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| Index Voltaire | Commande CDROM | Tome I: Introduction | VERS DE S. A. S. LE PRINCE DE CONTI, A M. DE VOLTAIRE. ¾ 1718.
LETTRE DE L’ABBÉ DESFONTAINES A M. DE VOLTAIRE
Ce 31 mai 1724
Je n’oublierai jamais, monsieur, les obligations infinies
que je vous ai. Votre bon coeur est encore bien au-dessus de votre esprit,
et vous êtes l’ami le plus essentiel qui ait jamais été.
Le zèle avec lequel vous m’avez servi me fait en quelque sorte plus
d’honneur que la malice et la noirceur de mes ennemis ne m’a causé
d’affront par l’indigne traitement qu’ils m’ont fait souffrir. Il faut
se retirer pendant quelque temps. Fallax infamia terret.
J’ai une lettre de cachet qui m’exile à trente lieues de Paris. C’est avec plaisir que je vais chercher la solitude; mais je suis bien fâché que cette retraite me soit ordonnée. C’est un reste de triomphe pour les malheureux auteurs de ma disgrâce. Je consens d’aller en province, et j’y vais très volontiers. Mais tâchez, monsieur, de faire en sorte que l’ordre du roi soit levé par une autre lettre de cachet en cette forme: « Le roi, informé de la fausseté de l’accusation intentée contre le sieur abbé Desfontaines, consent qu’il demeure à Paris. » Si vous obtenez cet ordre de M. de Maurepas, c’est un coup essentiel. Au surplus, je promets, parole d’honneur, à M. de Maurepas, de m’en aller incessamment, et de ne point revenir à Paris qu’après lui en avoir demandé la permission secrètement. Voilà, mon cher ami, ce que je vous prie à présent d’obtenir pour moi. Je vous aurai encore une obligation infinie de ce nouveau service. C’est, à mon gré, ce qu’on peut faire de plus simple pour réparer le scandale et l’injustice, en attendant que je puisse faire mieux, et que j’aie les lumières nécessaires pour découvrir les ressorts cachés de l’horrible intrigue de mes ennemis. Malgré la noirceur de l’accusation et le penchant du public à croire tous les accusés coupables, j’ai la satisfaction de voir les personnes même indifférentes prendre mon parti. Les Nadal, les Danchet, les Depons, les Fréret, sont les seuls, dit-on, qui traitent ma personne comme toute ma vie je traiterai leurs infâmes ouvrages et leur indigne caractère. Genus irritabile vatum. J’ai un plan d’apologie qui sera beau et curieux, et que je travaillerai à la campagne. Je suis trop connu dans le monde pour qu’il convienne à un homme comme moi de me taire après un si exécrable affront; et je le ferai de façon que j’aurai l’honneur de le présenter à M. de Maurepas pour le prier de me permettre de le faire paraître. On y verra tout ce qui m’est arrivé de malheureux, et mes malheurs toujours causés par les gens de lettres, surtout l’histoire de ma sortie des jésuites. Adieu, mon cher ami je me recommande à vous. Desfontaines. LETTRE DU SIEUR DEMOULIN A M. DE VOLTAIRE A Paris, le 12 d’auguste 1738.
Monsieur, nous vous remercions très humblement de
toutes vos bontés, et des facilités que vous voulez bien
nous accorder pour vous payer. Nous en conserverons un précieux
souvenir, et nous vous en marquerons notre vive reconnaissance dans toutes
les occasions. Votre créance est bien assurée; et nous vous
prions d’être persuadé que nous l’acquitterons le plus tôt
qu’il nous sera possible. Je suis en avance dans plusieurs bonnes affaires,
et notre zèle à obliger est cause que nous ne sommes pas
à notre aise.
