OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE THÉÂTRE II
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AMÉLIE OU LE DUC DE FOIX
TRAGÉDIE EN CINQ ACTES
REPRÉSENTÉE A PARIS, POUR LA PREMIÈRE FOIS, A PARIS, LE 17 AOÛT 1752(1).

Notice bibliographique 
Personnages
Amélie, la pièce
Acte I
Acte II
Acte III
Acte IV
Acte V

PERSONNAGES


LE DUC DE FOIX. 
AMÉLIE. 
VAMIR, frère du duc de Foix. 
LISOIS. 
TAÏSE, confidente d’Amélie. 
UN OFFICIER DU DUC DE FOIX. 
ÉMAR, confident de Vamir.

La scène est dans le palais du duc de Foix.








Noms des acteurs qui jouèrent dans le Duc de Foix et dans la Sérénade, de Regnard, qui l’accompagnait: Dubreuil, Grandval (Lisois), Dangeville, Dubois, Baron, Bonneval, Deschamps, Drouin, Lekain; Mmes Gaussin (Amélie), Lavoy, Beaumenard, Guéant. ¾ Recette: 2,854 livres. — Dans sa nouveauté, le Duc de Foix eut quinze représentations. (G.A.) 
 
 

AMÉLIE

ou LE DUC DE FOIX

ACTE PREMIER.

SCÈNE I.

AMÉLIE, LISOIS.


LISOIS.

*(2)Souffrez qu’en arrivant dans ce séjour d’alarmes, 
*Je dérobe un moment au tumulte des armes: 
Le grand coeur d’Amélie est du parti des rois; 
Contre eux, vous le savez, je sers le duc de Foix: 
Ou plutôt je combats ce redoutable maire, 
Ce Pépin qui, du trône heureux dépositaire, 
En subjuguant l’État; en soutient la splendeur, 
Et de Thierri son maître ose être protecteur. 
Le duc de Foix ici vous tient sous sa puissance: 
J’ai de sa passion prévu la violence; 
Et sur lui, sur moi-même, et sur votre intérêt, 
Je viens ouvrir mon coeur, et dicter mon arrêt. 
*Écoutez-moi, madame, et vous pourrez connaître 
*L’âme d’un vrai soldat, digue de vous peut-être. 

AMÉLIE.

*Je sais quel est Lisois; sa noble intégrité 
*Sur ses lèvres toujours plaça la vérité. 
*Quoi que vous m’annonciez, je vous croirai sans peine. 

LISOIS.

*Sachez que si dans Foix mon zèle me ramène, 
Si de ce prince altier j’ai suivi les drapeaux, 
Si je cours pour lui seul à des périls nouveaux, 
*Je n’approuvai jamais la fatale alliance 
*Qui le soumet au Maure, et l’enlève à la France; 
*Mais, dans ces temps affreux de discorde et d’horreur, 
*Je n’ai d’autre parti que celui de mon coeur. 
*Non que pour ce héros mon âme prévenue 
*Prétende à ses défauts fermer toujours ma vue: 
*Je ne m’aveugle pas; je vois avec douleur 
*De ses emportements l’indiscrète chaleur; 
*Je vois que de ses sens l’impétueuse ivresse 
*L’abandonne aux excès d’une ardente jeunesse; 
*Et ce torrent fougueux, que j’arrête avec soin, 
*Trop souvent me l’arrache et l’emporte trop loin. 
*Mais il a des vertus qui rachètent ses vices. 
*Eh! qui saurait, madame, où placer ses services, 
*S’il ne nous fallait suivre et ne chérir jamais 
*Que des coeurs sans faiblesse, et des princes parfaits? 
*Tout le mien est à lui; mais enfin cette épée 
*Dans le sang des Français à regret s’est trempée; 
Je voudrais à l’État rendre le duc de Foix. 

AMÉLIE.

Seigneur, qui le peut mieux que le sage Lisois? 
Si ce prince égaré chérit encor sa gloire, 
C’est à vous de parler, et c’est vous qu’il doit croire. 
Dans quel affreux parti s’est-il précipité! 

LISOIS.

