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LE DUC.
Vamir... Ingrate... Ah ciel!
*C’en est donc fait... mais non... mon coeur sait se
contraindre:
*Vous ne méritez pas que je daigne m’en plaindre.
*Je vous rends trop justice; et ces séductions,
*Qui vont au fond des coeurs chercher nos passions,
*L’espoir qu’on donne à peine afin qu’on le saisisse,
*Ce poison préparé des mains de l’artifice,
*Sont les effets d’un charme aussi trompeur que vain,
*Que l’oeil de la raison regarde avec dédain.
*Je suis libre par vous: cet art que je déteste,
*Cet art qui m’en chaîna, brise un joug si funeste;
*Et je ne prétends pas, indignement épris,
*Rougir devant mon frère, et souffrir des mépris.
*Montrez-moi seulement ce rival qui se cache;
*Je lui cède avec joie un poison qu’il m’arrache;
*Je vous dédaigne assez tous deux pour vous unir,
*Perfide! et c’est ainsi que je dois vous punir.
AMÉLIE.
*Je devrais seulement vous quitter et me taire;
*Mais je suis accusée, et ma gloire m’est chère.
*Votre frère est présent, et mon honneur
blessé
*Doit repousser les traits dont il est offensé.
*Pour un autre que vous ma vie est destinée;
*Je vous en fais l’aveu, je m’y vois condamnée.
*Oui, j’aime; et je serais indigne, devant vous,
*De celui que mon coeur s’est promis pour époux,
*Indigne de l’aimer, si, par ma complaisance,
*J’avais à votre amour laissé quelque espérance.
*Vous avez regardé ma liberté, ma foi,
*Comme un bien de conquête, et qui n’est plus à
moi.
*Je vous devais beaucoup; mais une telle offense
*Ferme à la fin mon coeur à la reconnaissance:
*Sachez que des bienfaits qui font rougir mon front
*A mes yeux indignés ne sont plus qu’un affront.
*J’ai plaint de votre amour la violence vaine;
*Mais, après ma pitié, n’attirez point
ma haine.
*J’ai rejeté vos voeux, que je n’ai point bravés;
*J’ai voulu votre estime, et vous me la devez.
LE DUC.
*Je vous dois ma colère, et sachez qu’elle égale
*Tous les emportements de mon amour fatale.
*Quoi donc! vous attendiez, pour oser m’accabler,
*Que Vamir fut présent, et me vît immoler?
*Vous vouliez ce témoin de l’affront que j’endure?
*Allez, je le croirais l’auteur de mon injure
*Si... Mais il n’a point vu vos funestes appas;
*Mon frère trop heureux ne vous connaissait pas.
*Nommez donc mon rival: mais gardez-vous de croire
*Que mon lâche dépit lui cède la
victoire.
*Je vous trompais, mon coeur ne peut feindre longtemps
*Je vous traîne à l’autel, à ses
yeux expirants;
*Et ma main, sur sa cendre, à votre main donnée,
*Va tremper dans le sang les flambeaux d’hyménée.
*Je sais trop qu’on a vu, lâchement abusés,
*Pour des mortels obscurs des princes méprisés;
*Et mes yeux perceront, dans la foule inconnue,
*Jusqu’à ce vil objet qui se cache à ma
vue.
VAMIR.
*Pourquoi d’un choix indigne osez-vous l’accuser?
LE DUC.
*Et pourquoi, vous, mon frère, osez-vous l’excuser?
*Est-il vrai que de vous elle était ignorée?
*Ciel! à ce piège affreux ma foi serait
livrée!
*Tremblez!
VAMIR.
Moi que je tremble! ah! j’ai trop dévoré
*L’inexprimable horreur où toi seul m’as livré.
*J’ai forcé trop longtemps mes transports au silence:
*Connais-moi donc, barbare, et remplis ta vengeance!
*Connais un désespoir à tes fureurs égal:
*Frappe, voilà mon coeur, et voilà ton
rival!
LE DUC.
*Toi, cruel! toi, Vamir!
VAMIR.
Oui, depuis deux années,
*L’amour la plus secrète a joint nos destinées.
*C’est toi dont les fureurs ont voulu m’arracher
*Le seul bien sur la terre où j’ai pu m’attacher.
*Tu fais depuis trois mois les horreurs de ma vie;
*Les maux que j’éprouvais passaient ta jalousie:
*Par tes égarements juge de mes transports.
*Nous puisâmes tous deux dans ce sang dont je sors
*L’excès des passions qui dévorent une
âme;
*La nature à tous deux fit un coeur tout de flamme.
*Mon frère est mon rival, et je l’ai combattu;
*J’ai fait taire le sang, peut-être la vertu.
*Furieux, aveuglé, plus jaloux
que toi-même,
*J’ai couru, j’ai volé, pour t’ôter ce que
j’aime;
*Rien ne m’a retenu, ni tes superbes tours,
*Ni le peu de soldats que j’avais pour secours,
*Ni le lieu, ni le temps, ni surtout ton courage;
*Je n’ai vu que ma flamme, et ton feu qui m’outrage.
