EXTRAIT DU CÉDÉROM DES OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE
OEUVRES COMPLÈTES DE MONTESQUIEU
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DE L’ESPRIT DES LOIS

LIVRE HUITIÈME.

DE LA CORRUPTION DES PRINCIPES
DES TROIS GOUVERNEMENTS.

CHAPITRE PREMIER.
IDÉE GÉNÉRALE DE CE LIVRE.

 
La corruption de chaque gouvernement commence presque toujours par celle des principes.

CHAPITRE II.
DE LA CORRUPTION DU PRINCIPE DE LA DÉMOCRATIE.(1)

Le principe de la démocratie se corrompt non seulement lorsqu’on perd l’esprit d’égalité, mais encore quand on prend l’esprit d’égalité extrême, et que chacun veut être égal à ceux qu’il choisit pour lui commander. Pour lors le peuple, ne pouvant souffrir le pouvoir même qu’il confie, veut tout faire par lui-même, délibérer pour le sénat, exécuter pour les magistrats, et dépouiller tous les juges.

Il ne peut plus y avoir de vertu dans la république. Le peuple veut faire les fonctions des magistrats ; on ne les respecte donc plus. Les délibérations du sénat n’ont plus de poids(2) ; on n’a donc plus d’égards pour les sénateurs, et par conséquent pour les vieillards. Que si l’on n’a pas du respect pour les vieillards, on n’en aura pas non plus pour les pères ; les maris ne méritent pas plus de déférence, ni les maîtres plus de soumission. Tout le monde parviendra à aimer ce libertinage ; la gêne du commandement fatiguera comme celle de l’obéissance. Les femmes, les enfants, les esclaves n’auront de soumission pour personne. Il n’y aura plus de moeurs, plus d’amour de l’ordre, enfin plus de vertu.

On voit, dans le Banquet de Xénophon(3), une peinture bien naïve d’une république où le peuple a abusé de l’égalité. Chaque convive donne à son tour la raison pourquoi il est content de lui. « Je suis content de moi, dit Charmides, à cause de ma pauvreté. Quand j’étois riche, j’étois obligé de faire ma cour aux calomniateurs, sachant bien que j’étois plus en état de recevoir du mal d’eux que de leur en faire : la république me demandoit toujours quelque nouvelle somme : je ne pouvois m’absenter. Depuis que je suis pauvre, j’ai acquis de l’autorité ; personne ne me menace, je menace les autres, je puis m’en aller ou rester. Déjà les riches se lèvent de leurs places, et me cèdent le pas. Je suis un roi, j’étois esclave ; je payois un tribut à la république, aujourd’hui elle me nourrit ; je ne crains plus de perdre, j’espère d’acquérir. »

Le peuple tombe dans ce malheur, lorsque ceux à qui il se confie, voulant cacher leur propre corruption, cherchent à le corrompre. Pour qu’il ne voie pas leur ambition, ils ne lui parlent que de sa grandeur ; pour qu’il n’aperçoive pas leur avarice, ils flattent sans cesse la sienne.

La corruption augmentera parmi les corrupteurs, et elle augmentera parmi ceux qui sont déjà corrompus. Le peuple se distribuera tous les deniers publics ; et, comme il aura joint à sa paresse la gestion des affaires, il voudra joindre à sa pauvreté les amusements du luxe. Mais, avec sa paresse et son luxe, il n’y aura que le trésor public qui puisse être un objet pour lui.

Il ne faudra pas s’étonner si l’on voit les suffrages se donner pour de l’argent. On ne peut donner beaucoup au peuple, sans retirer encore plus de lui ; mais, pour retirer de lui, il faut renverser l’État. Plus il paroîtra tirer d’avantage de sa liberté, plus il s’approchera du moment où il doit la perdre. Il se forme de petits tyrans qui ont tous les vices d’un seul. Bientôt ce qui reste de liberté devient insupportable ; un seul tyran s’élève ; et le peuple perd tout, jusqu’aux avantages de sa corruption.

La démocratie a donc deux excès à éviter : l’esprit d’inégalité, qui la mène à l’aristocratie, ou au gouvernement d’un seul ; et l’esprit d’égalité extrême, qui la conduit au despotisme d’un seul, comme le despotisme d’un seul finit par la conquête.

Il est vrai que ceux qui corrompirent les républiques grecques ne devinrent pas toujours tyrans. C’est qu’ils s’étoient plus attachés à l’éloquence qu’à l’art militaire outre qu’il y avoit dans le coeur de tous les Grecs une haine implacable contre ceux qui renversoient le gouvernement républicain ; ce qui fit que l’anarchie dégénéra en anéantissement, au lieu de se changer en tyrannie.

