OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE THÉÂTRE II
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L’ENFANT PRODIGUE
COMÉDIE EN CINQ ACTES
REPRÉSENTÉE SUR LE THÉÂTRE-FRANÇAIS, LE 10 OCTOBRE 1736.

Avertissement de Beuchot.
Notice bibliographique
Préface l'édition de 1738.
Personnages
Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V

Variantes de l'Enfant prodigue.

AVERTISSEMENT DE BEUCHOT.

La comédie de l’Enfant prodigue fut représentée, pour la première fois, le 10 octobre 1736, sans avoir été annoncée. « Les comédiens avaient affiché Britannicus(1). L’heure de commencer étant venue, un acteur vint annoncer qu’une des actrices nécessaires pour représenter Britannicus venait de tomber malade: ainsi qu’ils ne joueraient point cette pièce; mais que, pour dédommager les spectateurs, ils donneraient la première représentation d’une comédie nouvelle en cinq actes et en vers. Le public ne fut point la dupe de cette petite ruse(2). » Toutefois on ne devina pas l’auteur. Voltaire fut un des premiers soupçonnés; mais on attribuait aussi la pièce à Piron, à Lachaussée, à Destouches. On voit, par plusieurs lettres de Voltaire à Mlle Quinault, que l’auteur voulait qu’on mît l’Enfant prodigue sur le compte de Gresset. Le bruit en courut, et Gresset en fut fort irrité. La pièce n’eut que vingt-deux représentations, à cause de la maladie d’un acteur. Une Lettre de M. le chevalier de... à madame la comtesse de..., imprimée dans le Mercure de décembre 1736, est une vive critique de l’Enfant prodigue, qui fut repris le 12 janvier 1737, et est resté au théâtre. 
La police avait exigé quelques changements. Les présidents des différentes cours, sachant qu’on se moquait, dans cette pièce, d’un président de Cognac, en témoignèrent leur mécontentement; et, au lieu du titre de président, on donna sur la scène à Fierenfat celui de sénéchal. 
Contant d’Orville, père de celui à qui est adressée la lettre du 11 février 1766, fit imprimer, en janvier 1737, une Lettre critique sur la comédie intitulée l’Enfant prodigue, in-12 de 38 pages. L’Enfant prodigue ne fut imprimé qu’à la fin de 1737, et sous le millésime 1738. Le titre de président est restitué à Fierenfat. Dans une édition de 1773, quoique Fierenfat soit qualifié président dans la liste des personnages, il est appelé sénéchal dans le courant de la pièce. Cette édition de 1773, conforme à la représentation, présente bien d’autres différences, que je ne donne pas parce que je les crois l’oeuvre des comédiens ou de leurs faiseurs; voyez le fragment d’un Avertissement de 1742, dans ma note.
 
 

PRÉFACE

DE L’ÉDITION DE 1738.

Il est assez étrange que l’on n’ait pas songé plus tôt à imprimer cette comédie, qui fut jouée il y après de deux ans(4), et qui eut environ trente représentations. L’auteur ne s’étant point déclaré(5), on l’a mise jusqu’ici sur le compte de diverses personnes très estimées; mais elle est véritablement de M. De Voltaire, quoique le style de la Henriade et d’Alzire soit si différent de celui-ci qu’il ne permet guère d’y reconnaître la même main. C’est ce qui fait que nous donnons sous son nom cette pièce au public, comme la première comédie qui soit écrite en vers de cinq pieds. Peut-être cette nouveauté engagera-t-elle quelqu’un à se servir de cette mesure. Elle produira sur le théâtre français de la variété; et qui donne des plaisirs nouveaux doit toujours être bien reçu. 

Si la comédie doit être la représentation des moeurs, cette pièce semble être assez de ce caractère. On y voit un mélange de sérieux et de plaisanterie, de comique et de touchant. C’est ainsi que la vie des hommes est bigarrée; souvent même une seule aventure produit tous ces contrastes. Rien n’est si commun qu’une maison dans laquelle un père gronde, une fille occupée de sa passion pleure, le fils se moque des deux, et quelques parents prennent différemment part à la scène. On raille très souvent dans une chambre de ce qui attendrit dans la chambre voisine, et la même personne a quelquefois ri et pleuré de la même chose dans le même quart d’heure. 

Une dame très respectable(6), étant un jour au chevet d’une de ses filles(7) qui était en danger de mort, entourée de toute sa famille, s’écriait en fondant en larmes: « Mon Dieu, rendez-la-moi, et prenez tous mes autres enfants! » Un homme qui avait épousé une autre de ses filles(8) s’approcha d’elle, et, la tirant par la manche: « Madame, dit-il, les gendres en sont-ils? » Le sang-froid et le comique avec lequel il prononça ces paroles fit un tel effet sur cette dame affligée qu’elle sortit en éclatant de rire; tout le monde la suivit en riant; et la malade, ayant su de quoi il était question, se mit à rire plus fort que les autres. 

Nous n’inférons pas de là que toute comédie doive avoir des scènes de bouffonnerie et des scènes attendrissantes. Il y a beaucoup de très bonnes pièces où il ne règne que de la gaieté; d’autres toutes sérieuses, d’autres mélangées, d’autres où l’attendrissement va jusqu’aux larmes. Il ne faut donner l’exclusion à aucun genre, et si l’on me demandait quel genre est le meilleur, je répondrais: « Celui qui est le mieux traité. » 

Il serait peut-être à propos et conforme au goût de ce siècle raisonneur d’examiner ici quelle est cette sorte de plaisanterie qui nous fait rire à la comédie. 

La cause du rire est une de ces choses plus senties que connues. L’admirable Molière, Regnard, qui le vaut quelquefois, et les auteurs de tant de jolies petites pièces, se sont contentés d’exciter en nous ce plaisir, sans nous en rendre jamais raison, et sans dire leur secret. 

J’ai cru remarquer aux spectacles qu’il ne s’élève presque jamais de ces éclats de rire universels qu’à l’occasion d’une méprise. Mercure pris pour Sosie; le chevalier Ménechme pris pour son frère; Crispin faisant son testament sous le nom du bonhomme Géronte; Valère parlant à Harpagon des beaux yeux de sa fille, tandis qu’Harpagon n’entend que les beaux yeux de sa cassette; Pourceaugnac à qui on tâte le pouls, parce qu’on le veut faire passer pour fou; en un mot, les méprises, les équivoques de pareille espèce, excitent un rire général. Arlequin ne fait guère rire que quand il se méprend; et voilà pourquoi le litre de balourd lui était si bien approprié. 

Il y a bien d’autres genres de comique. Il y a des plaisanteries qui causent une autre sorte de plaisir; mais je n’ai jamais vu ce qui s’appelle rire de tout son coeur, soit aux spectacles, soit dans la société, que dans des cas approchants de ceux dont je viens de parler. 

Il y a des caractères ridicules dont la représentation plaît, sans causer ce rire immodéré de joie. Trissotin et Vadius, par exemple, semblent être de ce genre; le Joueur, le Grondeur, qui font un plaisir inexprimable, ne permettent guère le rire éclatant. 

