noce.

LE MARQUIS.

Oui, Mathurin vraiment
Fait un beau choix, et mon consentement
Est tout acquis à ce doux mariage;
L'époux est riche, et sa maîtresse est sage:
C'est un bonheur bien digne de mes voeux,
En arrivant, de faire deux heureux.

LE CHEVALIER.

Acanthe encore en peut faire un troisième.

LE MARQUIS.

Je vous reconnais là, toujours vous-même.
Mon cher parent, vous m'avez fait cent fois
Trembler pour vous, par vos galants exploits.
Tout peut passer dans des villes de guerre;
Mais nous devons l'exemple dans ma terre.

LE CHEVALIER.

L'exemple du plaisir, apparemment?

LE MARQUIS.

Au moins, mon cher, que ce soit prudemment;
Daignez en croire un parent qui vous aime.
Si vous n'avez du respect pour vous-même,
Quelque grand nom que vous puissiez porter,
Vous ne pourrez vous faire respecter.
Je ne suis pas difficile et sévère;
Mais, entre nous, songez que votre père,
Pour avoir pris le train que vous prenez,
Se vit au rang des plus infortunés,
Perdit ses biens, languit dans la misère,
Fit de douleur expirer votre mère,
Et près d ici mourut assassiné.
J'étais enfant; son sort infortuné
Fut à mon coeur une leçon terrible,
Qui se grava dans mon âme sensible;
Utilement témoin de ses malheurs,
Je m'instruisais en répandant des pleurs.
Si, comme moi, cette fin déplorable
Vous eût frappé, vous seriez raisonnable.

LE CHEVALIER.

Oui, je veux l'être un jour, c'est mon dessein;
J'y pense quelquefois; mais c'est en vain;
Mon feu m'emporte.

LE MARQUIS.

Eh bien! je vous présage
Que vous serez las du libertinage.

LE CHEVALIER.

Je le voudrais; mais on fait comme on peut:
Ma foi, n'est pas raisonnable qui veut(19).

LE MARQUIS.

Vous vous trompez: de son coeur on est maître
J'en fis l'épreuve: est sage qui veut l'être;
Et, croyez-moi, cette Acanthe, entre nous,
Eut des attraits pour moi comme pour vous;
Mais ma raison ne pouvait me permettre
Un fol amour qui m'allait compromettre;
Je rejetai ce désir passager,
Dont la poursuite aurait pu m'affliger,
Dont le succès eût perdu cette fille,
Eût fait sa honte aux yeux de sa famille,
Et l'eût privée à jamais d'un époux.

LE CHEVALIER.

Je ne suis pas si timide que vous;
La même pâte, il faut que j'en convienne,
N'a point formé votre branche et la mienne.
Quoi! vous pensez être dans tous les temps
Maître absolu de vos yeux, de vos sens?

LE MARQUIS.

Et pourquoi non?

LE CHEVALIER.

Très fort je vous respecte;
Mais la sagesse est tant soit peu suspecte
Les plus prudents se laissent captiver,
Et le vrai sage est encore à trouver.
Craignez surtout le titre ridicule
De philosophe.

LE MARQUIS.

O l'étrange scrupule!
Ce noble nom, ce nom tant combattu,
Que veut-il dire? amour de la vertu.
Le fat en raille avec étourderie,
Le sot le craint, le fripon le décrie;
L'homme de bien dédaigne les propos
Des étourdis, des fripons, et des sots;
Et ce n'est pas sur les discours du monde
Que le bonheur et la vertu se fonde(20).
Écoutez-moi. Je suis las aujourd'hui
Du train des cours où l'on vit pour autrui:
Et j'ai pensé, pour vivre à la campagne,
Pour être heureux, qu'il faut une compagne,
J'ai le projet de m'établir ici,
Et je voudrais vous marier aussi.

LE CHEVALIER.

Très humble serviteur.

LE MARQUIS.

Ma fantaisie
N'est pas de prendre une jeune étourdie.

LE CHEVALIER.

L'étourderie a du bon.

LE MARQUIS.

Je voudrais
Un esprit doux plus que de doux attraits.

LE CHEVALIER.

J'aimerais mieux le dernier.

LE MARQUIS.

La jeunesse,
Les agréments, n'ont rien qui m'intéresse.

LE CHEVALIER.

Tant pis.

LE MARQUIS.

Je veux affermir ma maison
Par un hymen qui soit tout de raison.

LE CHEVALIER.

Oui, tout d'ennui.

LE MARQUIS

J'ai pensé que Dormène
Serait très propre à former cette chaîne.

LE CHEVALIER.

Notre Dormène est bien pauvre.