*Je ne peux à mon choix fléchir sa volonté. 
*J’ai souvent, de son coeur aigrissant les blessures, 
*Révolté sa fierté par des vérités dures 
*Vous seule à votre roi le pourriez rappeler, 
*Et c’est de quoi surtout je cherche à vous parler. 
Dans des temps plus heureux j’osai, belle Amélie, 
Consacrer à vos lois le reste de ma vie; 
*Je crus que vous pouviez, approuvant mon dessein, 
*Accepter sans mépris mon hommage et ma main; 
Mais à d’autres destins je vous vois réservée. 
Par les Maures cruels dans Leucate enlevée, 
Lorsque le sort jaloux portait ailleurs mes pas, 
Cet heureux duc de Foix vous sauva de leurs bras: 
*La gloire en est à lui, qu’il en ait le salaire; 
*Il a par trop de droits mérité de vous plaire; 
*Il est prince, il est jeune, il est votre vengeur: 
*Ses bienfaits et son nom, tout parle en sa faveur. 
*La justice et l’amour vous pressent de vous rendre: 
*Je n’ai rien fait pour vous, je n’ai rien à prétendre: 
*Je me tais... Cependant, s’il faut vous mériter, 
*A tout autre qu’à lui j’irais vous disputer: 
*Je céderais à peine aux enfants des rois même; 
*Mais ce prince est mon chef, il me chérit, je l’aime; 
*Lisois, ni vertueux, ni superbe à demi, 
*Aurait bravé le prince, et cède à son ami. 
*Je fais plus; de mes sens maîtrisant la faiblesse, 
*J’ose de mon rival appuyer la tendresse, 
*Vous montrer votre gloire, et ce que vous devez 
*Au héros qui vous sert et par qui vous vivez. 
*Je verrai d’un oeil sec et d’un coeur sans envie 
*Cet hymen qui pouvait empoisonner ma vie. 
*Je réunis pour vous mon service et mes voeux; 
*Ce bras, qui fut à lui, combattra pour tous deux: 
*Voilà mes sentiments. Si je me sacrifie, 
*L’amitié me l’ordonne, et surtout la patrie. 
*Songez que si l’hymen vous range sous sa loi, 
*Si le prince est à vous, il est à votre roi. 

AMÉLIE.

*Qu’avec étonnement, seigneur, je vous contemple! 
*Que vous donnez au monde un rare et grand exemple! 
*Quoi! ce coeur (je le crois sans feinte et sans détour) 
*Connaît l’amitié seule, et peut braver l’amour! 
*Il faut vous admirer, quand on sait vous connaître: 
*Vous servez votre ami, vous servirez mon maître. 
*Un coeur si généreux doit penser comme moi: 
*Tous ceux de votre sang sont l’appui de leur roi. 
*Eh bien! de vos vertus je demande une grâce. 

LISOIS.

*Vos ordres sont sacrés: que faut-il que je fasse? 

AMÉLIE.

*Vos conseils généreux me pressent d’accepter 
*Ce rang dont un grand prince a daigné me flatter. 
*Je ne me cache point combien son choix m’honore; 
*J’en vois toute la gloire; et quand je songe encore 
*Qu’avant qu’il fut épris de ce funeste amour, 
*Il daigna me sauver et l’honneur et le jour, 
*Tout ennemi qu’il est de son roi légitime, 
*Tout allié du Maure, et protecteur du crime, 
*Accablée à ses yeux du poids de ses bienfaits, 
*Je crains de l’affliger, seigneur, et je me tais. 
*Mais, malgré son service et ma reconnaissance, 
*Il faut par des refus répondre à sa constance; 
*Sa passion m’afflige; il est dur à mon coeur, 
*Pour prix de ses bontés, de causer son malheur. 
Non, seigneur, il lui faut épargner cet outrage. 
Qui pourrait mieux que vous gouverner son courage? 
Est-ce à ma faible voix d’annoncer son devoir? 
Je suis loin de chercher ce dangereux pouvoir. 
*Quel appareil affreux! quel temps pour l’hyménée! 
*Des armes de mon roi la ville environnée 
N’attend que des assauts, ne voit que des combats; 
Le sang de tous côtés coule ici sous mes pas. 
Armé contre mon maître, armé contre son frère! 
Que de raisons... Seigneur, c’est en vous que j’espère. 
Pardonnez... achevez vos desseins généreux; 
Qu’il me rende à mon roi, c’est tout ce que je veux. 
Ajoutez cet effort à l’effort que j’admire; 
Vous devez sur son coeur avoir pris quelque empire. 
Un esprit mâle et ferme, un ami respecté, 
Fait parler le devoir avec autorité; 
Ses conseils sont des lois. 

LISOIS.

Il en est peu, madame, 
Contre les passions qui subjuguent son âme; 
Et son emportement a droit de m’alarmer. 
Le prince est soupçonneux, et j’osai vous aimer. 
*Quels que soient les ennuis dont votre coeur soupire, 
*Je vous ai déjà dit ce que j’ai du vous dire. 
Laissez-moi ménager son esprit ombrageux; 
Je crains d’effaroucher ses feux impétueux; 
*Je sais à quel excès irait sa jalousie, 
*Quel poison mes discours répandraient sur sa vie: 
*Je vous perdrais peut-être, et mes soins dangereux, 
*Madame, avec un mot, feraient trois malheureux. 
*Vous, à vos intérêts rendez-vous moins contraire, 
*Pesez sans passion l’honneur qu’il vous veut faire. 
*Moi, libre entre vous deux, souffrez que, dès ce jour 
*Oubliant à jamais le langage d’amour, 
*Tout entier à la guerre, et maître de mon âme, 
*J’abandonne à leur sort et vos voeux et sa flamme. 
*Je crains de l’outrager; je crains de vous trahir; 
*Et ce n’est qu’aux combats que je dois le servir. 
*Laissez-moi d’un soldat garder le caractère, 
*Madame; et puisque enfin la France vous est chère, 
*Rendez-lui ce héros qui serait son appui: 
*Je vous laisse y penser; et je cours près de lui(3).