*L’amour fut dans mon coeur plus fort que l’amitié;
*Sois cruel comme moi, punis-moi sans pitié:
*Aussi bien tu ne peux t’assurer ta conquête,
*Tu ne peux l’épouser qu’aux dépens de
ma tête.
*A la face des cieux je lui donne ma foi:
*Je te fais de nos voeux le témoin malgré
toi.
*Frappe, et qu’après ce coup ta cruauté
jalouse
*Traîne au pied des autels ta soeur et mon épouse!
*Frappe, dis-je: oses-tu?
LE DUC.
Traître, c’en est assez.
*Qu’on l’ôte de mes yeux: soldats, obéissez!
AMÉLIE.
(Aux Soldats.) (Au duc.)
*Non demeurez, cruels!... Ah! prince, est-il possible
*Que la nature en vous trouve une âme inflexible?
*Seigneur!
VAMIR.
Vous, le prier! Plaignez-le plus que moi.
*Plaignez-le: il vous offense, il a trahi son roi.
*Va, je suis dans ces lieux plus puissant que toi-même;
*Je suis vengé de toi: l’on te hait, et l’on m’aime.
AMÉLIE.
(A Vamir.) (Au duc.)
*Ah, cher prince!... Ah, seigneur! voyez à vos
genoux...
LE DUC.
(Aux gardes.) (A Amélie.)
*Qu’on m’en réponde, allez! Madame, levez-vous.
*Vos prières, vos pleurs, en faveur d’un parjure,
*Sont un nouveau poison versé sur ma blessure:
*Vous avez mis la mort dans ce coeur outragé;
*Mais, perfide, croyez que je mourrai vengé.
*Adieu: si vous voyez les effets de ma rage,
*N’en accusez que vous; nos maux sont votre ouvrage.
AMÉLIE.
*Je ne vous quitte pas: écoutez-moi, seigneur.
LE DUC.
*Eh bien! achevez donc de déchirer mon coeur:
*Parlez.
SCÈNE vI.
LE DUC, VAMIR, AMÉLIE,
LISOIS,
UN OFFICIER, ETC.
LISOIS.
J’allais partir: un peuple téméraire
*Se soulève en tumulte au nom de votre frère.
*Le désordre est partout; vos soldats consternés
*Désertent les drapeaux de leurs chefs étonnés;
*Et, pour comble de maux, vers la ville alarmée
*L’ennemi rassemblé fait marcher son armée.
LE DUC.
*Allez, cruelle, allez; vous ne jouirez pas
*Du fruit de votre haine et de vos attentats:
*Rentrez. Aux factieux je vais montrer leur maître.
(A l’officier.) (A Lisois.)
*Qu’on la garde. Courons. Vous, veillez sur ce traître.
SCÈNE VII.
VAMIR, LISOIS
LISOIS.
*Le seriez-vous, seigneur? auriez-vous démenti
*Le sang de ces héros dont vous êtes sorti?
*Auriez-vous violé, par cette lâche injure,
*Et les droits de la guerre, et ceux de la nature?
*Un prince à cet excès pourrait-il s’oublier?
VAMIR.
*Non; mais suis-je réduit à me justifier?
*Lisois, ce peuple est juste; il t’apprend à connaître
*Que mon frère est rebelle, et qu’il trahit son
maître.
LISOIS.
*Écoutez: ce serait le comble de mes voeux
*De pouvoir aujourd’hui vous réunir tous deux.
*Je vois avec regret la France désolée,
*A nos dissensions la nature immolée,
*Sur nos communs débris l’Africain élevé,
*Menaçant cet État par nous-même
énervé.
*Si vous avez un coeur digne de votre race,
*Faites au bien public servir votre disgrâce;
*Rapprochez les partis, unissez-vous à moi
*Pour calmer votre frère et fléchir votre
roi,
*Pour éteindre le feu de nos guerres civiles.
VAMIR.
*Ne vous en flattez pas; vos soins sont inutiles.
*Si la discorde seule avait armé mon bras,
*Si la guerre et la haine avaient conduit mes pas,
*Vous pourriez espérer de réunir deux frères,
*L’un de l’autre écartés dans des partis
contraires:
*Un obstacle plus grand s’oppose à ce retour.
LISOIS.
*Et quel est-il, seigneur?
VAMIR.
Ah! reconnais l’amour;
*Reconnais la fureur qui de nous deux s’empare,
*Qui m’a fait téméraire, et qui le rend
barbare.
LISOIS.
*Ciel! faut-il voir ainsi, par des caprices vains,
*Anéantir le fruit des plus nobles desseins?
*L’amour subjuguer tout? ses cruelles faiblesses
*Du sang qui se révolte étouffer les tendresses?