LE MARQUIS

Tant mieux.
C'est un bonheur si pur, si précieux,
De relever l'indigente noblesse,
De préférer l'honneur à la richesse!
C'est l'honneur seul qui chez nous doit former
Tout notre sang; lui seul doit animer
Ce sang reçu de nos braves ancêtres,
Qui dans les camps doit couler pour ses maîtres.

LE CHEVALIER.

Je pense ainsi: les Français libertins
Sont gens d'honneur. Mais, dans vos beaux desseins,
Vous avez donc, malgré votre réserve,
Un peu d'amour?

LE MARQUIS.

Qui, moi? Dieu m'en préserve!
Il faut savoir être maître chez soi;
Et si j'aimais, je recevrais la loi.
Se marier par amour, c'est folie.

LE CHEVALIER.

Ma foi, marquis, votre philosophie
Me paraît toute à rebours du bon sens;
Pour moi, je crois au pouvoir de nos sens;
Je les consulte en tout, et j'imagine
Que tous ces gens si graves par la mine,
Pleins de morale et de réflexions,
Sont destinés aux grandes passions.
Les étourdis esquivent l'esclavage,
Mais un coup d'oeil peut subjuguer un sage.

LE MARQUIS.

Soit, nous verrons.

LE CHEVALIER.

Voici d'autres époux;
Voici la noce; allons, égayons-nous.
C'est Mathurin, c'est la gentille Acanthe,
C'est le vieux père, et la mère, et la tante,
C'est le baillif, Colette, et tout le bourg.

SCÈNE II.

LE MARQUIS, LE CHEVALIER; 
LE BAILLIF, à la tête des habitants.

LE MARQUIS.

J'en suis touché. Bonjour, enfants, bonjour.

LE BAILLIF.

Nous venons tous avec conjouissance
Nous présenter devant Votre Excellence,
Comme les Grecs jadis devant Cyrus...
Comme les Grecs...

LE MARQUIS.

Les Grecs sont superflus.
Je suis Picard je revois avec joie 
Tous mes vassaux.

LE BAILLIF.

Les Grecs de qui la proie...

LE CHEVALIER.

Ah! finissez. Notre gros Mathurin,
La belle Acanthe est votre proie enfin?

MATHURIN.

Oui-da, monsieur: la fiançaille est faite,
Et nous prions que monseigneur permette
Qu'on nous finisse.

COLETTE.

Oh! tu ne l'auras pas;
Je te le dis, tu me demeureras.
Oui, monseigneur, vous me rendrez justice;
Vous ne souffrirez pas qu'il me trahisse;
Il m'a promis...

MATHURIN.

Bon! j'ai promis en l'air.

LE MARQUIS.

Il faut, bailli, tirer la chose au clair.
A-t-il promis?

LE BAILLIF.

La chose est constatée.
Colette est folle, et je l'ai déboutée.

COLETTE.

Ça n'y fait rien, et monseigneur saura
Qu'on force Acanthe à ce beau marché-là,
Qu'on la maltraite, et qu'on la violente,
Pour épouser.

LE MARQUIS.

Est-il vrai, belle Acanthe?

ACANTHE.

Je dois d'un père, avec raison chéri,
Suivre les lois; il me donne un mari.

MATHURIN.

Vous voyez bien qu'en effet elle m'aime.

LE MARQUIS.

Sa réponse est d'une prudence extrême:
Eh bien! chez moi la noce se fera.

LE CHEVALIER

Bon, bon, tant mieux.

LE MARQUIS, à Acanthe.

Votre père verra
Que j'aime en lui la probité, le zèle,
Et les travaux, d'un serviteur fidèle.
Votre sagesse à mes yeux satisfaits
Augmente encor le prix de vos attraits.
Comptez, amis, qu'en faveur de la fille
Je prendrai soin de toute la famille.

COLETTE.

Et de moi donc?

LE MARQUIS.

De vous, Colette, aussi.
Cher chevalier, retirons-nous d'ici
Ne troublons point leur naïve allégresse.

LE BAILLIF.

Et votre droit, monseigneur; le temps presse.

MATHURIN.

Quel chien de droit! Ah! me voilà perdu.

COLETTE.

Va, tu verras.

BERTHE.

Mathurin, que crains-tu?

LE MARQUIS.

Vous aurez soin, baillif, en homme sage,
D'arranger tout suivant l'antique usage:
D'un si beau droit je veux m'autoriser
Avec décence, et n'en point abuser.

LE CHEVALIER.

Ah! quel Caton! mais mon Caton, je pense,
La suit des yeux, et non sans complaisance.
Mon cher cousin...

LE MARQUIS.

Eh bien?

LE CHEVALIER.

Gageons tous deux
Que vous allez devenir amoureux.

LE MARQUIS.

Moi, mon cousin!

LE CHEVALIER.

Oui, vous.

LE MARQUIS.

L'extravagance!

LE CHEVALIER.

