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| Index Voltaire | Commande CDROM | Tome I: Introduction | D’AROÜET (VOLTAIRE), MIS A LA BASTILLE EN 1717. mons de bernaville, gouverneur de mon chateau de la bastille. Mons de Bernaville, je vous écris cette lettre, de l’avis de mon oncle le duc d’Orléans, régent, pour vous dire que mon intention est que vous receviez dans mon château de la Bastille le sieur Harrouet (sic) fils, et que vous l’y déteniez jusqu’à nouvel ordre. Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait, Mons de Bernaville, en sa sainte garde. Écrit à Paris, le 17 mai 1717. Louis.
Fleuriau.
Entré le 16 mai 1717. Chantepie(1).
INTERROGATOIRE DU SIEUR HARROUET FILS(2), PRISONNIER A LA BASTILLE. 21 mai 1717.
Interrogatoire de l’ordre du Roi, fait par nous, Marc-René
de Voyer de Paulmy, chevalier, marquis d’Argenson, conseiller d’État
ordinaire, lieutenant général de police de la ville, prévôté
et vicomté de Paris, commissaire de S. M. en cette partie, au sieur
Harrouet fils, prisonnier au château de la Bastille, à l’effet
duquel interrogatoire avons pris pour greffier d’office Jean Deschamps
Boudemont, secrétaire ordinaire, après avoir reçu
le serment en ce cas requis, en la manière accoutumée.
Du 21 mai 1717, en la salle du château de la Bastille, dix heures du matin. Interrogé de son nom, surnom, âge, qualité, pays et demeure; A dit, après serment par lui fait de dire vérité, qu’il se nomme François-Marie Harrouet, âgé de vingt-deux ans, originaire de Paris, n’ayant aucune profession, mais son père est payeur de Messieurs de la chambre des comptes, qu’il demeurait à Paris, lorsqu’il a été arrêté et conduit dans ce château, dans une maison de la rue de la Calandre, qui a pour enseigne le Panier-Vert, et tenue en chambre garnie par le nommé Moreau. Comme nous procédions au présent interrogatoire, est entré dans la salle de ce château le sieur Jean de Chantepie, lieutenant du guet, lequel nous a représenté une petite boîte à perruque ficelée, et sur laquelle ont été apposés les scellés du commissaire Ysabeau, et laissés à la garde dudit sieur de Chantepie, lesquels scellés ont été reconnus sains et entiers par ledit sieur commissaire Ysabeau, pour ce mandé; ouverture en a été faite en présence dudit sieur Harrouet, qui a reconnu que les papiers qui y sont renfermés lui appartiennent, et sont les mêmes qui ont été trouvés chez lui lorsqu’il a été arrêté et conduit dans ce château; desquels papiers avons fait sept liasses, la première contenant huit pièces, la seconde six pièces, la troisième deux pièces, la quatrième deux pièces, la cinquième quarante et une pièces, la sixième quatre-vingt et une pièces, et la septième soixante-deux pièces, qui ont été paraphées de nous et du répondant, par première et dernière, et sont demeurées jointes à notre présent procès-verbal; de la garde desquels scellés ledit sieur de Chantepie demeure déchargé. Et ont signé avec nous en cet endroit: A dit qu’il est revenu de Saint-Ange(3) quelques jours après Pâques, après y avoir passé environ deux mois. Est aussi entré dans la salle de ce château le sieur Anquetil, lieutenant de la compagnie dudit château, lequel nous a représenté un paquet enveloppé avec du papier gris, cacheté à trois différents endroits avec de la cire rouge, de l’empreinte du cachet dudit sieur Harrouet, lequel paquet contient les papiers qui se sont trouvés sur le répondant lorsqu’il a été amené dans ce château, et après que le sieur Harrouet a reconnu lesdits cachets sains et entiers, ouverture en a été faite, et il s’y est trouvé plusieurs papiers dont nous avons fait une liasse contenant onze pièces, qui ont été de nous et du répondant paraphées par première et dernière, et sont demeurées jointes à notre présent interrogatoire. Et ont lesdits sieurs Anquetil et Harrouet, signé dans cet endroit Si le répondant, au retour de Saint-Ange, n’est pas allé loger dans la rue de la Calandre, au Panier-Vert? A dit que oui, et que c’est là qu’il a été arrêté. S’il ne trouva personne qui fût logé dans ce cabaret? A dit qu’il y avait beaucoup de personnes, mais qu’il n’y en connaît aucune, à la réserve du sieur Dargenteuil, qu’il croit originaire de Champagne. S’il n’y trouva que ce seul homme, et si, trois jours après son arrivée, il n’en vit pas un autre dans ce cabaret, auquel il demanda ce que l’on disait de nouveau? A dit qu’il ne se souvient pas d’y avoir vu que quelques laquais qui venaient lui apporter des lettres de leurs maîtres ou de leurs maîtresses, à la réserve de l’abbé de Boissy, qu’il connaît pour un jeune homme qui fait des vers. Ne se souvient pas de lui avoir demandé si l’on ne disait rien de nouveau, quoique cela puisse fort bien être. S’il n’a point vu dans ce même lieu un capitaine? A dit qu’il est vrai qu’il a vu un capitaine ou un officier qui s’appelle M. de Solenne de Beauregard, auquel il demanda s’il n’y avait rien de nouveau, et il n’y avait pas alors plus de quatre ou cinq jours que lui, répondant, était revenu de Saint-Ange. Ajoute qu’il demanda