*Des frères se haïr, et naître en tous
climats
*Des passions des grands le malheur des États?
*Prince, de vos amours laissons là le mystère;
*Je vous plains tous les deux, mais je sers votre frère;
*Je vais le seconder, je vais me joindre à lui
*Contre un peuple insolent qui se fait votre appui.
*Le plus pressant danger est celui qui m’appelle;
*Je vois qu’il peut avoir une fin bien cruelle;
*Je vois les passions plus puissantes que moi,
*Et l’amour seul ici me fait frémir d’effroi,
*Je lui dois mon secours; je vous laisse, et j’y vole.
*Soyez mon prisonnier, mais sur votre parole;
*Elle me suffira.
VAMIR.
Je vous la donne,
LISOIS.
Et moi,
*Je voudrais de ce pas porter la sienne au roi;
*Je voudrais cimenter, dans l’ardeur de lui plaire,
*Du sang de nos tyrans une union si chère.
*Mais ces fiers ennemis sont bien moins dangereux
*Que ce fatal amour qui vous perdra tous deux.
FIN DU TROISIÈME ACTE.
ACTE QUATRIÈME.
SCÈNE I.
VAMIR, AMÉLIE, ÉMAR.
AMÉLIE.
Quelle suite, grand Dieu, d’affreuses destinées!
Quel tissu de douleurs l’une à l’autre enchaînées!
Un orage imprévu m’enlève à votre
amour;
Un orage nous joint; et, dans le même jour,
Quand je vous suis rendue, un autre nous sépare!
Vamir, frère adoré d’un frère trop
barbare,
Vous le voulez, Vamir; je pars, et vous restez!
VAMIR.
Voyez par quels liens mes pas sont arrêtés.
*Au pouvoir d’un rival ma parole me livre:
*Je peux mourir pour vous, et je ne peux vous suivre.
AMÉLIE.
Vous l’osâtes combattre, et vous n’osez le fuir!
VAMIR.
L’honneur est mon tyran; je lui dois obéir.
Profitez du tumulte où la ville est livrée;
La retraite à vos pas déjà semble
assurée;
On vous attend; le ciel a calmé son courroux.
Espérez...
AMÉLIE.
Eh! que puis-je espérer loin de vous?
VAMIR.
Ce n’est qu’un jour.
AMÉLIE.
Ce jour est un siècle funeste.
Rendez vains mes soupçons, ciel vengeur que j’atteste!
*Seigneur, de votre sang le Maure est altéré.
*Ce sang à votre frère est-il donc si sacré?
Il aime en furieux; mais il hait plus encore:
Il est votre rival, et l’allié du Maure.
*Je crains...
VAMIR.
Il n’oserait...
AMÉLIE.
Son coeur n’a point de frein.
*Il vous a menacé, menace-t-il en vain?
VAMIR.
*Il tremblera bientôt: le roi vient, et nous venge;
*La moitié de ce peuple à ses drapeaux
se range.
*Allez: si vous m’aimez, dérobez-vous aux coups
*Des foudres allumés grondants autour de nous;
*Au tumulte, au carnage, au désordre effroyable,
*Dans des murs pris d’assaut malheur inévitable:
*Mais redoutez encor mon rival furieux;
*Craignez l’amour jaloux qui veille dans ses yeux:
Cet amour méprisé se tournerait en rage.
Fuyez sa violence: évitez un outrage
Qu’il me faudrait laver de son sang et du mien.
Seul espoir de ma vie, et mon unique bien,
Mettez en sûreté ce seul bien qui me reste:
Ne vous exposez pas à cet éclat funeste.
*Cédez à mes douleurs; qu’il vous perde:
partez.
AMÉLIE.
*Et vous vous exposez seul à ses cruautés!
VAMIR.
*Ne craignant rien pour vous, je craindrai peu mon frère.
*Que dis-je? mon appui lui devient nécessaire.
Son captif aujourd’hui, demain son bienfaiteur,
*Je pourrai de son roi lui rendre la faveur.
*Protéger mon rival est la gloire où j’aspire.
Arrachez-vous surtout à son fatal empire:
Songez que ce matin vous quittiez ses États.
AMÉLIE.
Ah! je quittais des lieux que vous n’habitiez pas.
Dans quelque asile affreux que mon destin m’entraîne,
Vamir, j’y porterai mon amour et ma haine.
Je vous adorerai dans le fond des déserts,
Au milieu des combats, dans l’exil, dans les fers,
Dans la mort que j’attends de votre seule absence.
VAMIR.
C’en est trop; vos douleurs ébranlent ma constance:
*Vous avez trop tardé... Ciel! quel tumulte affreux!
SCÈNE II.
AMÉLIE, VAMIR, LE DUC,
GARDES.
LE DUC.
*Je l’entends; c’est lui-même. Arrête, malheureux!
*Lâche qui me trahis, rival indigne, arrête!
VAMIR.
*Il ne te trahit point, mais il t’offre sa tête.