Vous le serez; j'en ris déjà d'avance.
Gageons, vous dis-je, une discrétion.

LE MARQUIS.

Soit.

LE CHEVALIER.

Vous perdrez.

LE MARQUIS.

Soyez bien sûr que non.

SCÈNE III.

LE BAILLIF, LES Précédents 
(moins le Marquis et le Chevalier(21)).

MATHURIN.

Que disent-ils?

LE BAILLIF.

Ils disent que sur l'heure
Chacun s'en aille, et qu'Acanthe demeure.

MATHURIN.

Moi, que je sorte!

LE BAILLIF.

Oui, sans doute.

COLETTE.

Oui, fripon.
Oh! nous aimons la loi, nous.

MATHURIN, au baillif.

Mais doit-on?...

BERTHE.

Eh quoi, benêt, te voilà bien à plaindre!

DIGNANT.

Allez, d'Acanthe on n'aura rien à craindre;
Trop de vertu règne au fond de son coeur;
Et notre maître est tout rempli d'honneur.
(A Acanthe.)
Quand près de vous il daignera se rendre,
Quand sans témoin il pourra vous entendre,
Remettez-lui ce paquet cacheté:
(Lui donnant des papiers cachetés.)
C'est un devoir de votre piété;
N'y manquez pas... O fille toujours chère...
Embrassez-moi.

ACANTHE.

Tous vos ordres, mon père,
Seront suivis; ils sont pour moi sacrés;
Je vous dois tout... D'où vient que vous pleurez?

DIGNANT.

Ah! je le dois... de vous je me sépare,
C'est pour jamais; mais si le ciel avare,
Qui m'a toujours refusé ses bienfaits,
Pouvait sur vous les verser désormais,
Si votre sort est digne de vos charmes,
Ma chère enfant, je dois sécher mes larmes.

BERTHE.

Marchons, marchons; tous ces beaux compliments
Sont pauvretés qui font perdre du temps.
Venez, Colette.

COLETTE, à Acanthe.

Adieu, ma chère amie.
Je recommande à votre prud'homie
Mon Mathurin; vengez-moi des ingrats.

ACANTHE.

Le coeur me bat... Que deviendrai-je? hélas!

SCÈNE IV.

LE BAILLIF, MATHURIN, ACANTHE.

MATHURIN.

Je n'aime point cette cérémonie,
Maître baillif; c'est une tyrannie.

LE BAILLIF.

C'est la condition sine qua non.

MATHURIN.

Sine qua non! quel diable de jargon!
Morbleu, ma femme est à moi.

LE BAILLIF.

Pas encore
Il faut premier que monseigneur l'honore
D'un entretien selon les nobles us
En ce châtel de tous les temps reçus.

MATHURIN.

Ces maudits us, quels sont-ils?

LE BAILLIF.

L'épousée
Sur une chaise est sagement placée;
Puis monseigneur, dans un fauteuil à bras,
Vient vis-à-vis se camper à six pas.

MATHURIN.

Quoi! pas plus loin?

LE BAILLIF.

C'est la règle.

MATHURIN.

Allons, passe.
Et puis après?

LE BAILLIF.

Monseigneur avec grâce
Fait un présent de bijoux, de rubans,
Comme il lui plaît.

MATHURIN.

Passe pour des présents.

LE BAILLIF.

Puis il lui parle; il vous la considère;
Il examine à fond son caractère;
Puis il l'exhorte à la vertu.

MATHURIN.

Fort bien;
Et quand finit, s'il vous plaît, l'entretien?

LE BAILLIF.

Expressément la loi veut qu'on demeure
Pour l'exhorter l'espace d'un quart d'heure.

MATHURIN.

Un quart d'heure est beaucoup. Et le mari
Peut-il au moins se tenir près d'ici
Pour écouter sa femme?

LE BAILLIF.

La loi porte
Que s'il osait se tenir à la porte,
Se présenter avant le temps marqué,
Faire du bruit, se tenir pour choqué,
S'émanciper à sottises pareilles,
On fait couper sur-le-champ ses oreilles.

MATHURIN.

La belle loi! les beaux droits que voilà!
Et ma moitié ne dit mot à cela?

ACANTHE.

Moi, j'obéis, et je n'ai rien à dire.

LE BAILLIF.

Déniche; il faut qu'un mari se retire:
Point de raisons.

MATHURIN, sortant.

Ma femme heureusement
N'a point d'esprit; et son air innocent,
Sa conversation ne plaira guère.

LE BAILLIF.

Veux-tu partir?

MATHURIN.

Adieu donc, ma très chère;
Songe surtout au pauvre Mathurin,
Ton fiancé.
(Il sort.)

ACANTHE.

J'y songe avec chagrin.
Quelle sera cette étrange entrevue?
La peur me prend; je suis tout éperdue.