Vous me rendez justice, monsieur, en ne me croyant point coupable d’aucune mauvaise intention. J’ose même vous protester que jamais je n’en ai eu, et que jamais amant n’a aimé plus tendrement une maîtresse, que je vous ai toujours aimé, malgré tout ce qui est arrivé. J’ai des vivacités, il est vrai; vous me les avez souvent reprochées avec raison; mais je ne le cède à personne pour la droiture de coeur, la pureté des intentions et la fidèle exécution, quand il s’agit de rendre service. Je sais qu’on m’a fort calomnié et je sais encore que les personnes qui déclamaient le plus contre moi, en vous quittant, venaient au logis pour m’animer contre vous. Depuis ce temps-là j’ai rendu à une de ces personnes des services assez considérables; et si les occasions se présentaient d’obliger les autres, je le ferais volontiers. C’est la seule vengeance que je prétends en tirer. Si vous me croyez utile à quelque chose, et même dans ce qui peut exiger de la discrétion, honorez-moi de vos commissions, et soyez, je vous supplie, assuré d’une prompte et secrète expédition. Ma femme vous assure de ses très humbles respects. J’ai l’honneur d’être avec un profond respect, monsieur, votre très humble, etc. Demoulin. BILLET DU MÊME. Je soussigné reconnais que M. de Voltaire ayant
prêté à ma femme et à moi la somme de vingt-sept
mille livres, et vu le mauvais état de nos affaires, ayant bien
voulu se restreindre à la somme de trois mille livres par contrat
obligatoire, passé entre nous chez Ballot, notaire, le 12 de
juin 1736, il nous a remis et accordé sept cent cinquante livres
restant des trois mille livres à payer? et m’en a donné une
rétrocession pleine et entière. Ce 19 de janvier 1743. Demoulin(2).
LETTRE DU LIBRAIRE JORE A M. DE VOLTAIRE LETTRE PREMIÈRE. A Paris, ce 20 décembre 1738.
Monsieur, je vous supplie d’excuser le mauvais état
de ma fortune, et la soustraction de tous mes papiers qui m’a empêché
jusqu’ici de reconnaître le mauvais procédé de ceux
qui ont abusé de mon malheur, pour me forcer à vous faire
un procès injuste, et à laisser imprimer un factum odieux.
Je les désavoue tous deux entièrement. La malice de vos ennemis
n’a servi qu’à me faire connaître la bonté de votre
caractère. Vous avez la bonté de me pardonner d’avoir écouté
de mauvais conseils. Je vous jure que je m’en suis repenti au moment même
que j’ai eu le malheur d’agir contre vous. J’ai bien reconnu combien on
m’avait trompé. Vous n’ignorez pas la jalousie des gens de lettres;
voilà à quoi elle s’est portée. On m’a aigri, on s’est
servi de moi pour vous nuire; j’en suis si fâché, que je vous
promets de ne jamais voir ceux qui m’ont forcé a vous manquer à
ce point; et je réparerai le tort extrême que j’ai eu, par
l’attachement constant que je veux vous vouer toute ma vie.
Je vous prie, monsieur, de me rendre votre amitié, et de croire que mon coeur n’a jamais eu de part à la malice de vos ennemis, et que c’est mon coeur seul qui m’engage à vous le dire. J’ai l’honneur d’être avec respect, monsieur, votre très humble, etc. Jore. LETTRE II. A Paris, le 30 décembre 1738.
Monsieur, j’ai déjà eu l’honneur de vous écrire,
le 20 du présent mois, dans l’amertume de mon coeur, pour vous demander
pardon, et pour vous marquer le sincère repentir que j’éprouve
du procès injuste que votre ennemi (que vous connaissez) m’avait
engagé de vous intenter. Je vous ai déjà marqué
mon regret, et l’horreur que j’ai d’avoir attaqué si cruellement
celui qui était mon bienfaiteur. Je vous disais que j’avais reconnu
l’erreur où l’on m’avait mis. Soyez sûr, monsieur, que mon
affliction est égale à ma faute. Daignez, monsieur, pousser
votre générosité jusqu’à m’accorder le pardon
que j’ose vous demander. Je désavoue le factum injuste et calomnieux
que l’on a mis sous mon nom, et que j ai eu le malheur de signer. J’étais
aveuglé: on m’a séduit. Je vous le répète encore,
j’en suis au désespoir. J’en ai tombé malade. Il n’y a rien
que je ne fasse, le reste de ma vie, pour réparer ma faute. Enfin,
monsieur si vous étiez témoin de mon affliction d’avoir été
trompé par de mauvais conseils, vous auriez pitié de mon
état. Ayez la bonté au moins de me faire dire que vous avez
celle de me pardonner, si vous ne daignez m’écrire de votre main.
Je payerais tous les frais du procès, si j’avais de l’argent; et
il n’y a rien que je ne fasse, tout le reste de ma vie, pour vous témoigner
en particulier et en public le repentir, l’admiration pour votre caractère,
et le très profond respect avec lequel je suis, monsieur, votre
très humble, etc. Jore.