*Porte à tous les excès ta haine et ta
fureur;
*Va, ne perds point de temps: le ciel arme un vengeur.
*Tremble, ton roi s’approche; il vient, il va paraître;
*Tu n’as vaincu que moi, redoute encor ton maître.
LE DUC.
*Il pourra te venger, mais non te secourir;
*Et ton sang...
AMÉLIE.
Non, cruel, c’est à moi de mourir.
*J’ai tout fait; c’est par moi que ta garde est séduite;
*J’ai gagné tes soldats, j’ai préparé
ma fuite.
*Punis ces attentats et ces crimes si grands,
*De sortir d’esclavage et de fuir ses tyrans:
*Mais respecte ton frère, et sa femme, et toi-même:
*Il ne t’a point trahi; c’est un frère qui t’aime;
*Il voulait te servir quand tu veux l’opprimer.
*Quel crime a-t-il commis, cruel, que de m’aimer?
*L’amour n’est-il en toi qu’un juge inexorable?
LE DUC.
*Plus vous le défendez, plus il devient coupable.
*C’est vous qui le perdez, vous qui l’assassinez;
*Vous, par qui tous nos jours étaient empoisonnés;
*Vous qui, pour leur malheur, armiez des mains si chères.
*Puisse tomber sur vous tout le sang des deux frères!
*Vous pleurez! mais vos pleurs ne peuvent me tromper;
*Je suis prêt à mourir, et prêt à
le frapper.
*Mon malheur est au comble, ainsi que ma faiblesse.
*Oui, je vous aime encor; le temps, le péril presse:
*Vous pouvez à l’instant parer le coup mortel:
*Voilà ma main, venez: sa grâce est à
l’autel.
AMÉLIE.
*Moi, seigneur?
LE DUC.
C’est assez.
AMÉLIE.
Moi, que je le trahisse!
LE DUC.
*Arrêtez... répondez...
AMÉLIE.
Je ne puis.
LE DUC.
Qu’il périsse!
VAMIR.
*Ne vous laissez pas vaincre en ces affreux combats;
*Osez m’aimer assez pour vouloir mon trépas:
*Abandonnez mon sort au coup qu’il me prépare.
*Je mourrai triomphant des mains de ce barbare:
*Et si vous succombiez à son lâche courroux,
*Je n’en mourrais pas moins, mais je mourrais par vous.
LE DUC.
*Qu’on l’entraîne à la tour; allez, qu’on
m’obéisse!
SCÈNE III.
LE DUC, AMÉLIE.
AMÉLIE.
*Vous, cruel, vous feriez cet affreux sacrifice?
*De son vertueux sang vous pourriez vous couvrir?
*Quoi! voulez-vous...?
LE DUC.
Je veux vous haïr et mourir,
*Vous rendre malheureuse encor plus que moi-même,
*Répandre devant vous tout le sang qui vous aime,
*Et vous laisser des jours plus cruels mille fois
*Que le jour où l’amour nous a perdus tous trois.
*Laissez-moi: votre vue augmente mon supplice.
SCÈNE Iv.
LE DUC, AMÉLIE, LISOIS.
AMÉLIE, à Lisois.
*Ah! je n’attends plus rien que de votre justice:
*Lisois, contre un cruel osez me secourir.
LE DUC.
*Garde-toi de l’entendre, ou tu vas me trahir.
AMÉLIE.
*J’atteste ici le ciel...
LE DUC.
Éloignez de ma vue,
*Amis... délivrez-moi de l’objet qui me tue.
AMÉLIE.
*Va, tyran, c’en est trop: va, dans mon désespoir
*J’ai combattu l’horreur que je sens à te voir.
*J’ai cru, malgré ta rage à ce point emportée,
*Qu’une femme du moins en serait respectée
*L’amour adoucit tout, hors ton barbare coeur;
*Tigre, je t’abandonne à toute ta fureur.
*Dans ton féroce amour immole tes victimes;
*Compte dès ce moment ma mort parmi tes crimes;
*Mais compte encor la tienne. Un vengeur va venir;
*Par ton juste supplice il va tous nous unir.
*Tombe avec tes remparts, tombe, et péris sans
gloire;
*Meurs, et que l’avenir prodigue à ta mémoire,
*A tes feux, à ton nom, justement abhorrés,
*La haine et le mépris que tu m’as inspirés!
SCÈNE v.
LE DUC, LISOIS.
LE DUC.
*Oui, cruelle ennemie, et plus que moi farouche,
*Oui, j’accepte l’arrêt prononcé par ta
bouche.
*Que la main de la haine et que les mêmes coups
*Dans l’horreur du tombeau nous réunissent tous!
(Il tombe dans un fauteuil.)
LISOIS.
*Il ne se connaît plus; il succombe à sa
rage.
LE DUC.
*Eh bien! Souffriras-tu ma honte et mon outrage?