LE BAILLIF.

Asseyez-vous; attendez en ce lieu
Un maître aimable et vertueux. Adieu.

SCÈNE V.

ACANTHE.

Il est aimable... Ah! je le sais, sans doute.
Pourrai-je, hélas! mériter qu'il m'écoute?
Entrera-t-il dans mes vrais intérêts,
Dans mes chagrins et dans mes torts secrets?
Il me croira du moins fort imprudente
De refuser le sort qu'on me présente,
Un mari riche, un état assuré.
Je le prévois, je ne remporterai
Que des refus avec bien peu d'estime;
Je vais déplaire à ce coeur magnanime;
Et si mon âme avait osé former
Quelque souhait, c'est qu'il pût m'estimer.
Mais pourra-t-il me blâmer de me rendre
Chez cette dame et si noble et si tendre,
Qui fuit le monde, et qu'en ce triste jour
J'implorerai pour le fuir à mon tour?...
Où suis-je?... on ouvre!... à peine j'envisage
Celui qui vient... je ne vois qu'un nuage.

SCÈNE VI.

LE MARQUIS, ACANTHE.

LE MARQUIS.

Asseyez-vous. Lorsqu'ici je vous vois,
C'est le plus beau, le plus cher de mes droits.
J'ai commandé qu'on porte à votre père
Les faibles dons qu'il convient de vous faire;
Ils paraîtront bien indignes de vous.

ACANTHE, s'asseyant.

Trop de bontés se répandent sur nous;
J'en suis confuse, et ma reconnaissance
N'a pas besoin de tant de bienfaisance:
Mais avant tout il est de mon devoir
De vous prier de daigner recevoir
Ces vieux papiers que mon père présente
Très humblement.

LE MARQUIS, les mettant dans sa poche.

Donnez-les, belle Acanthe,
Je les lirai; c'est sans doute un détail
De mes forêts: ses soins et son travail
M'ont toujours plu; j'aurai de sa vieillesse
Les plus grands soins comptez sur ma promesse.
Mais est-il vrai qu'il vous donne un époux
Qui, vous causant d'invincibles dégoûts,
De votre hymen rend la chaîne odieuse?
J'en suis fâché... Vous deviez être heureuse.


 
 

Figure 1: Le Droit du Seigneur, acte III, scène vi.



 
 
 
 
 
 
 
 

ACANTHE.

Ah je le suis un moment, monseigneur,
En vous parlant, en vous ouvrant mon coeur;
Mais tant d'audace est-elle ici permise?

LE MARQUIS.

Ne craignez flan, parlez avec franchise;
Tous vos secrets seront en sûreté.

ACANTHE.

Qui douterait de votre probité?
Pardonnez donc à ma plainte importune.
Ce mariage aurait fait ma fortune,
Je le sais bien; et j'avouerai surtout
Que c'est trop tard expliquer mon dégoût;
Que, dans les champs élevée et nourrie,
Je ne dois point dédaigner une vie
Qui sous vos lois me retient pour jamais,
Et qui m'est chère encor par vos bienfaits.
Mais, après tout, Mathurin, le village,
Ces paysans, leurs moeurs et leur langage,
Ne m'ont jamais inspiré tant d'horreur;
De mon esprit c'est une injuste erreur;
Je la combats, mais elle a l'avantage.
En frémissant je fais ce mariage.

LE MARQUIS, approchant son fauteuil.

Mais vous n'avez pas tort.

ACANTHE, à genoux.

J'ose à genoux
Vous demander, non pas un autre époux,
Non d'autres noeuds, tous me seraient horribles;
Mais que je puisse avoir des jours paisibles:
Le premier bien serait votre bonté,
Et le second de tous, la liberté.

LE MARQUIS, la relevant avec empressement.

Eh! relevez-vous donc... Que tout m'étonne
Dans vos desseins, et dans votre personne,
(Ils s'approchent.)
Dans vos discours, si nobles, si touchants,
Qui ne sont point le langage des champs!
Je l'avouerai, vous ne paraissez faite
Pour Mathurin ni pour cette retraite.
D'où tenez-vous, dans ce séjour obscur,
Un ton si noble, un langage si pur?
Partout on a de l'esprit; c'est l'ouvrage
De la nature, et c'est votre partage:
Mais l'esprit seul, sans éducation,
N'a jamais eu ni ce tour ni ce ton,
Qui me surprend... je dis plus, qui m'enchante.

ACANTHE.

Ah! que pour moi votre âme est indulgente!
Comme mon sort, mon esprit est borné.
Moins on attend, plus on est étonné(v2).

LE MARQUIS.

Quoi! dans ces lieux la nature bizarre
Aura voulu mettre une fleur si rare,
Et le destin veut ailleurs l'enterrer!
Non, belle Acanthe, il vous faut demeurer.
(Il s'approche.)

