OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE THÉÂTRE
II
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ALZIRE OU LES AMÉRICAINS
TRAGÉDIE REPRÉSENTÉE
SUR LE THÉÂTRE-FRANÇAIS, LE 27 JANVIER 1736.
Variantes d'Alzire.
AVERTISSEMENT
DE MOLAND.
A la fin de décembre 1734, Mme du Châtelet
vint à Paris; elle apportait une nouvelle tragédie de Voltaire
à d’Argental, à qui l’auteur écrivait: « Si,
après l’avoir lue, vous la jugez capable de paraître devant
ce tribunal dangereux (le public), c’est une aventure périlleuse
que j’abandonne à votre discrétion et que j’ose recommander
à votre amitié. »
Il voulait garder et ne point garder l’incognito:
«
Vous pourriez faire présenter l’ouvrage à l’examen secrètement
et sans qu’on me soupçonnât. Je consens qu’on me devine à
la première représentation: je serais même fâché
que les connaisseurs s’y pussent méprendre; mais je ne veux pas
que les curieux sachent le secret avant le temps, et que les cabales, toujours
prêtes à accabler un pauvre homme, aient le temps de se former.
De plus, il y a des choses dans la pièce qui passeraient pour des
sentiments très religieux dans un autre, mais qui, chez moi, seraient
impies, grâce à la justice qu’on a coutume de me rendre. »
Déjà, l’année précédente,
il avait lu quelques scènes ébauchées de son nouvel
ouvrage au comédien Dufresne et à Crébillon fils.
Ils avaient été indiscrets. Un jeune poète gascon,
Lefranc de Pompignan, qui venait de débuter assez brillamment au
théâtre par une tragédie de Didon, avait entendu
parler du sujet d’Alzire, et, séduit par ce sujet, il s’était
mis à le traiter de son côté et à composer une
Zoraïde
qui,
pour le fonds, devait ressembler à Alzire.
Voltaire, ne voulant
pas que son oeuvre fût déflorée, écrivit au
mois de novembre 1735 une lettre aux comédiens français,
que l’on trouvera dans la Correspondance. Il demandait qu’Alzire
passât
la première. Il s’alarmait trop tôt.
Zoraïde
n’était
pas reçue définitivement; les comédiens n’entendaient
se prononcer qu’après une seconde lecture. L’auteur, très
présomptueux et très arrogant, se fâcha de cette condition
qu’on lui imposait. Il écrivit aux comédiens: « Je
suis fort surpris, messieurs, que vous exigiez une seconde lecture d’une
tragédie telle que Zoraïde.
Si vous ne vous connaissez
pas en mérite, je me connais en procédés, et je me
souviendrai assez longtemps des vôtres pour ne pas m’occuper d’un
théâtre où l’on distingue si peu les personnes et les
talents. »
Il ne fut plus question de Zoraïde, et Alzire
fut
représentée, le 27 janvier 1736, avec un très grand
succès. Dans sa nouveauté, cette tragédie eut vingt
représentations consécutives qui rapportèrent ensemble
53,630 livres. Elle fut jouée à la cour à deux reprises,
le 21 février et le 15 mars, et fut accueillie avec une égale
faveur. Le poète Linant célébra ce succès par
une ode, et Gresset adressa ce compliment poétique à l’auteur
d’Alzire:
Aux règles, m’a-t-on dit, la pièce
est peu fidèle.
Si mon esprit contre elle a des objections,
Mon coeur a des larmes pour elle:
Le coeur décide mieux que les réflexions. |
La critique fut favorable. Alzire a toujours été
placée au premier rang des chefs-d’oeuvre de Voltaire; Geoffroy
lui-même en reconnaissait quatre: Mérope, Zaïre, Mahomet,
Alzire. « Le brillant des situations, la beauté des vers,
la force et l’impétuosité des passions, disait-il de cette
dernière pièce entraînent les spectateurs et ne leur
laissent pas le temps de réfléchir. »
Laharpe est enthousiaste d’Alzire: « Zaïre
est
plus touchante, dit-il; Mahomet est plus profond; Mérope
est
plus parfaite dans son ensemble qu’Alzire ne l’est dans le sien;
mais il me paraît qu’Alzire est sa production la plus originale,
celle qui est de l’ordre le plus élevé. Et ce qui, sous ce
point de vue, la met au-dessus de toutes les autres, c’est que, grâce
au choix du sujet et à la manière dont l’auteur l’a embrassé,
les moeurs, les caractères, les passions, les discours des personnages,
sortent de la sphère commune et mêlent aux émotions
qu’elle fait naître une admiration continuelle. »
Les censeurs, d’autre part, ne manquèrent pas plus
que de coutume. La critique la plus spirituelle qui fut faite de la nouvelle
tragédie se trouve dans ces couplets qu’on chantait sur l’air du
menuet d’Exaudet:
Pour Montez
Alvarez
Est en peine:
Car son fils fier et brutal
Traite horriblement mal
La race américaine.
Vers pompeux,
Deux à deux,
Il débite;
D’ailleurs tout manque au sujet:
Clarté, vraisemblance et
Conduite.
Tendre Alzire, tu déplore
Ton triste hymen, quand Zamore
Sort d’un trou:
Mais par où?
On l’ignore.
Mis au cachot, il arma
Dans les bois mille Ma-
Tamores.
En amour,
C’est un tour
Trop précoce
Qu’aller, loin de son époux,
Courir le guilledoux
La nuit même des noces.
Mal en prend
A Gusman
Qui, pour preuve
De foi chrétienne en sa fin,
Lègue à son assassin sa veuve.
|
Une anecdote se rattache à Alzire. L’abbé
de Voisenon raconte que, se trouvant un jour chez Voltaire à une
lecture d’Alzire,
Louis Racine, qui était présent,
crut reconnaître au passage un de ses vers; il répétait
constamment entre ses dents: « Ce vers-là est à moi.
» Impatienté, l’abbé s’approcha de Voltaire et lui
dit à l’oreille: « Rendez-lui son vers, et qu’il s’en aille!
» Voisenon oublie de citer ce vers, que Louis Racine aurait revendiqué
avec tant d’insistance.
AVERTISSEMENT
DE BEUCHOT.
Voltaire parle d’Alzire dès 1734; voyez
sa lettre à Formont. Dans une lettre de novembre 1735, il dit que
Lefranc de Pompignan, ayant eu connaissance du sujet d’Alzire, composa
une Zoraïde
dont il fit lecture aux comédiens fiançais.
Voltaire demanda qu’Alzire
fût jouée avant Zoraïde.
Alzire fut jouée le 27 janvier 1736. Zoraïde ne
l’a pas été; mais Voltaire a souvent parlé du mauvais
procédé de Lefranc(1).
Une Épître à M. de Voltaire sur
sa nouvelle tragédie d’Alzire, in-8° de 7 pages, est datée
du 27 février 1736. Ce fut le 5 mars que les comédiens italiens
jouèrent les Sauvages, parodie de la tragédie d’Alzire,
par
Romagnesi et Riccoboni, qui eut deux éditions à Paris la
même année.
Une autre parodie intitulée Alzirette, par
Panard, Parmentier, Pontau et Marmontier, fut jouée, sans succès,
le 18 février 1736, sur le théâtre Pontau, situé
cul-de-sac des Quatre-Vents. Elle n’est point imprimée. M. de Soleinne
en possède un manuscrit.
Une autre parodie, intitulée la Fille obéissante,
fut
jouée sur le théâtre des Marionnettes. M. de Soleinne
possède un manuscrit qui en contient une analyse très succincte,
avec un seul couplet cité.
ÉPÎTRE
A MADAME LA MARQUISE DU CHÂTELET(2).
Madame,
Quel faible hommage pour vous qu’un de ces ouvrages de
poésie qui n’ont qu’un temps, qui doivent leur mérite à
la faveur passagère du publie et à l’illusion du théâtre,
pour tomber ensuite dans la foule et dans l’obscurité.
Qu’est-ce en effet qu’un roman mis en action et en vers,
devant celle qui lit les ouvrages de géométrie avec la même
facilité que les autres lisent les romans; devant celle qui n’a
trouvé dans Locke, ce sage précepteur du genre humain, que
ses propres sentiments et l’histoire de ses pensées; enfin, aux
yeux d’une personne qui, née pour les agréments, leur préfère
la vérité?
Mais, madame, le plus grand génie, et sûrement
le plus désirable, est celui qui ne donne l’exclusion à aucun
des beaux-arts. Ils sont tous la nourriture et le plaisir de l’âme:
y en a-t-il dont on doive se priver? Heureux l’esprit que la philosophie
ne peut dessécher, et que les charmes des belles-lettres ne peuvent
amollir; qui sait se fortifier avec Locke, s’éclairer avec Clarke
et Newton, s’élever dans la lecture de Cicéron et de Bossuet,
s’embellir par les charmes de Virgile et du Tasse!
Tel est votre génie, madame: il faut que je ne
craigne point de le dire, quoique vous craigniez de l’entendre. Il faut
que votre exemple encourage les personnes de votre sexe et de votre rang
à croire qu’on s’ennoblit encore en perfectionnant sa raison, et
que l’esprit donne des grâces.
Il a été un temps en France, et même
dans toute l’Europe, où les hommes pensaient déroger, et
les femmes sortir de leur état, en osant s’instruire. Les uns ne
se croyaient nés que pour la guerre ou pour l’oisiveté; et
les autres, que pour la coquetterie.