*Le temps presse; veux-tu qu’un rival odieux
*Enlève la perfide, et l’épouse à
mes yeux?
*Tu crains de me répondre! Attends-tu que le traître
*Ait soulevé le peuple, et me livre à son
maître?
LISOIS.
*Je vois trop, en effet, que le parti du roi
*Des peuples fatigués fait chanceler la foi.
*De la sédition la flamme réprimée
*Vit encor dans les coeurs, en secret rallumée.
LE DUC.
*C’est Vamir qui l’allume; il nous a trahis tous.
LISOIS.
*Je suis loin d’excuser ses crimes envers vous;
*La suite en est funeste, et me remplit d’alarmes.
*Dans la plaine déjà les Français
sont en armes;
*Et vous êtes perdu, si le peuple excité
*Croit dans la trahison trouver sa sûreté.
*Vos dangers sont accrus.
LE DUC.
Eh bien! que faut-il faire?
LISOIS.
*Les prévenir, dompter l’amour et la colère.
*Ayons encor, mon prince, en cette extrémité,
*Pour prendre un parti sûr assez de fermeté.
*Nous pouvons conjurer ou braver la tempête:
*Quoi que vous décidiez, ma main est toute prête.
*Vous vouliez ce matin, par un heureux traité,
*Apaiser avec gloire un monarque irrité;
*Ne vous rebutez pas: ordonnez, et j’espère
*Signer en votre nom cette paix salutaire.
*Mais s’il vous faut combattre, et courir au trépas,
*Vous savez qu’un ami ne vous survivra pas.
LE DUC.
*Ami, dans le tombeau laisse-moi seul descendre:
*Vis pour servir ma cause et pour venger ma cendre.
*Mon destin s’accomplit, et je cours l’achever.
*Qui ne veut que la mort est sûr de la trouver:
*Mais je la veux terrible; et lorsque je succombe,
*Je veux voir mon rival entraîné dans ma
tombe.
LISOIS.
*Comment! de quelle horreur vos sens sont possédés!
LE DUC.
*Il est dans cette tour, où vous seul commandez;
*Et vous m’avez promis que contre un téméraire...
LISOIS.
*De qui me parlez-vous, seigneur? de votre frère?
LE DUC.
*Non, je parle d’un traître et d’un lâche
ennemi,
*D’un rival qui m’abhorre et qui m’a tout ravi.
*Le Maure attend de moi la tête du parjure.
LISOIS.
*Vous leur avez promis de trahir la nature?
LE DUC.
*Dès longtemps du perfide ils ont proscrit le sang.
LISOIS.
*Et pour leur obéir vous lui percez le flanc?
LE DUC.
*Non, je n’obéis point à leur haine étrangère;
*j’obéis à ma rage, et veux la satisfaire.
*Que m’importent l’État et mes vains alliés?
LISOIS.
*Ainsi donc à l’amour vous le sacrifiez?
*Et vous me chargez, moi, du soin de son supplice!
LE DUC.
*Je n’attends pas de vous cette prompte justice.
*Je suis bien malheureux! bien digne de pitié!
*Trahi dans mon amour, trahi dans l’amitié!
*Allez; je puis encor, dans le sort qui me presse,
*Trouver de vrais amis qui tiendront leur promesse;
*D’autres me serviront, et n’allégueront pas
*Cette triste vertu, l’excuse des ingrats.
LISOIS, après un long
silence.
*Non; j’ai pris mon parti. Soit crime, soit justice,
*Vous ne vous plaindrez plus qu’un ami vous trahisse.
Vamir est criminel: vous êtes malheureux;
Je vous aime, il suffit: je me rends à vos voeux.
Je vois qu’il est des temps pour les partis extrêmes,
Que les plus saints devoirs peuvent se taire eux-mêmes.
*Je ne souffrirai pas que d’un autre que moi,
*Dans de pareils moments, vous éprouviez la foi;
*Et vous reconnaîtrez, au succès de mon
zèle,
*Si Lisois vous aimait, et s’il vous fut fidèle.
LE DUC.
Je te retrouve enfin dans mon adversité:
L’univers m’abandonne, et toi seul m’es resté.
Tu ne souffriras pas que mon rival tranquille
Insulte impunément à ma rage inutile;
Qu’un ennemi vaincu, maître de mes États,
Dans les bras d’une ingrate insulte à mon trépas.
LISOIS.
*Non; mais en vous rendant ce malheureux service,
*Prince, je vous demande un autre sacrifice.
LE DUC.
*Parle.
LISOIS.
Je ne veux pas que le Maure en ces lieux,
*Protecteur insolent, commande sous mes yeux;
*Je ne veux pas servir un tyran qui nous brave.
*Ne puis-je vous venger sans être son esclave?
*Si vous voulez tomber, pourquoi prendre un appui?
*Pour mourir avec vous ai-je besoin de lui?
*Du sort de ce grand jour laissez-moi la conduite:
*Ce que je fais pour vous peut-être le mérite.