Mais Syracuse, qui se trouva placée au milieu d’un grand nombre de petites oligarchies changées en tyrannies(4) ; Syracuse, qui avoit un sénat(5) dont il n’est presque jamais fait mention dans l’histoire, essuya des malheurs que la corruption ordinaire ne donne pas. Cette ville, toujours dans la licence(6) ou dans l’oppression, également travaillée par sa liberté et par sa servitude, recevant toujours l’une et l’autre comme une tempête, et malgré sa puissance au dehors, toujours déterminée à une révolution par la plus petite force étrangère, avoit dans son sein un peuple immense, qui n’eut jamais que cette cruelle alternative de se donner un tyran, ou de l’être lui-même.(7)

CHAPITRE III.
DE L’ESPRIT D’ÉGALITÉ EXTRÊME.

Autant que le ciel est éloigné de la terre, autant le véritable esprit d’égalité l’est-il de l’esprit d’égalité extrême. Le premier ne consiste point à faire en sorte que tout le monde commande, ou que personne ne soit commandé ; mais à obéir et à commander à ses égaux. Il ne cherche pas à n’avoir point de maître, mais à n’avoir que ses égaux pour maîtres.

Dans l’état de nature, les hommes naissent bien dans l’égalité ; mais il n’y sauroient rester. La société la leur fait perdre, et ils ne redeviennent égaux que par les lois.(8)

Telle est la différence entre la démocratie réglée et celle qui ne l’est pas, que, dans la première, on n’est égal que comme citoyen, et que, dans l’autre, on est encore égal comme magistrat, comme sénateur, comme juge, comme père, comme mari, comme maître.

La place naturelle de la vertu est auprès de la liberté ; mais elle ne se trouve pas plus auprès de la liberté extrême qu’auprès de la servitude.

CHAPITRE IV.
CAUSE PARTICULIÈRE DE LA CORRUPTION DU PEUPLE.

Les grands succès, surtout ceux auxquels le peuple contribue beaucoup, lui donnent un tel orgueil, qu’il n’est plus possible de le conduire. Jaloux des magistrats, il le devient de la magistrature ; ennemi de ceux qui gouvernent, il l’est bientôt de la constitution. C’est ainsi que la victoire de Salamine sur les Perses corrompit la république d’Athènes(9) ; c’est ainsi que la défaite des Athéniens perdit la république de Syracuse.(10)

Celle de Marseille n’éprouva jamais ces grands passages de l’abaissement à la grandeur : aussi se gouverna-t-elle toujours avec sagesse ; aussi conserva-t-elle ses principes.

CHAPITRE V.
DE LA CORRUPTION DU PRINCIPE DE L’ARISTOCRATIE.

L’aristocratie se corrompt lorsque le pouvoir des nobles devient arbitraire : il ne peut plus y avoir de vertu dans ceux qui gouvernent, ni dans ceux qui sont gouvernés.

Quand les familles régnantes observent les lois, c’est une monarchie qui a plusieurs monarques, et qui est très bonne par sa nature ; presque tous ces monarques sont liés par les lois. Mais quand elles ne les observent pas, c’est un État despotique qui a plusieurs despotes.

Dans ce cas la république ne subsiste qu’à l’égard des nobles, et entre eux seulement. Elle est dans le corps qui gouverne, et l’État despotique est dans le corps qui est gouverné ; ce qui fait les deux corps du inonde les plus désunis.

L’extrême corruption est lorsque les nobles deviennent héréditaires(11) ; ils ne peuvent plus guère avoir de modération. S’ils sont en petit nombre, leur pouvoir est plus grand, mais leur sûreté diminue : s’ils sont en plus grand nombre, leur pouvoir est moindre, et leur sûreté plus grande : en sorte que le pouvoir va croissant, et la sûreté diminuant, jusqu’au despote, sur la tête duquel est l’excès du pouvoir et du danger.

Le grand nombre des nobles dans l’aristocratie héréditaire rendra donc le gouvernement moins violent ; mais comme il y aura peu de vertu, on tombera dans un esprit de nonchalance, de paresse, d’abandon, qui fera que l’État n’aura plus de force ni de ressort.(12)

Une aristocratie peut maintenir la force de son principe, si les lois sont telles qu’elles fassent plus sentir aux nobles les périls et les fatigues du commandement que ses délices ; et si l’État est dans une telle situation qu’il ait quelque chose à redouter ; et que la sûreté vienne du dedans, et l’incertitude du dehors.