ACANTHE.

Pour épouser Mathurin?

LE MARQUIS.

Sa personne
Mérite peu la femme qu'on lui donne,
Je l'avouerai.

ACANTHE.

Mon père quelquefois
Me conduisait tout auprès de vos bois,
Chez une dame aimable et retirée,
Pauvre, il est vrai, mais noble et révérée,
Pleine d'esprit, de sentiments, d'honneur:
Elle daigne m'aimer; votre faveur,
Votre bonté peut me placer près d'elle.
Ma belle-mère est avare et cruelle;
Elle me hait; et je hais malgré moi
Ce Mathurin qui compte sur ma foi.
Voilà mon sort, vous en êtes le maître;
Je ne serai point heureuse peut-être;
Je souffrirai; mais je souffrirai moins
En devant tout à vos généreux soins.
Protégez-moi; croyez qu'en ma retraite
Je resterai toujours votre sujette.

LE MARQUIS.

Tout me surprend. Dites-moi, s'il vous plaît,
Celle qui prend à vous tant d'intérêt,
Qui vous chérit, ayant su vous connaître,
Serait-ce point Dormène?

ACANTHE.

Oui.

LE MARQUIS.

Mais peut-être...
Il est aisé d'ajuster tout cela.
Oui... votre idée est très bonne... Oui, voilà
Un vrai moyen de rompre avec décence
Ce sot hymen, cette indigne alliance.
J'ai des projets... en un mot, voulez-vous
Près de Dormène un destin noble et doux?

ACANTHE.

J'aimerais mieux la servir, servir Laure,
Laure si bonne, et qu'à jamais j'honore,
Manquer de tout, goûter dans leur séjour
Le seul bonheur de vous faire ma cour,
Que d'accepter la richesse importune
De tout mari qui ferait ma fortune.

LE MARQUIS.

Acanthe, allez... Vous pénétrez mon coeur:
Oui, vous pourrez, Acanthe, avec honneur
Vivre auprès d'elle... et dans mon château même.

ACANTHE.

Auprès de vous! ah ciel!

LE MARQUIS s'approche un peu.

Elle vous aime;
Elle a raison... J'ai, vous dis-je, un projet;
Mais je ne sais s'il aura son effet.
Et cependant vous voilà fiancée,
Et votre chaîne est déjà commencée,
La noce prête, et le contrat signé.
Le ciel voulut que je fusse éloigné
Lorsqu'en ces lieux on parait la victime:
J'arrive tard, et je m'en fais un crime.

ACANTHE.

Quoi! vous daignez me plaindre? Ah! qu'à mes yeux
Mon mariage en est plus odieux!
Qu'il le devient chaque instant davantage!
(Ils s'approchent.)

LE MARQUIS.

Mais, après tout, puisque de l'esclavage
(Il s'approche.)
Avec décence on pourra vous tirer...

ACANTHE, s'approchant un peu.

Ah! le voudriez-vous?

LE MARQUIS.

J'ose espérer...
Que vos parents, la raison, la loi même,
Et plus encor votre mérite extrême...
(Il s'approche encore.)
Oui, cet hymen est trop mal assorti.
(Elle s'approche.)
Mais... le temps presse, il faut prendre un parti:
Écoutez-moi...
(Ils se trouvent tout près l'un de l'autre.)

ACANTHE.

Juste ciel! si j'écoute!

SCÈNE VII.

LE MARQUIS, ACANTHE, 
LE BAILLIF, MATHURIN.

MATHURIN, entrant brusquement.

Je crains, ma foi, que l'on ne me déboute:
Entrons, entrons; le quart d'heure est fini.

ACANTHE.

Eh quoi! sitôt?

LE MARQUIS, tirant sa montre.

Il est vrai, mon ami.

MATHURIN.

Maître baillif, ces sièges sont bien proches:
Est-ce encore un des droits?

LE BAILLIF.

Point de reproches,
Mais du respect.

MATHURIN.

Mon Dieu! nous en aurons;
Mais aurons-nous ma femme?

LE MARQUIS.

Nous verrons. (v3)

MATHURIN.

Ce nous verrons est d'un mauvais présage.
Qu'en dites-vous, baillif?

LE BAILLIF.

L'ami, sois sage.

MATHURIN.

Que je fis mal, ô ciel! quand je naquis,
De naître, hélas! le vassal d'un marquis!
(Ils sortent.)

SCÈNE VIII.

LE MARQUIS.