SCÈNE II.

AMÉLIE, TAÏSE.

AMÉLIE.

Ah! s’il faut à ce prix le donner à la France, 
Un si grand changement n’est pas en ma puissance, 
Taïse, et cet hymen est un crime à mes yeux. 

TAÏSE.

Quoi! le prince à ce point vous serait odieux? 
*Quoi! dans ces tristes temps de ligues et de haines, 
*Qui confondent des droits les bornes incertaines, 
*Où le meilleur parti semble encor si douteux, 
*Où les enfants des rois sont divisés entre eux; 
*Vous qu’un astre plus doux semblait avoir formée 
Pour l’unique douceur d’aimer et d’être aimée, 
Pouvez-vous n’opposer qu’un sentiment d’horreur 
Aux soupirs d’un héros qui fut votre vengeur? 
Vous savez que ce prince au rang de ses ancêtres 
Compte les premiers rois que la France eut pour maîtres. 
D’un puissant apanage il est né souverain; 
Il vous aime, il vous sert, il vous offre sa main. 
Ce rang à qui tout cède et pour qui tout s’oublie, 
Brigué par tant d’appas, objet de tant d’envie, 
*Ce rang qui touche au trône et qu’on met à vos pieds, 
*Peut-il causer les pleurs dont vos yeux sont noyés? 

AMÉLIE.

Quoi! pour m’avoir sauvée, il faudra qu’il m’opprime! 
De son fatal secours je serai la victime! 
Je lui dois tout sans doute, et c’est pour mon malheur. 

TAÏSE.

C’est être trop injuste. 

AMÉLIE.

Eh bien! connais mon coeur, 
Mon devoir, mes douleurs, le destin qui me lie; 
Je mets entre tes mains le secret de ma vie: 
De ta foi désormais c’est trop me défier, 
Et je me livre à toi pour me justifier. 
Vois combien mon devoir à ses voeux est contraire; 
Mon coeur n’est point à moi, ce coeur est à son frère. 

TAÏSE.

Quoi! ce vaillant Vamir? 

AMÉLIE.

Nos serments mutuels 
Devançaient les serments réservés aux autels. 
J’attendais, dans Leucate en secret retirée, 
Qu’il y vînt dégager la foi qu’il m’a jurée, 
Quand les Maures cruels, inondant nos déserts, 
Sous mes toits embrasés me chargèrent de fers. 
Le duc est l’allié de ce peuple indomptable; 
Il me sauva, Taïse, et c’est ce qui m’accable. 
Mes jours à mon amant seront-ils réservés? 
*Jours tristes, jours affreux, qu’un autre a conservés! 

TAÏSE.

Pourquoi donc, avec lui vous obstinant à feindre, 
Nourrir en lui des feux qu’il vous faudrait éteindre? 
Il eût pu respecter ces saints engagements. 
Vous eussiez mis un frein à ses emportements. 

AMÉLIE.

Je ne le puis; le ciel, pour combler mes misères, 
Voulut l’un contre l’autre animer les deux frères. 
Vamir, toujours fidèle à son maître, à nos lois, 
A contre un révolté vengé l’honneur des rois. 
De son rival altier tu vois la violence; 
J’oppose à ses fureurs un douloureux silence. 
Il ignore, du moins, qu’en des temps plus heureux 
Vamir a prévenu ses desseins amoureux; 
S’il en était instruit, sa jalousie affreuse 
Le rendrait plus à craindre, et moi, plus malheureuse. 
C’en est trop, il est temps de quitter ses États: 
Fuyons des ennemis, mon roi me tend les bras. 
Ces prisonniers, Taïse, à qui le sang te lie, 
De ces murs en secret méditent leur sortie: 
Ils pourront me conduire, ils pourront m’escorter; 
Il n’est point de péril que je n’ose affronter. 
Je hasarderai tout, pourvu qu’on me délivre 
De la prison illustre où je ne saurais vivre. 

TAÏSE.

Madame, il vient à vous. 

AMÉLIE.

Je ne puis lui parler, 
Il verrait trop mes pleurs toujours prêts à couler. 
Que ne puis-je à jamais éviter sa poursuite! 

SCÈNE III.

LE DUC DE FOIX, LISOIS, TAÏSE.

LE DUC, à Taïse.

Est-ce elle qui m’échappe? est-ce elle qui m’évite? 
Taïse, demeurez; vous connaissez trop bien 
Les transports douloureux d’un coeur tel que le mien. 
Vous savez si je l’aime, et si je l’ai servie, 
Si j’attends d’un regard le destin de ma vie. 
Qu’elle n’étende pas l’excès de son pouvoir 
Jusqu’à porter ma flamme au dernier désespoir: 
Je hais ces vains respects, cette reconnaissance, 
Que sa froideur timide oppose à ma constance. 
Le plus léger délai m’est un cruel refus, 
Un affront que mon coeur ne pardonnera plus. 
C’est en vain qu’à la France, à son maître fidèle, 
Elle étale à mes yeux le faste de son zèle; 
Il est temps que tout cède à mon amour, à moi; 
Qu’elle trouve en moi seul sa patrie et son roi. 
Elle me doit la vie, et jusqu’à l’honneur même; 
*Et moi, je lui dois tout, puisque c’est moi qui l’aime. 
Unis par tant de droits, c’est trop nous séparer; 
L’autel est prêt, j’y cours; allez l’y préparer. 