LETTRE III. Paris, le 3 juin 1742.
J’ai reçu, monsieur, les trois cents livres que vous
avez eu encore la bonté de me faire donner. Cette nouvelle manière
de vous venger d’un homme infortuné, dont le plus grand malheur
a été de s’oublier avec vous, et qui en est au désespoir
depuis si longtemps, ne sortira jamais de mon coeur. Vos bontés
augmentent le sincère repentir que j’en ai; elles m’étonnent,
elles m’inspirent le respect et l’attachement le plus tendre. Il faut que
ceux qui m’avaient séduit soient des monstres. Ils ne vous connaissent
pas comme je vous connais. Ma vie doit être employée à
vous marquer mon dévouement. Je n’ai point de termes pour vous dire
ce que vous m inspirez. Permettez-moi seulement de me présenter
devant vous, et de venir vous remercier. C’est la grâce que je vous
prie d’ajouter à vos générosités.
Je suis avec respect et la plus tendre reconnaissance, monsieur, votre très humble, etc. Jore. LETTRE IV. A Milan, ce 20 octobre 1768.
Monsieur, grâce à la pension que vous avez la
bonté de me faire, je me suis trouvé en état de subsister
à Milan, joint à quelques écoliers que j’avais, auxquels
j’aidais à se perfectionner dans la langue française, et
qui malheureusement pour moi quittent cette ville pour voyager. Dans quel
état vais-je me trouver, grand Dieu! privé de ce secours!
Je vous fus autrefois utile pour écrire sous votre dictée;
ne pourrai-je plus vous être d’aucune utilité? si Milan était
un endroit où l’on imprimât en français, je pourrais
m’y occuper à corriger des épreuves, et par cette occupation
me garantir de la misère qui me menace, et que vous pourriez me
faire éviter, monsieur, en m’appelant auprès de vous, où
je me persuade que vous devez avoir quelqu’un qui peut être moins
nécessaire que je pourrais vous l’être.
J’espère, monsieur, que réfléchissant sur mon état présent, et combien il est différent de celui dans lequel vous m’avez vu, vous vous porterez à le soulager, d’autant que ce changement ne m’est arrivé ni par libertinage ni par mauvaise conduite. Lorsque M. de Cideville me procura l’honneur de vous connaître, il n’envisageait, ainsi que moi, que d’augmenter ma fortune; aurait-il pu prévoir l’injustice que l’on m’a faite, et que ma ruine totale devait s’ensuivre? Je me flatte que, touché de mon triste sort, vous m’honorerez d’une réponse qui dissipera cet avenir affreux que j’envisage, et que je ne puis éviter sans vos bontés. Dans cette confiance, permettez que je me dise avec respect., monsieur, votre très humble, etc. Jore. Chez M. le comte Alari. LETTRE V. A Milan, ce 23 avril 1769.
Monsieur, à mon retour des îles Borromées
où son excellence M. le comte Frédéric m’a gardé
trois semaines, pour y prendre l’air, et me remettre de la maladie que
j’ai eue, MM. Origoni et Paraviccini m’ont remis vingt-cinq sequins de
Florence par votre ordre, dont je leur ai donné reçu au compte
de MM. François et Louis Bontemps de Genève.
Je ne puis assez vous en marquer ma reconnaissance et vous ne pouviez, monsieur, m’envoyer plus à propos ce secours, manquant de linge et d’habits. Quoique votre générosité portât l’ordre de me compter ce que j’aurais besoin, sans en limiter la somme, j’ai cru ne devoir pas abuser de vos bontés; et j’ai, sur l’instant même, employé cesvingt-cinq sequins en un habit que j’ai trouvé fait sur ma taille, et en quatre chemises que je fais faire: ce qui me mettra au moins en état de paraître décemment dans les maisons de condition où l’on a la bonté de m’admettre. J’y ai fait part de vos bontés, et l’on m’a loué de n’avoir exigé que cette somme, quoique votre générosité ne l’eût pas bornée. Que je finirais avec tranquillité ma carrière, au cas que j’eusse le malheur de vous survivre, si vous vouliez bien m’assurer de quoi supporter l’état affreux de ma situation, état que j ai si peu mérité! Je l’espère de vos bontés, monsieur. Je n’aurais alors plus à désirer que de me procurer l’occasion de vous en aller marquer ma vive reconnaissance. J’en attends l’heureux moment avec impatience, et vous supplie d’être persuadé du respectueux attachement avec lequel j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très humble, etc. Jore. Chez M. le comte Alari, où mes lettres me viennent franches de port. LETTRE VI. A Milan, ce 25 septembre 1773.
