EXTRAIT DU CÉDÉROM DES OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE
OEUVRES COMPLÈTES DE MONTESQUIEU
| Accueil Voltaire | Table de l’Esprit des lois | Commander le cédérom |DE L’ESPRIT DES LOIS LIVRE QUATORZIÈME.
DES LOIS DANS LE RAPPORT QU’ELLES ONT
AVEC LA NATURE DU CLIMAT.CHAPITRE PREMIER.
IDÉE GÉNÉRALE.(1)
S’il est vrai que le caractère de l’esprit et les passions du coeur soient extrêmement différents dans les divers climats, les lois doivent être relatives et à la différence de ces passions, et à la différence de ces caractères.(2)CHAPITRE II.
COMBIEN LES HOMMES SONT DIFFÉRENTS
DANS LES DIVERS CLIMATS.L’air froid(3) resserre les extrémités des fibres extérieures de notre corps ; cela augmente leur ressort, et favorise le retour du sang des extrémités vers le cœur ; il diminue la longueur(4) de ces mêmes fibres ; il augmente donc encore par là leur force. L’air chaud, au contraire, relâche les extrémités des fibres, et les allonge ; il diminue donc leur force et leur ressort.
On a donc plus de vigueur dans les climats froids. L’action du coeur et la réaction des extrémités des fibres s’y font mieux, les liqueurs sont mieux en équilibre, le sang est plus déterminé vers le coeur, et réciproquement le coeur a plus de puissance. Cette force plus grande doit produire bien des effets : par exemple, plus de confiance en soi-même, c’est-à-dire plus de courage ; plus de connoissance de sa supériorité, c’est-à-dire moins de désir de la vengeance ; plus d’opinion de sa sûreté, c’est-à-dire plus de franchise, moins de soupçons, de politique et de ruses. Enfin cela doit faire des caractères bien différents. Mettez un homme dans un lieu chaud et enfermé, il souffrira, par les raisons que je viens de dire, une défaillance de coeur très grande. Si, dans cette circonstance, on va lui proposer une action hardie, je crois qu’on l’y trouvera très peu disposé ; sa foiblesse présente mettra un découragement dans son âme ; il craindra tout, parce qu’il sentira qu’il ne peut rien. Les peuples des pays chauds sont timides comme les vieillards le sont ; ceux des pays froids sont courageux comme le sont les jeunes gens. Si nous faisons attention aux dernières(5) guerres, qui sont celles que nous avons le plus sous nos yeux, et dans lesquelles nous pouvons mieux voir de certains effets légers, imperceptibles de loin, nous sentirons bien que les peuples du nord, transportés dans les pays du midi(6), n’y ont pas fait d’aussi belles actions que leurs compatriotes, qui, combattant dans leur propre climat, y jouissoient de tout leur courage.
La force des fibres des peuples du nord fait que les sucs les plus grossiers sont tirés des aliments. Il en résulte deux choses : l’une, que les parties du chyle, ou de la lymphe, sont plus propres, par leur grande surface, à être appliquées sur les fibres, et à les nourrir ; l’autre, qu’elles sont moins propres, par leur grossièreté, à donner une certaine subtilité au suc nerveux. Ces peuples auront donc de grands corps et peu de vivacité.
Les nerfs, qui aboutissent de tous côtés au tissu de notre peau, font chacun un faisceau de nerfs. Ordinairement ce n’est pas tout le nerf qui est remué, c’en est une partie infiniment petite. Dans les pays chauds, ou le tissu de la peau est relâché, les bouts des nerfs sont épanouis et exposés à la plus petite action des objets les plus foibles. Dans les pays froids, le tissu de la peau est resserré, et les mamelons comprimés ; les petites houppes sont, en quelque façon, paralytiques ; la sensation ne passe guère au cerveau que lorsqu’elle est extrêmement forte, et qu’elle est de tout le nerf ensemble. Mais c’est d’un nombre infini de petites sensations que dépendent l’imagination, le goût, la sensibilité, la vivacité.
J’ai observé le tissu extérieur d’une langue de mouton, dans l’endroit où elle paroît, à la simple vue, couverte de mamelons. J’ai vu avec un microscope, sur ces mamelons, de petits poils ou une espèce de duvet ; entre les mamelons étoient des pyramides, qui formoient par le bout comme de petits pinceaux. Il y a grande apparence que ces pyramides sont le principal organe du goût.
J’ai fait geler la moitié de cette langue, et j’ai trouvé, à la simple vue, les mamelons considérablement diminués ; quelques rangs même de mamelons s’étoient enfoncés clans leur gaine. J’en ai examiné le tissu avec le microscope, je n’ai plus vu de pyramides. A mesure que la langue s’est dégelée, les mamelons, à la simple vue, ont paru se relever ; et, au microscope, les petites houppes ont commencé à reparoître.