Le ridicule même que Molière et Despréaux
ont jeté sur les femmes savantes a semblé, dans un siècle
poli, justifier les préjugés de la barbarie. Mais Molière,
ce législateur dans la morale et dans les bienséances du
monde, n’a pas assurément prétendu, en attaquant les femmes
savantes, se moquer de la science et de l’esprit. Il n’en a joué
que l’abus et l’affectation, ainsi que, dans son Tartuffe, il a
diffamé l’hypocrisie et non pas la vertu.
Si, au lieu de faire une satire contre les femmes, l’exact,
le solide, le laborieux, l’élégant Despréaux avait
consulté les femmes de la cour les plus spirituelles, il eût
ajouté à l’art et au mérite de ses ouvrages, si bien
travaillés, des grâces et des fleurs qui leur eussent encore
donné un nouveau charme. En vain, dans sa satire des femmes, il
a voulu couvrir de ridicule une dame qui avait appris l’astronomie; il
eût mieux fait de l’apprendre lui-même.
L’esprit philosophique fait tant de progrès en
France depuis quarante ans, que si Boileau vivait encore, lui qui osait
se moquer d’une femme de condition parce qu’elle voyait en secret Roberval
et Sauveur, il serait obligé de respecter et d’imiter celles qui
profitent publiquement des lumières des Maupertuis, des Réaumur,
des Mairan, des Dufay et des Clairaut; de tous ces véritables savants,
qui n’ont pour objet qu’une science utile, et qui, en la rendant agréable,
la rendent insensiblement nécessaire à notre nation. Nous
sommes au temps, j’ose le dire, où il faut qu’un poète soit
philosophe, et où une femme peut l’être hardiment.
Dans le commencement du dernier siècle, les Français
apprirent à arranger des mots. Le siècle des choses est arrivé.
Telle qui lisait autrefois Montaigne, l’Astrée, et les Contes
de la reine de Navarre, était une savante. Les Deshoulières
et les Dacier, illustres dans différents genres, sont venues depuis.
Mais votre sexe a encore tiré plus de gloire de celles qui ont mérité
qu’on fit pour elles le livre des Mondes, et les Dialogues sur
la Lumière(3) qui vont paraître,
ouvrage peut-être comparable aux Mondes.
Il est vrai qu’une femme qui abandonnerait les devoirs
de son état pour cultiver les sciences serait condamnable, même
dans ses succès; mais, madame, le même esprit qui mène
à la connaissance de la vérité est celui qui porte
à remplir ses devoirs. La reine d’Angleterre(4),
l’épouse
de Georges II, qui a servi de médiatrice entre les deux plus grands
métaphysiciens de l’Europe, Clarke et Leibnitz, et qui pouvait les
juger, n’a pas négligé pour cela un moment les soins de reine,
de femme et de mère. Christine, qui abandonna le trône pour
les beaux-arts, fut au rang des grands rois tant qu’elle régna.
La petite-fille du grand Condé(5),
dans laquelle
on voit revivre l’esprit de son aïeul, n’a-t-elle pas ajouté
une nouvelle considération au sang dont elle est sortie?
Vous, madame, dont on peut citer le nom à côté
de celui de tous les princes, vous faites aux lettres le même honneur.
Vous en cultivez tous les genres. Elles font votre occupation dans l’âge
des plaisirs. Vous faites plus, vous cachez ce mérite étranger
au monde, avec autant de soin que vous l’avez acquis. Continuez, madame,
à chérir, à oser cultiver les sciences, quoique cette
lumière, longtemps renfermée dans vous-même, ait éclaté
malgré vous. Ceux qui ont répandu en secret des bienfaits
doivent-ils renoncer à cette vertu quand elle est devenue publique?
Eh! pourquoi rougir de son mérite! L’esprit orné
n’est qu’une beauté de plus. C’est un nouvel empire. On souhaite
aux arts la protection des souverains: celle de la beauté n’est-elle
pas au-dessus?
Permettez-moi de dire encore qu’une des raisons qui doivent
faire estimer les femmes qui font usage de leur esprit, c’est que le goût
seul les détermine. Elles ne cherchent en cela qu’un nouveau plaisir,
et c’est en quoi elles sont bien louables.
Pour nous autres hommes, c’est souvent par vanité,
quelquefois par intérêt, que nous consommons notre vie dans
la culture des arts. Nous en faisons les instruments de notre fortune:
c’est une espèce de profanation. Je suis fâché qu’Horace
dise de lui(6):
L’indigence est le dieu qui m’inspira des vers.
La rouille de l’envie, l’artifice des intrigues, le poison
de la calomnie, l’assassinat de la satire (si j’ose m’exprimer ainsi),
déshonorent, parmi les hommes, une profession qui par elle-même
a quelque chose de divin.
Pour moi, madame, qu’un penchant invincible a déterminé
aux arts dès mon enfance, je me suis dit de bonne heure ces paroles
que je vous ai souvent répétées, de Cicéron,
ce consul romain qui fut le père de la patrie, de la liberté,
et de l’éloquence(7): « Les lettres
forment la jeunesse, et font les charmes de l’âge avancé.
La prospérité en est plus brillante; l’adversité en
reçoit des consolations; et dans nos maisons, dans celles des autres,
dans les voyages, dans la solitude, en tout temps, en tous lieux, elles
font la douceur de notre vie. »
Je les ai toujours aimées pour elles-mêmes;
mais à présent, madame, je les cultive pour vous, pour mériter,
s’il est possible, de passer auprès de vous le reste de ma vie,
dans le sein de la retraite, de la paix, peut-être de la vérité,
à qui vous sacrifiez dans votre jeunesse les plaisirs faux, mais
enchanteurs, du monde; enfin pour être à portée de
dire un jour avec Lucrèce, ce poète philosophe dont les beautés
et les erreurs vous sont si connues:
Heureux qui, retiré dans le temple des sages(8),
Voit en paix sous ses pieds se former les orages;
Qui contemple de loin les mortels insensés,
De leur joug volontaire esclaves empressés,
Inquiets, incertains du chemin qu’il faut suivre,
Sans penser, sans jouir, ignorant l’art de vivre,
Dans l’agitation consumant leurs beaux jours,
Poursuivant la fortune, et rampant dans les cours!
O vanité de l’homme! ô faiblesse! ô
misère! |
Je n’ajouterai rien à cette longue épître,
touchant la tragédie que j’ai l’honneur de vous dédier. Comment
en parler, madame, après avoir parlé de vous? Tout ce que
je puis dire, c’est que je l’ai composée dans votre maison et sous
vos yeux. J’ai voulu la rendre moins indigne de vous, en y mettant de la
nouveauté, de la vérité, et de la vertu. J’ai essayé
de peindre(9) ce sentiment généreux,
cette humanité, cette grandeur d’âme qui fait le bien et qui
pardonne le mal; ces sentiments tant recommandés par les sages de
l’antiquité, et épurés dans notre religion; ces vraies
lois de la nature, toujours si mal suivies. Vous avez ôté
bien des défauts à cet ouvrage, vous connaissez ceux qui
le défigurent encore. Puisse le public, d’autant plus sévère
qu’il a d’abord été plus indulgent, me pardonner, comme vous,
mes fautes!
Puisse au moins cet hommage que je vous rends, madame,
périr moins vite que mes autres écrits! Il serait immortel,
s’il était digne de celle à qui je l’adresse.
Je suis, avec un profond respect, etc.
DISCOURS
PRÉLIMINAIRE(10)
On a tâché dans cette tragédie, toute
d’invention et d’une espèce assez neuve, de faire voir combien le
véritable esprit de religion l’emporte sur les vertus de la nature.
La religion d’un barbare consiste à offrir à
ses dieux le sang de ses ennemis. Un chrétien mal instruit n’est
souvent guère plus juste. Être fidèle à quelques
pratiques inutiles, et infidèle aux vrais devoirs de l’homme, faire
certaines prières, et garder ses vices; jeûner, mais haïr;
cabaler, persécuter, voilà sa religion. Celle du chrétien
véritable est de regarder tous les hommes comme ses frères,
de leur faire du bien et de leur pardonner le mal. Tel est Gusman au moment
de sa mort; tel Alvarez dans le cours de sa vie; tel j’ai peint Henri IV,
même au milieu de ses faiblesses.
On trouvera dans presque tous mes écrits cette
humanité qui doit être le premier caractère d’un être
pensant; on y verra (si j’ose m’exprimer ainsi) le désir du bonheur
des hommes, l’horreur de l’injustice et de l’oppression; et c’est cela
seul qui a jusqu’ici tiré mes ouvrages de l’obscurité où
leurs défauts devaient les ensevelir.
Voilà pourquoi la Henriade s’est soutenue
malgré les efforts de quelques Français jaloux, qui ne voulaient
pas absolument que la France eût un poème épique. Il
y a toujours un petit nombre de lecteurs qui ne laissent point empoisonner
leur jugement du venin des cabales et des intrigues, qui n’aiment que le
vrai, qui cherchent toujours l’homme dans l’auteur: voilà ceux devant
qui j’ai trouvé grâce. C’est à ce petit nombre d’hommes
que j’adresse les réflexions suivantes; j’espère qu’ils les
pardonneront à la nécessité où je suis de les
faire.
Un étranger s’étonnait un jour à
Paris d’une foule de libelles de toute espèce, et d’un déchaînement
cruel, par lequel un homme était opprimé. « Il faut
apparemment, dit-il, que cet homme soit d’une grande ambition, et qu’il
cherche à s’élever à quelqu’un de ces postes qui irritent
la cupidité humaine et l’envie. — Non, lui répondit-on; c’est
un citoyen obscur, retiré, qui vit plus avec Virgile et Locke qu’avec
ses compatriotes, et dont la figure n’est pas plus connue de quelques-uns
de ses ennemis que du graveur qui a prétendu graver son portrait.