Monsieur, vivement pénétré de gratitude
et transporté de joie, je vous remercie de la consolante promesse
que vous me faites de me tirer de ma misère, et des huit louis que
vous m’avez envoyés. Ils ne pouvaient m’arriver plus à propos
pour me tirer du plus grand embarras. Je ne vous dis point, crainte de
vous accabler, tout ce qui se passe dans mon âme, me flattant que
les dispositions de la vôtre ont changé à mon avantage,
vous assurant que je le mérite par les sentiments de reconnaissance
avec lesquels j’ai l’honneur d’être avec respect, monsieur, votre
très humble, etc. Jore.
LETTRE DE M. SAINT-HYACINTHE, A M. DE BURIGNI. A Belleville, le 2 mai 1739.
Je vous renvoie, monsieur, le manuscrit que vous m’avez fait
la grâce de me confier. Vous croyez peut-être que je l’ai lu
avec plaisir, vous ne vous trompez pas; mais si vous concluez que j’ai
été content après l’avoir lu, vous vous trompez. Charmé
de ce que j’avais vu, je n’ai que mieux senti le besoin que j’avais du
reste; au plaisir de la lecture a succédé beaucoup de colère
contre l’auteur.
Votre indolence, monsieur, ou pour parler plus franchement, votre paresse doit exciter contre vous tous ceux qui savent juger de ce que vous êtes capable de faire. Si vous êtes assez indifférent à la gloire pour dédaigner les applaudissements qui vous reviendraient de la perfection de cet ouvrage, la justice que le public vous a rendue sur ce que vous lui avez donné, vous engage à lui donner encore une chose qu’il attend et qu’il souhaite avec impatience. Personne n’a remonté avec plus de justesse ni avec plus de finesse jusqu’aux sources, personne ne les a expliquées avec plus de délicatesse et d’exactitude. Je vais ameuter tous vos amis pour vous persécuter jusqu’à ce que vous ayez donné l’ouvrage complet. Je mettrai à la tête cette comtesse sur les lèvres de laquelle les Grâces ont mis la persuasion après quoi nous verrons si nous vous laisserons être, à votre aise, paresseux pour quelque temps. Vous m’avez rendu justice, monsieur, lorsque vous avez assuré que je n’étais en nulle liaison avec l’auteur de la Voltairomanie, quel qu’il soit; et je vous proteste encore à présent que je n’ai point lu cette pièce en son entier. J’y jetai simplement les yeux, parce qu’on me dit que l’auteur m’y avait cité au sujet de M. de Voltaire, ce que je ne vis pas sans indignation. Je voudrais bien savoir de quel droit on cite le nom de M. de Voltaire et le mien, lorsque ni l’un ni l’autre ne se trouvent dans l’ouvrage qu’on cite. On fait plus; eh! qu’en avez-vous pensé, monsieur? on y décide de mon intention. La déification(3) dont on parle n’est qu’un ouvrage d’imagination, un tissu de fictions qu’on a liées ensemble pour en faire un récit suivi. On y a en en vue de marquer en général les défauts ou tombent les savants de divers genres et de diverses nations. On y a donc été obligé d’imaginer des choses qui, quoique rapportées comme des choses particulières, ne doivent être regardées que comme des généralités applicables à tous les savants qui peuvent tomber dans ces défauts. On ne peut faire une allégorie ni un caractère, que l’imagination d’un lecteur ne puisse appliquer à quel qu’un que l’auteur même n’aura jamais connu. Ainsi ce qui n’aura, dans un ouvrage de fiction, qu’un objet général en devient un particulier par la malignité d’une fausse interprétation. Si cela est permis, monsieur, il ne faut plus songer à écrire, à moins que le public, plus réservé, ne juge de l’intention d’un auteur conformément au but général de l’ouvrage, et qu’il ne fasse retomber sur l’interprète la malignité de l’interprétation. Quand je vis de quelle manière l’écrivain de la Voltairomanie décidait de mon intention, je vous avoue, monsieur, que je fus extrêmement surpris que celui qu’on en disait l’auteur pût ainsi manquer à tous les égards. Ma surprise égala mon indignation et sa témérité, pour ne pas me servir d’un terme plus dur. Il est vrai que, par la nature de l’ouvrage, on doit s’attendre à tout. J’appris que M. de Voltaire méprisait cette pièce au point de n’y pas répondre. Il fait à merveille: le sort de ces sortes d’ouvrages est de périr en naissant; c’est les conserver que d’en parler. M. de Voltaire a quelque chose de mieux à faire. Cultivant à présent les Musas severiores, il apprend d’elles à s’élever dans les régions tranquilles où les vapeurs de la terre ne s’élèvent point: Sapientum templase rena. Voici, monsieur, les deux madrigaux de M. de Bignicourt,
que je ne pus vous dire qu’imparfaitement la dernière fois que j’eus
l’honneur de vous voir à Paris:
Faites-moi savoir, je vous prie, si vous connaissez le manuscrit sur le tournois, que M. de Rieux a acheté; et quand le temps sera conforme à la saison, n’oubliez point, monsieur, que vous avez à Belleville un très humble et très obéissant serviteur. Saint-Hyacinthe.