Il y a d’autres ridicules mêlés de vices, dont on est charmé de voir la peinture, et qui ne causent qu’un plaisir sérieux. Un malhonnête homme ne fera jamais rire, parce que dans le rire il entre toujours de la gaieté, incompatible avec le mépris et l’indignation. Il est vrai qu’on rit au Tartuffe; mais ce n’est pas de son hypocrisie, c’est de la méprise du bonhomme qui le croit un saint, et, l’hypocrisie une fois reconnue, on ne rit plus: on sent d’autres impressions. 

On pourrait aisément remonter aux sources de nos autres sentiments, à ce qui excite la gaieté, la curiosité, l’intérêt, l’émotion, les larmes. Ce serait surtout aux auteurs dramatiques à nous développer tous ces ressorts, puisque ce sont eux qui les font jouer. Mais ils sont plus occupés de remuer les passions que de les examiner; ils sont persuadés qu’un sentiment vaut mieux qu’une définition, et je suis trop de leur avis pour mettre un traité de philosophie au devant d’une pièce de théâtre. 

Je me bornerai simplement à insister encore un peu sur la nécessité où nous sommes d’avoir des choses nouvelles. Si l’on avait toujours mis sur le théâtre tragique la grandeur romaine, à la fin on s’en serait rebuté; si les héros ne parlaient jamais que de tendresse, on serait affadi. 

O imitatores, servum pecus(9)!

Les bons ouvrages que nous avons depuis les Corneille, les Molière, les Racine, les Quinault, Tes Lulli, les Le Brun, me paraissent tous avoir quelque chose de neuf et d’original qui les a sauvés du naufrage. Encore une fois(10), tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux. 

Ainsi il ne faut jamais dire si cette musique n’a pas réussi, si ce tableau ne plaît pas, si cette pièce est tombée, c’est que cela était d’une espèce nouvelle; il faut dire: C’est que cela ne vaut rien dans son espèce. 
 
 

PERSONNAGES


EUPHÉMON Père. 
EUPHÉMON fils. 
FIERENFAT, président de Cognac, second fils d’Euphémon. 
RONDON, Bourgeois de Cognac. 
LISE, fille de Rondon. 
LA BARONNE DE CROUPILLAC. 
MARTHE, suivante de Lise. 
JASMIN, Valet d’Euphémon fils.

La scène est à Cognac.





Noms des acteurs qui jouèrent dans l’Enfant prodigue et dans l’Avocat Patelin, de Brueys, qui l’accompagnait: Dangeville, Dufresne (Euphémon fils), Duchemin, Armand, Poisson, Montmény, Sarrazin, Grandval, Dangeville jeune, Fierville; Mmes Quinault la cadette (la baronne de Croupillac), Dubreuil, Du Boccage, Dangeville jeune (Marthe), Gussin (Lise), Grandval. ¾ Recette: 644 livres. — Dans sa nouveauté, l’Enfant prodigue eut vingt-deux représentation. (G.A.) 
 
 

L’ENFANT PRODIGUE

COMÉDIE

ACTE PREMIER.


SCÈNE I.

EUPHÉMON, RONDON.

RONDON.

Mon triste ami, mon cher et vieux voisin, 
Que de bon coeur j’oublierai ton chagrin! 
Que je rirai! Quel plaisir! Que ma fille 
Va ranimer ta dolente famille! 
Mais mons ton fils, le sieur de Fierenfat, 
Me semble avoir un procédé bien plat. 

EUPHÉMON.

Quoi donc? 

RONDON.

Tout fier de sa magistrature 
Il fait l’amour avec poids et mesure. 
Adolescent qui s’érige en barbon, 
Jeune écolier qui vous parle en Caton, 
Est, à mon sens, un animal bernable; 
Et j’aime mieux l’air fou que l’air capable: 
Il est trop fat. 

EUPHÉMON.

Et vous êtes aussi 
Un peu trop brusque. 

RONDON.

Ah! je suis fait ainsi. 
j’aime le vrai, je me plais à l’entendre; 
j’aime à le dire, à gourmander mon gendre, 
A bien mater cette fatuité, 
Et l’air pédant dont il est encrôuté. 
Vous avez fait, beau-père, en père sage, 
Quand son aîné, ce joueur, ce volage, 
Ce débauché, ce fou, partit d’ici, 
De donner tout à ce sot cadet-ci; 
De mettre en lui toute votre espérance, 
Et d’acheter pour lui la présidence 
De cette ville: oui, c’est un trait prudent. 
Mais dès qu’il fut monsieur le président 
Il fut, ma foi, gonflé d’impertinence: 
Sa gravité marche et parle en cadence, 
Il dit qu’il a bien plus d’esprit que moi, 
Qui, comme on sait, en ai bien plus que toi. 
Il est... 

EUPHÉMON.

Eh mais! quelle humeur vous emporte? 
Faut-il toujours... 

RONDON.

Va, va, laisse, qu’importe? 
Tous ces défauts, vois-tu, sont comme rien 
Lorsque d’ailleurs on amasse un gros bien. 
Il est avare; et tout avare est sage(11).
Oh! c’est un vice excellent en ménage, 
Un très bon vice. Allons, dès aujourd’hui 
Il est mon gendre, et ma Lise est à lui. 
Il reste donc, notre triste beau-père, 
A faire ici donation entière 
De tous vos biens, contrats, acquis, conquis, 
Présents, futurs, à monsieur votre fils, 
En réservant sur votre vieille tête 
D’un usufruit l’entretien fort honnête; 
Le tout en bref arrêté, cimenté, 
Pour que ce fils, bien cossu, bien doté, 
Joigne à nos biens une vaste opulence: 
Sans quoi soudain ma Lise à d’autres pense. 

EUPHÉMON.

Je l’ai promis, et j’y satisferai; 
Oui, Fierenfat aura le bien que j’ai. 
Je veux couler au sein de la retraite 
La triste fin de ma vie inquiète; 
Mais je voudrais qu’un fils si bien doté 
Eût pour mes biens un peu moins d’âpreté. 
J’ai vu d’un fils la débauche insensée, 
Je vois dans l’autre une âme intéressée. 

RONDON.

Tant mieux! tant mieux! 

EUPHÉMON.

Cher ami, je suis né 
Pour n’être rien qu’un père infortuné. 

RONDON.

Voilà-t-il pas de vos jérémiades, 
De vos regrets, de vos complaintes fades? 
Voulez-vous pas que ce maître étourdi, 
Ce bel aîné dans le vice enhardi, 
Venant gâter les douceurs que j’apprête, 
Dans cet hymen paraisse en trouble-fête? 

EUPHÉMON.

Non. 

RONDON.

Voulez-vous qu’il vienne sans façon 
Mettre en jurant le feu dans la maison? 

EUPHÉMON.

Non. 

RONDON.

Qu’il vous batte, et qu’il m’enlève Lise? 
Lise autrefois à cet aîné promise; 
Ma Lise qui... 

EUPHÉMON.

Que cet objet charmant 
Soit préservé d’un pareil garnement! 

RONDON.

Qu’il entre ici pour dépouiller son père? 
Pour succéder? 

EUPHÉMON.

Non.. tout est à son frère. 