*Les Maures avec moi pourraient mal s’accorder;
*Jusqu’au dernier moment je veux seul commander.
LE DUC.
*Oui, pourvu qu’Amélie, au désespoir réduite,
*Pleure en larmes de sang l’amant qui l’a séduite;
*Pourvu que de l’horreur de ses gémissements
*Ma douleur se repaisse à mes derniers moments,
*Tout le reste est égal, et je te l’abandonne:
*Prépare le combat, agis, dispose, ordonne.
*Ce n’est plus la victoire où ma fureur prétend;
*Je ne cherche pas même un trépas éclatant.
*Aux coeurs désespérés qu’importe
un peu de gloire?
*Périsse ainsi que moi ma funeste mémoire!
*Périsse avec mon nom le souvenir fatal
*D’une indigne maîtresse et d’un lâche rival!
LISOIS.
*Je l’avoue avec vous: une nuit éternelle
*Doit couvrir, s’il se peut, une fin si cruelle.
*C’était avant ce coup qu’il nous fallait mourir
*Mais je tiendrai parole, et je vais vous servir.
FIN DU QUATRIÈME ACTE.
ACTE CINQUIÈME(4).
SCÈNE I.
LE DUC, UN OFFICIER, GARDES.
LE DUC.
*O ciel! me faudra-t-il, de moments en moments,
*Voir et des trahisons, et des soulèvements?
*Eh bien! de ces mutins l’audace est terrassée?
L’OFFICIER.
*Seigneur, ils vous ont vu: leur foule est dispersée.
LE DUC.
*L’ingrat de tous côtés m’opprimait aujourd’hui;
*Mon malheur est parfait, tous les coeurs sont à
lui.
Que fait Lisois?
L’OFFICIER.
Seigneur, sa prompte vigilance
A partout des remparts assuré la défense.
LE DUC.
*Ce soldat qu’en secret vous m’avez amené,
*Va-t-il exécuter l’ordre que j’ai donné?
L’OFFICIER.
*Oui, seigneur, et déjà vers la tour il
s’avance.
LE DUC.
Ce bras vulgaire et sûr va remplir ma vengeance.
*Sur l’incertain Lisois mon coeur a trop compté:
*Il a vu ma fureur avec tranquillité.
*On ne soulage point des douleurs qu’on méprise;
*Il faut qu’en d’autres mains ma vengeance soit mise.
*Vous, que sur nos remparts on porte nos drapeaux;
*Allez, qu’on se prépare à des périls
nouveaux.
*Vous sortez d’un combat, un autre vous appelle;
*Ayez la même audace, avec le même zèle;
*Imitez votre maître; et s’il vous faut périr,
*Vous recevrez de moi l’exemple de mourir.
(Il reste seul.)
Eh bien! c’en est donc fait une femme perfide
Me conduit au tombeau chargé d’un parricide!
Qui? moi, je tremblerais des coups qu’on va porter?
J’ai chéri la vengeance, et ne puis la goûter.
*Je frissonne une voix gémissante et sévère
*Crie au fond de mon coeur: Arrête, il est ton
frère!
*Ah! prince infortuné, dans ta haine affermi,
*Songe à des droits plus saints; Vamir fut ton
ami!
*O jours de notre enfance! ô tendresses passées!
*Il fut le confident de toutes mes pensées.
*Avec quelle innocence et quels épanchements
*Nos coeurs se sont appris leurs premiers sentiments!
*Que de fois, partageant mes naissantes alarmes,
*D’une main fraternelle essuya-t-il mes larmes!
*Et c’est moi qui l’immole! et cette même main
*D’un frère que j’aimai déchirerait le
sein!
*O passion funeste! ô douleur qui m’égare!
*Non, je n’étais point né pour devenir
barbare.
*Je sens combien le crime est un fardeau cruel!
*Mais que dis-je? Vamir est le seul criminel.
*Je reconnais mon sang, mais c’est à sa furie:
*Il m’enlève l’objet dont dépendait ma
vie;
Ah! de mon désespoir injuste et vain transport!
*Il l’aime; est-ce un forfait qui mérite la mort?
*Hélas! malgré le temps, et la guerre,
et l’absence,
*Leur tranquille union croissait dans le silence;
*Ils nourrissaient en paix leur innocente ardeur
*Avant qu’un fol amour empoisonnât mon coeur.
*Mais lui-même il m’attaque, il brave ma colère,
*Il me trompe, il me hait. N’importe, il est mon frère!
C’est à lui seul de vivre; on l’aime, il est heureux
C’est à moi de mourir, mais mourons généreux.
La pitié m’ébranlait, la nature décide.
Il en est temps encor.
SCÈNE II.
LE DUC, L’OFFICIER.
LE DUC.
Préviens un parricide,
Ami, vole à la tour; que tout soit suspendu;
Que mon frère...
L’OFFICIER.
Seigneur...