LETTRE DE M. D’ARGENSON L’AÎNÉ, A M. DE VOLTAIRE. Paris, le 7 février 1739.
C’est un vilain homme que l’abbé Desfontaines, monsieur;
son ingratitude est assurément pire encore que ses crimes qui vous
avaient donné lieu de l’obliger. N’appréhendez point de n’avoir
pas les puissances pour vous. Une fois il m’arriva, en dînant chez
monsieur le cardinal, d’avancer la proposition qu’il était curé
d’une grosse cure en Normandie; je révoltai toute l’assistance contre
moi. Son éminence me le fit répéter trois fois. Je
me voyais perdu d’estime et de fortuite, sans le prévôt des
marchands qui me témoigna ce fait. Monsieur le chancelier pense
de même sur le compte de ce.... de police. M. Hérault doit
penser de même, ou il serait justiciable de ceux qu’il justicie.
Monsieur le chancelier estime vos ouvrages; il m’en a parlé plusieurs
fois dans mes promenades à Fresne. Mais de tous les chevaliers,
le plus prévenu contre votre ennemi, c’est mon frère. J’ai
été le voir à la réception de votre lettre;
il m’a dit que l’affaire en était à ce que monsieur le chancelier
avait ordonné que l’abbé Desfontaines serait mandé
pour déclarer si les libelles en question étaient de lui,
et pour signer l’affirmatif ou le négatif, sinon contraint. Je vous
assure que cela sera bien mené. Je solliciterai monsieur le chancelier
en mon particulier ces jours-ci.
J’embrasse vos intérêts avec chaleur et avec plaisir. La chose est bien juste. Je vous ai toujours connu ennemi de la satire; vous vous indignez contre les fripons, vous riez des sots: je compte en faire tout autant, tout de mon mieux, et je me crois honnête homme. Ce n’est là que juger; faire part de son jugement à ses amis, c’est médire; la religion le défend ainsi que le bon sens, et même l’instinct. Ainsi, vous m’avez toujours paru éloigné d’un si mauvais penchant; vos écrits avoués, et dignes de vous, et vos discours m’y ont toujours confirmé. Travaillez en repos, monsieur, vingt-cinq autres ans; mais faites des vers malgré votre serment qui est dans la préface de Newton. Avec quelque clarté, quelque beauté, quelque dignité que vous ayez entendu et rendu le système philosophique de cet Anglais, ne méprisez pas pour cela les poèmes, les tragédies et les épîtres en vers: nous serons toujours éclairés et nourris dans la scène physique, mais nous ne lirons bientôt plus pour nous amuser, et nous n’irons plus à la Comédie, faute de bons auteurs en vers et en prose. Adieu, monsieur; pourquoi allez-vous parler de protection
et de respect à un ancien ami, et qui le sera toujours?
Notes. Note_1Ces vers font autant d’honneur au prince de Conti qu’en a fait à Lamotte son approbation d’Oedipe. Ils annoncèrent tous deux à la France un digne successeur de Corneille et de Racine, et jamais prophétie ne fut mieux accomplie. (K.) Note_2Voyez dans la Correspondance générale une lettre de M. de Voltairc à la dame Demoulin du mois de décembre 1738. On y trouvera aussi plusieurs lettres relatives à celles qui suivent ici. Note_3La
Déification d’Aristarchus Masso.
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