C’est l’auteur de quelques pièces qui vous ont fait verser des larmes,
et de quelques ouvrages dans lesquels, malgré leurs défauts,
vous aimez cet esprit d’humanité, de justice, de liberté,
qui y règne. Ceux qui le calomnient, ce sont des hommes pour la
plupart plus obscurs que lui, qui prétendent lui disputer un peu
de fumée, et qui le persécuteront jusqu’à sa mort,
uniquement à cause du plaisir qu’il vous a donné. »
Cet étranger se sentit quelque indignation pour les persécuteurs,
et quelque bienveillance pour le persécuté.
Il est dur, il faut l’avouer, de ne point obtenir de ses
contemporains et de ses compatriotes ce que l’on peut espérer des
étrangers et de la postérité. Il est bien cruel, bien
honteux pour l’esprit humain, que la littérature soit infectée
de ces haines personnelles, de ces cabales, de ces intrigues, qui devraient
être le partage des esclaves de la fortune. Que gagnent les auteurs
en se déchirant mutuellement? Ils avilissent une profession qu’il
ne
tient qu’à eux de rendre respectable. Faut-il que l’art de penser,
le plus beau partage des hommes, devienne une source de ridicules, et que
les gens d’esprit, rendus souvent par leurs querelles la jouet des sots,
soient les bouffons d’un public dont ils devraient être les maîtres?
Virgile, Varius, Pollion, Horace, Tibulle, étaient
amis; les monuments de leur amitié subsistent, et apprendront à
jamais aux hommes que les esprits supérieurs doivent être
unis. Si nous n’atteignons pas à l’excellence de leur génie,
ne pouvons-nous pas avoir leurs vertus? Ces hommes sur qui l’univers avait
les yeux, qui avaient à se disputer l’admiration de l’Asie, de l’Afrique
et de l’Europe, s’aimaient pourtant, et vivaient en frères; et nous,
qui sommes renfermés sur un si petit théâtre, nous,
dont les noms, à peine connus dans un coin du monde, passeront bientôt
comme nos modes, nous nous acharnons les uns contre les autres pour un
éclair de réputation, qui, hors de notre petit horizon, ne
frappe les yeux de personne. Nous sommes dans un temps de disette; nous
avons peu, nous nous l’arrachons. Virgile et Horace ne se disputaient rien,
parce qu’ils étaient dans l’abondance.
On a imprimé un livre, de Morbis Artificum,
des Maladies des Artistes(11). La plus incurable
est cette jalousie et cette bassesse. Mais ce qu’il y a de déshonorant,
c’est que l’intérêt a souvent plus de part encore que l’envie
à toutes les petites brochures satiriques dont nous sommes inondés.
On demandait, il n’y a pas longtemps, à un homme qui avait fait
je ne sais quelle mauvaise brochure contre son ami et son bienfaiteur,
pourquoi il s’était emporté à cet excès d’ingratitude.
Il répondit froidement: Il faut que je vive(12).
De quelque source que partent ces outrages; il est sûr
qu’un homme qui n’est attaqué que dans ses écrits ne doit
jamais répondre aux critiques(13), car si
elles sont bonnes, il n’a autre chose à faire qu’à se corriger;
et si elles sont mauvaises, elles meurent en naissant. Souvenons-nous de
la fable de Boccalini: « Un voyageur, dit-il, était importuné,
dans son chemin, du bruit des cigales; il s’arrêta pour les tuer;
il n’en vint pas à bout, et ne fit que s’écarter de sa route:
il n’avait qu’à continuer paisiblement son voyage; les cigales seraient
mortes d’elles-mêmes au bout de huit jours. »
Il faut toujours que l’auteur s’oublie; mais l’homme ne
doit jamais s’oublier: se ipsum deserere turpissimum est. On sait
que ceux qui n’ont pas assez d’esprit pour attaquer nos ouvrages calomnient
nos personnes; quelque honteux qu’il soit de leur répondre, il le
serait quelquefois davantage de ne leur répondre pas(14).
On m’a traité dans vingt libelles d’homme sans
religion(15):
une des belles preuves qu’on en a
apportées, c’est que, dans
Oedipe,
Jocaste dit ces vers:
Les prêtres ne sont point ce qu’un vain peuple
pense:
Notre crédulité fait toute leur science. |
Ceux qui m’ont fait ce reproche sont aussi raisonnables
pour le moins que ceux qui ont imprimé que la Henriade(16),
dans
plusieurs endroits, sentait bien son semi-pélagien. Ou renouvelle
souvent cette accusation cruelle d’irréligion, parce que c’est le
dernier refuge des calomniateurs. Comment leur répondre? comment
s’en consoler, sinon en se souvenant de la foule de ces grands hommes qui,
depuis Socrate jusqu’à Descartes, ont essuyé ces calomnies
atroces? Je ne ferai ici qu’une seule question: je demande qui a le plus
de religion, ou le calomniateur qui persécute, ou le calomnié
qui pardonne.
Ces mêmes libelles me traitent d’homme envieux de
la réputation d’autrui: je ne connais l’envie que par le mal qu’elle
m’a voulu faire. J’ai défendu à mon esprit d’être satirique,
et il est impossible à mon coeur d’être envieux. J’en appelle
à l’auteur de Rhadamiste et d’Électre, qui,
par ces deux ouvrages, m’inspira le premier le désir d’entrer quelque
temps dans la même carrière: ses succès ne m’ont jamais
coûté d’autres larmes que celles que l’attendrissement m’arrachait
aux représentations de ses pièces; il sait qu’il n’a fait
naître en moi que de l’émulation et de l’amitié(17).
(18)J’ose dire avec confiance que
je suis plus attaché aux beaux-arts qu’à mes écrits.
Sensible à l’excès, dès mon enfance, pour tout ce
qui porte le caractère du génie, je regarde un grand poète,
un bon musicien, un bon peintre, un sculpteur habile (s’il a de la probité),
comme un homme que je dois chérir, comme un frère que les
arts m’ont donné. Les jeunes gens qui voudront s’appliquer aux lettres
trouveront en moi un ami; plusieurs y ont trouvé un père.
Voilà mes sentiments: quiconque a vécu avec moi sait bien
que je n’en ai point d’autres.
Je me suis cru obligé de parler ainsi au public
sur moi-même une fois en ma vie. A l’égard de ma tragédie,
je n’en dirai rien. Réfuter des critiques est un vain amour-propre;
confondre la calomnie est un devoir.
PERSONNAGES
D. GUSMAN, gouverneur du Pérou.
D. ALVAREZ, père de Gusman, ancien gouverneur.
ZAMORE, souverain d’une partie du Potoze.
MONTÈZE, souverain d’une autre partie.
ALZIRE, fille de Montèze.
ÉMIRE, suivante d’Alzire.
CÉPHANE, suivante d’Alzire.
D. ALONZE, officier espagnol.
OFFICIERS ESPAGNOLS.
AMÉRICAINS. |
La scène est dans la ville
de Los-Reyes, autrement Lima.
Noms des acteurs qui jouèrent
dans Alzire
et dans la Famille extravagante,de
Legrand, qui l’accompagnait: Dangeville, Dufresne (Zamore), Legrand, La
Thorillière, Armand, Dubreuil, Sarrazin, (Alvares), Grandval (Gusman),
Dangeville jeune, Fierville; Mmes Jouvenot, Dubreuil, Lamotte, Du Boccage,
Dangeville jeune, Gussin (Alzire), Grandval. ¾
Recette: 4,220 livres. (G.A.)
ALZIRE OU LES AMÉRICAINS
TRAGÉDIE
Errer est d’un mortel, pardonner est divin.
DURESNEL, trad. de Pope.
ACTE PREMIER.
SCÈNE I.
ALVAREZ, GUSMAN.
ALVAREZ.
Du conseil de Madrid l’autorité suprême
Pour successeur enfin me donne un fils
que j’aime(var1).
Faites régner le prince et le Dieu que je sers
Sur la riche moitié d’un nouvel univers:
Gouvernez cette rive, en malheurs trop féconde,
Qui produit les trésors et les crimes du monde.
Je vous remets, mon fils, ces honneurs
souverains(var2)
Que la vieillesse arrache à mes débiles
mains.
J’ai consumé mon âge au sein de l’Amérique;
Je montrai le premier au peuple du Mexique(19)
L’appareil inouï, pour ces mortels nouveaux,
De nos châteaux ailés qui volaient sur les
eaux:
Des mers de Magellan jusqu’aux astres de l’Ourse,
Les vainqueurs castillans ont dirigé
ma course(var3):
Heureux, si j’avais pu, pour fruit de mes travaux,
En mortels vertueux changer tous ces
héros(var4)!
Mais qui peut arrêter l’abus de la victoire?
Leurs cruautés, mou fils, ont obscurci leur gloire(20),
Et j’ai pleuré longtemps sur ces tristes vainqueurs,
Que le ciel fit si grands, sans les rendre meilleurs.
Je touche au dernier pas de ma longue carrière,
Et mes yeux sans regret quitteront la lumière,
S’ils vous ont vu régir sous d’équitables
lois
L’empire du Potoze et la ville des rois.
GUSMAN.
J’ai conquis avec vous ce sauvage hémisphère;
Dans ces climats brûlants j’ai vaincu sous mon
père;
Je dois de vous encore apprendre à gouverner,
Et recevoir vos lois plutôt que d’en donner.
ALVAREZ.
Non, non, l’autorité ne veut point de partage(21).
Consumé de travaux, appesanti par l’âge,
Je suis las du pouvoir; c’est assez si ma voix
Parle encor au conseil, et règle vos exploits.