Cette observation confirme ce que j’ai dit, que, dans les pays froids, les houppes nerveuses sont moins épanouies : elles s’enfoncent dans leurs gaines, où elles sont à couvert de l’action des objets extérieurs. Les sensations sont donc moins vives.
Dans les pays froids on aura peu de sensibilité pour les plaisirs ; elle sera plus grande dans les pays tempérés ; dans les pays chauds, elle sera extrême. Comme on distingue les climats par les degrés de latitude, on pourroit les distinguer, pour ainsi dire, par les degrés de sensibilité. J’ai vu les opéras d’Angleterre et d’Italie ; ce sont les mêmes pièces et les mêmes acteurs : mais la même musique produit des effets si différents sur les deux nations, l’une est si calme, et l’autre si transportée, que cela paroît inconcevable.
Il en sera de même de la douleur : elle est excitée en nous par le déchirement de quelque fibre de notre corps. L’auteur de la nature a établi que cette douleur seroit plus forte à mesure que le dérangement seroit plus grand : or il est évident que les grands corps et les fibres grossières des peuples du nord sont moins capables de dérangement que les fibres délicates des peuples des pays chauds ; l’âme y est donc moins sensible à la douleur. Il faut écorcher un Moscovite pour lui donner du sentiment.
Avec cette délicatesse d’organes que l’on a dans les pays chauds, l’âme est souverainement émue par tout ce qui a du rapport à l’union des deux sexes : tout conduit à cet objet.
Dans les climats du nord, à peine le physique de l’amour a-t-il la force de se rendre bien sensible ; dans les climats tempérés, l’amour, accompagné de mille accessoires, se rend agréable par des choses qui d’abord semblent être lui-même, et ne sont pas encore lui ; dans les climats plus chauds, on aime l’amour pour lui-même ; il est la cause unique du bonheur ; il est la vie.
Dans les pays du midi, une machine délicate, foible, mais sensible, se livre à un amour qui, dans un sérail, naît et se calme sans cesse ; ou bien à un amour qui, laissant les femmes dans une plus grande indépendance, est exposé à mille troubles. Dans les pays du nord, une machine saine et bien constituée, mais lourde, trouve ses plaisirs dans tout ce qui peut remettre les esprits en mouvement : la chasse, les voyages, la guerre, le vin. Vous trouverez dans les climats du nord(7) des peuples qui ont peu de vices, assez de vertus, beaucoup de sincérité et de franchise. Approchez des pays du midi(8) vous croirez vous éloigner de la morale même : des passions plus vives multiplieront les crimes ; chacun cherchera à prendre sur les autres tous les avantages qui peuvent favoriser ces mêmes passions. Dans les pays tempérés(9), vous verrez des peuples inconstants dans leurs manières, dans leurs vices même, et dans leurs vertus ; le climat n’y a pas une qualité assez déterminée pour les fixer eux-mêmes.
La chaleur du climat peut être si excessive que le corps y sera absolument sans force. Pour lors l’abattement passera à l’esprit même ; aucune curiosité, aucune noble entreprise, aucun sentiment généreux ; les inclinations y seront toutes passives ; la paresse y fera le bonheur ; la plupart des châtiments y seront moins difficiles à soutenir que l’action de l’âme, et la servitude moins insupportable que la force d’esprit qui est nécessaire pour se conduire soi-même.
CHAPITRE III.
CONTRADICTION DANS LES CARACTÈRES DE CERTAINS
PEUPLES DU MIDI.Les Indiens(10) sont naturellement sans courage ; les enfants(11) même des Européens nés aux Indes perdent celui de leur climat. Mais comment accorder cela avec leurs actions atroces, leurs coutumes, leurs pénitences barbares ? Les hommes s’y soumettent à des maux incroyables, les femmes s’y brûlent elles-mêmes : voilà bien de la force pour tant de foiblesse.
La nature, qui a donné à ces peuples une foiblesse qui les rend timides, leur a donné aussi une imagination si vive que tout les frappe à l’excès. Cette même délicatesse d’organes qui leur fait craindre la mort, sert aussi à leur faire redouter mille choses plus que la mort. C’est la même sensibilité qui leur fait fuir tous les périls, et les leur fait tous braver.
Comme une bonne éducation est plus nécessaire aux enfants qu’à ceux dont l’esprit est dans sa maturité, de même les peuples de ces climats ont plus besoin d’un législateur sage que les peuples du nôtre. Plus on est aisément et fortement frappé, plus il importe de l’être d’une manière convenable, de ne recevoir pas des préjugés, et d’être conduit par la raison.
Du temps des Romains, les peuples du nord de l’Europe vivoient sans arts, sans éducation, presque sans lois ; et cependant, par le seul bon sens attaché aux fibres grossières de ces climats, ils se maintinrent avec une sagesse admirable contre la puissance romaine(12), jusqu’au moment où ils sortirent de leurs forêts pour la détruire.
CHAPITRE IV.