SCÈNE Iv.

LE DUC, LISOIS.

LISOIS.

Seigneur, songez-vous bien que de cette journée 
Peut-être de l’État dépend la destinée? 

LE DUC.

Oui, vous me verrez vaincre, ou mourir son époux. 

LISOIS.

L’ennemi s’avançait, et n’est pas loin de nous. 

LE DUC.

Je l’attends sans le craindre, et je vais le combattre. 
Crois-tu que ma faiblesse ait pu jamais m’abattre? 
Penses-tu que l’amour, mon tyran, mon vainqueur, 
De la gloire en mon âme ait étouffé l’ardeur? 
Si l’ingrate me hait, je veux qu’elle m’admire; 
Elle a sur moi sans doute un souverain empire, 
Et n’en a point assez pour flétrir ma vertu. 
Ah! trop sévère ami, que me reproches-tu? 
Non, ne me juge point avec tant d’injustice. 
*Est-il quelque Français que l’amour avilisse? 
*Amants aimés, heureux, ils vont tous aux combats, 
Et du sein du bonheur ils volent au trépas. 
Je mourrai digne au moins de l’ingrate que j’aime. 

LISOIS.

Que mon prince plutôt soit digne de lui-même! 
Le salut de l’État m’occupait en ce jour; 
*Je vous parle du vôtre, et vous parlez d’amour! 
Seigneur, des ennemis j’ai visité l’armée; 
Déjà de tous côtés la nouvelle est semée 
Que Vamir votre frère est armé contre nous. 
Je sais que dès longtemps il s’éloigna de vous. 
Vamir ne m’est connu que par la renommée: 
Mais si, par le devoir, par la gloire animée, 
Son âme écoute encor ces premiers sentiments 
Qui l’attachaient à vous dans la fleur de vos ans, 
Il peut vous ménager une paix nécessaire; 
Et mes soins... 

LE DUC.

Moi, devoir quelque chose à mon frère! 
Près de mes ennemis mendier sa faveur! 
Pour le haïr sans doute il en coule à mon coeur; 
Je n’ai point oublié notre amitié passée; 
Mais puisque ma fortune est par lui traversée, 
Puisque mes ennemis l’ont détaché de moi, 
Qu’il reste au milieu d’eux, qu’il serve sous un roi. 
Je ne veux rien de lui. 

LISOIS.

Votre fière constance 
D’un monarque irrité brave trop la vengeance. 

LE DUC.

Quel monarque! un fantôme, un prince efféminé, 
Indigne de sa race, esclave couronné, 
Sur un trône avili soumis aux lois d’un maire! 
De Pépin son tyran je crains peu la colère; 
Je déteste un sujet qui croit m’intimider, 
Et je méprise un roi qui n’ose commander: 
Puisqu’il laisse usurper sa grandeur souveraine, 
Dans mes États au moins je soutiendrai la mienne. 
Ce coeur est trop altier pour adorer les lois 
De ce maire insolent, l’oppresseur de ses rois; 
Et Clovis, que je compte au rang de mes ancêtres, 
N’apprit point à ses fils à ramper sous des maîtres: 
Les Arabes du moins s’arment pour me venger. 
Et tyran pour tyran, j’aime mieux l’étranger. 

LISOIS.

Vous haïssez un maire, et votre haine est juste; 
Mais ils ont des Français sauvé l’empire auguste, 
Tandis que nous aidons l’Arabe à l’opprimer; 
Cette triste alliance a de quoi m’alarmer; 
Nous préparons peut-être un avenir horrible. 
L’exemple de l’Espagne est honteux et terrible; 
Ces brigands africains sont des tyrans nouveaux 
Qui font servir nos mains à creuser nos tombeaux 
Ne vaudrait-il pas mieux fléchir avec prudence?

LE DUC.

Non, je ne peux jamais implorer qui m’offense. 

LISOIS.

Mais vos vrais intérêts, oubliés trop longtemps... 

LE DUC.

Mes premiers intérêts sont mes ressentiments. 

LISOIS.

Ah! vous écoutez trop l’amour et la colère. 

LE DUC.

Je le sais, je ne peux fléchir mon caractère. 

LISOIS.

On le peut, on le doit, je ne vous flatte pas; 
Mais en vous condamnant, je suivrai tous vos pas. 
Il faut à son ami montrer son injustice, 
*L’éclairer, l’arrêter au bord du précipice. 
*Je l’ai dû, je l’ai fait, malgré votre courroux; 
*Vous y voulez tomber, et j’y cours avec vous. 

LE DUC.

Ami, que m’as-tu dit? 

LISOIS.

Ce que j’ai dû vous dire. 
Écoutez un peu plus l’amitié qui m’inspire. 
Quel parti prendrez-vous? 

LE DUC.