LE DUC.
De quoi t’alarmes-tu?
Cours, obéis.
L’OFFICIER.
*J’ai vu, non loin de cette porte,
*Un corps souillé de sang qu’en secret on emporte;
*C’est Lisois qui l’ordonne, et je crains que le sort...
LE DUC.
*Qu’entends-je? malheureux! Ah ciel! mon frère
est mort!
*Il est mort, et je vis! Et la terre entr’ouverte,
Et la foudre en éclats n’ont point vengé
sa perte!
*Ennemi de l’État, factieux, inhumain,
*Frère dénaturé, ravisseur, assassin,
O ciel! autour de moi que j’ai creusé d’abîmes!
Que l’amour m’a changé! qu’il me coûte de
crimes!
*Le voile est déchiré, je m’étais
mal connu.
*Au comble des forfaits je suis donc parvenu!
*Ah! Vamir, ah! mon frère, ah! jour de ma ruine!
*Je sens que je t’aimais, et mon bras t’assassine!
*Quoi! mon frère!
L’OFFICIER.
Amélie, avec empressement
*Veut, seigneur, en secret vous parler un moment.
LE DUC.
*Chers amis, empêchez que la cruelle avance;
*Je ne puis soutenir ni souffrir sa présence.
*Mais non: d’un parricide elle doit se venger;
*Dans mon coupable sang sa main doit se plonger;
*Qu’elle entre... Ah! je succombe, et ne vis plus qu’à
peine.
SCÈNE III.
LE DUC, AMÉLIE, TAÏSE.
AMÉLIE.
*Vous l’emportez, seigneur, et puisque votre haine
*(Comment puis-je autrement appeler en ce jour
*Ces affreux sentiments que vous nommez amour?),
*Puisqu’à ravir ma foi votre haine obstinée
*Veut ou le sang d’un frère, ou ce triste hyménée...
*Mon choix est fait, seigneur, et je me donne à
vous:
*A force de forfaits vous êtes mon époux.
*Brisez les fers honteux dont vous chargez un frère;
*De vos murs sous ses pas abaissez la barrière.
*Que je ne tremble plus pour des jours si chéris;
*Je trahis mon amant, je le perds à ce prix:
*Je vous épargne un crime, et suis votre conquête.
*Commandez, disposez, ma main est toute prête;
*Sachez que cette main, que vous tyrannisez,
*Punira la faiblesse où vous me réduisez.
*Sachez qu’au temple même où vous m’allez
conduire...
*Mais vous voulez ma foi, ma foi doit vous suffire.
*Allons... Eh quoi! d’où vient ce silence affecté?
*Quoi! votre frère encor n’est point en liberté?
LE DUC.
*Mon frère?
AMÉLIE.
Dieu puissant! dissipez mes alarmes!
*Ciel! de vos yeux cruels je vois tomber des larmes!
LE DUC.
*Vous demandez sa vie...
AMÉLIE.
Ah! qu’est-ce que j’entends?
*Vous qui m’aviez promis...
LE DUC.
Madame, il n’est plus temps.
AMÉLIE.
*Il n’est plus temps! Vamir...
LE DUC.
Il est trop vrai, cruelle!
Que l’amour a conduit cette main criminelle:
*Lisois, pour mon malheur, a trop su m’obéir.
*Ah! revenez à vous, vivez pour me punir.
*Frappez: que votre main, contre moi ranimée,
*Perce un coeur inhumain qui vous a trop aimée,
*Un coeur dénaturé qui n’attend que vos
coups!
*Oui, j’ai tué mon frère, et l’ai tué
pour vous.
*Vengez sur un coupable, indigne de vous plaire,
*Tous les crimes affreux que vous m’avez fait faire.
AMÉLIE, se jetant entre
les bras de Taïse.
*Vamir est mort? barbare!...
LE DUC.
Oui; mais c’est de ta main
*Que son sang veut ici le sang de l’assassin.
AMÉLIE, soutenue par Taïse,
et presque évanouie.
*Il est mort!
LE DUC.
Ton reproche...
AMÉLIE.
Épargne ma misère:
*Laisse-moi: je n’ai plus de reproche à te faire.
*Va, porte ailleurs ton crime et ton vain repentir;
*Laisse-moi l’adorer, l’embrasser, et mourir.
LE DUC.
*Ton horreur est trop juste. Eh bien! chère Amélie,
Par pitié, par vengeance, arrache-moi la vie.
*Je ne mérite pas de mourir de tes coups;
*Que ma main les conduise...
SCÈNE Iv.
LE DUC, AMÉLIE, LISOIS.
LISOIS.
Ah ciel! que faites-vous?
LE DUC. (On le désarme.)
*Laissez-moi me punir et me rendre justice.
AMÉLIE, à Lisois.
*Vous, d’un assassinat vous êtes le complice?
LE DUC.
*Ministre de mon crime, as-tu pu m’obéir?
LISOIS.