CAUSE DE L’IMMUTABILITÉ DE LA RELIGION, DES MOEURS, DES MANIÈRES, DES LOIS DANS LES PAYS D’ORIENT.Si, avec cette foiblesse d’organes qui fait recevoir aux peuples d’Orient les impressions du monde les plus fortes, vous joignez une certaine paresse dans l’esprit, naturellement liée avec celle du corps, qui fasse que cet esprit ne soit capable d’aucune action, d’aucun effort, d’aucune contention, vous comprendrez que l’âme, qui a une fois reçu des impressions, ne peut plus en changer. C’est ce qui fait que les lois, les moeurs(13), et les manières, même celles qui paroissent indifférentes, comme la façon de se vêtir, sont aujourd’hui en Orient comme elles étoient il y a mille ans.
CHAPITRE V.
QUE LES MAUVAIS LÉGISLATEURS
SONT CEUX QUI ONT FAVORISÉ LES VICES DU CLIMAT
ET LES BONS SONT CEUX QUI S’Y SONT OPPOSÉS.Les Indiens croient que le repos et le néant sont le fondement de toutes choses et la fin où elles aboutissent. Ils regardent donc l’entière inaction comme l’état le plus parfait et l’objet de leurs désirs. Ils donnent au souverain être(14) le surnom d’immobile. Les Siamois croient que la félicité(15) suprême consiste à n’être point obligé d’animer une machine et de faire agir un corps.
Dans ces pays, où la chaleur excessive énerve et accable, le repos est si délicieux et le mouvement si pénible, que ce système de métaphysique paroît naturel ; et Foë(16), législateur des Indes, a suivi ce qu’il sentoit, lorsqu’il a mis les hommes dans un état extrêmement passif ; mais sa doctrine, née de la paresse du climat, la favorisant à son tour, a causé mille maux.
Les législateurs de la Chine(17) furent plus sensés lorsque, considérant les hommes, non pas dans l’état paisible où ils seront quelque jour, mais dans l’action propre à leur faire remplir les devoirs de la vie, ils firent leur religion, leur philosophie et leurs lois toutes pratiques. Plus les causes physiques portent les hommes au repos, plus les causes morales les en doivent éloigner.
CHAPITRE VI.
DE LA CULTURE DES TERRES DANS LES CLIMATS CHAUDS.La culture des terres est le plus grand travail des hommes. Plus le climat les porte à fuir ce travail, plus la religion et les lois doivent y exciter. Ainsi les lois des Indes, qui donnent les terres aux princes, et ôtent aux particuliers l’esprit de propriété, augmentent les mauvais effets du climat, c’est-à-dire la paresse naturelle.
Le monachisme y fait les mêmes maux ; il est né dans les pays chauds d’Orient, où l’on est moins porté à l’action qu’à la spéculation.
En Asie, le nombre des derviches, ou moines, semble augmenter avec la chaleur du climat ; les Indes, où elle est excessive, en sont remplies : on trouve en Europe cette même différence.
Pour vaincre la paresse du climat, il faudroit que les lois cherchassent à ôter tous les moyens de vivre sans travail ; mais dans le midi de l’Europe elles font tout le contraire : elles donnent à ceux qui veulent être oisifs des places propres à la vie spéculative, et y attachent des richesses immenses. Ces gens, qui vivent dans une abondance qui leur est à charge, donnent avec raison leur superflu au bas peuple : il a perdu la propriété des biens ; ils l’en dédommagent par l’oisiveté dont ils le font jouir ; et il parvient à aimer sa misère même.(18)
Les relations(19) de la Chine nous parlent de la cérémonie(20) d’ouvrir les terres, que l’empereur fait tous les ans. On a voulu exciter(21) les peuples au labourage par cet acte public et solennel.
De plus, l’empereur est informé chaque année du laboureur qui s’est le plus distingué dans sa profession ; il le fait mandarin du huitième ordre.(22)
Chez les anciens Perses(23) le huitième jour du mois nommé Chorrem ruz, les rois quittoient leur faste pour manger avec les laboureurs. Ces institutions sont admirables pour encourager l’agriculture.
Je ferai voir, au livre XIX(24), que les nations paresseuses sont ordinairement orgueilleuses. On pourroit tourner l’effet contre la cause, et détruire la paresse par l’orgueil. Dans le midi de l’Europe, où les peuples sont si frappés(25) par le point d’honneur, il seroit bon de donner des prix aux laboureurs qui auroient le mieux cultivé leurs champs, ou aux ouvriers qui auroient porté plus loin leur industrie. Cette pratique réussira même par tout pays(26). Elle a servi de nos jours, en Irlande, à l’établissement d’une des plus importantes manufactures de toile qui soit en Europe.(27)
CHAPITRE X.