Quand mes brûlants désirs 
Auront soumis l’objet qui brave mes soupirs; 
Quand l’ingrate Amélie, à son devoir rendue, 
Aura remis la paix dans cette âme éperdue; 
Alors j’écouterai tes conseils généreux. 
Mais jusqu’à ce moment sais-je ce que je veux? 
Tant d’agitations, de tumulte, d’orages, 
Ont sur tous les objets répandu des nuages. 
Puis-je prendre un parti? puis-je avoir un dessein? 
Allons près du tyran qui seul fait mon destin; 
Que l’ingrate à son gré décide de ma vie, 
Et nous déciderons du sort de la patrie. 
 
 

ACTE DEUXIÈME.

SCÈNE I.

LE DUC.

Osera-t-elle encor refuser de me voir? 
Ne craindra-t-elle point d’aigrir mon désespoir? 
Ah! c’est moi seul ici qui tremble de déplaire. 
Ame superbe et faible! esclave volontaire! 
Cours aux pieds de l’ingrate abaisser ton orgueil; 
Vois tes jours dépendant d’un mot et d’un coup d’oeil. 
Lâche, consume-les dans l’éternel passage 
Du dépit aux respects, et des pleurs à la rage. 
Pour la dernière fois je prétends lui parler. 
Allons... 

SCÈNE II.

LE DUC; AMÉLIE ET TAÏSE, dans le fond.

AMÉLIE.

J’espère encore, et tout me fait trembler. 
Vamir tenterait-il une telle entreprise? 
Que de dangers nouveaux! Ah! que vois-je, Taïse? 

LE DUC.

J’ignore quel objet attire ici vos pas, 
Mais vos yeux disent trop qu’ils ne me cherchent pas. 
Quoi! vous les détournez? Quoi! vous voulez encore 
Insulter aux tourments d’un coeur qui vous adore, 
Et, de la tyrannie exerçant le pouvoir, 
Nourrir votre fierté de mon vain désespoir? 
C’est à ma triste vie ajouter trop d’alarmes, 
Trop flétrir des lauriers arrosés de mes larmes, 
Et qui me tiendront lieu de malheur et d’affront, 
S’ils ne sont par vos mains attachés sur mon front; 
*Si votre incertitude, alarmant mes tendresses, 
*Peut encor démentir la foi de vos promesses. 

AMÉLIE.

*Je ne vous promis rien: vous n’avez point ma foi; 
*Et la reconnaissance est tout ce que je doi. 

LE DUC.

*Quoi lorsque de ma main je vous offrais l’hommage?... 

AMÉLIE.

*D’un si noble présent j’ai vu tout l’avantage; 
*Et sans chercher ce rang qui ne m’était pas du, 
*Par de justes respects je vous ai répondu. 
*Vos bienfaits, votre amour, et mon amitié même, 
*Tout vous flattait sur moi d’un empire suprême; 
*Tout vous a fait penser qu’un rang si glorieux, 
*Présenté par vos mains, éblouirait mes yeux. 
*Vous vous trompiez: il faut rompre enfin le silence. 
*Je vais vous offenser, je me fais violence, 
*Mais, réduite à parler, je vous dirai, seigneur, 
*Que l’amour de mes rois est gravé dans mon coeur. 
Votre sang est auguste, et le mien est sans crime, 
Il coula pour l’État, que l’étranger opprime. 
Cominge, mon aïeul, dans mon coeur a transmis 
*La haine qu’un Français doit à ses ennemis, 
*Et sa fille jamais n’acceptera pour maître 
*L’ami de nos tyrans, quelque grand qu’il puisse être. 
*Voilà les sentiments que son sang m’a tracés; 
*Et s’ils vous font rougir, c’est vous qui m’y forcez. 

LE DUC.

*Je suis, je l’avouerai, surpris de ce langage, 
*Je ne m’attendais pas à ce nouvel outrage, 
*Et n’avais pas prévu que le sort en courroux, 
*Pour m’accabler d’affronts, dût se servir de vous. 
*Vous avez fait, madame, une secrète étude 
*Du mépris, de l’insulte, et de l’ingratitude, 
*Et votre coeur, enfin, lent à se déployer, 
*Hardi par ma faiblesse, a paru tout entier. 
*Je ne connaissais pas tout ce zèle héroïque, 
*Tant d’amour pour l’État, et tant de politique. 
*Mais, vous qui m’outragez, me connaissez-vous bien? 
*Vous reste-t-il ici de parti que le mien? 
M’osez-vous reprocher une heureuse alliance, 
Qui fait ma sûreté, qui soutient ma puissance, 
Sans qui vous gémiriez dans la captivité, 
A qui vous avez du l’honneur, la liberté? 
*Est-ce donc là le prix de vous avoir servie? 

AMÉLIE.

*Oui, vous m’avez sauvée; oui, je vous dois la vie; 
*Mais de mes tristes jours ne puis-je disposer? 
*Me les conserviez-vous pour les tyranniser? 

LE DUC.