RONDON.

Ah! sans cela point de Lise pour lui. 

EUPHÉMON.

Il aura Lise et mes biens aujourd’hui; 
Et son aîné n’aura, pour tout partage, 
Que le courroux d’un père qu’il outrage: 
Il le mérite, il fut dénaturé. 

RONDON.

Ah! vous l’aviez trop longtemps enduré. 
L’autre du moins agit avec prudence; 
Mais cet aîné! quel trait d’extravagance! 
Le libertin, mon Dieu, que c’était là! 
Te souvient-il, vieux beau-père, ah, ah, ah! 
Qu’il te vola (ce tour est bagatelle) 
Chevaux, habits, linge, meubles, vaisselle, 
Pour équiper la petite Jourdain, 
Qui le quitta le lendemain matin? 
J’en ai bien ri, je l’avoue. 

EUPHÉMON.

Ah! quels charmes 
Trouvez-vous donc à rappeler mes larmes? 

RONDON.

Et sur un as mettant vingt rouleaux d’or... 
Hé, hé! 

EUPHÉMON.

Cessez. 

RONDON.

Te souvient-il encor, 
Quand l’étourdi dut en lace d’église 
Se fiancer à ma petite Lise, 
Dans quel endroit on le trouva caché? 
Comment, pour qui?... Peste, quel débauché! 

EUPHÉMON.

Épargnez-moi ces indignes histoires, 
De sa conduite impressions trop noires; 
Ne suis-je pas assez infortuné? 
Je suis sorti des lieux où je suis né(12)
Pour m’épargner, pour ôter de ma vue 
Ce qui rappelle un malheur qui me tue: 
Votre commerce ici vous a conduit; 
Mon amitié, ma douleur vous y suit. 
Ménagez-les: vous prodiguez sans cesse 
La vérité; mais la vérité blesse. 

RONDON.

Je me tairai, soit: j’y consens, d’accord. 
Pardon; mais diable! aussi vous aviez tort, 
En connaissant le fougueux caractère 
De votre fils, d’en faire un mousquetaire. 

EUPHÉMON.

Encor! 

RONDON.

Pardon; mais vous deviez... 

EUPHÉMON.

Je dois 
Oublier tout pour notre nouveau choix, 
Pour mon cadet, et pour son mariage. 
Çà, pensez-vous que ce cadet si sage 
De votre fille ait pu toucher le coeur? 

RONDON.

Assurément. Ma fille a de l’honneur, 
Elle obéit à mon pouvoir suprême; 
Et quand je dis: « Allons, je veux qu’on aime, » 
Son coeur docile, et que j’ai su tourner, 
Tout aussitôt aime sans raisonner: 
A mon plaisir j’ai pétri sa jeune âme. 

EUPHÉMON.

Je doute un peu pourtant qu’elle s’enflamme 
Par vos leçons; et je me trompe fort 
Si de vos soins votre fille est d’accord. 
Pour mon aîné j’obtins le sacrifice 
Des voeux naissants de son âme novice: 
Je sais quels sont ces premiers traits d’amour: 
Le coeur est tendre; il saigne plus d’un jour. 

RONDON.

Vous radotez. 

EUPHÉMON.

Quoi que vous puissiez dire, 
Cet étourdi pouvait très bien séduire. 

RONDON.

Lui? point du tout; ce n’était qu’un vaurien. 
Pauvre bonhomme! allez, ne craignez rien; 
Car à ma fille, après ce beau ménage, 
J’ai défendu de l’aimer davantage. 
Ayez le coeur sur cela réjoui; 
Quand j’ai dit non, personne ne dit oui. 
Voyez plutôt. 

SCÈNE II.

EUPHÉMON, RONDON, LISE, MARTHE.

RONDON.

Approchez, venez, Lise; 
Ce jour pour vous est un grand jour de crise. 
Que je te donne un mari jeune ou vieux, 
Ou laid ou beau, triste ou gai, riche ou gueux, 
Ne sens-tu pas des désirs de lui plaire, 
Du goût pour lui, de l’amour? 

LISE.

Non, mon père. 

RONDON.

Comment, coquine? 

EUPHÉMON.

Ah! ah! notre féal, 
Votre pouvoir va, ce semble, un peu mal: 
Qu’est devenu ce despotique empire? 

RONDON.

Comment! après tout ce que j’ai pu dire, 
Tu n’aurais pas un peu de passion 
Pour ton futur époux? 

LISE.

Mon père, non. 

RONDON.

Ne sais-tu pas que le devoir t’oblige 
A lui donner tout ton coeur? 

LISE.

Non, vous dis-je. 
Je sais, mon père, à quoi ce noeud sacré 
Oblige un coeur de vertu pénétré; 
Je sais qu’il faut, aimable en sa sagesse, 
De son époux mériter la tendresse, 
Et réparer du moins par la bonté 
Ce que le sort nous refuse en beauté(var1); 
Être au dehors discrète, raisonnable; 
Dans sa maison, douce, égale, agréable: 
Quant à l’amour, c’est tout un autre point; 
Les sentiments ne se commandent point. 
N’ordonnez rien; l’amour fuit l’esclavage. 
De mon époux le reste est le partage; 
Mais pour mon coeur, il le doit mériter:
Ce coeur au moins, difficile à dompter, 
Ne peut aimer ni par ordre d’un père, 
Ni par raison, ni par devant notaire. 

EUPHÉMON.

C’est, à mon gré, raisonner sensément; 
J’approuve fort ce juste sentiment. 
C’est à mon fils à tâcher de se rendre 
Digne d’un coeur aussi noble que tendre. 

RONDON.

Vous tairez-vous, radoteur complaisant, 
Flatteur barbon, vrai corrupteur d’enfant? 
Jamais sans vous ma fille, bien apprise, 
N’eût devant moi lâché cette sottise. 
(A Lise.) 
Écoute, toi: je te baille un mari 
Tant soit peu fat, et par trop renchéri(13);
Mais c’est à moi de corriger mon gendre: 
Toi, tel qu’il est, c’est à toi de le prendre, 
De vous aimer, si vous pouvez, tous deux, 
Et d’obéir à tout ce que je veux: 
C’est là ton lot; et toi, notre beau-père, 
Allons signer chez notre gros notaire, 
Qui vous allonge en cent mots superflus 
Ce qu’on dirait en quatre tout au plus. 
Allons hâter son bavard griffonnage; 
Lavons la tête à ce large visage; 
Puis je reviens; après cet entretien, 
Gronder ton fils, ma fille, et toi. 

EUPHÉMON.

Fort bien. 

SCÈNE III.

LISE, MARTHE.

MARTHE.

Mon Dieu, qu’il joint à tous ses airs grotesques 
Des sentiments et des travers burlesques! 

LISE.

Je suis sa fille; et de plus son humeur 
N’altère point la bonté de son coeur; 
Et sous les plis d’un front atrabilaire, 
Sous cet air brusque il a l’âme d’un père: 
Quelquefois même, au milieu de ses cris, 
Tout en grondant, il cède à mes avis. 
Il est bien vrai qu’en blâmant la personne 
Et les défauts du mari qu’il me donne, 
En me montrant d’une telle union 
Tous les dangers, il a grande raison; 
Mais lorsqu’ensuite il ordonne que j’aime, 
Dieu! que je sens que son tort est extrême! 