DES LOIS QUI ONT RAPPORT A LA SOBRIÉTÉ
DES PEUPLES.Dans les pays chauds, la partie aqueuse du sang se dissipe beaucoup par la transpiration(28) ; il y faut donc substituer un liquide pareil. L’eau y est d’un usage admirable : les liqueurs fortes y coaguleroient les globules(29) du sang qui restent après la dissipation de la partie aqueuse.
Dans les pays froids, la partie aqueuse du sang s’exhale peu par la transpiration ; elle reste en grande abondance. On y peut donc user des liqueurs spiritueuses, sans que le sang se coagule. On y est plein d’humeurs ; les liqueurs fortes, qui donnent du mouvement au sang, y peuvent être convenables.
La loi de Mahomet, qui défend de boire du vin, est donc une loi du climat d’Arabie ; aussi avant Mahomet, l’eau étoit-elle la boisson commune des Arabes. La loi(30) qui défendoit aux Carthaginois de boire du vin, étoit aussi une loi du climat ; effectivement le climat de ces deux pays est à peu près le même.
Une pareille loi ne seroit pas bonne dans les pays froids, où le climat semble forcer à une certaine ivrognerie de nation, bien différente de celle de la personne. L’ivrognerie se trouve établie par toute la terre, dans la proportion de la froideur et de l’humidité du climat. Passez de l’équateur jusqu’à notre pôle, vous y verrez l’ivrognerie augmenter avec les degrés de latitude. Passez du même équateur au pôle opposé, vous y trouverez l’ivrognerie aller vers le midi(31), comme de ce côté-ci elle avoit été vers le nord.
Il est naturel que, là où le vin est contraire au climat, et par conséquent à la santé, l’excès en soit plus sévèrement puni que dans les pays où l’ivrognerie a peu de mauvais effets pour la personne, où elle en a peu pour la société, où elle ne rend point les hommes furieux, mais seulement stupides. Ainsi les lois(32) qui ont puni un homme ivre, et pour la faute qu’il faisoit, et pour l’ivresse, n’étoient applicables qu’à l’ivrognerie de la personne, et non à l’ivrognerie de la nation. Un Allemand boit par coutume, un Espagnol par choix.
Dans les pays chauds, le relâchement des fibres produit une grande transpiration des liquides ; mais les parties solides se dissipent moins. Les fibres, qui n’ont qu’une action très foible et peu de ressort, ne s’usent guère ; il faut peu de suc nourricier pour les réparer : on y mange donc très peu.(33)
Ce sont les différents besoins dans les différents climats qui ont formé les différentes manières de vivre ; et ces différentes manières de vivre ont formé les diverses sortes de lois. Que, dans une nation les hommes se communiquent beaucoup(34), il faut de certaines lois ; il en faut d’autres chez un peuple où l’on ne se communique point.
CHAPITRE XI.
DES LOIS QUI ONT DU RAPPORT AUX MALADIES
DU CLIMAT.Hérodote(35) nous dit que les lois des Juifs sur la lèpre ont été tirées de la pratique des Égyptiens. En effet, les mêmes maladies demandoient les mêmes remèdes. Ces lois furent inconnues aux Grecs et aux premiers Romains, aussi bien que le mal. Le climat de l’Égypte et de la Palestine les rendit nécessaires ; et la facilité qu’a cette maladie à se rendre populaire(36), nous doit bien faire sentir la sagesse et la prévoyance de ces lois.
Nous en avons nous-mêmes éprouvé les effets. Les croisades nous avoient apporté la lèpre ; les règlements sages que l’on fit l’empêchèrent de gagner la masse du peuple.
On voit, par la loi(37) des Lombards, que cette maladie étoit répandue en Italie avant les croisades, et mérita l’attention des législateurs. Rotharis ordonna qu’un lépreux, chassé de sa maison, et relégué dans un endroit particulier, ne pourroit disposer de ses biens, parce que dès le moment qu’il avoit été tiré de sa maison, il étoit censé mort. Pour empêcher toute communication avec les lépreux, on les rendoit incapables des effets civils.
Je pense que cette maladie fut apportée en Italie par les conquêtes des empereurs grecs, dans les armées desquels il pouvoit y avoir des milices de la Palestine ou de l’Égypte. Quoi qu’il en soit, les progrès en furent arrêtés jusqu’au temps des croisades.
On dit que les soldats de Pompée, revenant de Syrie, rapportèrent une maladie à peu près pareille à la lèpre.
Aucun règlement fait pour lors n’est venu jusqu’à nous ; mais il y a apparence qu’il y en eut, puisque ce mal fut suspendu jusqu’au temps des Lombards.