*Je deviendrai tyran, mais moins que vous, cruelle; 
*Mes yeux lisent trop bien dans votre âme rebelle; 
*Tous vos prétextes faux m’apprennent vos raisons, 
*Je vois mon déshonneur, je vois vos trahisons. 
*Quel que soit l’insolent que ce coeur me préfère, 
*Redoutez mon amour, tremblez de ma colère; 
*C’est lui seul désormais que mon bras va chercher; 
*De son coeur tout sanglant j’irai vous arracher, 
*Et si, dans les horreurs du sort qui nous accable, 
*De quelque joie encor ma fureur est capable, 
*Je la mettrai, perfide, à vous désespérer. 

AMÉLIE.

*Non, seigneur, la raison saura vous éclairer. 
*Non, votre âme est trop noble, elle est trop élevée, 
*Pour opprimer ma vie après l’avoir sauvée. 
*Mais si votre grand coeur s’avilissait jamais 
*Jusqu’à persécuter l’objet de vos bienfaits, 
*Sachez que ces bienfaits, vos vertus, votre gloire, 
*Plus que vos cruautés, vivront dans ma mémoire. 
*Je vous plains, vous pardonne, et veux vous respecter; 
*Je vous ferai rougir de me persécuter, 
*Et je conserverai, malgré votre menace, 
*Une âme sans courroux, sans crainte, et sans audace. 

LE DUC.

*Arrêtez; pardonnez aux transports égarés, 
*Aux fureurs d’un amant que vous désespérez. 
*Je vois trop qu’avec vous Lisois d’intelligence, 
*D’une cour qui me hait embrasse la défense, 
*Que vous voulez tous deux m’unir à votre roi, 
*Et de mon sort enfin disposer malgré moi. 
*Vos discours sont les siens. Ah! parmi tant d’alarmes, 
*Pourquoi recourez-vous à ces nouvelles armes? 
*Pour gouverner mon coeur, l’asservir, le changer, 
*Aviez-vous donc besoin d’un secours étranger? 
*Aimez, il suffira d’un mot de votre bouche. 

AMÉLIE.

*Je ne vous cache point que du soin qui me touche, 
*A votre ami, seigneur, mon coeur s’était remis; 
*Je vois qu’il a plus fait qu’il ne m’avait promis. 
*Ayez pitié des pleurs que mes yeux lui confient: 
*Vous les faites couler, que vos mains les essuient. 
*Devenez assez grand pour apprendre à dompter 
*Des feux que mon devoir me force à rejeter. 
*Laissez-moi tout entière à la reconnaissance. 

LE DUC.

*Ainsi le seul Lisois a votre confiance! 
*Mon outrage est connu; je sais vos sentiments. 

AMÉLIE.

*Vous les pourrez, seigneur, connaître avec le temps, 
*Mais vous n’aurez jamais le droit de les contraindre, 
*Ni de les condamner, ni même de vous plaindre. 
*Du généreux Lisois j’ai recherché l’appui: 
*Imitez sa grande âme, et pensez comme lui. 

SCÈNE III.

LE DUC.

*Eh bien! c’en est donc fait; l’ingrate, la parjure, 
*A mes yeux sans rougir étale mon injure: 
*De tant de trahisons l’abîme est découvert; 
*Je n’avais qu’un ami, c’est lui seul qui me perd. 
*Amitié, vain fantôme, ombre que j’ai chérie, 
*Toi qui me consolais des malheurs de ma vie, 
*Bien que j’ai trop aimé, que j’ai trop méconnu, 
*Trésor cherché sans cesse, et jamais obtenu! 
*Tu m’as trompé, cruelle, autant que l’amour même; 
*Et maintenant, pour prix de mon erreur extrême, 
*Détrompé des faux biens, trop faits pour me charmer, 
*Mon destin me condamne à ne plus rien aimer. 
*Le voilà cet ingrat qui, fier de son parjure, 
*Vient encor de ses mains déchirer ma blessure. 

SCÈNE Iv.

LE DUC, LISOIS.

LISOIS.

A vos ordres, seigneur, vous me voyez rendu. 
D’où vient sur votre front ce chagrin répandu? 
Votre âme, aux passions longtemps abandonnée, 
A-t-elle en liberté pesé sa destinée? 

LE DUC.

Oui. 

LISOIS.

Quel est le projet où vous vous arrêtez? 

LE DUC.

D’ouvrir enfin les yeux aux infidélités, 
De sentir mon malheur, et d’apprendre à connaître 
La perfide amitié d’un rival et d’un traître. 

LISOIS.

Comment? 

LE DUC.

C’en est assez. 

LISOIS.

C’en est trop, entre nous. 
Ce traître, quel est-il? 

LE DUC.

Me le demandez-vous? 
De l’affront inouï qui vient de me confondre, 
Quel autre était instruit? quel autre en doit répondre? 
*Je sais trop qu’Amélie ici vous a parlé; 
*En vous nommant à moi l’infidèle a tremblé; 
*Vous affectez sur elle un odieux silence, 
*Interprète muet de votre intelligence. 
Je ne sais qui des deux je dois plus détester. 

LISOIS.

Vous sentez-vous capable au moins de m’écouter? 

LE DUC.

*Je le veux. 

LISOIS.