Comme une certaine confiance fait la gloire et la sûreté d’une monarchie, il faut au contraire qu’une république redoute quelque chose(13). La crainte des Perses maintint les lois chez les Grecs. Carthage et Rome s’intimidèrent l’une l’autre, et s’affermirent. Chose singulière ! plus ces États ont de sûreté, plus, comme des eaux trop tranquilles, ils sont sujets à se corrompre.

CHAPITRE VI.
DE LA CORRUPTION DU PRINCIPE DE LA MONARCHIE.

Comme les démocraties se perdent lorsque le peuple dépouille le sénat, les magistrats et les juges de leurs fonctions, les monarchies se corrompent lorsqu’on ôte peu à peu les prérogatives des corps ou les privilèges des villes(14). Dans le premier cas, on va au despotisme de tous ; dans l’autre, au despotisme d’un seul.

« Ce qui perdit les dynasties de Tsin et de Souï, dit un auteur chinois, c’est qu’au lieu de se borner, comme les anciens, à une inspection générale, seule digne du souverain, les princes voulurent gouverner tout immédiatement par eux-mêmes(15). » L’auteur chinois nous donne ici la cause de la corruption de presque toutes les monarchies.

La monarchie se perd, lorsqu’un prince croit qu’il montre plus sa puissance en changeant l’ordre des choses qu’en le suivant ; lorsqu’il ôte les fonctions naturelles des uns pour les donner arbitrairement à d’autres, et lorsqu’il est plus amoureux de ses fantaisies que de ses volontés.

La monarchie se perd, lorsque le prince, rapportant tout uniquement à lui, appelle l’État à sa capitale, la capitale à sa cour, et la cour à sa seule personne.(16)

Enfin elle se perd, lorsqu’un prince méconnoît son autorité, sa situation, l’amour de ses peuples ; et lorsqu’il ne sent pas bien qu’un monarque doit se juger en sûreté, comme un despote doit se croire en péril.

CHAPITRE VII.
CONTINUATION DU MÊME SUJET.

Le principe de la monarchie se corrompt lorsque les premières dignités sont les marques de la première servitude, lorsqu’on ôte aux grands le respect des peuples, et qu’on les rend de vils instruments du pouvoir arbitraire.

Il se corrompt encore plus, lorsque l’honneur a été mis en contradiction avec les honneurs, et que l’on peut être à la fois couvert d’infamie(17) et de dignités(18).

Il se corrompt lorsque le prince change sa justice en sévérité ; lorsqu’il met, comme les empereurs romains, une tête de Méduse sur sa poitrine(19) ; lorsqu’il prend cet air menaçant et terrible que Commode faisoit donner à ses statues.(20)

Le principe de la monarchie se corrompt lorsque des âmes singulièrement lâches tirent vanité de la grandeur que pourroit avoir leur servitude ; et qu’elles croient que ce qui fait que l’on doit tout au prince, fait que l’on ne doit rien à sa patrie.

Mais s’il est vrai (ce que l’on a vu dans tous les temps) qu’à mesure que le pouvoir du monarque devient immense, sa sûreté diminue ; corrompre ce pouvoir, jusqu’à le faire changer de nature, n’est-ce pas un crime de lèse-majesté(21) contre lui.(22)

CHAPITRE VIII.
DANGER DE LA CORRUPTION DU PRINCIPE
DU GOUVERNEMENT MONARCHIQUE.

L’inconvénient n’est pas lorsque l’État passe d’un gouvernement modéré à un gouvernement modéré, comme de la république à la monarchie, ou de la monarchie à la république ; mais quand il tombe et se précipite du gouvernement modéré au despotisme.

La plupart des peuples d’Europe sont encore gouvernés par les moeurs. Mais si par un long abus du pouvoir, si par une grande conquête, le despotisme s’établissoit à un certain point, il n’y auroit pas de moeurs ni de climat qui tinssent ; et, dans cette belle partie du monde, la nature humaine souffriroit, au moins pour un temps, les insultes qu’on lui fait dans les trois autres.

CHAPITRE IX.
COMBIEN LA NOBLESSE EST PORTÉE
A DÉFENDRE LE TRÔNE.

La noblesse angloise s’ensevelit avec Charles Ier sous les débris du trône ; et, avant cela, lorsque Philippe II fit entendre aux oreilles des François le mot de liberté, la couronne fut toujours soutenue par cette noblesse, qui tient à honneur d’obéir à un roi, mais qui regarde comme la souveraine infamie de partager la puissance avec le peuple.(23)

On a vu la maison d’Autriche travailler sans relâche à opprimer la noblesse hongroise. Elle ignoroit de quel prix elle lui seroit quelque jour. Elle cherchoit chez ces peuples de l’argent qui n’y étoit pas ; elle ne voyoit pas des hommes qui y étoient. Lorsque tant de princes partageoient entre eux ses États, toutes les pièces de sa monarchie, immobiles et sans action, tomboient, pour ainsi dire, les unes sur les autres. Il n’y avoit de vie que dans cette noblesse, qui s’indigna, oublia tout pour combattre, et crut qu’il étoit de sa gloire de périr et de pardonner.(24)

CHAPITRE X.
DE LA CORRUPTION DU PRINCIPE DU GOUVERNEMENT
DESPOTIQUE.