Il y a deux siècles qu’une maladie, inconnue à nos pères, passa du nouveau monde dans celui-ci, et vint attaquer la nature humaine jusque dans la source de la vie et des plaisirs. On vit la plupart des plus grandes familles du midi de l’Europe périr par un mal qui devint trop commun pour être honteux, et ne fut plus que funeste. Ce fut la soif de l’or qui perpétua cette maladie ; on alla sans cesse en Amérique, et on en rapporta toujours de nouveaux levains.(38)
Des raisons pieuses voulurent demander qu’on laissât cette punition sur le crime ; mais cette calamité étoit entrée dans le sein du mariage, et avoit déjà corrompu l’enfance même.(39)
Comme il est de la sagesse des législateurs de veiller à la santé des citoyens, il eût été très sensé d’arrêter cette communication par des lois faites sur le plan des lois mosaïques.
La peste est un mal dont les ravages sont encore plus prompts et plus rapides. Son siège principal est en Égypte, d’où elle se répand par tout l’univers. On a fait, dans la plupart des États de l’Europe, de très bons règlements pour l’empêcher d’y pénétrer ; et on a imaginé de nos jours un moyen admirable de l’arrêter : on forme une ligne de troupes autour du pays infecté, qui empêche toute communication.(40)
Les Turcs(41), qui n’ont à cet égard aucune police, voient les chrétiens dans la même ville échapper au danger, et eux seuls périr. Ils achètent les habits des pestiférés, s’en vêtissent, et vont leur train. La doctrine d’un destin rigide qui règle tout, fait du magistrat un spectateur tranquille : il pense que Dieu a déjà tout fait, et que lui n’a rien à faire.
CHAPITRE XII.
DES LOIS CONTRE CEUX QUI SE TUENT EUX-MÊMES.(42)Nous ne voyons point dans les histoires que les Romains se fissent mourir sans sujet ; mais les Anglois se tuent sans qu’on puisse imaginer aucune raison qui les y détermine, ils se tuent dans le sein même du bonheur(43). Cette action, chez les Romains, étoit l’effet de l’éducation ; elle tenoit à leur manière de penser et à leurs coutumes : chez les Anglois, elle est l’effet d’une maladie(44) ; elle tient à l’état physique de la machine, et est indépendante de toute autre cause.
Il y a apparence que c’est un défaut de filtration du suc nerveux ; la machine, dont les forces motrices se trouvent à tout moment sans action, est lasse d’elle-même ; l’âme ne sent point de douleur, mais une certaine difficulté de l’existence. La douleur est un mal local qui nous porte au désir de voir cesser cette douleur : le poids de la vie est un mal qui n’a point de lieu particulier, et qui nous porte au désir de voir finir cette vie.
Il est clair que les lois civiles de quelques pays ont eu des raisons pour flétrir l’homicide de soi-même(45) ; mais, en Angleterre, on ne peut pas plus le punir qu’on ne punit les effets de la démence.(46)
CHAPITRE XIII.
EFFETS QUI RÉSULTENT DU CLIMAT D’ANGLETERRE.(47)Dans une nation à qui une maladie du climat affecte tellement l’âme, qu’elle pourroit porter le dégoût de toutes choses jusqu’à celui de la vie, on voit bien que le gouvernement qui conviendroit le mieux à des gens à qui tout seroit insupportable, seroit celui où ils ne pourroient pas se prendre à un seul de ce qui causeroit leurs chagrins ; et où les lois gouvernant plutôt que les hommes, il faudroit, pour changer l’État, les renverser elles-mêmes.
Que si la même nation avoit encore reçu, du climat un certain caractère d’impatience qui ne lui permît pas de souffrir longtemps les mêmes choses, on voit bien que le gouvernement dont nous venons de parler seroit encore le plus convenable.(48)
Ce caractère d’impatience n’est pas grand par lui-même ; mais il peut le devenir beaucoup, quand il est joint avec le courage.
Il est différent de la légèreté, qui fait que l’on entreprend sans sujet, et que l’on abandonne de même. Il approche plus de l’opiniâtreté, parce qu’il vient d’un sentiment des maux, si vif, qu’il ne s’affoiblit pas même par l’habitude de les souffrir.
Ce caractère, dans une nation libre, seroit très propre à déconcerter les projets de la tyrannie(49), qui est toujours lente et foible dans ses commencements, comme elle est prompte et vive dans sa fin ; qui ne montre d’abord qu’une main pour secourir, et opprime ensuite avec une infinité de bras.
La servitude commence toujours par le sommeil. Mais un peuple qui n’a de repos dans aucune situation, qui se tâte sans cesse, et trouve tous les endroits douloureux, ne pourroit guère s’endormir.