MARTHE.

Comment aimer un monsieur Fierenfat? 
J’épouserais plutôt un vieux soldat 
Qui jure, boit, bat sa femme, et qui l’aime, 
Qu’un fat en robe, enivré de lui-même, 
Qui, d’un ton grave et d’un air de pédant, 
Semble juger sa femme en lui parlant; 
Qui comme un paon dans lui-même se mire, 
Sous son rabat se rengorge et s’admire, 
Et, plus avare encor que suffisant, 
Vous fait l’amour en comptant son argent. 

LISE.

Ah! ton pinceau l’a peint d’après nature. 
Mais qu’y ferai-je? il faut bien que j’endure 
L’état forcé de cet hymen prochain. 
On ne fait pas comme on veut son destin: 
Et mes parents, ma fortune, mon âge, 
Tout de l’hymen me prescrit l’esclavage. 
Ce Fierenfat est, malgré mes dégoûts, 
Le seul qui puisse être ici mon époux; 
Il est le fils de l’ami de mon père; 
C’est un parti devenu nécessaire. 
Hélas! quel coeur, libre dans ses soupirs, 
Peut se donner au gré de ses désirs? 
Il faut céder le temps, la patience, 
Sur mon époux vaincront ma répugnance; 
Et je pourrai, soumise à mes liens, 
A ses défauts me prêter comme aux miens. 

MARTHE.

C’est bien parler, belle et discrète Lise: 
Mais votre coeur tant soit peu se déguise. 
Si j’osais... mais vous m’avez ordonné 
De ne parler jamais de cet aîné. 

LISE.

Quoi? 

MARTHE.

D’Euphémon, qui, malgré tous ses vices, 
De votre coeur eut les tendres prémices; 
Qui vous aimait. 

LISE.

Il ne m’aima jamais. 
Ne parlons plus de ce nom que je hais. 

MARTHE, en s’en allant.

N’en parlons plus. 

LISE, la retenant.

Il est vrai, sa jeunesse
Pour quelque temps a surpris ma tendresse. 
Était-il fait pour un coeur vertueux? 

MARTHE, en s’en allant.

C’était un fou, ma foi, très dangereux. 

LISE, la retenant.

De corrupteurs sa jeunesse entourée, 
Dans les excès se plongeait égarée: 
Le malheureux! il cherchait tour à tour 
Tous les plaisirs; il ignorait l’amour. 

MARTHE.

Mais autrefois vous m’avez paru croire 
Qu’à vous aimer il avait mis sa gloire, 
Que dans vos fers il était engagé. 

LISE.

S’il eût aimé, je l’aurais corrigé. 
Un amour vrai, sans feinte et sans caprice, 
Est en effet le plus grand frein du vice. 
Dans ses liens qui sait se retenir 
Est honnête homme, ou va le devenir. 
Mais Euphémon dédaigna sa maîtresse; 
Pour la débauche il quitta la tendresse. 
Ses faux amis, indigents scélérats, 
Qui dans le piège avaient conduit ses pas, 
Ayant mangé tout le bien de sa mère, 
Ont sous son nom volé son triste père; 
Pour comble enfin, ces séducteurs cruels 
L’ont entraîné loin des bras paternels, 
Loin de mes yeux, qui, noyés dans les larmes, 
Pleuraient encor ses vices et ses charmes. 
Je ne prends plus nul intérêt à lui. 

MARTHE.

Son frère enfin lui succède aujourd’hui: 
Il aura Lise; et certes c’est dommage; 
Car l’autre avait un bien joli visage, 
De blonds cheveux, la jambe faite au tour, 
Dansait, chantait, était né pour l’amour. 

LISE.

Ah! que dis-tu? 

MARTHE.

Même dans ces mélanges 
D’égarements, de sottises étranges, 
On découvrait aisément dans son coeur, 
Sous ces défauts, un certain fonds d’honneur. 

LISE.

Il était né pour le bien, je l’avoue. 

MARTHE.

Ne croyez pas que ma bouche le loue; 
Mais il n’était, me semble, point flatteur, 
Point médisant, point escroc, point menteur. 

LISE.

Oui; mais... 

MARTHE.

Fuyons; car c’est monsieur son frère. 

LISE.

Il faut rester; c’est un mal nécessaire. 

SCÈNE Iv.

LISE, MARTHE, 
LE PRÉSIDENT FIERENFAT.

FIERENFAT.

Je l’avouerai, cette donation 
Doit augmenter la satisfaction 
Que vous avez d’un si beau mariage. 
Surcroît de biens est l’âme d’un ménage: 
Fortune, honneurs, et dignités, je croi, 
Abondamment se trouvent avec moi; 
Et vous aurez dans Cognac, à la ronde, 
L’honneur du pas sur les gens du beau monde. 
C’est un plaisir bien flatteur que cela: 
Vous entendrez murmurer: « La voilà! » 
En vérité, quand j’examine au large 
Mon rang, mon bien, tous les droits de ma charge, 
Les agréments que dans le monde j’ai, 
Les droits d’aînesse où je suis subrogé, 
Je vous en fais mon compliment, madame. 

MARTHE.

Moi, je la plains: c’est une chose infâme 
Que vous mêliez dans tous vos entretiens 
Vos qualités, votre rang, et vos biens. 
Être à la fois et Midas et Narcisse, 
Enflé d’orgueil et pincé d’avarice; 
Lorgner sans cesse avec un oeil content 
Et sa personne et son argent comptant; 
Être en rabat un petit-maître avare, 
C’est un excès de ridicule rare: 
Un jeune fat passe encor; mais, ma foi, 
Un jeune avare est un monstre pour moi. 

FIERENFAT.

Ce n’est pas vous probablement, ma mie, 
A qui mon père aujourd’hui me marie; 
C’est à madame: ainsi donc, s’il vous plaît, 
Prenez à nous un peu moins d’intérêt. 
(A Lise.) 
Le silence est votre fait... Vous, madame, 
Qui dans une heure ou deux serez ma femme, 
Avant la nuit vous aurez la bonté 
De me chasser ce gendarme effronté, 
Qui, sous le nom d’une fille suivante, 
Donne carrière à sa langue impudente. 
Je ne suis pas un président pour rien; 
Et nous pourrions l’enfermer pour son bien. 

MARTHE, à Lise.

Défendez-moi, parlez-lui, parlez ferme: 
Je suis à vous, empêchez qu’on m’enferme; 
Il pourrait bien vous enfermer aussi. 

LISE.

J’augure mal déjà de tout ceci. 

MARTHE.

Parlez-lui donc, laissez ces vains murmures. 

LISE.

Que puis-je, hélas! lui dire? 

MARTHE.

Des injures. 

LISE.

Non, des raisons valent mieux. 

MARTHE.

Croyez-moi, 
Point de raisons, c’est le plus sûr. 

SCÈNE v.

LES PRÉCÉDENTS, RONDON.

RONDON.

Ma foi! 
Il nous arrive une plaisante affaire. 