Le principe du gouvernement despotique se corrompt sans cesse, parce qu’il est corrompu par sa nature. Les autres gouvernements périssent, parce que des accidents particuliers en violent le principe : celui-ci périt par son vice intérieur, lorsque quelques causes accidentelles n’empêchent point son principe de se corrompre. Il ne se maintient donc que quand des circonstances tirées du climat, de la religion, de la situation ou du génie du peuple, le forcent à suivre quelque ordre, et à souffrir quelque règle. Ces choses forcent sa nature sans la changer ; sa férocité reste ; elle est pour quelque temps apprivoisée.

CHAPITRE XI.
EFFETS NATURELS DE LA BONTÉ ET DE LA CORRUPTION
DES PRINCIPES.

Lorsque les principes du gouvernement sont une fois corrompus, les meilleures lois deviennent mauvaises, et se tournent contre l’État ; lorsque les principes en sont sains, les mauvaises ont l’effet des bonnes ; la force du principe entraîne tout.

Les Crétois, pour tenir les premiers magistrats dans la dépendance des lois, employoient un moyen bien singulier c’étoit celui de l’insurrection. Une partie des citoyens se soulevoit(25), mettoit en fuite les magistrats, et les obligeoit de rentrer dans la condition privée. Cela étoit censé fait en conséquence de la loi. Une institution pareille, qui établissoit la sédition pour empêcher l’abus du pouvoir, sembloit devoir renverser quelque république que ce fût ; elle ne détruisit pas celle de Crète. Voici pourquoi(26) :

Lorsque les anciens vouloient parler d’un peuple qui avoit le plus grand amour pour la patrie, ils citoient les Crétois. La patrie, disoit Platon(27), nom si tendre aux Crétois. Ils l’appeloient d’un nom qui exprime l’amour d’une mère pour ses enfants(28). Or, l’amour de la patrie corrige tout.

Les lois de Pologne ont aussi leur insurrection. Mais les inconvénients qui en résultent font bien voir que le seul peuple de Crète étoit en état d’employer avec succès un pareil remède.

Les exercices de la gymnastique établis chez les Grecs ne dépendirent pas moins de la bonté du principe du gouvernement. « Ce furent les Lacédémoniens et les Crétois, dit Platon(29), qui ouvrirent ces académies fameuses, qui leur firent tenir dans le monde un rang si distingué. La pudeur s’alarma d’abord ; mais elle céda à l’utilité publique. » Du temps de Platon, ces institutions étoient admirables(30) ; elles se rapportoient à un grand objet, qui étoit l’art militaire. Mais, lorsque les Grecs n’eurent plus de vertu, elles détruisirent l’art militaire même ; on ne descendit plus sur l’arène pour se former, mais pour se corrompre.(31)

Plutarque nous dit(32) que, de son temps, les Romains pensoient que ces jeux avoient été la principale cause de la servitude où étoient tombés les Grecs. C’étoit, au contraire, la servitude des Grecs qui avoit corrompu ces exercices. Du temps de Plutarque(33), les parcs où l’on combattoit à nud, et les jeux de la lutte, rendoient les jeunes gens lâches, les portoient à un amour infâme, et n’en faisoient que des baladins ; mais du temps d’Épaminondas, l’exercice de la lutte faisoit gagner aux Thébains la bataille de Leuctres.(34)

Il y a peu de lois qui ne soient bonnes, lorsque l’État n’a point perdu ses principes ; et, comme disoit Épicure(35) en parlant des richesses : « Ce n’est point la liqueur qui est corrompue, c’est le vase. »

CHAPITRE XII.
CONTINUATION DU MÊME SUJET.

On prenoit à Rome les juges dans l’ordre des sénateurs. Les Gracques transportèrent cette prérogative aux chevaliers. Drusus la donna aux sénateurs et aux chevaliers ; Sylla, aux sénateurs seuls ; Cotta, aux sénateurs, aux chevaliers et aux trésoriers de l’épargne(36). César exclut ces derniers. Antoine fit des décuries de sénateurs, de chevaliers et de centurions.