Croyez-moi, les humains, que j’ai trop su connaître,
Méritent peu, mon fils, qu’on veuille être
leur maître.
Je consacre à mon Dieu, négligé
trop longtemps,
De ma caducité les restes languissants.
Je ne veux qu’une grâce, elle me sera chère;
Je l’attends comme ami, je la demande en père.
Mon fils, remettez-moi ces esclaves obscurs,
Aujourd’hui par votre ordre arrêtés dans
nos murs.
Songez que ce grand jour doit être un jour propice,
Marqué par la clémence, et non par la justice.
GUSMAN.
Quand vous priez un fils, seigneur, vous commandez;
Mais daignez voir au moins ce que vous hasardez.
D’une ville naissante, encor mal assurée,
Au peuple américain nous défendons l’entrée:
Empêchons, croyez-moi, que ce peuple orgueilleux
Au fer qui l’a dompté n’accoutume ses yeux;
Que, méprisant nos lois, et prompt à les
enfreindre,
Il ose contempler des maîtres qu’il doit craindre.
Il faut toujours qu’il tremble, et n’apprenne à
nous voir
Qu’armés de la vengeance ainsi que du pouvoir.
L’Américain farouche est un monstre sauvage
Qui mord en frémissant le frein de l’esclavage;
Soumis au châtiment, fier dans l’impunité,
De la main qui le flatte il se croit redouté.
Tout pouvoir, en un mot, périt par l’indulgence,
Et la sévérité produit l’obéissance.
Je sais qu’aux Castillans il suffit de l’honneur,
Qu’à servir sans murmure ils mettent leur grandeur
Mais le reste du monde, esclave de la crainte,
A besoin qu’on l’opprime, et sert avec contrainte(22).
Les dieux même adorés dans ces climats affreux,
S’ils ne sont teints de sang, n’obtiennent point de voeux(23).
ALVAREZ.
Ah! mon fils, que je hais ces rigueurs tyranniques!
Les pouvez-vous aimer ces forfaits politiques,
Vous, chrétien, vous choisi pour régner
désormais
Sur des chrétiens nouveaux au nom d’un Dieu de
paix?
Vos yeux ne sont-ils pas assouvis des ravages
Qui de ce continent dépeuplent les rivages?
Des bords de l’Orient n’étais-je donc venu
Dans un monde idolâtre, à l’Europe inconnu,
Que pour voir abhorrer, sous ce brûlant tropique,
Et le nom de l’Europe et le nom catholique?
Ah! Dieu nous envoyait, quand de nous
il fit choix(var5),
Pour annoncer son nom, pour faire aimer ses lois
Et nous, de ces climats destructeurs implacables,
Nous, et d’or et de sang toujours insatiables,
Déserteurs de ces lois qu’il fallait enseigner,
Nous égorgeons ce peuple au lieu de le gagner.
Par nous tout est en sang, par nous tout est en poudre,
Et nous n’avons du ciel imité que la foudre.
Notre nom, je l’avoue, inspire la terreur;
Les Espagnols sont craints, mais ils sont en horreur:
Fléaux du nouveau monde, injustes, vains, avares,
Nous seuls en ces climats nous sommes les barbares.
L’Américain, farouche en sa simplicité,
Nous égale en courage, et nous passe en bonté.
Hélas, si comme vous il était sanguinaire,
S’il n’avait des vertus, vous n’auriez plus de père.
Avez-vous oublié qu’ils m’ont sauvé le
jour?
Avez-vous oublié que près de ce séjour
Je me vis entouré par ce peuple en furie,
Rendu cruel enfin par notre barbarie?
Tous les miens, à mes yeux, terminèrent
leur sort.
J’étais seul, sans secours, et j’attendais la
mort:
Mais à mon nom, mon fils, je vis tomber leurs
armes.
Un jeune Américain, les yeux baignés de
larmes,
Au lieu de me frapper, embrassa mes genoux.
« Alvarez, me dit-il, Alvarez, est-ce vous(24)?
Vivez, votre vertu nous est trop nécessaire:
Vivez; aux malheureux servez longtemps de père:
Qu’un peuple de tyrans, qui veut nous enchaîner,
Du moins par cet exemple(var6)
apprenne à pardonner!
Allez, la grandeur d’âme est ici le partage
Du peuple infortuné qu’ils ont nommé sauvage.
»
Eh bien! vous gémissez: je sens qu’à ce
récit
Votre coeur, malgré vous, s’émeut et s’adoucit.
L’humanité vous parle, ainsi que votre père.
Ah! si la cruauté vous était toujours chère,
De quel front aujourd’hui pourriez-vous vous offrir
Au vertueux objet qu’il vous faut attendrir;
A la fille des rois de ces tristes contrées,
Qu’à vos sanglantes mains la fortune a livrées?
Prétendez-vous, mon fils, cimenter ces liens
Par le sang répandu de ses concitoyens?
Ou bien attendez-vous que ses cris et ses larmes
De vos sévères mains fassent tomber les
armes?
GUSMAN.
Eh bien! vous l’ordonnez, je brise leurs liens,
J’y consens; mais songez qu’il faut qu’ils soient chrétiens
Ainsi le veut la loi: quitter l’idolâtrie
Est un titre en ces lieux pour mériter la vie;
A la religion gagnons-les à ce prix:
Commandons aux coeurs même, et forçons les
esprits.
De la nécessité le pouvoir invincible
Traîne au pied des autels un courage inflexible.
Je veux que ces mortels, esclaves de ma loi,
Tremblent sous un seul Dieu comme sous un seul roi.
ALVAREZ.
Écoutez-moi, mon fils; plus que vous je désire
Qu’ici la vérité fonde un nouvel empire,
Que le ciel et l’Espagne y soient sans ennemis;
Mais les coeurs opprimés ne sont jamais soumis.
J’en ai gagné plus d’un, je n’ai forcé
personne;
Et le vrai Dieu, mon fils, est un Dieu qui pardonne.
GUSMAN.
Je me rends donc, seigneur, et vous l’avez voulu:
Vous avez sur un fils un pouvoir absolu;
Oui, vous amolliriez le coeur le plus farouche;
L’indulgente vertu parle par votre bouche.
Eh bien! puisque le ciel voulut vous accorder
Ce don, cet heureux don de tout persuader,
C’est de vous que j’attends le bonheur de ma vie(25).
Alzire, contre moi par mes feux enhardie,
Se donnant à regret, ne me rend point heureux.
Je l’aime, je l’avoue, et plus que je ne veux;
Mais enfin je ne puis, même en voulant lui plaire,
De mon coeur trop altier fléchir le caractère;
Et rampant sous ses lois, esclave d’un coup d’oeil,
Par des soumissions caresser son orgueil.
Je ne veux point sur moi lui donner tant d’empire.
Vous seul vous pouvez tout sur le père d’Alzire:
En un mot parlez-lui pour la dernière fois;
Qu’il commande à sa fille, et force enfin son
choix.
Daignez... Mais c’en est trop, je rougis que mon père
Pour l’intérêt d’un fils s’abaisse à
la prière.
ALVAREZ.
C’en est fait. J’ai parlé, mon fils, et sans rougir.
Montèze a vu sa fille, il l’aura su fléchir.
De sa famille auguste, en ces lieux prisonnière,
Le ciel a par mes soins consolé la misère.
Pour le vrai Dieu Montèze a quitté ses
faux dieux.
Lui-même de sa fille a dessillé les yeux.
De tout ce nouveau monde Alzire est le modèle;
Les peuples incertains fixent les yeux sur elle:
Son coeur aux Castillans va donner tous les coeurs;
L’Amérique à genoux adoptera nos moeurs;
La foi doit y jeter ses racines profondes;
Votre hymen est le noeud qui joindra les deux mondes;
Ces féroces humains, qui détestent nos
lois,
Voyant entre vos bras la fille de leurs rois,
Vont, d’un esprit moins fier et d’un coeur plus facile,
Sous votre joug heureux baisser un front docile;
Et je verrai, mon fils, grâce à ces doux
liens,
Tous les coeurs désormais espagnols et chrétiens.
Montèze vient ici. Mon fils, allez m’attendre
Aux autels, où sa fille avec lui va se rendre.
SCÈNE II.
ALVAREZ, MONTÈZE.
ALVAREZ.
Eh bien! votre sagesse et votre autorité
Ont d’Alzire en effet fléchi la volonté?
MONTÈZE.
Père des malheureux, pardonne si ma fille,
Dont Gusman détruisit l’empire et la famille,
Semble éprouver encore un reste de terreur,
Et d’un pas chancelant marche vers son vainqueur.
Les noeuds qui vont unir l’Europe et ma patrie
Ont révolté ma fille en ces climats nourrie;
Mais tous les préjugés s’effacent à
ta voix:
Tes moeurs nous ont appris à révérer
tes lois.
C’est par toi que le ciel à nous s’est fait connaître;
Notre esprit éclairé te doit son nouvel
être.
Sous le fier Castillan ce monde est abattu;
Il cède à la puissance, et nous à
la vertu.
De tes concitoyens la rage impitoyable
Aurait rendu comme eux leur Dieu même haïssable:
Nous détestions ce Dieu qu’annonça leur
fureur;
Nous l’aimions dans toi seul, il s’est peint dans ton
coeur.
Voilà ce qui te donne et Montèze et ma
fille;
Instruits par tes vertus, nous sommes ta famille.
Sers-lui longtemps de père, ainsi qu’à
nos États.
Je la donne à ton fils, je la mets dans ses bras;
Le Pérou, le Potoze, Alzire est sa conquête:
Va dans ton temple auguste en ordonner la fête:
Va, je crois voir des cieux les peuples éternels
Descendre de leur sphère, et se joindre aux mortels.