FIERENFAT.

Eh quoi, monsieur? 

RONDON.

Écoute. A ton vieux père 
J’allais porter notre papier timbré, 
Quand nous l’avons ici près rencontré, 
Entretenant au pied de cette roche 
Un voyageur qui descendait du coche. 

LISE.

Un voyageur jeune?... 

RONDON.

Nenni vraiment, 
Un béquillard, un vieux ridé sans dent. 
Nos deux barbons, d’abord avec franchise 
L’un contre l’autre ont mis leur barbe grise; 
Leurs dos voûtés s’élevaient, s’abaissaient 
Aux longs élans des soupirs qu’ils poussaient; 
Et sur leur nez leur prunelle éraillée 
Versait les pleurs dont elle était mouillée: 
Puis Euphémon, d’un air tout rechigné, 
Dans son logis soudain s’est rencogné: 
Il dit qu’il sent une douleur insigne, 
Qu’il faut au moins qu’il pleure avant qu’il signe, 
Et qu’à personne il ne prétend parler. 

FIERENFAT.

Ah! je prétends, moi, l’aller consoler. 
Vous savez tous comme je le gouverne; 
Et d’assez près la chose nous concerne: 
Je le connais; et dès qu’il me verra 
Contrat en main, d’abord il signera. 
Le temps est cher, mon nouveau droit d’aînesse 
Est un objet. 

LISE.

Non, monsieur, rien ne presse. 

RONDON.

Si fait, tout presse; et c’est ta faute aussi 
Que tout cela. 

LISE.

Comment? moi! ma faute? 

RONDON.

Oui. 
Les contre-temps qui troublent les familles 
Viennent toujours par la faute des filles. 

LISE.

Qu’ai-je donc fait qui vous fâche si fort? 

RONDON.

Vous avez fait que vous avez tous tort. 
Je veux un peu voir nos deux trouble-fêtes 
A la raison ranger leurs lourdes têtes; 
Et je prétends vous marier tantôt, 
Malgré leurs dents, malgré vous, s’il le faut. 

FIN DU PREMIER ACTE.
 

ACTE DEUXIÈME.

SCÈNE I.

LISE, MARTHE.

MARTHE.

Vous frémissez en voyant de plus près 
Tout ce fracas, ces noces, ces apprêts. 

LISE.

Ah! plus mon coeur s’étudie et s’essaie, 
Plus de ce joug la pesanteur m’effraie: 
A mon avis, l’hymen et ses liens 
Sont les plus grands ou des maux ou des biens. 
Point de milieu; l’état du mariage 
Est des humains le plus cher avantage 
Quand le rapport des esprits et des coeurs, 
Des sentiments, des goûts, et des humeurs, 
Serre ces noeuds tissus par la nature, 
Que l’amour forme et que l’honneur épure. 
Dieux! quel plaisir d’aimer publiquement, 
Et de porter le nom de son amant! 
Votre maison, vos gens, votre livrée, 
Tout vous retrace une image adorée; 
Et vos enfants, ces gages précieux, 
Nés de l’amour, en sont de nouveaux noeuds. 
Un tel hymen, une union si chère, 
Si l’on en voit, c’est le ciel sur la terre. 
Mais tristement vendre par un contrat 
Sa liberté, son nom, et son état, 
Aux volontés d’un maître despotique, 
Dont on devient le premier domestique; 
Se quereller ou s’éviter le jour; 
Sans joie à table, et la nuit sans amour; 
Trembler toujours d’avoir une faiblesse, 
Y succomber, ou combattre sans cesse; 
Tromper son maître, ou vivre sans espoir 
Dans les langueurs d’un importun devoir; 
Gémir, sécher dans sa douleur profonde; 
Un tel hymen est l’enfer de ce monde. 

MARTHE.

En vérité, les filles, comme on dit, 
Ont un démon qui leur forme l’esprit: 
Que de lumière en une âme si neuve! 
La plus experte et la plus fine veuve, 
Qui sagement se console à Paris 
D’avoir porté le deuil de trois maris, 
N’en eût pas dit sur ce point davantage. 
Mais vos dégoûts sur ce beau mariage 
Auraient besoin d’un éclaircissement. 
L’hymen déplaît avec le président; 
Vous plairait-il avec monsieur son frère? 
Débrouillez-moi, de grâce, ce mystère: 
L’aîné fait-il bien du tort au cadet? 
Haïssez-vous? aimez-vous? parlez net. 

LISE.

Je n’en sais rien; je ne puis et je n’ose 
De mes dégoûts bien démêler la cause. 
Comment chercher la triste vérité 
Au fond d’un coeur, hélas! trop agité? 
Il faut au moins, pour se mirer dans l’onde, 
Laisser calmer la tempête qui gronde, 
Et que l’orage et les vents en repos 
Ne rident plus la surface des eaux. 

MARTHE.

Comparaison n’est pas raison, madame: 
On lit très bien dans le fond de son âme, 
On y voit clair et si les passions 
Portent en nous tant d’agitations, 
Fille de bien sait toujours dans sa tête 
D’où vient le vent qui cause la tempête. 
On sait... 

LISE.

Et moi, je ne veux rien savoir: 
Mon oeil se ferme, et je ne veux rien voir: 
Je ne veux point chercher si j’aime encore 
Un malheureux qu’il faut bien que j’abhorre; 
Je ne veux point accroître mes dégoûts 
Du vain regret d’un plus aimable époux. 
Que loin de moi cet Euphémon, ce traître, 
Vive content, soit heureux, s’il peut l’être; 
Qu’il ne soit pas au moins déshérité: 
Je n’aurai pas l’affreuse dureté, 
Dans ce contrat où je me détermine, 
D’être sa soeur pour hâter sa ruine. 
Voilà mon coeur; c’est trop le pénétrer: 
Aller plus loin serait le déchirer. 

SCÈNE II.

LISE, MARTHE, UN LAQUAIS.

LE LAQUAIS.

Là-bas, madame, il est une baronne 
De Croupillac... 

LISE.

Sa visite m’étonne. 

LE LAQUAIS.

Qui d’Angoulême arrive justement, 
Et veut ici vous faire compliment. 

LISE.

Hélas! sur quoi? 

MARTHE.

Sur votre hymen, sans doute. 

LISE.

Ah! c’est encor tout ce que je redoute. 
Suis-je en état d’entendre ces propos, 
Ces compliments, protocole des sots, 
Où l’on se gêne, où le bon sens expire 
Dans le travail de parler sans rien dire? 
Que ce fardeau me pèse et me déplaît! 

SCÈNE III.

LISE, MADAME CROUPILLAC, MARTHE.

MARTHE.

Voilà la dame. 

LISE.

Oh! je vois trop qui c’est. 

MARTHE.

On dit qu’elle est assez grande épouseuse, 
Un peu plaideuse, et beaucoup radoteuse. 

LISE.

Des sièges donc. Madame, pardon si... 

MADAME CROUPILLAC.

Ah! madame! 

LISE.

Eh! madame! 

MADAME CROUPILLAC.

Il faut aussi... 

LISE.

S’asseoir, madame. 

MADAME CROUPILLAC, assise.