Non, je ne perdrai point cette gageure...
Amoureux! moi! quel conte! ah! je m'assure
Que sur soi-même on garde un plein pouvoir:
Pour être sage, on n'a qu'à le vouloir.
Il est bien vrai qu'Acanthe est assez belle...
Et de la grâce! ah! nul n'en a plus qu'elle...
Et de l'esprit!... quoi! dans le fond des bois!
Pour avoir vu Dormène quelquefois,
Que de progrès! qu'il faut peu de culture
Pour seconder les dons de la nature!
J'estime Acanthe: oui, je dois l'estimer;
Mais, grâce au ciel, je suis très loin d'aimer;
A fuir l'amour j'ai mis toute ma gloire.

SCÈNE IX.

LE MARQUIS, DIGNANT, BERTHE, 
MATHURIN.

BERTHE.

Ah! voici bien, pardienne, une autre histoire!

LE MARQUIS.

Quoi?

BERTHE.

Pour le coup c'est le droit du seigneur:
On nous enlève Acanthe.

LE MARQUIS.

Ah!

BERTHE. 

Votre honneur
Sera honteux de cette vilenie;
Et je n'aurais pas cru cette infamie
D'un grand Seigneur, si bon, si libéral.

LE MARQUIS.

Comment? qu'est-il arrivé?

BERTHE.

Bien du mal...
Savez-vous pas qu'à peine chez son père
Elle arrivait pour finir notre affaire,
Quatre coquins, alertes, bien tournés,
Effrontément me l'ont prise à mon nez,
Tout en riant, et vite l'ont conduite
Je ne sais où?

LE MARQUIS.

Qu'on aille à leur poursuite...
Holà! quelqu'un... ne perdez point de temps;
Allez, courez, que mes gardes, mes gens,
De tous côtés marchent en diligence.
Volez, vous dis-je; et, s'il faut ma présence,
J'irai moi-même.

BERTHE, à son mari.

Il parle tout de bon;
Et l'on croirait, mon cher, à la façon
Dont monseigneur regarde cette injure,
Que c'est à lui qu'on a pris la future.

LE MARQUIS.

Et vous son père, et vous qui l'aimiez tant,
Vous qui perdez une si chère enfant,
Un tel trésor, un coeur noble, un coeur tendre,
Avez-vous pu souffrir, sans la défendre,
Que de vos bras on osât l'arracher?
Un tel malheur semble peu vous toucher.
Que devient donc l'amitié paternelle?
Vous m'étonnez.

DIGNANT.

Mon coeur gémit sur elle;
Mais je me trompe, ou j'ai du pressentir
Que par votre ordre on la faisait partir.

LE MARQUIS.

Par mon ordre?

DIGNANT.

Oui.

LE MARQUIS.

Quelle injure nouvelle!
Tous ces gens-ci perdent-ils la cervelle?
Allez-vous-en, laissez-moi, sortez tous.
Ah! s'il se peut, modérons mon courroux...
Non, vous, restez.

MATHURIN.

Qui? moi?

LE MARQUIS, à Dignant.

Non, vous, vous dis-je.

SCÈNE X.

LE MARQUIS, sur le devant; 
DIGNANT, au fond.

LE MARQUIS.

Je vois d'où part l'attentat qui m'afflige.
Le chevalier m'avait presque promis
De se porter à des coups si hardis.
Il croit au fond que cette gentillesse
Est pardonnable au feu de sa jeunesse:
Il ne sait pas combien j'en suis choqué.
A quel excès ce fou-là m'a manqué!
Jusqu'à quel point son procédé m'offense!
Il déshonore, il trahit l'innocence:
Voilà le prix de mon affection
Pour un parent indigne de mon nom!
Il est pétri des vices de son père;
Il a ses traits, ses moeurs, son caractère;
Il périra malheureux comme lui.
Je le renonce, et je veux qu'aujourd'hui
Il soit puni de tant d'extravagance.

DIGNANT.

Puis-je en tremblant prendre ici la licence
De vous parler?

LE MARQUIS.

Sans doute, tu le peux:
Parle-moi d'elle.

DIGNANT.

Au transport douloureux
Où votre coeur devant moi s'abandonne,
Je ne reconnais plus votre personne.
Vous avez lu ce qu'on vous a porté,
Ce gros paquet qu'on vous a présenté?

LE MARQUIS.

Eh! mon ami, suis-je en état de lire?

DIGNANT,

Vous me faites frémir.

LE MARQUIS.

Que veux-tu dire?

DIGNANT.

Quoi! ce paquet n'est pas encore ouvert?

LE MARQUIS.

Non.

DIGNANT.

Juste ciel! ce dernier coup me perd.

LE MARQUIS.

Comment?... J'ai cru que c'était un mémoire
De mes forêts.

DIGNANT.

Hélas! vous deviez croire
Que cet écrit était intéressant.

LE MARQUIS.

Eh! lisons vite... Une table à l'instant;
Approchez donc cette table.

DIGNANT.

Ah! mon maître!
Qu'aura-t-on fait, et qu'allez-vous connaître?