Je réponds de ma fille; elle va reconnaître
Dans le fier don Gusman son époux et son maître.
ALVAREZ.
Ah! puisque enfin mes mains ont pu former ces noeuds,
Cher Montèze, au tombeau je descends trop heureux.
Toi, qui nous découvris ces immenses contrées,
Rends du monde aujourd’hui les bornes éclairées:
Dieu des chrétiens, préside à ces
voeux solennels,
Les premiers qu’en ces lieux on forme à tes autels:
Descends, attire à toi l’Amérique étonnée!
Adieu, je vais presser cet heureux hyménée:
Adieu, je vous devrai le bonheur de mon fils.
SCÈNE III.
MONTÈZE.
Dieu, destructeur des dieux que j’avais trop servis,
Protège de mes ans la fin dure et funeste!
Tout me fut enlevé, ma fille ici me reste:
Daigne veiller sur elle, et conduire son coeur!
SCÈNE IV.
MONTÈZE, ALZIRE.
MONTÈZE.
Ma fille, il en est temps, consens à ton bonheur;
Ou plutôt, si ta foi, si ton coeur me seconde,
Par ta félicité fais le bonheur du monde;
Protège les vaincus, commande à nos vainqueurs,
Éteins entre leurs mains leurs foudres destructeurs;
Remonte au rang des rois, du sein de la misère;
Tu dois à ton état plier ton caractère(26);
Prends un coeur tout nouveau; viens, obéis, suis-moi,
Et renais Espagnol, en renonçant à toi.
Sèche tes pleurs, Alzire, ils outragent ton père.
ALZIRE.
Tout mon sang est à vous; mais si je vous suis
chère,
Voyez mon désespoir, et lisez dans mon coeur.
MONTÈZE.
Non, je ne veux plus voir ta honteuse douleur;
J’ai reçu ta parole, il faut qu’on l’accomplisse.
ALZIRE.
Vous m’avez arraché cet affreux sacrifice.
Mais quel temps, justes cieux, pour engager ma foi!
Voici ce jour horrible où tout périt pour
moi,
Où de ce fier Gusman le fer osa détruire
Des enfants du Soleil le redoutable empire!
Que ce jour est marqué par des signes affreux!
MONTÈZE.
Nous seuls rendons les jours heureux ou malheureux.
Quitte un vain préjugé, l’ouvrage de nos
prêtres,
Qu’à nos peuples grossiers ont transmis nos ancêtres.
ALZIRE.
Au même jour, hélas! le vengeur de l’État,
Zamore, mon espoir, périt dans le combat;
Zamore, mon amant, choisi pour votre gendre!
MONTÈZE.
J’ai donné comme toi des larmes à sa cendre;
Les morts dans le tombeau n’exigent point de foi;
Porte, porte aux autels un coeur maître de soi;
D’un amour insensé pour des cendres éteintes
Commande à ta vertu d’écarter les atteintes.
Tu dois ton âme entière à la loi
des chrétiens;
Dieu t’ordonne par moi de former ces liens;
Il t’appelle aux autels, il règle ta conduite;
Entends sa voix.
ALZIRE.
Mon père, où m’avez-vous réduite?
Je sais ce qu’est un père, et quel est son pouvoir;
M’immoler quand il parle est mon premier devoir,
Et mon obéissance a passé les limites
Qu’à ce devoir sacré la nature a prescrites.
Mes yeux n’ont jusqu’ici rien vu que par vos yeux,
Mon coeur changé par vous abandonna ses dieux;
Je ne regrette point leurs grandeurs terrassées,
Devant ce Dieu nouveau comme nous abaissées.
Mais vous qui m’assuriez, dans mes troubles cruels,
Que la paix habitait au pied de ses autels,
Que sa loi, sa morale, et consolante et pure,
De mes sens désolés guérirait la
blessure,
Vous trompiez ma faiblesse. Un trait toujours vainqueur
Dans le sein de ce Dieu vient déchirer mon coeur:
Il y porte une image à jamais renaissante;
Zamore vit encore au coeur de son amante.
Condamnez, s’il le faut, ces justes sentiments,
Ce feu victorieux de la mort et du temps,
Cet amour immortel, ordonné par vous-même;
Unissez voire fille au fier tyran
qui l’aime(var7);
Mon pays le demande, il le faut, j’obéis;
Mais tremblez en formant ces noeuds mal assortis;
Tremblez, vous qui d’un Dieu m’annoncez la vengeance,
Vous qui me condamnez d’aller en sa présence
Promettre à cet époux, qu’on me donne aujourd’hui,
Un coeur qui brûle encor pour un autre que lui.
MONTÈZE.
Ah! que dis-tu, ma fille? épargne ma vieillesse;
Au nom de la nature, au nom de ma tendresse,
Par nos destins affreux que ta main peut changer,
Par ce coeur paternel que tu viens d’outrager,
Ne rends point de mes ans la fin trop douloureuse!
Ai-je fait un seul pas que pour te rendre heureuse?
Jouis de mes travaux, mais crains d’empoisonner
Ce bonheur difficile où j’ai su t’amener.
Ta carrière nouvelle, aujourd’hui commencée,
Par la main du devoir est à jamais tracée;
Ce monde gémissant te presse d’y courir,
Il n’espère qu’en toi; voudrais-tu le trahir?
Apprends à te dompter.
ALZIRE.
Faut-il apprendre à feindre?
Quelle science, hélas!
SCÈNE V.
GUSMAN, ALZIRE.
GUSMAN.
J’ai sujet de me plaindre
Que l’on oppose encore à mes empressements
L’offensante lenteur de ces retardements.
J’ai suspendu ma loi prête à punir l’audace
De tous ces ennemis dont vous vouliez la grâce;
Ils sont en liberté; mais j’aurais à rougir
Si ce faible service eût pu vous attendrir.
J’attendais encor moins de mon pouvoir suprême;
Je voulais vous devoir à ma flamme, à vous-même;
Et je ne pensais pas, dans mes voeux satisfaits,
Que ma félicité vous coûtât
des regrets.
ALZIRE.
Que puisse seulement la colère céleste
Ne pas rendre ce jour à tous les deux funeste!
Vous voyez quel effroi me trouble et me confond:
Il parle dans mes yeux, il est peint sur mon front.
Tel est mon caractère: et jamais mon visage
N’a de mon coeur encor démenti le langage.
Qui peut se déguiser pourrait trahir sa foi;
C’est un art de l’Europe: il n’est pas fait pour moi.
GUSMAN.
Je vois votre franchise, et je sais que Zamore
Vit dans votre mémoire, et vous est cher encore.
Ce cacique(27) obstiné,
vaincu dans les combats,
S’arme encor contre moi de la nuit du trépas.
Vivant, je l’ai dompté mort, doit-il être
à craindre(28)?
Cessez de m’offenser, et cessez de le plaindre;
Votre devoir, mon nom, mon coeur, en sont blessés;
Et ce coeur est jaloux des pleurs que vous versez.
ALZIRE.
Ayez moins de colère et moins de jalousie;
Un rival au tombeau doit causer peu d’envie;
Je l’aimai, je l’avoue, et tel fut mon devoir;
De ce monde opprimé Zamore était l’espoir:
Sa foi me fut promise, il eut pour moi des charmes,
Il m’aima: son trépas me coûte encor des
larmes.
Vous, loin d’oser ici condamner ma douleur,
Jugez de ma constance, et connaissez mon coeur;
Et, quittant avec moi cette fierté cruelle,
Méritez, s’il se peut, un coeur
aussi fidèle(var8).
SCÈNE VI.
GUSMAN.
Son orgueil, je l’avoue, et sa sincérité,
Étonne mon courage, et plaît à ma
fierté.
Allons, ne souffrons pas que cette humeur altière
Coûte plus à dompter que l’Amérique
entière.
La grossière nature, en formant ses appas,
Lui laisse un coeur sauvage et fait pour ces climats.
Le devoir fléchira son courage rebelle;
Ici, tout m’est soumis, il ne reste plus qu’elle;
Que l’hymen en triomphe, et qu’on ne dise plus
Qu’un vainqueur et qu’un maître essuya des refus.
FIN DU PREMIER ACTE.
ACTE DEUXIÈME.
SCÈNE I.
ZAMORE, AMÉRICAINS.
ZAMORE.
Amis, de qui l’audace, aux mortels peu commune,
Renaît dans les dangers et croît dans l’infortune;
Illustres compagnons de mon funeste sort,
N’obtiendrons-nous jamais la vengeance ou la mort?
Vivrons-nous sans servir Alzire et la patrie,
Sans ôter à Gusman sa détestable
vie,
Sans trouver, sans punir cet insolent vainqueur,
Sans venger mon pays qu’a perdu sa fureur?
Dieux impuissants! dieux vains de nos vastes contrées
A des dieux ennemis vous les avez livrées:
Et six cents Espagnols ont détruit sous leurs
coups
Mon pays et mon trône, et vos temples et vous.
Vous n’avez plus d’autels, et je n’ai plus d’empire;
Nous avons tout perdu: je suis privé d’Alzire.
J’ai porté mon courroux, ma honte, et mes regrets,
Dans les sables mouvants, dans le fond des forêts.
De la zone brûlante et du milieu du monde,
L’astre du jour(29) a vu ma course
vagabonde
Jusqu’aux lieux où, cessant d’éclairer
nos climats,
Il ramène l’année, et revient sur ses pas.
Enfin votre amitié, vos soins, votre vaillance,
A mes vastes desseins(var9)
ont rendu l’espérance;
Et j’ai cru satisfaire, en cet affreux séjour,
Deux vertus de mon coeur, la vengeance et l’amour.
