OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE TOME I: INTRODUCTION ET BIOGRAPHIE
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V. LETTRE DU COMMISSAIRE YSABEAU,
TOUCHANT LES PAPIERS PRÉTENDUS JETÉS DANS LES LATRINES PAR LE SIEUR AROUET FILS.

Je me suis transporté, monsieur, en la maison où a été arrêté le sieur Arouet; et la maîtresse vidangeuse, qui avoit été avertie, m’y attendoit à deux heures de relevée ce jourd’hui avec ses gens. J’ai trouvé refermé la fosse qu’elle avoit fait ouvrir hier. Je n’ai pas jugé à propos de la faire ouvrir une seconde fois, parce qu’elle m’a assuré que cette fosse étoit presque pleine et surnagée d’eau: il ne s’y étoit néanmoins trouvé aucun papier, et que l’on ne pouvoit entrer dedans. Elle m’a assuré aussi qu’elle avoit descendu une chandelle dans le tuyau; qu’elle avoit remarqué qu’il étoit fort net, et dans lequel il n’y avoit aucun papier. Cette fosse a été rebouchée de l’ordre de la principale, que la mauvaise odeur incommodoit extrêmement, et à l’occasion de quoi elle a perdu une ou plusieurs pièces de bière qui étoient dans le caveau où s’est faite ladite ouverture, Il y a toute apparence que Fr. Arouet ne convient y avoir jeté quelques lettres de femme que par âcreté d’esprit et pour donner des mouvements inutiles, et que ces lettres, d’un poids fort foible, auroient dû se trouver sur l’eau qui surmonte la matière grossière. Néanmoins, si vous jugez, monsieur, qu’il soit à propos d’y faire rechercher, j’estime que cela ne se pourra faire sans vider entièrement les latrines. J’attendrai vos ordres à ce sujet.

Le commissaire Ysabeau, 21 mai 1717.