*Je vous avais promis, seigneur, de vous servir.
LE DUC.
*Malheureux que je suis! ta sévère rudesse
*A cent fois de mes sens combattu la faiblesse:
*Ne devais-tu te rendre à mes tristes souhaits
*Que quand ma passion t’ordonnait des forfaits?
*Tu ne m’as obéi que pour perdre mon frère!
LISOIS.
*Lorsque j’ai refusé ce sanglant ministère,
*Votre aveugle courroux n’allait-il pas soudain
*Du soin de vous venger charger une autre main?
LE DUC.
*L’amour, le seul amour, de mes sens toujours maître,
*En m’ôtant ma raison, m’eût excusé
peut-être:
*Mais toi, dont la sagesse et les réflexions
*Ont calmé dans ton sein toutes les passions,
*Toi, dont j’avais tant craint l’esprit ferme et rigide,
*Avec tranquillité permettre un parricide!
LISOIS.
*Eh bien! puisque la honte avec le repentir,
*Par qui la vertu parle à qui peut la trahir,
*D’un si juste remords ont pénétré
votre âme;
*Puisque, malgré l’excès de votre aveugle
flamme,
*Au prix de votre sang vous voudriez sauver
*Le sang dont vos fureurs ont voulu vous priver;
*Je puis donc m’expliquer, je puis donc vous apprendre
*Que de vous-même enfin Lisois sait vous défendre.
*Connaissez-moi, madame, et calmez vos douleurs.
(Au duc.) (A Amélie.)
*Vous, gardez vos remords; et vous, séchez vos
pleurs.
*Que ce jour à tous trois soit un jour salutaire.
*Venez, paraissez, prince; embrassez votre frère!
(Le théâtre s’ouvre, Vamir paraît.)
SCÈNE V.
LE DUC, AMÉLIE, VAMIR,
LISOIS.
AMÉLIE.
*Qui? Vous!
LE DUC.
Mon frère!
AMÉLIE.
Ah ciel!
LE DUC.
Qui l’aurait pu penser?
VAMIR, s’avançant du fond
du théâtre.
*J’ose encor te revoir, te plaindre, et t’embrasser.
LE DUC.
*Mon crime en est plus grand, puisque ton coeur l’oublie.
AMÉLIE.
*Lisois, digne héros, qui me donnez la vie...
LE DUC.
*Il la donne à tous trois.
LISOIS.
Un indigne assassin
*Sur Vamir à mes yeux avait levé la main;
*J’ai frappé le barbare; et, prévenant
encore
*Les aveugles fureurs du feu qui vous dévore,
J’ai feint d’avoir versé ce sang si précieux,
*Sûr que le repentir vous ouvrirait les yeux.
LE DUC.
*Après ce grand exemple et ce service insigne,
*Le prix que je t’en dois, c’est de m’en rendre digne.
*Le fardeau de mon crime est trop pesant pour moi;
*Mes yeux, couverts d’un voile et baissés devant
toi,
*Craignent de rencontrer, et les regards d’un frère,
*Et la beauté fatale, à tous les deux trop
chère.
VAMIR.
*Tous deux auprès du roi nous voulions te servir.
*Quel est donc ton dessein? parle.
LE DUC.
De me punir,
*De nous rendre à tous trois une égale
justice,
*D’expier devant vous, par le plus grand supplice,
*Le plus grand des forfaits, où la fatalité,
*L’amour, et le courroux, m’avaient précipité.
*J’adorais Amélie, et ma flamme cruelle,
*Dans mon coeur désolé, s’irrite encor
pour elle.
*Lisois sait à quel point j’adorais ses appas
*Quand ma jalouse rage ordonnait ton trépas;
*Dévoré, malgré moi, du feu qui
me possède,
*Je l’adore encor plus... et mon amour la cède.
*Je m’arrache le coeur en vous rendant heureux:
*Aimez-vous: mais au moins pardonnez-moi tous deux.
VAMIR.
Ah! ton frère à tes pieds, digne de ta clémence,
Égale tes bienfaits par sa reconnaissance.
AMÉLIE.
*Oui, seigneur, avec lui j’embrasse vos genoux;
*La plus tendre amitié va me rejoindre à
vous.
*Vous me payez trop bien de mes douleurs souffertes.
LE DUC.
*Ah! c’est trop me montrer mes malheurs et mes pertes!
*Mais vous m’apprenez tous à suivre la vertu.
*Ce n’est point à demi que mon coeur est rendu:
(A Vamir.)
Je suis en tout ton frère; et mon âme attendrie
*Imite votre exemple, et chérit sa patrie.
*Allons apprendre au roi, pour qui vous combattez,
*Mon crime, mes remords, et vos félicités.
Oui, je veux égaler votre foi, votre zèle,
Au sang, à la patrie, à l’amitié
fidèle,
Et vous faire oublier, après tant de tourments,
A force de vertus, tous mes égarements. |