Nous avons rassemblé des mortels intrépides,
Éternels ennemis de nos maîtres avides;
Nous les avons laissés dans ces forêts errants,
Pour observer ces murs bâtis par nos tyrans.
J’arrive, on nous saisit: une foule inhumaine
Dans des gouffres profonds nous plonge et nous enchaîne.
De ces lieux infernaux on nous laisse sortir,
Sans que de notre sort on nous daigne avertir.
Amis, où sommes-nous? Ne pourra-t-on m’instruire
Qui commande en ces lieux, quel est le sort d’Alzire?
Si Montèze est esclave, et voit encor le jour?
S’il traîne ses malheurs en cette horrible cour?
Chers et tristes amis du malheureux Zamore,
Ne pouvez-vous m’apprendre un destin que j’ignore?
UN AMÉRICAIN.
En des lieux différents, comme toi mis aux fers,
Conduits en ce palais par des chemins divers,
Étrangers, inconnus chez ce peuple farouche,
Nous n’avons rien appris de tout ce qui te touche.
Cacique infortuné, digne d’un meilleur sort,
Du moins si nos tyrans ont résolu ta mort,
Tes amis, avec toi prêts à cesser de vivre,
Sont dignes de t’aimer et dignes de te suivre.
ZAMORE.
Après l’honneur de vaincre, il n’est rien sous
les cieux
De plus grand en effet qu’un trépas glorieux;
Mais mourir dans l’opprobre et dans l’ignominie,
Mais laisser en mourant des fers à sa patrie,
Périr sans se venger, expirer par les mains
De ces brigands d’Europe, et de ces assassins
Qui, de sang enivrés, de nos trésors avides,
De ce monde usurpé désolateurs perfides,
Ont osé me livrer à des tourments honteux
Pour m’arracher des biens plus méprisables qu’eux;
Entraîner au tombeau des citoyens qu’on aime;
Laisser à ces tyrans la moitié de soi-même;
Abandonner Alzire à leur lâche fureur:
Cette mort est affreuse, et fait frémir d’horreur.
SCÈNE II.
ALVAREZ, ZAMORE, AMÉRICAINS.
ALVAREZ.
Soyez libres, vivez.
ZAMORE.
Ciel! que viens-je d’entendre?
Quelle est cette vertu que je ne puis comprendre?
Quel vieillard, ou quel dieu vient ici m’étonner?
Tu parais Espagnol, et tu sais pardonner!
Es-tu roi? Cette ville est-elle en ta puissance?
ALVAREZ.
Non; mais je puis au moins protéger l’innocence.
ZAMORE.
Quel est donc ton destin(30), vieillard
trop généreux?
ALVAREZ.
Celui de secourir les mortels malheureux.
ZAMORE.
Eh! qui peut t’inspirer cette auguste clémence?
ALVAREZ.
Dieu, ma religion, et la reconnaissance.
ZAMORE.
Dieu? ta religion? Quoi! ces tyrans cruels,
Monstres désaltérés dans le sang
des mortels,
Qui dépeuplent la terre, et dont la barbarie
En vaste solitude a changé ma patrie,
Dont l’infâme avarice est la suprême loi!
Mon père, ils n’ont donc pas le même Dieu
que toi?
ALVAREZ.
Ils ont le même Dieu, mon fils; mais ils l’outragent:
Nés sous la loi des saints, dans le crime ils
s’engagent.
Ils ont tous abusé de leur nouveau pouvoir;
Tu connais leurs forfaits, mais connais mon devoir.
Le soleil par deux fois a, d’un tropique à l’autre,
Éclairé dans sa marche et ce monde et le
nôtre,
Depuis que l’un des tiens, par un noble secours,
Maître de mon destin, daigna sauver mes jours.
Mon coeur, dès ce moment, partagea vos misères;
Tous vos concitoyens sont devenus mes frères;
Et je mourrais heureux si je pouvais trouver
Ce héros inconnu qui m’a pu conserver.
ZAMORE.
A ses traits, à son âge, à sa vertu
suprême,
C’est lui, n’en doutons point: c’est Alvarez lui-même.
Pourrais-tu parmi nous reconnaître le bras
A qui le ciel permit d’empêcher ton trépas?
ALVAREZ.
Que me dit-il? Approche. O ciel! ô providence!
C’est lui, voilà l’objet de ma reconnaissance.
Mes yeux, mes tristes yeux affaiblis par les ans,
Hélas! avez-vous pu le chercher si longtemps?
(Il l’embrasse.)
Mon bienfaiteur! mon fils! parle, que dois-je faire?
Daigne habiter ces lieux, et je t’y sers de père.
La mort a respecté ces jours que je te doi
Pour me donner le temps de m’acquitter vers toi.
ZAMORE.
Mon père, ah! si jamais ta nation cruelle
Avait de tes vertus montré quelque étincelle,
Crois-moi, cet univers aujourd’hui désolé
Au-devant de leur joug sans peine aurait volé.
Mais autant que ton âme est bienfaisante et pure,
Autant leur cruauté fait frémir la nature;
Et j’aime mieux périr que de vivre avec eux.
Tout ce que j’ose attendre, et tout ce que je veux,
C’est de savoir au moins si leur main sanguinaire
Du malheureux Montèze a fini la misère;
Si le père d’Alzire... hélas! tu vois les
pleurs
Qu’un souvenir trop cher arrache à mes douleurs.
ALVAREZ.
Ne cache point tes pleurs, cesse de t’en défendre;
C’est de l’amitié la marque la plus tendre.
Malheur aux coeurs ingrats, et nés pour les forfaits,
Que les douleurs d’autrui n’ont attendris jamais!
Apprends que ton ami plein de gloire et d’années,
Coule ici près de moi ses douces destinées.
ZAMORE.
Le verrai-je?
ALVAREZ.
Oui; crois-moi, puisse-t-il aujourd’hui
T’engager à penser, à vivre comme lui!
ZAMORE.
Quoi! Montèze, dis-tu…
ALVAREZ.
Je veux que de sa bouche
Tu sois instruit ici de tout ce qui le touche,
Du sort qui nous unit, de ces heureux liens
Qui vont joindre mon peuple à tes concitoyens.
Je vais dire à mon fils, dans l’excès de
ma joie,
Ce bonheur inouï que le ciel nous envoie.
Je te quitte un moment; mais c’est pour te servir,
Et pour serrer les noeuds qui vont tous nous unir.
SCÈNE III.
ZAMORE, AMÉRICAINS.
ZAMORE.
Des cieux enfin sur moi la bonté se déclare;
Je trouve un homme juste en ce séjour barbare.
Alvarez est un dieu qui, parmi ces pervers,
Descend pour adoucir les moeurs de l’univers.
Il a, dit-il, un fils; ce fils sera mon frère;
Qu’il soit digne, s’il peut, d’un si vertueux père!
O jour! ô doux espoir à mon coeur éperdu!
Montèze, après trois ans, tu vas m’être
rendu!
Alzire, chère Alzire, ô toi que j’ai servie!
Toi pour qui j’ai tout fait, toi l’âme de ma vie,
Serais-tu dans ces lieux? hélas! me gardes-tu
Celte fidélité, la première vertu?
Un coeur infortuné n’est point sans défiance...
Mais quel autre vieillard à mes regards s’avance?
SCÈNE IV.
MONTÈZE, ZAMORE, AMÉRICAINS.
ZAMORE.
Cher Montèze, est-ce toi que je tiens dans mes
bras?
Revois ton cher Zamore échappé du trépas,
Qui du sein du tombeau renaît pour te défendre;
Revois ton tendre ami, ton allié, ton gendre.
Alzire est-elle ici? parle, quel est son sort?
Achève de me rendre ou la vie ou la mort.
MONTÈZE.
Cacique malheureux! sur le bruit de ta perte,
Aux plus tendres regrets notre âme était
ouverte;
Nous te redemandions à nos cruels destins,
Autour d’un vain tombeau que t’ont dressé nos
mains.
Tu vis; puisse le ciel te rendre un sort tranquille!
Puissent tous nos malheurs finir dans cet asile!
Zamore, ah! quel dessein t’a conduit dans ces lieux?
ZAMORE.
La soif de me venger, toi, ta fille, et mes dieux.
MONTÈZE.
Que dis-tu?
ZAMORE.
Souviens-toi du jour épouvantable
Où ce fier Espagnol, terrible, invulnérable,
Renversa, détruisit jusqu’en leurs fondements
Ces murs que du Soleil ont bâtis les enfants(31);
Gusman était son nom. Le destin qui m’opprime
Ne m’apprit rien de lui que son nom et son crime.
Ce nom, mon cher Montèze, à mon coeur si
fatal,
Du pillage et du meurtre était l’affreux signal.
A ce nom, de mes bras on arracha ta fille;
Dans un vil esclavage on traîna ta famille:
Ou démolit ce temple, et ces autels chéris
Où nos dieux m’attendaient pour me nommer ton
fils;
On me traîna vers lui: dirai-je à quel supplice,
A quels maux me livra sa barbare avarice,
Pour m’arracher ces biens par lui déifiés,
Idoles de son peuple, et que je foule aux pieds?
Je fus laissé mourant au milieu des tortures.
Le temps ne peut jamais affaiblir les injures:
Je viens après trois ans d’assembler des amis,
Dans leur commune haine avec nous affermis:
Ils sont dans nos forêts, et leur foule héroïque
Vient périr sous ces murs, ou venger l’Amérique.
MONTÈZE.
Je te plains; mais hélas! où vas-tu t’emporter?
Ne cherche point la mort qui voulait t’éviter.