La politique est une lime sourde, qui use et qui parvient lentement à sa fin. Or les hommes dont nous venons de parler ne pourroient soutenir les lenteurs, les détails, le sang-froid des négociations ; ils y réussiroient souvent moins que toute autre nation ; et ils perdroient, par leurs traités, ce qu’ils auroient obtenu par leurs armes.(50)
Nos pères(51), les anciens Germains, habitoient un climat où les passions étoient très calmes. Leurs lois ne trouvoient dans les choses que ce qu’elles voyoient, et n’imaginoient rien de plus. Et comme elles jugeoient des insultes faites aux hommes par la grandeur des blessures, elles ne mettaient pas plus de raffinement dans les offenses faites aux femmes. La loi(52) des Allemands est là-dessus fort singulière. Si l’on découvre une femme à la tête, on paiera une amende de six sols ; autant si c’est à la jambe jusqu’au genou ; le double depuis le genou. Il semble que la loi mesuroit la grandeur des outrages faits à la personne des femmes, comme on mesure une figure de géométrie ; elle ne punissoit point le crime de l’imagination, elle punissoit celui des yeux. Mais lorsqu’une nation germanique se fut transportée en Espagne, le climat trouva bien d’autres lois. La loi des Wisigoths défendit aux médecins de saigner une femme ingénue qu’en présence de son père ou de sa mère, de son frère, de son fils ou de son oncle. L’imagination des peuples s’alluma, celle des législateurs s’échauffa de même ; la loi soupçonna tout pour un peuple qui pouvoit tout soupçonner.
Ces lois eurent donc une extrême attention sur les deux sexes. Mais il semble que, dans les punitions qu’elles firent, elles songèrent plus à flatter la vengeance particulière qu’à exercer la vengeance publique. Ainsi, dans la plupart des cas, elles réduisoient les deux coupables dans la servitude des parents ou du mari offensé. Une femme(53) ingénue, qui s’étoit livrée à un homme marié, étoit remise dans la puissance de sa femme, pour en disposer à sa volonté. Elles obligeoient les esclaves(54) de lier et de présenter au mari sa femme qu’ils surprenoient en adultère ; elles permettoient à ses enfants(55) de l’accuser, et de mettre à la question ses esclaves pour la convaincre. Aussi furent-elles plus propres à raffiner à l’excès un certain point d’honneur qu’à former une bonne police. Et il ne faut pas être étonné si le comte Julien crut qu’un outrage de cette espèce demandoit la perte de sa patrie et de son roi. On ne doit pas être surpris si les Maures, avec une telle conformité de moeurs, trouvèrent tant de facilité à s’établir en Espagne, à s’y maintenir et à retarder la chute de leur empire.
CHAPITRE XV.
DE LA DIFFÉRENTE CONFIANCE
QUE LES LOIS ONT DANS LE PEUPLE SELON LES CLIMATS.Le peuple japonois a un caractère si atroce(56), que ses législateurs et ses magistrats n’ont pu avoir aucune confiance en lui : ils ne lui ont mis devant les yeux que des juges, des menaces et des châtiments ; ils l’ont soumis, pour chaque démarche, à l’inquisition de la police. Ces lois qui, sur cinq chefs de famille, en établissent un comme magistrat sur les quatre autres ; ces lois qui, pour un seul crime, punissent toute une famille ou tout un quartier ; ces lois, qui ne trouvent point d’innocents là où il peut y avoir un coupable, sont faites pour que tous les hommes se méfient les uns des autres, pour que chacun recherche la conduite de chacun, et qu’il en soit l’inspecteur, le témoin et le juge.
Le peuple des Indes au contraire est doux(57), tendre, compatissant : aussi ses législateurs ont-ils eu une grande confiance en lui. Ils ont établi peu(58) de peines, et elles sont peu sévères ; elles ne sont pas même rigoureusement exécutées. Ils ont donné les neveux aux oncles, les orphelins aux tuteurs, comme on les donne ailleurs à leurs pères Ils ont réglé la succession par le mérite reconnu du successeur. Il semble qu’ils ont pensé que chaque citoyen devoit se reposer sur le bon naturel des autres.
Ils donnent aisément la liberté(59) à leurs esclaves ; ils les marient, ils les traitent comme leurs enfants(60) : heureux climat, qui fait naître la candeur des moeurs, et produit la douceur des lois !
NOTES
Note_1 Défense de l’Esprit des lois, seconde partie : Climat.
Note_2 De toutes les théories de Montesquieu, c’est celle du climat et de son influence qui a fait le plus de bruit. C’était la première fois que, dans les temps modernes, on donnait aux causes physiques une action aussi marquée sur la vie des peuples. De là des accusations sans nombre. Il faut reconnaître cependant que le climat joue un trop grand rôle dans les habitudes et le caractère des individus et des nations pour qu’il soit permis de n’en pas tenir compte. Montesquieu a-t-il été trop loin, c’est une autre question : le lecteur en décidera.
Note_3 Cela paroît même à la vue : dans le froid on paroît plus maigre. (Montesquieu.)
Note_4 On sait qu’il raccourcit le fer. (Montesquieu.)
Note_5 Celles pour la succession d’Espagne. (Montesquieu.)
Note_6 En Espagne, par exemple. (Montesquieu.)
Note_7 L’Angleterre, la Hollande, l’Allemagne.
Note_10 « Cent soldats d’Europe, dit Tavernier, n’auroient pas grand’peine à battre mille soldats indiens. » (Montesquieu.)