LE MARQUIS, assis, examine le paquet.

Mais ce paquet, qui n'est pas à mon nom,
Est cacheté des sceaux de ma maison?

DIGNANT.

Oui.

LE MARQUIS.

Lisons donc.

DIGNANT.

Cet étrange mystère
En d'autres temps aurait de quoi vous plaire; 
Mais à présent il devient bien affreux.

LE MARQUIS, lisant,

Je ne vois rien jusqu'ici que d'heureux...
Je vois d'abord que le ciel la fit naître
D'un sang illustre... et cela devait être.
Oui, plus je lis, plus je bénis les cieux...
Quoi! Laure a mis ce dépôt précieux
Entre vos mains? Quoi! Laure est donc sa mère?

DIGNANT.

Oui.

LE MARQUIS.

Mais pourquoi lui serviez-vous de père?
Indignement pourquoi la marier?

DIGNANT.

J'en avais l'ordre; et j'ai dû vous prier
En sa faveur... Sa mère infortunée
A l'indigence était abandonnée,
Ne subsistant que des nobles secours
Que, par mes mains, vous versiez tous les jours.

LE MARQUIS.

Il est trop vrai: je sais bien que mon père
Fut envers elle autrefois trop sévère...
Quel souvenir!... Que souvent nous voyons
D'affreux secrets dans d'illustres maisons!...
Je le savais: le père de Gernance
De Laure, hélas! séduisit l'innocence;
Et mes parents, par un zèle inhumain,
Avaient puni cet hymen clandestin.
Je lis, je tremble. Ah! douleur trop amère!
Mon cher ami, quoi! Gernance est son frère!

DIGNANT.

Tout est connu.

LE MARQUIS.

Quoi! c'est lui que je vois!
Ah! ce sera pour la dernière fois...
Sachons dompter le courroux qui m'anime.
Il semble, ô ciel, qu'il connaisse son crime!
Que dans ses yeux je lis d'égarement!
Ah! l'on n'est pas coupable impunément.
Comme il rougit, comme il pâlit... le traître!
A mes regards il tremble de paraître.
C'est quelque chose.

SCÈNE XI.

LE MARQUIS, LE CHEVALIER.

LE CHEVALIER, de loin, 
se cachant le visage.

Ah! monsieur.

LE MARQUIS.

Est-ce vous?
Vous, malheureux!

LE CHEVALIER.

Je tombe à vos genoux...

LE MARQUIS.

Qu'avez-vous fait?

LE CHEVALIER.

Une faute, une offense,
Dont je ressens l'indigne extravagance,
Qui pour jamais m'a servi de leçon,
Et dont je viens vous demander pardon.

LE MARQUIS.

Vous, des remords! vous! est-il bien possible?

LE CHEVALIER.

Rien n'est plus vrai.

LE MARQUIS.

Votre faute est horrible
Plus que vous ne pensez; mais votre coeur
Est-il sensible à mes soins, à l'honneur,
A l'amitié? Vous sentez-vous capable
D'oser me faire un aveu véritable,
Sans rien cacher?

LE CHEVALIER.

Comptez sur ma candeur:
Je suis un libertin, mais point menteur;
Et mon esprit, que le trouble environne,
Est trop ému pour abuser personne.

LE MARQUIS.

Je prétends tout savoir.

LE CHEVALIER.

Je vous dirai que, de débauche et d'ardeur enivré,
Plus que d'amour, j'avais fait la folie
De dérober une fille jolie
Au possesseur de ses jeunes appas,
Qu'à mon avis il ne mérite pas.
Je l'ai conduite à la forêt prochaine,
Dans ce château de Laure et de Dormène
C'est une faute, il est vrai, j'en convien;
Mais j'étais fou, je ne pensais à rien.
Cette Dormène, et Laure sa compagne,
Étaient encor bien loin dans la campagne
En étourdi je n'ai point perdu temps;
J'ai commencé par des propos galants.
Je m'attendais aux communes alarmes,
Aux cris perçants, à la colère, aux larmes;
Mais qu'ai-je vu! la fermeté, l'honneur,
L'air indigné, mais calme avec grandeur:
Tout ce qui fait respecter l'innocence
S'armait pour elle, et prenait sa défense.
J'ai recouru, dans ces premiers moments,
A l'art de plaire, aux égards séduisants,
Aux doux propos, à cette déférence
Qui fait souvent pardonner la licence;
Mais, pour réponse, Acanthe à deux genoux
M'a conjuré de la rendre chez vous;
Et c'est alors que ses yeux moins sévères
Ont répandu des pleurs involontaires.

LE MARQUIS.

Que dites-vous?

LE CHEVALIER.