Que peuvent tes amis, et leurs armes fragiles,
Des habitants des eaux dépouilles inutiles,
Ces marbres impuissants en sabres façonnés,
Ces soldats presque nus et mal disciplinés,
Contre ces fiers géants, ces tyrans de la terre,
De fer étincelants, armés de leur tonnerre,
Qui s’élancent sur nous, aussi prompts que les
vents,
Sur des monstres guerriers pour eux obéissants?
L’univers a cédé; cédons, mon cher
Zamore.
ZAMORE.
Moi, fléchir, moi ramper, lorsque je vis encore!
Ah! Montèze, crois-moi, ces foudres, ces éclairs,
Ce fer dont nos tyrans sont armés et couverts,
Ces rapides coursiers qui sous eux font la guerre,
Pouvaient à leur abord épouvanter la terre:
Je les vois d’un oeil fixe, et leur ose insulter;
Pour les vaincre il suffit de ne rien redouter.
Leur nouveauté, qui seule a fait ce monde esclave,
Subjugue qui la craint, et cède à qui la
brave.
L’or, ce poison brillant qui naît dans nos climats,
Attire ici l’Europe, et ne nous défend pas.
Le fer manque à nos mains; les cieux, pour nous
avares,
Ont fait ce don funeste à des mains plus barbares;
Mais pour venger enfin nos peuples abattus,
Le ciel, au lieu de fer, nous donna des vertus.
Je combats pour Alzire, et je vaincrai pour elle.(32)
MONTÈZE.
Le ciel est contre toi: calme un frivole zèle.
Les temps sont trop changés.
ZAMORE.
Que peux-tu dire, hélas!
Les temps sont-ils changés, si ton coeur ne l’est
pas,
Si ta fille est fidèle à ses voeux, à
sa gloire,
Si Zamore est présent encore à sa mémoire?
Tu détournes les yeux, tu pleures, tu gémis!
MONTÈZE.
Zamore infortuné!
ZAMORE.
Ne suis-je plus ton fils?
Nos tyrans ont flétri ton âme magnanime;
Sur le bord de la tombe ils t’ont appris le crime.
MONTÈZE.
Je ne suis point coupable, et tous ces conquérants,
Ainsi que tu le crois, ne sont point des tyrans.
Il en est que le ciel guida dans cet empire,
Moins pour nous conquérir qu’afin de nous instruire(33);
Qui nous ont apporté de nouvelles vertus,
Des secrets immortels, et des arts inconnus,
La science de l’homme, un grand exemple à suivre,
Enfin l’art d’être heureux, de penser, et de vivre.
ZAMORE.
Que dis-tu! quelle horreur ta bouche ose avouer!
Alzire est leur esclave, et tu peux les louer!
MONTÈZE.
Elle n’est point esclave.
ZAMORE.
Ah, Montèze! ah, mon père!
Pardonne à mes malheurs, pardonne à ma
colère;
Songe qu’elle est à moi par des noeuds éternels:
Oui, tu me l’as promise aux pieds des immortels;
Ils ont reçu sa foi, son coeur n’est point parjure.
MONTÈZE.
N’atteste point ces dieux, enfants de l’imposture,
Ces fantômes affreux, que je ne connais plus;
Sous le Dieu que j’adore ils sont tous abattus.
ZAMORE.
Quoi! ta religion? quoi! la loi de nos pères?
MONTÈZE.
J’ai connu son néant, j’ai quitté ses chimères.
Puisse le Dieu des dieux, dans ce monde ignoré,
Manifester son être à ton coeur éclairé!
Puisse-tu mieux connaître, ô malheureux Zamore,
Les vertus de l’Europe, et le Dieu qu’elle adore!
ZAMORE.
Quelles vertus! cruel! les tyrans de ces lieux
T’ont fait esclave en tout, t’ont arraché tes
dieux.
Tu les as donc trahis pour trahir ta promesse?
Alzire a-t-elle encore imité ta faiblesse?
Garde-toi...
MONTÈZE.
Va, mon coeur ne se reproche rien:
Je dois bénir mon sort, et pleurer sur le tien.
ZAMORE.
Si tu trahis ta foi, tu dois pleurer sans doute.
Prends pitié des tourments que ton crime me coûte,
Prends pitié de ce coeur, enivré tour à
tour
De zèle pour mes dieux, de vengeance et d’amour.
Je cherche ici Gusman, j’y vole pour Alzire;
Viens; conduis-moi vers elle, et qu’à ses pieds
j’expire.
Ne me dérobe point le bonheur de la voir;
Crains de porter Zamore au dernier désespoir;
Reprends un coeur humain, que ta vertu bannie...
SCÈNE V.
MONTÈZE, ZAMORE, AMÉRICAINS,
GARDES.
UN GARDE, à Montèze.
Seigneur, on vous attend pour la cérémonie.
MONTÈZE.
Je vous suis.
ZAMORE.
Ah, cruel! je ne te quitte pas.
Quelle est donc cette pompe où s’adressent tes
pas?
Montèze...
MONTÈZE.
Adieu; crois-moi, fuis de ce lieu funeste.
ZAMORE.
Dût m’accabler ici la colère céleste,
Je te suivrai.
MONTÈZE.
Pardonne à mes soins paternels.
(Aux gardes.)
Gardes, empêchez-les de me suivre aux autels.
Des païens, élevés dans des lois étrangères,
Pourraient de nos chrétiens profaner les mystères:
Il ne m’appartient pas de vous donner des lois;
Mais Gusman vous l’ordonne, et parle par ma voix.
SCÈNE VI.
ZAMORE, AMÉRICAINS.
ZAMORE.
Qu’ai-je entendu? Gusman, ô trahison! ô rage!
O comble des forfaits! lâche et dernier outrage!
Il servirait Gusman! L’ai-je bien entendu?
Dans l’univers entier n’est-il plus de vertu?
Alzire, Alzire aussi sera-t-elle coupable?
Aura-t-elle sucé ce poison détestable
Apporté parmi nous par ces persécuteurs,
Qui poursuivent nos jours et corrompent nos moeurs?
Gusman est donc ici? Que résoudre et que faire?
UN AMÉRICAIN.
J’ose ici te donner un conseil salutaire.
Celui qui t’a sauvé, ce vieillard vertueux,
Bientôt avec son fils va paraître à
tes yeux.
Aux portes de la ville obtiens qu’on nous conduise:
Sortons, allons tenter notre illustre entreprise;
Allons tout préparer contre nos ennemis,
Et surtout n’épargnons qu’Alvarez et son fils.
J’ai vu de ces remparts l’étrangère structure:
Cet art nouveau pour nous, vainqueur de la nature,
Ces angles, ces fossés, ces hardis boulevards,
Ces tonnerres d’airain grondant sur les remparts,
Ces pièges de la guerre, où la mort se
présente,
Tout étonnants qu’ils sont, n’ont rien qui m’épouvante.
Hélas! nos citoyens, enchaînés en
ces lieux,
Servent à cimenter cet asile odieux;
Ils dressent, d’une main dans les fers avilie,
Ce siège de l’orgueil et de la tyrannie.
Mais, crois-moi, dans l’instant qu’ils verront leurs
vengeurs,
Leurs mains vont se lever sur leurs persécuteurs;
Eux-même ils détruiront cet effroyable ouvrage,
Instrument de leur honte et de leur esclavage.
Nos soldats, nos amis, dans ces fossés sanglants
Vont te faire un chemin sur leurs corps expirants.
Partons, et revenons sur ces coupables têtes
Tourner ces traits de feu, ce fer, et ces tempêtes,
Ce salpêtre enflammé, qui d’abord à
nos yeux
Parut un feu sacré, lancé des mains des
dieux.
Connaissons, renversons cette horrible puissance,
Que l’orgueil trop longtemps fonda sur l’ignorance.
ZAMORE.
Illustres malheureux, que j’aime à voir vos coeurs
Embrasser mes desseins, et sentir mes fureurs!
Puissions-nous de Gusman punir la barbarie!
Que son sang satisfasse au sang de ma patrie!
Triste divinité des mortels offensés,
Vengeance, arme nos mains; qu’il meure, et c’est assez
Qu’il meure... mais hélas! plus malheureux que
braves,
Nous parlons de punir, et nous sommes esclaves.
De notre sort affreux le joug s’appesantit;
Alvarez disparaît, Montèze nous trahit.
Ce que j’aime est peut-être en des mains que j’abhorre;
Je n’ai d’autre douceur que d’en douter encore.
Mes amis, quels accents remplissent ce séjour?
Ces flambeaux allumés ont redoublé le jour.
J’entends l’airain tonnant de ce peuple barbare;
Quelle fête, ou quel crime est-ce donc qu’il prépare?
Voyons si de ces lieux on peut au moins sortir,
Si je puis vous sauver, ou s’il nous faut périr. |
FIN DU DEUXIÈME ACTE.
Troisième acte.
NOTES.
Note_1
D’après les Annales dramatiques de MM. Clément et
Delaporte, 1775, les plaintes étaient réciproques: «
M. Lefranc, disent-ils, se plaignit très vivement et très
amèrement que M. de Voltaire lui eût dérobé
le sujet d’Alzire, disant qu’il le lui avait confié pour
qu’il lui en dit son sentiment. D’autres ajoutaient même que M. Lefranc
avait remis la tragédie entièrement faite dans les mains
de M. de Voltaire; que celui-ci abusa du dépôt, pilla M. Lefranc,
et donna Alzire au théâtre. » Les auteurs des
Annales
dramatiques veulent bien trouver le fait peu vraisemblable. Ils ajoutent
ce trait d’ailleurs spirituel: « Quelques personnes faisaient courir
le bruit qu’Alzire n’était pas l’ouvrage de M. de Voltaire.