En vérité, madame, 
Je suis confuse; et dans le fond de l’âme 
Je voudrais bien... 

LISE.

Madame? 

MADAME CROUPILLAC.

Je voudrais 
Vous enlaidir, vous ôter vos attraits. 
Je pleure, hélas! vous voyant si jolie. 

LISE.

Consolez-vous, madame. 

MADAME CROUPILLAC.

Oh non, ma mie. 
Je ne saurais; je vois que vous aurez 
Tous les maris que vous demanderez. 
J’en avais un, du moins en espérance 
(Un seul, hélas! c’est bien peu, quand j’y pense), 
Et j’avais eu grand’peine à le trouver; 
Vous me l’ôtez, vous allez m’en priver. 
Il est un temps (ah! que ce temps vient vite!) 
Où j’en perd tout quand un amant nous quitte, 
Où l’on est seule; et certe il n’est pas bien 
D’enlever tout à qui n’a presque rien. 

LISE.

Excusez-moi si je suis interdite 
De vos discours et de votre visite. 
Quel accident afflige vos esprits? 
Qui perdez-vous? et qui vous ai-je pris? 

MADAME CROUPILLAC.

Ma chère enfant, il est force bégueules 
Au teint ridé, qui pensent qu’elles seules, 
Avec du fard et quelques fausses dents, 
Fixent l’amour, les plaisirs, et le temps: 
Pour mon malheur, hélas! je suis plus sage; 
Je vois trop bien que tout passe, et j’enrage. 

LISE.

J’en suis fâchée, et tout est ainsi fait 
Mais je ne puis vous rajeunir. 

MADAME CROUPILLAC.

Si fait; 
J’espère encore; et ce serait peut-être 
Me rajeunir que me rendre mon traître. 

LISE.

Mais de quel traître ici me parlez-vous? 

MADAME CROUPILLAC.

D’un président, d’un ingrat, d’un époux, 
Que je poursuis, pour qui je perds haleine, 
Et sûrement qui n’en vaut pas la peine. 

LISE.

Eh bien, madame? 

MADAME CROUPILLAC.

Eh bien! dans mon printemps 
Je ne parlais jamais aux présidents; 
Je haïssais leur personne et leur style; 
Mais avec l’âge on est moins difficile. 

LISE.

Enfin, madame? 

MADAME CROUPILLAC.

Enfin il faut savoir 
Que vous m’avez réduite au désespoir. 

LISE.

Comment? en quoi? 

MADAME CROUPILLAC.

J’étais dans Angoulême, 
Veuve, et pouvant disposer de moi-même: 
Dans Angoulême, en ce temps, Fierenfat 
Étudiait, apprenti magistrat; 
Il me lorgnait; il se mit dans la tête 
Pour ma personne un amour malhonnête, 
Bien malhonnête, hélas! bien outrageant; 
Car il faisait l’amour à mon argent. 
Je fis écrire au bonhomme de père: 
On s’entremit, on poussa loin l’affaire; 
Car en mon nom souvent on lui parla: 
Il répondit qu’il verrait tout cela; 
Vous voyez bien que la chose était sûre. 

LISE.

Oh, oui. 

MADAME CROUPILLAC.

Pour moi, j’étais prête à conclure. 
De Fierenfat alors le frère aîné 
A votre lit fut, dit-on, destiné. 

LISE.

Quel souvenir! 

MADAME CROUPILLAC.

C’était un fou, ma chère, 
Qui jouissait de l’honneur de vous plaire. 

LISE.

Ah! 

MADAME CROUPILLAC.

Ce fou-là s’étant fort dérangé, 
Et de son père ayant pris son congé, 
Errant, proscrit, peut-être mort, que sais-je? 
(Vous vous troublez!) mon héros de collège, 
Mon président, sachant que votre bien 
Est, tout compté, plus ample que le mien, 
Méprise enfin ma fortune et mes larmes: 
De votre dot il convoite les charmes; 
Entre vos bras il est ce soir admis. 
Mais pensez-vous qu’il vous soit bien permis 
D’aller ainsi, courant de frère en frère, 
Vous emparer d’une famille entière? 
Pour moi déjà, par protestation, 
J’arrête ici la célébration; 
J’y mangerai mon château, mon douaire; 
Et le procès sera fait de manière 
Que vous, son père, et les enfants que j’ai, 
Nous serons morts avant qu’il soit jugé. 

LISE.

En vérité je suis toute honteuse 
Que mon hymen vous rende malheureuse; 
Je suis peu digne, hélas! de ce courroux. 
Sans être heureux on fait donc des jaloux! 
Cessez, madame, avec un oeil d’envie 
De regarder mon état et ma vie; 
On nous pourrait aisément accorder: 
Pour un mari je ne veux point plaider. 

MADAME CROUPILLAC.

Quoi! point plaider? 

LISE.

Non: je vous l’abandonne. 

MADAME CROUPILLAC.

Vous êtes donc sans goût pour sa personne? 
Vous n’aimez point? 

LISE.

Je trouve peu d’attraits 
Dans l’hyménée, et nul dans les procès. 

SCÈNE IV.

MADAME CROUPILLAC, LISE, RONDON.

RONDON.

Oh! oh! ma fille, on nous fait des affaires 
Qui font dresser les cheveux aux beaux-pères! 
On m’a parlé de protestation. 
Eh! vertubleu! qu’on en parle à Rondon: 
Je chasserai bien loin ces créatures. 

MADAME CROUPILLAC.

Faut-il encore essuyer des injures? 
Monsieur Rondon, de grâce, écoutez-moi. 

RONDON.

Que vous plaît-il? 

MADAME CROUPILLAC.

Votre gendre est sans foi; 
C’est un fripon d’espèce toute neuve, 
Galant avare, écornifleur de veuve; 
C’est de l’argent qu’il aime. 

RONDON.

Il a raison. 

MADAME CROUPILLAC.

Il m’a cent fois promis dans ma maison 
Un pur amour, d’éternelles tendresses. 

RONDON.

Est-ce qu’on tient de semblables promesses? 

MADAME CROUPILLAC.

Il m’a quittée, hélas! si durement... 

RONDON.

J’en aurais fait de bon coeur tout autant. 

MADAME CROUPILLAC.

Je vais parler comme il faut à son père. 

RONDON.

Ah! parlez-lui plutôt qu’à moi. 

MADAME CROUPILLAC.

L’affaire 
Est effroyable, et le beau sexe entier 
En ma faveur ira partout crier. 

RONDON.

Il criera moins que vous. 

MADAME CROUPILLAC.

Ah! vos personnes 
Sauront un peu ce qu’on doit aux baronnes. 

RONDON.

On doit en rire. 

MADAME CROUPILLAC.

Il me faut un époux; 
Et je prendrai lui, son vieux père, ou vous. 

RONDON.

Qui, moi? 

MADAME CROUPILLAC.

Vous-même. 

RONDON.

Oh! je vous en défie. 

MADAME CROUPILLAC.

Nous plaiderons. 

RONDON.

Mais voyez la folie! 

SCÈNE V.

RONDON, FIERENFAT, LISE.

RONDON, à Lise.