en effet à cet officier s’il n’y avait rien de nouveau. A quoi l’officier répondit en ces termes: On dit d’étranges choses, et on parle d’une inscription latine commençant par ces mots: Puero regnante(4). Pourquoi lui, répondant, nous dit ci-devant qu’il n’avait jamais vu cette inscription, quoique maintenant il soutienne que ledit sieur de Beauregard la lui a fait voir? A dit qu’il ne convient ni de l’un ni de l’autre; puis a dit de soi que ledit sieur de Beauregard lui montra sur des tablettes une partie de ladite inscription, et demanda au répondant s’il n’était point l’auteur de cette inscription, à quoi le répondant repartit qu’il était bien malheureux si on le soupçonnait de pareilles horreurs, qu’il y avait déjà longtemps qu’on mettait sur son compte toutes les infamies en vers et en prose qui courent la ville, mais que tous ceux qui le connaissent savent bien qu’il est incapable de pareils crimes. Ajoute encore de soi qu’il demanda au sieur de Beauregard comment il avait eu connaissance de cette partie d’inscription, que le répondant lut, à la vérité, sur les tablettes de cet officier telle qu’elle y était écrite, ledit officier lui faisant néanmoins entendre qu’elle était tronquée, à quoi ledit sieur de Beauregard répondit, autant que le répondant peut s’en souvenir, que cette inscription lui avait été donnée chez le sieur Dancourt, comédien, mais se souvient distinctement qu’il dit au sieur de Beauregard qu’il était bien trompé si cette inscription n’était ancienne, et faite du temps de Catherine de Médicis; ne sait pourtant pas bien précisément si ce ne fut point audit abbé de Boissy qu’il tint ce discours. Si le répondant, lorsque le sieur de Beauregard lui parla de cette inscription, ne lui demanda pas avec un sourire si on l’avait trouvée belle? A dit qu’il ne s’en souvient point, mais qu’il croit que non. S’il ne fit pas cette même réponse par rapport à d’autres vers insolents et calomnieux qui avaient été faits sur le premier prince et sur la première princesse du royaume(5)? A dit qu’il ne s’en souvient pas bien précisément. Si le même officier n’ajouta pas qu’on avait trouvé beaucoup d’esprit dans cette inscription et dans ces vers, et qu’on lui mettait tout cela sur son compte? A dit qu’il est vrai que le sieur de Beauregard lui marqua qu’on avait mis sur le compte du répondant cette inscription, qu’il n’est pas même impossible qu’il ne lui ait parlé de quelques vers dans le même sens; mais comme il n’a fait ni les vers ni l’inscription, que même il déteste l’une et l’autre, il ne s’est pas fort attaché à conserver l’idée de cet entretien; sur quoi il se croit obligé de nous observer que ledit officier ne se connaît pas mieux en prose qu’en vers, et qu’il n’est point versé dans les belles lettres. Si le même officier ne dit pas encore que, quelque chose qu’on ait pu lui dire, il ne croyait pas que le répondant fût auteur de l’inscription ni des vers, n’étant pas possible qu’à son âge il eût pu faire de pareilles choses? A dit qu’il ne se souvient pas de cette particularité-là, quant à la première partie dudit discours, et dénie absolument la seconde. Si la réponse que le répondant fit au dernier discours ne fut pas que lui sieur de Beauregard, avait tort de ne pas croire le répondant l’auteur de cette inscription, et de quelques-uns de ces vers puisque c’était lui véritablement qui les avait composés pendant son absence de Paris? A dit qu’il n’y a rien au monde de si faux. Si lui, répondant ne dit pas encore qu’afin que M. le duc d’Orléans et les ennemis de lui, répondant, ne crussent pas que c’était lui qui avait fait cette inscription latine et ces vers exécrables, il avait quitté Paris, pendant le carnaval, pour se retirer à la campagne, où il a fait un séjour de deux mois? A dit que c’est la plus insigne calomnie dont il ait jamais entendu parler. Lecture faite au répondant du présent interrogatoire et de ses réponses, a dit qu’elles contiennent la vérité, y a persisté, et a signé avec nous et paraphé le bas de chacune des pages et des renvois. Pour rendre au sieur Dufour, commis pour le dépôt
de la Bastille.
ORDRE DE MISE EN LIBERTÉ. À MONS DE BERNAVILLE, GOUVERNEUR DE MON CHÂTEAU DE LA BASTILLE. Mons de Bernaville, je vous écris cette lettre de l’avis de mon oncle le duc d’Orléans, pour vous dire que mon intention est que vous mettiez en liberté le sieur Arrouet, que vous détenez par mon ordre dans mon château de la Bastille. Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait, Mons de Bernaville, en sa sainte garde.
Phelypeaux. Écrit à Paris, le 11 avril
1718.
Au dos est écrit par M. Anquetil:
Sorti le 14 avril 1718.
Notes. Note_1 Chantepie est le nom du lieutenant du guet, chargé de l’arrestation. (G. A.) Note_2 Le greffier a suivi 1’orthographe ministérielle (G.A.) Note_3 Château de M. de Caumartin. Voir la Vie de Voltaire, par Condorcet. (G. A.) Note_4 Voir notre Appendice à la Vie de Voltaire. (G. A.)
Sur M. le duc d’Orléans et madame de Berry, sa fille. 1716.
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