Pensez-vous que j’aime encor la gloire? 
*M’estimez-vous encore, et pouvez-vous me croire? 

LE DUC.

*Oui, jusqu’à ce moment je vous crus vertueux, 
*Je vous crus mon ami... 

LISOIS.

Ces titres précieux 
Ont été jusqu’ici la règle de ma vie; 
Mais vous, méritez-vous que je me justifie? 
*Apprenez qu’Amélie avait touché mon coeur 
*Avant que, de sa vie heureux libérateur, 
*Vous eussiez par vos soins, par cet amour sincère, 
*Surtout par vos bienfaits, tant de droits de lui plaire. 
*Moi, plus soldat que tendre, et dédaignant toujours 
*Ce grand art de séduire, inventé dans les cours, 
*Ce langage flatteur, et souvent si perfide, 
*Peu fait pour mon esprit peut-être trop rigide, 
*Je lui parlai d’hymen; et ce noeud respecté, 
*Resserré par l’estime et par l’égalité, 
*Pouvait lui préparer des destins plus propices 
*Qu’un rang plus élevé, mais sur des précipices. 
*Hier avec la nuit je vins dans vos remparts; 
*Tout votre coeur parut à mes premiers regards. 
*Aujourd’hui j’ai revu cet objet de vos larmes, 
*D’un oeil indifférent j’ai regardé ses charmes, 
Et je me suis vaincu, sans rendre de combats. 
J’ai fait valoir vos feux, que je n’approuve pas; 
*J’ai de tous vos bienfaits rappelé la mémoire, 
*L’éclat de votre rang, celui de votre gloire, 
*Sans cacher vos défauts, vantant votre vertu; 
*Et pour vous, contre moi, j’ai fait ce que j’ai dû. 
*Je m’immole à vous seul, et je me rends justice; 
*Et si ce n’est assez d’un pareil sacrifice, 
*S’il est quelque rival qui vous ose outrager, 
*Tout mon sang est à vous, et je cours vous venger. 

LE DUC.

Que tout ce que j’entends t’élève et m’humilie! 
Ah! tu devais sans doute adorer Amélie: 
Mais qui peut commander à son coeur enflammé? 
Non, tu n’as pas vaincu; tu n’avais point aimé. 

LISOIS.

J’aimais; et notre amour suit notre caractère. 

LE DUC.

Je ne peux t’imiter: mon ardeur m’est trop chère. 
Je t’admire avec honte, il le faut avouer. 
*Mon coeur... 

LISOIS.

Aimez-moi, prince, au lieu de me louer; 
*Et si vous me devez quelque reconnaissance, 
*Faites votre bonheur, il est ma récompense. 
*Vous voyez quelle ardente et fière inimitié 
*Votre frère nourrit contre votre allié 
La suite, croyez-moi, peut en être funeste; 
Vous êtes sous un joug que ce peuple déteste. 
Je prévois que bientôt on verra réunis 
*Les débris dispersés de l’empire des lis. 
Chaque jour nous produit un nouvel adversaire; 
Hier le Béarnais, aujourd’hui votre frère. 
*Le pur sang de Clovis est toujours adoré; 
*Tôt ou tard il faudra que de ce tronc sacré 
*Les rameaux divisés et courbés par l’orage, 
*Plus unis et plus beaux, soient notre unique ombrage. 
Vous, placé près du trône, à ce trône attaché, 
Si les malheurs du temps vous en ont arraché,
A des noeuds étrangers s’il fallut nous résoudre, 
L’intérêt qui les forme a droit de les dissoudre. 
On pourrait balancer avec dextérité 
Des maires du palais la fière autorité; 
Et bientôt par vos mains leur puissance affaiblie... 

LE DUC.

Je le souhaite au moins; mais crois-tu qu’Amélie 
*Dans son coeur amolli partagerait mes feux, 
*Si le même parti nous unissait tous deux? 
*Penses-tu qu’à m’aimer je pourrais la réduire? 

LISOIS.

*Dans le fond de son coeur je n’ai point voulu lire; 
*Mais qu’importent pour vous ses voeux et ses desseins? 
*Faut-il que l’amour seul fasse ici nos destins? 
Lorsque le grand Clovis, aux champs de la Touraine, 
Détruisit les vainqueurs de la grandeur romaine; 
*Quand son bras arrêta, dans nos champs inondés, 
*Des Ariens sanglants les torrents débordés, 
*Tant d’honneurs étaient-ils l’effet de sa tendresse? 
*Sauva-t-il son pays pour plaire à sa maîtresse? 
Mon bras contre un rival est prêt à vous servir; 
*Je voudrais faire plus, je voudrais vous guérir. 
*On connaît peu l’amour, on craint trop son amorce; 
*C’est sur nos passions qu’il a fondé sa force; 
*C’est nous qui, sous son nom, troublons notre repos; 
*Il est tyran du faible, esclave du héros. 
*Puisque je l’ai vaincu, puisque je le dédaigne, 
*Sur le sang de nos rois souffrirez-vous qu’il règne? 
*Vos autres ennemis par vous sont abattus; 
*Et vous devez en tout l’exemple des vertus. 