Je voudrais bien savoir aussi pourquoi 
Vous recevez ces visites chez moi? 
Vous m’attirez toujours des algarades. 
(A Fierenfat.) 
Et vous, monsieur, le roi des pédants fades, 
Quel sot démon vous force à courtiser 
Une baronne afin de l’abuser? 
C’est bien à vous, avec ce plat visage, 
De vous donner des airs d’être volage! 
Il vous sied bien, grave et triste indolent, 
De vous mêler du métier de galant! 
C’était le fait de votre fou de frère; 
Mais vous, mais vous! 

FIERENFAT.

Détrompez-vous, beau-père, 
Je n’ai jamais requis cette union: 
Je ne promis que sous condition, 
Me réservant toujours an fond de l’âme 
Le droit de prendre une plus riche femme. 
De mon aîné l’exhérédation, 
Et tous ses biens en ma possession, 
A votre fille enfin m’ont fait prétendre: 
Argent comptant fait et beau-père et gendre. 

RONDON.

Il a raison, ma foi! j’en suis d’accord. 

LISE.

Avoir ainsi raison, c’est un grand tort. 

RONDON..

L’argent fait tout: va, c’est chose très sure. 
Hâtons-nous donc sur ce pied de conclure. 
D’écus tournois soixante pesants sacs 
Finiront tout, malgré les Croupillacs. 
Qu’Euphémon tarde, et qu’il me désespère! 
Signons toujours avant lui. 

LISE.

Non, mon père; 
Je fais aussi mes protestations, 
Et je me donne à des conditions. 

RONDON.

Conditions, toi? quelle impertinence! 
Tu dis, tu dis?... 

LISE.

Je dis ce que je pense. 
Peut-on goûter le bonheur odieux 
De se nourrir des pleurs d’un malheureux? 
(A Fierenfat.) 
Et vous, monsieur, dans votre sort prospère, 
Oubliez-vous que vous avez un frère? 

FIERENFAT.

Mon frère? moi, je ne l’ai jamais vu; 
Et du logis il était disparu 
Lorsque j’étais encor dans notre école, 
Le nez collé sur Cujas et Barthole. 
J’ai su depuis ses beaux déportements; 
Et si jamais il reparaît céans, 
Consolez-vous, nous savons les affaires, 
Nous l’enverrons en douceur aux galères. 

LISE.

C’est un projet fraternel et chrétien. 
En attendant, vous confisquez son bien: 
C’est votre avis; mais moi, je vous déclare 
Que je déteste un tel projet. 

RONDON.

Tarare. 
Va, mon enfant, le contrat est dressé; 
Sur tout cela le notaire a passé. 

FIERENFAT.

Nos pères l’ont ordonné de la sorte; 
En droit écrit leur volonté l’emporte. 
Lisez Cujas, chapitres cinq, six, sept: 
« Tout libertin de débauches infect, 
Qui, renonçant à l’aile paternelle, 
Fuit la maison, ou bien qui pille icelle, 
Ipso facto, de tout dépossédé, 
Comme un bâtard il est exhérédé. » 

LISE.

Je ne connais le droit ni la coutume; 
Je n’ai point lu Cujas, mais je présume 
Que ce sont tous de malhonnêtes gens, 
Vrais ennemis du coeur et du bon sens, 
Si dans leur code ils ordonnent qu’un frère 
Laisse périr son frère de misère; 
Et la nature et l’honneur ont leurs droits, 
Qui valent mieux que Cujas et vos lois. 

RONDON.

Ah! laissez là vos lois et votre code, 
Et votre honneur, et faites à ma mode; 
De cet aîné que t’embarrasses-tu? 
Il faut du bien. 

LISE.

Il faut de la vertu. 
Qu’il soit puni, mais au moins qu’on lui laisse 
Un peu de bien, reste d’un droit d’aînesse. 
Je vous le dis, ma main ni mes faveurs 
Ne seront point le prix de ses malheurs. 
Corrigez donc l’article que j’abhorre 
Dans ce contrat, qui tous nous déshonore: 
Si l’intérêt ainsi l’a pu dresser, 
C’est un opprobre: il le faut effacer. 

FIERENFAT.

Ah! qu’une femme entend mal les affaires! 

RONDON.

Quoi! tu voudrais corriger deux notaires? 
Faire changer un contrat? 

LISE.

Pourquoi non? 

RONDON.

Tu ne feras jamais bonne maison; 
Tu perdras tout. 

LISE.

Je n’ai pas grand usage, 
Jusqu’à présent, du monde et du ménage; 
Mais l’intérêt (mon coeur vous le maintient) 
Perd des maisons autant qu’il en soutient. 
Si j’en fais une, au moins cet édifice 
Sera d’abord fondé sur la justice. 

RONDON.

Elle est têtue, et, pour la contenter, 
Allons, mon gendre, il faut s’exécuter: 
Çà, donne un peu. 

FIERENFAT.

Oui, je donne à mon frère... 
Je donne... allons... 

RONDON.

Ne lui donne donc guère. 

SCÈNE VI.

EUPHÉMON, RONDON, LISE, FIERENFAT.

RONDON.

Ah! le voici, le bonhomme Euphémon. 
Viens, viens, j’ai mis ma fille à la raison.
On n’attend plus rien que ta signature; 
Presse-moi donc cette tardive allure: 
Dégourdis-toi, prends un ton réjoui, 
Un air de noce, un front épanoui; 
Car dans neuf mois je veux, ne te déplaise, 
Que deux enfants... Je ne me sens pas d’aise. 
Allons, ris donc, chassons tous les ennuis; 
Signons, signons. 

EUPHÉMON.

Non, monsieur, je ne puis. 

FIERENFAT.

Vous ne pouvez? 

RONDON.

En voici bien d’une autre. 

FIERENFAT.

Quelle raison? 

RONDON.

Quelle rage est la vôtre? 
Quoi! tout le monde est-il devenu fou? 
Chacun dit non: comment? pourquoi? par où? 

EUPHÉMON.

Ah! ce serait outrager la nature 
Que de signer dans cette conjoncture. 

RONDON.

Serait-ce point la dame Croupillac 
Qui sourdement fait ce maudit micmac? 

EUPHÉMON.

Non, cette femme est folle, et dans sa tête 
Elle veut rompre un hymen que j’apprête: 
Mais ce n’est pas de ses cris impuissants 
Que sont venus les ennuis que je sens. 

RONDON.

Eh bien! quoi donc? ce béquillard du coche 
Dérange tout, et notre affaire accroche? 

EUPHÉMON.

Ce qu’il a dit doit retarder du moins 
L’heureux hymen, objet de tant de soins. 

LISE

Qu’a-t-il donc dit, monsieur? 

FIERENFAT

Quelle nouvelle 
A-t-il apprise(14)?

EUPHÉMON.

Une, hélas! trop cruelle. 
Devers Bordeaux cet homme a vu mon fils, 
Dans les prisons, sans secours, sans habits, 
Mourant de faim; la honte et la tristesse 
Vers le tombeau conduisaient sa jeunesse; 
La maladie et l’excès du malheur 
De son printemps avaient séché la fleur; 
Et dans son sang la fièvre enracinée 
Précipitait sa dernière journée. 
Quand il le vit, il était expirant: 
Sans doute, hélas! il est mort à présent. 