Elle voulait en vain
Me les cacher de sa charmante main:
Dans cet état, sa grâce attendrissante
Enhardissait mon ardeur imprudente;
Et, tout honteux de ma stupidité,
J'ai voulu prendre un peu de liberté.
Ciel! comme elle a tancé ma hardiesse!
Oui, j'ai cru voir une chaste déesse
Qui rejetait de son auguste autel
L'impur encens qu'offrait un criminel.

LE MARQUIS.

Ah! poursuivez.

LE CHEVALIER.

Comment se peut-il faire
Qu'ayant vécu presque dans la misère,
Dans la bassesse, et dans l'obscurité,
Elle ait cet air et cette dignité,
Ces sentiments, cet esprit, ce langage,
Je ne dis pas au-dessus du village,
De son état, de son nom, de son sang,
Mais convenable au plus illustre rang?
Non, il n'est point de mère respectable
Qui, condamnant l'erreur d'un fils coupable,
Le rappelât avec plus de bonté
A la vertu dont il s'est écarté;
N'employant point l'aigreur et la colère,
Fière et décente, et plus sage qu'austère.
De vous surtout elle a parlé longtemps.

LE MARQUIS.

De moi?...

LE CHEVALIER.

Montrant à mes égarements
Votre vertu, qui devait, disait-elle,
Être à jamais ma honte ou mon modèle.
Tout interdit, plein d'un secret respect,
Que je n'avais senti qu'à son aspect,
Je suis honteux; mes fureurs se captivent.
Dans ce moment les deux dames arrivent;
Et, me voyant maître de leur logis,
Avec Acanthe et deux ou trois bandits,
D'un juste effroi leur âme s'est remplie
La plus âgée en tombe évanouie.
Acanthe en pleurs la presse dans ses bras
Elle revient des portes du trépas;
Alors sur moi fixant sa triste vue,
Elle retombe, et s'écrie éperdue:
« Ah! je crois voir Gernance... c'est son fils,
C'est lui... je meurs... » A ces mots je frémis;
Et la douleur, l'effroi de cette dame,
Au même instant ont passé dans mon âme.
Je tombe aux pieds de Dormène, et je sors,
Confus, soumis, pénétré de remords.

LE MARQUIS.

Ce repentir dont votre âme est saisie
Charme mon coeur, et nous réconcilie.
Tenez, prenez ce paquet important,
Lisez bien vite, et pesez mûrement...
Pauvre jeune homme! hélas! comme il soupire...

(Il lui montre l'endroit 
où il est dit qu'il est frère d'Acanthe.)
Tenez, c'est là, là surtout qu'il faut lire.

LE CHEVALIER.

Ma soeur! Acanthe!...

LE MARQUIS.

Oui, jeune libertin.

LE CHEVALIER.

Oh! par ma foi, je ne suis pas devin...
Il faut tout réparer. Mais par l'usage
Je ne saurais la prendre en mariage:
Je suis son frère, et vous êtes cousin
Payez pour moi.

LE MARQUIS,

Comment finir enfin
Honnêtement cette étrange aventure?
Ah! la voici... j'ai perdu la gageure(22).

SCÈNE XII.

LES PRÉCÉDENTS, ACANTHE, 
COLETTE, DIGNANT.

ACANTHE.

Où suis-je? hélas! et quel nouveau malheur!
Je vois mon père avec mon ravisseur!

DIGNANT.

Madame, hélas! vous n'avez plus de père.

ACANTHE.

Madame, à moi! Qu'entends-je? quel mystère?

LE MARQUIS.

Il est bien grand. Tout éprouve en ce jour
Les coups du sort, et surtout de l'amour:
Je me soumets à leur pouvoir suprême.
Eh! quel mortel fait son destin soi-même?...
Nous sommes tous, madame, à vos genoux:
Au lieu d'un père, acceptez un époux.

ACANTHE.

Ciel! est-ce un rêve?

LE MARQUIS.

On va tout vous apprendre:
Mais à nos voeux commencez par vous rendre,
Et par régner pour jamais sur mon coeur.

ACANTHE.

Moi! comment croire un tel excès d'honneur?

LE MARQUIS.

Vous, libertin, je vais vous rendre sage;
Et dès demain je vous mets en ménage
Avec Dormène: elle s'y résoudra.

LE CHEVALIER.

J'épouserai tout ce qu'il vous plaira.

COLETTE.

Et moi donc?

LE MARQUIS.

Toi! ne crois pas, ma mignonne,
Qu'en faisant tous les lots je t'abandonne:
Ton Mathurin te quittait aujourd'hui;
Je te le donne; il t'aura malgré lui.
Tu peux compter sur une dot honnête...
Allons danser, et que tout soit en fête.
J'avais cherché la sagesse, et mon coeur,
Sans rien chercher, a trouvé le bonheur.
 

 

Variantes:     Acte IV  Acte V

FIN DU DROIT DU SEIGNEUR.