LE DUC.

*Le sort en est jeté, je ferai tout pour elle: 
*Il faut bien à la fin désarmer la cruelle. 
*Ses lois seront mes lois, son roi sera le mien: 
*Je n’aurai de parti, de maître que le sien. 
*Possesseur d’un trésor où s’attache ma vie, 
*Avec mes ennemis je me réconcilie. 
*Je lirai dans ses yeux mon sort et mon devoir. 
*Mon coeur est enivré de cet heureux espoir. 
Je n’ai point de rival, j’avais tort de me plaindre; 
Si tu n’es point aimé, quel mortel ai-je à craindre? 
Qui pourrait, dans ma cour, avoir poussé l’orgueil 
Jusqu’à laisser vers elle échapper un coup d’oeil? 
*Enfin plus de prétexte à ses refus injustes; 
*Raison, gloire, intérêt, et tous ces droits augustes 
*Des princes de mon sang et de mes souverains, 
*Sont des liens sacrés resserrés par ses mains. 
*Du roi, puisqu’il le faut, soutenons la couronne; 
*La vertu le conseille, et la beauté l’ordonne. 
*Je veux entre tes mains, dans ce fortuné jour, 
*Sceller tous les serments que je fais à l’amour. 
*Quant à mes intérêts, que toi seul en décide. 

LISOIS.

*Souffrez donc près du roi que mon zèle me guide. 
*Peut-être il eût fallu que ce grand changement 
*Ne fût dû qu’au héros, et non pas à l’amant; 
*Mais si d’un si grand coeur une femme dispose, 
*L’effet en est trop beau pour en blâmer la cause; 
*Et mon coeur, tout rempli de cet heureux retour, 
*Bénit votre faiblesse, et rend grâce à l’amour. 

SCÈNE V.

LE DUC, LISOIS, UN OFFICIER.

L’OFFICIER.

Seigneur, auprès des murs les ennemis paraissent: 
On prépare l’assaut; le temps, les périls pressent: 
Nous attendons votre ordre. 

LE DUC.

Eh bien! cruels destins, 
Vous l’emportez sur moi, vous trompez mes desseins. 
Plus d’accord, plus de paix, je vole à la victoire; 
Méritons Amélie en me couvrant de gloire. 
Je ne suis pas en peine, ami, de résister 
Aux téméraires mains qui m’osent insulter. 
De tous les ennemis qu’il faut combattre encore 
Je n’en redoute qu’un, c’est celui que j’adore.

FIN DU DEUXIÈME ACTE.

Troisième acte.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

NOTES.

Note_1 Voyez les notes 1, 2 et 3 sur Adelaïde du Guesclin

Note_2 Cette deuxième variante d’Adélaïde fut composée, comme la première, à Berlin, et chronologiquement elle devrait être classée après Rome sauvée. Certain qu’on avait oublié la pièce primitive jouée dix-huit ans auparavant, Voltaire voulait qu’Amélie fût donnée comme une nouveauté; il désirait aussi qu’elle fut signée d’un autre nom que le sien, attendu qu’il venait de faire représenter Rome sauvée avec quelque succès, et que « le public n’aime pas à applaudir deux fois le même homme ». Il se décida toutefois, ses amis entendus, à laisser mettre au théâtre Amélie comme une ancienne pièce, sans éclat, pendant l’absence de la cour, et il s’en reconnut l’auteur. Mais, comme il était loin de Paris, la distribution des rôles ne se fit pas à son gré. Il eût désiré que Mlle Clairon jouât Amélie; Mlle Gaussin, qui avait créé autrefois le rôle d’Adélaïde, réclama, et, considérant la pièce comme une reprise, elle s’empara comme sien du rôle d’Amélie, sans souci de ses trente-neuf ans. La pauvre tragédie en eût été tuée, si le jeu de Lekain dans le rôle du duc, et la beauté du caractère de Lisois, un Coucy perfectionné, n’eussent fait oublier la dame. Chose étrange! le succès d’Amélie, loin d’enterrer à jamais Adélaïde, fut la cause de sa résurrection; car Lekain, toujours applaudi comme duc de Foix, s’avisa un soir d’aborder le Vendôme primitif; et ce fut un nouveau triomphe. (G. A.) 
Il y a une troisième variante d’Adélaïde, sous le nom d’Alamire. Voyez la note Voyez la note 4 sur Adelaïde du Guesclin..
— On a indiqué par des astérisques les vers qui sont dans Adélaïde (K.) 

Note_3 « Ne vous flattez pas, écrit Voltaire au marquis de Thibouville à propos de cette scène, que je puisse fourrer vingt vers de tendresse dans une scène où les deux amants sont d’accord; cela n’est bon que quand on se querelle. Vous avez beau me dire, comme milord Peterborough à Mlle Lecouvreur: « Allons, qu’on me montre beaucoup d’amour et beaucoup d’esprit. » Il n’y aurait que de l’amour et de l’esprit perdus dans une scène qui n’est que d’expression, qui n’est que préparatoire, et où les deux parties sont du même avis. »