Je le souhaiterais, dit un homme d’esprit. — Et pourquoi? lui demande quelqu’un.
— C’est, reprit-il, que nous aurions deux bons poètes au lieu d’un.
»
Note_2
« Si j’étais La Fontaine, écrit Voltaire à Thiériot,
et si Mme du Châtelet avait le malheur de n’être que Mme de
Montespan, je lui ferais une épître en vers où je dirais
ce qu’on dit à tout le monde; mais... il faut raisonner avec elle
et payer à la supériorité de son esprit un tribut
que les vers n’acquittent jamais bien. Ils ne sont ni le langage de la
raison, ni de la véritable estime, ni du respect, ni de l’amitié,
et ce sont tous ces sentiments que je veux lui peindre. »
Note_3Il
Newtonianismo per le Dame, d’Algarotti. (K.)
Note_4
Guillelmine-Dorothée-Charlotte de Brandebourg-Anspach, femme de
Georges II, morte le 1er décembre 1737, à cinquante-quatre
ans; c’était à elle que Voltaire avait dédié
la
Henriade. (B.)
Note_5
La duchesse du Maine.
Note_6
Dans ses Épîtres, liv. II, ép. ii, v. 51.
. . . . . Paupertas impulit audax
Ut versus facerem. |
Note_7
« Studia adolescentiam alunt, senectutem oblectant, secundas res
ornant, adversis perfugium ac solatium praebent; delectant domi, non impediunt
foris, pernoctant nobiscum, peregrinantur, rusticantur. » Cicer..
Orat.
Pro Archia poeta.
Note_8
Dans son article Curiosité des Questions sur l’Encyclopédie,
Voltaire
a donné le texte et la traduction de ces vers, et de quelques autres
de plus.
Sed nil dulcius est, bene quam munita tenere
Edita doctrina sapientum templa serena;
Despicere unde queas alios, passimque videre
Errare, atque viam palantes quaerere vitae,
Certare ingenio, contendere nobilitate;
Noctes alque dies niti praestante labore,
Ad sommas emergere opes, rerumque potiri.
O miseras hominum mentes! o pectora caeca!
Lucret., lib II. v.7.
|
Note_9
Tout cela n’était pas un vain compliment, comme la plupart des épîtres
dédicatoires. L’auteur passa en effet vingt ans de sa vie à
cultiver, avec cette dame illustre, les belles-lettres et la philosophie;
et tant qu’elle vécut, il refusa constamment de venir auprès
d’un souverain qui le demandait, comme on le voit par plusieurs lettres
insérées dans cette collection. (K.)
Note_10
D’après la lettre à Thiériot, du 6 février
1736, ce Discours
devait être adressé à Thiériot,
et placé à la fin de la tragédie. Voltaire même
l’appelle Postface
dans sa lettre du 10 mars. Mais dans la première
édition d’Alzire,
c’est en tête et non à la
fin de la tragédie qu’il est placé. Voltaire, dans sa lettre
à Thiériot, du 1er mars 1736, appelle ce discours l’Apologétique
de Tertullien.
Dans d’autres lettres il l’appelle simplement l’Apologétique.
Plusieurs passages du Discours préliminaire
se
retrouvent dans un Discours en réponse aux invectives et outrages
de ses détracteurs, qui fait partie des Pièces inédites,
1820,
in-8° et in-12. Il se pourrait que le Discours en réponse
fût
une première version du Discours préliminaire.
(B.)
Note_11
Bernardin Ramazzini, dans son De Morbis Artificum diatriba, 1701,
in-8°, 1713; in-4°, traite des maladies des artisans. (B.)
Note_12
Ce fut l’abbé Guyot-Desfontaines qui fit cette réponse à
M. le comte d’Argenson, depuis secrétaire d’État de la guerre
(1764). — A quoi le comte d’Argenson répliqua: « Je n’en vois
pas la nécessité. » (K.)
Note_13
Voltaire redit cela en 1759. (B.)
Note_14
Dans l’édition originale, on lisait de plus ici:
« Il y a une de ces calomnies répétée
dans vingt libelles au sujet de la belle édition anglaise de la
Henriade. Il ne s’agit ici que d’un vil intérêt. Ma conduite
prouve assez combien je suis au-dessus de ces bassesses. Je ne souillerai
point cet écrit d’un détail si avilissant. On trouvera chez
Bauche, libraire, une réponse satisfaisante. Mais il y a d’autres
accusations que l’honneur oblige à repousser. »
Ce passage fut supprimé, dès 1730, dans
l’édition faite à Amsterdam chez Jacques Desbordes.
« On trouvera chez Bauche une réponse satisfaisante.
» Il s’agissait peut-être des souscriptions à la
Henriade qu’avait reçues Thiériot, et dont Voltaire remboursa
le montant.
Note_15
Dans le Discours en réponse, dont j’ai parlé page
379, Voltaire dit que ce fut un nommé Bellechaume qui, dans une
critique imprimée d’Oedipe, dit, à l’occasion des
vers sur les prêtres: « Voilà la confession de foi d’un
athée ». Or dans la Réponse à l’Apologie
du nouvel Oedipe,
on lit après les deux vers sur les prêtres:
« Cela s’appelle n’avoir aucun reste de religion. » D’où
l’on peut conclure que c’est Bellechaume qui est auteur de la Réponse
à l’Apologie.
(B.)
Note_16
Dans la seconde édition de la Bibliothèque janséniste
(par
le P. de Colonia), 1731, in-12, on a placé, page 256, la Ligue,
ou Henri le Grand. C’est sous ce titre que parut, en 1723, la première
édition de la Henriade; mais la Henriade
ne figure
plus dans l’édition de la Bibliothèque janséniste
donnée
par Patouillet en 1753, quatre volumes in-12. (B.)
Note_17
Dans l’édition de J. Desbordes, 1736, on lisait en note ce qui suit:
« L’auteur n’a jamais répondu aux invectives
de personne qu’à celles du poète Rousseau, homme ennemi de
tout mérite, calomniateur de profession, reconnu et condamné
pour tel, livré par la justice à la haine de tous les honnêtes
gens, comme le cadavre d’un criminel qu’il est permis de disséquer
pour l’utilité publique. »
Je n’ai trouvé cette note que dans l’édition
de Desbordes. (B.)
Note_18
Dans toutes les éditions de 1736 et dans celles de 1738,1740, 1741,
1742, 1746, avant cet alinéa on lisait ici dans le texte:
« L’auteur ingénieux et digne de beaucoup
de considération qui vient de travailler sur un sujet à peu
près semblable à ma tragédie, et qui s’est exercé
à peindre ce contraste des moeurs de l’Europe et de celles du nouveau
monde, matière si favorable à la poésie, enrichira
peut-être le théâtre de sa pièce nouvelle. Il
verra si je serai le dernier à lui applaudir, et si un indigne amour-propre
ferme mes yeux aux beautés d’un ouvrage. »
C’est de 1748 que date la suppression de cet aliéna,
qui concerne Lefranc de Pompignan; voyez mon Avertissement. (B.)
Note_19
L’expédition du Mexique se fit en 1517, et celle du Pérou
en 1525. Ainsi Alvarez a pu aisément les voir. Los-Reyes, lieu de
la scène, fut bâti en 1535 (Note de Voltaire).
Note_20
On sait quelles cruautés Fernand Cortez exerça au Mexique,
et Pizarre au Pérou. (Note de Voltaire.)
Note_21
Racine avait dit dans la Thébaïde, acte Ier, scène
v:
On ne partage pas la grandeur souveraine;
vers que Voltaire a placé dans Rome sauvée,
acte II, scène iii. (B.)
Note_22
On eut peine à tolérer Gusman lors de la première
représentation. Grandval, qui jouait ce rôle, outrait encore
le caractère et le rendait féroce. (G. A.)
Note_23
On immolait quelquefois des hommes en Amérique; mais il n’y a presque
aucun peuple qui n’ait été coupable de cette horrible superstition.
(Note
de Voltaire.)
Note_24
On trouve un pareil trait dans une relation de la Nouvelle-Espagne. (Note
de Voltaire.)
Note_25
Vers répété dans Mahomet, acte Ier, scène
ii. (B.)
Note_26
Voyez, dans la Mort de César, la note de al page 324.
Note_27
Le mot propre est inca; mais les Espagnols, accoutumés dans
l’Amérique septentrionale au titre de cacique, le donnèrent
d’abord à tous les souverains du nouveau monde. (Note
de Voltaire.)
Note_28
Dans une variante d’Ériphyle, il y a:
Vivant, je l’ai vaincu; mort, est-il dangereux?
Note_29
L’astronomie, la géographie, la géométrie, étaient
cultivées au Pérou. Ou traçait des lignes sur des
colonnes pour marquer les équinoxes et les solstices. (Note
de Voltaire.)
Note_30
C’est ainsi qu’on lit dans les éditions de 1736, 1748, 1768, 1775.
Feu Decroix proposait de mettre:
Quel est donc ton dessein? (B.)
Note_31
Les Péruviens, qui avaient leurs fables comme les peuples de notre
continent, croyaient que leur premier inca, qui bâtit Cusco, était
fils du Soleil. (Note de Voltaire.)
Note_32
Dans son ode sur le Dix-Août, Lebrun a dit:
Qu’ils combattent pour l’esclavage;
Nous vaincrons pour la liberté. |
Note_33
On voit que Montèze, persuadé comme il l’est, ne fait point
une lâcheté en refusant sa fille à Zamore. Il doit
trop aimer sa religion et sa fille pour la céder à un idolâtre
qui ne pourrait la défendre. (Note de Voltaire.)
|