RONDON.

Voilà, ma foi, sa pension payée. 

LISE.

Il serait mort! 

RONDON.

N’en sois point effrayée; 
Va, que t’importe? 

FIERENFAT.

Ah! monsieur, la pâleur 
De son visage efface la couleur. 

RONDON.

Elle est, ma foi, sensible: ah! la friponne! 
Puisqu’il est mort, allons, je te pardonne. 

FIERENFAT.

Mais après tout, mon père, voulez-vous...? 

EUPHÉMON.

Ne craignez rien, vous serez son époux: 
C’est mon bonheur. Mais il serait atroce 
Qu’un jour de deuil devînt un jour de noce. 
Puis-je, mon fils, mêler à ce festin 
Le contre-temps de mon juste chagrin, 
Et sur vos fronts parés de fleurs nouvelles 
Laisser couler mes larmes paternelles? 
Donnez, mon fils, ce jour à nos soupirs, 
Et différez l’heure de vos plaisirs
Par une joie indiscrète, insensée, 
L’honnêteté serait trop offensée. 

LISE.

Ah! oui, monsieur, j’approuve vos douleurs; 
Il m’est plus doux de partager vos pleurs 
Que de former les noeuds du mariage. 

FIERENFAT.

Eh! mais, mon père... 

RONDON.

Eh! vous n’êtes pas sage. 
Quoi! différer un hymen projeté, 
Pour un ingrat cent fois déshérité, 
Maudit de vous, de sa famille entière! 

EUPHÉMON.

Dans ces moments un père est toujours père: 
Ses attentats et toutes ses erreurs 
Furent toujours le sujet de mes pleurs; 
Et ce qui pèse à mon âme attendrie, 
C’est qu’il est mort sans réparer sa vie. 

RONDON.

Réparons-la; donnons-nous aujourd’hui 
Des petits-fils qui vaillent mieux que lui: 
Signons, dansons, allons. Que de faiblesse! 

EUPHÉMON.

Mais... 

RONDON.

Mais, morbleu! ce procédé me blesse: 
De regretter même le plus grand bien, 
C’est fort mal fait: douleur n’est bonne à rien; 
Mais regretter le fardeau qu’on vous ôte, 
C’est une énorme et ridicule faute. 
Ce fils aîné, ce fils, votre fléau, 
Vous mit trois fois sur le bord du tombeau.
Pauvre cher homme! allez, sa frénésie 
Eût tôt ou tard abrégé votre vie. 
Soyez tranquille, et suivez mes avis; 
C’est un grand gain que de perdre un tel fils. 

EUPHÉMON.

Oui, mais ce gain coûte plus qu’on ne pense; 
Je pleure, hélas! sa mort et sa naissance. 

RONDON, à Fierenfat.

Va, suis ton père, et sois expéditif; 
Prends ce contrat; le mort saisit le vif. 
Il n’est plus temps qu’avec moi l’on barguigne 
Prends-lui la main, qu’il parafe et qu’il signe. 
(A Lise.) 
Et toi, ma fille, attendons à ce soir: 
Tout ira bien. 

LISE.

Je suis au désespoir. 

FIN DU DEUXIÈME ACTE.

Troisième acte.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

NOTES.

Note_1 Bibliothèque française, tome XXIV, page 174. 

Note_2 Il est bon de se rappeler que Voltaire était alors en fuite, à cause de sa pièce de vers de Mondain.

Note_4 L’Enfant prodigue, joué en octobre 1736, fut imprimé à la fin de 1737, treize à quatorze mois après la représentation. (B.) 

Note_5 « …… ne s’est point encore déclaré. On l’a attribuée à l’auteur de la Henriade et d’Alzire: nous ne voyons pas trop sur quel fondement; le style de ces ouvrages est si différent de celui-ci qu’il ne permet guère d’y reconnaître la même main. On a prétendu qu’elle était d’un homme de la cour, déjà connu par des choses très ingénieuses qu’on a de lui. On l’a donnée à un homme d’une profession plus sérieuse. 
« Quel que soit l’auteur, nous présentons cette pièce au public comme, etc. » 
C’est dans une édition d’Amsterdam, Ledet et compagnie, 1739, in-12, qu’on changea ce passage, et qu’on le mit tel qu’il est aujourd’hui. 
La personne d’une profession plus sérieuse à qui Voltaire voulait faire attribuer la pièce est Gresset. 
Dans l’édition de 1742 des Oeuvres de Voltaire, l’Enfant prodigue fait partie du quatrième volume, de l’Avertissement duquel voici la fin: 
« La Préface qu’on trouve à la tête de la comédie de l’Enfant prodigue est certainement du même auteur. On voit qu’il ne voulait pas alors que cette pièce parût sous son nom. Je n’en puis deviner le motif, car cette pièce est toujours rejouée avec succès; il est vrai que plusieurs personnes, mais particulièrement l’abbé Desfontaines, ennemi personnel de l’auteur, se déchaînèrent contre elle dans sa nouveauté. Mais il n’y a point d’ouvrage qui n’ait eu un pareil sort. Cette pièce a une singularité, c’est d’être la seule qui ait été jusqu’à présent écrite en vers de cinq pieds. On ne la joue pas telle qu’elle est imprimée. Quelques personnes trouvèrent mauvais que l’on jouât un président, quoiqu’il y en ait vingt exemples, et que cela ne tire nullement à conséquence. Les comédiens furent obligés de substituer le mot de sénéchal, et de changer eux-mêmes plusieurs vers, l’auteur étant alors absent. De plus, il paraît qu’il y a des scènes transposées. Nous donnons cette édition d’après celle que l’auteur en donna la même année. » 
Le reste de cet Avertissement et son commencement étant relatifs à de simples dispositions pour les autres parties de ce quatrième volume, il eût été superflu, sinon ridicule, d’en reproduire ici davantage. (B.) 

Note_6 La première maréchale de Noailles. (K.) 

Note_7 Mme de Gondrin, depuis comtesse de Toulouse. (K.) 

Note_8 Le duc de La Vallière. (K.) 

Note_9 Horace, livre I, épître xix, vers 19. 

Note_10 Voltaire veut sans doute rappeler ce qu’il a dit plus haut, page 443, que le meilleur genre est celui qui est le mieux traité. (B.) 

Note_11 Dans une lettre à Mlle Quinault, du 26 ... 1730, Voltaire se plaint de ce qu’on avait dit à la représentation: 

Il est bien chiche, et tout avare est sage. (B)

Note_12 Euphémon dans cette même scène, a déjà dit: 
 

….. Je suis né, 
Pour n’être rien qu’un père infortuné.

Note_13 Il paraît que les comédiens avaient mis: 

Pédant, avare, et sot, et renchéri.

Voltaire s’en plaint dans sa lettre à Mlle Quinault, déjà citée. (B.) 

Note_14 Une édition de 1773, conforme à la représentation, est la seule qui porte apprise. Dans toutes les autres, soit antérieures, soit postérieures, il y a appris. (B.)