Note_11 Les Persans môme qui s’établissent aux Indes, prennent, à la troisième génération, la nonchalance et la lâcheté indienne. Voyez Bernier, Sur le Mogol, t. I, p. 282. (Montesquieu.)
Note_12 Ce fut la faiblesse romaine qui fit la force des Barbares. Quant à la sagesse admirable des Germains, des Goths et des Huns, il serait bien difficile d’en donner une preuve historique.
Note_13 On voit, par un fragment de Nicolas de Damas, recueilli par Constantin Porphyrogénète, que la coutume était ancienne en Orient d’envoyer étrangler un gouverneur qui déplaisoit ; elle était du temps des Mèdes. (Montesquieu.)
Note_14 Panamanack. Voyez Kircher. (Montesquieu.)
Note_15 La Loubère, Relation de Siam, p. 446. (Montesquieu.)
Note_16 Foë veut réduire le coeur au pur vuide. « Nous avons des yeux et des oreilles ; mais la perfection est de ne voir ni entendre ; une bouche, des mains, etc., la perfection est que ces membres soient dans l’inaction. » Ceci est tiré du dialogue d’un philosophe chinois, rapporté par le P. du Halde, t. III. (Montesquieu.) — C’est le fonds même de la religion bouddhique. On sait que Fo est le nom chinois de Sakya-Mouni, le Bouddha.
Note_17 C’est-à-dire Confucius et son école.
Note_18 Lettres persanes, CXVII.
Note_19 Le P. du Halde, Histoire de la Chine, t. II, p. 72. (Montesquieu.)
Note_20 Plusieurs rois des Indes font de même. Relation du royaume de Siam par La Loubère, p. 69. (Montesquieu.)
Note_21 Ven-ty, troisième empereur de la troisième dynastie, cultiva la terre de ses propres mains, et fit travailler à la soie, dans son palais, l’impératrice et ses femmes. Histoire de la Chine. (Montesquieu.)
Note_22 « Cela n’empêche pas que la Chine ne soit sans cesse en proie à la famine, et que les parents n’exposent sur les rivières les enfants qu’ils sont hors d’état de nourrir. C’est que la Chine est un État despotique, et que, lorsque les cultivateurs sont soumis au bâton toute l’année, l’honneur qu’on croit leur faire une fois par an ne les dédommage ni ne les console. » B. Constant, Commentaire sur Filangieri, ch. iv.
Note_23 M. Hyde, Religion des Perses. (Montesquieu.)
Note_24 A. B. Nous ferons voir au liv. XIX, etc.
Note_25 A. B. Si fort frappés, etc.
Note_26 Cette phrase manque dans A. B.
Note_27 A. B. Cette pratique a réussi de nos jours en Irlande ; elle y a établi une des plus importantes, etc.
Note_28 M. Bernier, faisant un voyage de Lahor à Cachemir, écrivait : « Mon corps est un crible : à peine ai-je avalé une pinte d’eau, que je la vois sortir comme une rosée de tous mes membres jusqu’au bout des doigts ; j’en bois dix pintes par jour, et cela ne me fait point de mal. » Voyage de Bernier, t. II, p. 261. (Montesquieu.)
Note_29 Il y a dans le sang des globules rouges, des parties fibreuses, des globules blancs, et de l’eau dans laquelle nage tout cela. (Montesquieu.)
Note_30 Platon, liv. II des Lois, Aristote, du soin des affaires domestiques, liv. I, c. v. Eusèbe, Prép. évang., liv. XII, chap. xvii. (Montesquieu.)
Note_31 Cela se voit dans les Hottentots et les peuples de la pointe du Chili, qui sont plus près du sud. (Montesquieu.)
Note_32 Comme fit Pittacus ; selon Aristote, Politique, liv. II, chap. iii. Il vivoit dans un climat où l’ivrognerie n’est pas un vice de nation. (Montesquieu.)
Note_33 Dans les pays chauds, la sobriété n’est qu’un effet du climat. Comme on y dissipe moins, l’on a moins besoin de réparer, et l’appétit de manger est moins vif. Les jeûnes de l’église grecque qui nous paraissent si longs, le sont peut-être moins en rapport à ces climats-là, que les nôtres ne le sont en rapport à la froidure de notre pays. (Pecquet, Analyse raisonnée de l’Esprit des lois, p. 101).
Note_34 C’est-à-dire vivent beaucoup entre eux.
Note_35 Liv. II. (Montesquieu.)
Note_36 C’est-à-dire à se propager.
Note_37 Liv. II, tit. i, § 3 ; et tit. xviii,§ 1. (Montesquieu.)
Note_38 Lettres persanes, CXIII.
Note_39 A. B. n’ont point ce paragraphe.
Note_40 On est moins confiant aujourd’hui dans l’effet des cordons sanitaires.
Note_41 Ricaut, De l’empire ottoman [édition de 1678, in-12, p. 284. (Montesquieu.)
Note_42 L’action de ceux qui se tuent eux-mêmes est contraire à la loi naturelle et à la religion révélée. (Montesquieu.) — Cette note n’est pas dans les premières éditions. En sa qualité de stoïcien, Montesquieu a toujours été plus qu’indulgent pour le suicide. V. Lettres persanes, LXXVI et LXXVII ; Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains, ch. xiii.
Note_43 « Il n’y a pas de nation qui ait plus besoin de religion que les Anglais : Ceux qui n’ont pas peur de se pendre doivent avoir la peur d’être damnés. » Montesquieu, Pensées diverses.
Note_44 Elle pourroit bien être compliquée avec le scorbut qui, surtout dans quelques pays, rend un homme bizarre et insupportable à lui-même, Voyage de François Pyrard, part. II, chap. xxi. (Montesquieu.)
Note_45 Ces raisons n’ont jamais été raisonnables. Comment punir un cadavre insensible ? La mort nous soustrait à l’empire des lois humaines. Flétrir la mémoire, confisquer les biens, ce n’est pas punir celui qui s’est tué, c’est punir la femme, les enfants, la famille, c’est-à-dire des innocents.
Note_46 Les Anglais appellent cette maladie spleen, qu’ils prononcent splin ; ce mot signifie la rate. Nos dames autrefois étaient malades de la rate. Molière, dans l’Amour médecin, acte III, scène vii, a fait dire à des bouffons :
..
Veut-on qu’on rabatte
Par des moyens doux
Les vapeurs de rate
Qui nous minent tous,
Qu’on laisse Hippocrate
Et qu’on vienne à nous.
Nos Parisiennes étaient donc tourmentées de la rate ; à présent elles sont affligées de vapeurs : et en aucun cas elles ne se tuaient. Les Anglais ont le splin ou la splin, et se tuent par humeur. Ils s’en vantent, car quiconque se pend à Londres, ou se noie, ou se tire un coup de pistolet, est mis dans la gazette.... Ils prétendent à l’honneur exclusif de se tuer. Mais si l’on voulait rabattre cet orgueil, on leur prouverait que dans la seule année on a compté à Paris plus de cinquante personnes qui se sont donné la mort. On leur dirait que chaque année il y a douze suicides dans Genève qui ne contient que vingt mille âmes, tandis que les gazettes ne comptent pas plus de suicides à Londres, qui renferme environ sept cent mille spleen ou splin.
Les climats n’ont guère changé depuis que Romulus et Remus eurent une louve pour nourrice. Cependant pourquoi, si vous en exceptez [le poète] Lucrèce, dont l’histoire n’est pas bien avérée, aucun Romain de marque n’a-t-il eu une assez forte spleen pour attenter à sa vie ? Et pourquoi, ensuite, dans l’espace de si peu d’années, Caton d’Utique, Brutus, Cassius, Antoine et tant d’autres donnèrent-ils cet exemple au monde ? N’y a-t-il pas quelque autre raison que le climat qui rendit ces suicides si communs ? (Voltaire.)
Note_47 A. Effets d’un certain climat.
Note_48 L’impatience n’est guère le défaut qu’on reproche aux Anglais d’aujourd’hui.
Note_49 Je prends ici ce mot pour le dessein de renverser le pouvoir établi, et surtout la démocratie. C’est la signification que lui donnoient les Grecs et les Romains. (Montesquieu.)
Note_50 C’était au dernier siècle la prétention des Anglais que, dans les négociations et les traités, ils étaient toujours dupes de leur simplicité. Ils se sont corrigés de cette faiblesse, si elle a jamais existé.
Note_52 Chap. LVIII, § 1 et 2. (Montesquieu.)
Note_53 Loi des Wisigoths, liv. III, tit. iv, § 9. (Montesquieu.)
Note_54 Loi des Wisigoths, liv. III, tit. iv, § 6. (Montesquieu.) — Inf., XXVI, xix.
Note_55 Loi des Wisigoths, liv. III, tit. iv, § 13. (Montesquieu.)
Note_56 Sup., VI, xiii ; XII, xiv.
Note_57 Voyez Bernier, t. II, p. 140. (Montesquieu.)
Note_58 Voyez dans le quatorzième recueil des Lettres édifiantes, p. 403, les principales lois ou coutumes des peuples de l’Inde de la presqu’île deçà le Gange. (Montesquieu.)
Note_59 Lettres édifiantes, neuvième recueil, p. 378. (Montesquieu.)
Note_60 J’avois pensé que la douceur de l’esclavage, aux Indes, avoit fait dire à Diodore qu’il n’y avoit dans ce pays ni maître ni esclave ; mais Diodore a attribué à toute l’Inde ce qui, selon Strabon, liv. XV, n’étoit propre qu’à une nation particulière. (Montesquieu.)