Quand une république est corrompue, on ne peut remédier à aucun des maux qui naissent, qu’en ôtant la corruption et en rappelant les principes : toute autre correction est ou inutile ou un nouveau mal. Pendant que Rome conserva ses principes, les jugements purent être sans abus entre les mains des sénateurs ; mais quand elle fut corrompue, à quelque corps que ce fût qu’on transportât les jugements, aux sénateurs, aux chevaliers, aux trésoriers de l’épargne, à deux de ces corps, à tous les trois ensemble, à quelque autre corps que ce fût, on étoit toujours mal. Les chevaliers n’avoient pas plus de vertu que les sénateurs, les trésoriers de l’épargne pas plus que les chevaliers, et ceux-ci aussi peu que les centurions.

Lorsque le peuple de Rome eut obtenu qu’il auroit part aux magistratures patriciennes, il étoit naturel de penser que ses flatteurs alloient être les arbitres du gouvernement. Non : l’on vit ce peuple, qui rendoit les magistratures communes aux plébéiens, élire toujours des patriciens. Parce qu’il étoit vertueux, il étoit magnanime ; parce qu’il étoit libre, il dédaignoit le pouvoir(37). Mais lorsqu’il eut perdu ses principes, plus il eut de pouvoir, moins il eut de ménagements ; jusqu’à ce qu’enfin, devenu son propre tyran et son propre esclave, il perdit la force de la liberté pour tomber dans la foiblesse de la licence.

CHAPITRE XIII.
EFFET DU SERMENT CHEZ UN PEUPLE VERTUEUX.

Il n’y a point eu de peuple, dit Tite-Live(38), où la dissolution se soit plus tard introduite que chez les Romains, et où la modération et la pauvreté aient été plus longtemps honorées.

Le serment eut tant de force chez ce peuple, que rien ne l’attacha plus aux lois. Il fit bien des fois pour l’observer ce qu’il n’auroit jamais fait pour la gloire ni pour la patrie.(39)

Quintius Cincinnatus, consul, ayant voulu lever une armée dans la ville contre les Èques et les Volsques, les tribuns s’y opposèrent. « Eh bien, dit-il, que tous ceux qui ont fait serment au consul de l’année précédente marchent sous mes enseignes.(40) » En vain les tribuns s’écrièrent-ils qu’on n’étoit plus lié par ce serment ; que, quand on l’avoit fait, Quintius étoit un homme privé : le peuple fut plus religieux que ceux qui se mêloient de le conduire ; il n’écouta ni les distinctions ni les interprétations des tribuns.

Lorsque le même peuple voulut se retirer sur le Mont Sacré, il se sentit retenu par le serment qu’il avoit fait aux consuls de les suivre à la guerre(41). Il forma le dessein de les tuer ; on lui fit entendre que le serment n’en subsisteroit pas moins. On peut juger de l’idée qu’il avoit de la violation du serment, par le crime qu’il vouloit commettre.

Après la bataille de Cannes, le peuple, effrayé, voulut se retirer en Sicile(42) : Scipion lui fit jurer qu’il resteroit à Rome ; la crainte de violer leur serment surmonta toute autre crainte. Rome étoit un vaisseau tenu par deux ancres dans la tempête : la religion et les moeurs.

CHAPITRE XIV.
COMMENT LE PLUS PETIT CHANGEMENT
DANS LA CONSTITUTION ENTRAÎNE LA RUINE
DES PRINCIPES.

Aristote(43) nous parle de la république de Carthage comme d’une république très bien réglée. Polybe nous dit qu’à la seconde guerre punique(44) il y avoit à Carthage cet inconvénient, que le sénat avoit perdu presque toute son autorité. Tite-Live(45) nous apprend que lorsqu’Annibal retourna à Carthage, il trouva que les magistrats et les principaux citoyens détournoient à leur profit les revenus publics, et abusoient de leur pouvoir. La vertu des magistrats tomba donc avec l’autorité du sénat ; tout coula du même principe.

On connoît les prodiges de la censure chez les Romains. Il y eut un temps où elle devint pesante ; mais on la soutint, parce qu’il y avoit plus de luxe que de corruption. Claudius l’affoiblit ; et par cet affoiblissement, la corruption devint encore plus grande que le luxe ; et la censure(46) s’abolit, pour ainsi dire, d’elle-même(47). Troublée, demandée, reprise, quittée, elle fut entièrement interrompue jusqu’au temps où elle devint inutile, je veux dire les règnes d’Auguste et de Claude.(48)

CHAPITRE XV.
MOYENS TRÈS EFFICACES POUR LA CONSERVATION
DES TROIS PRINCIPES

Je ne pourrai me faire entendre que lorsqu’on aura lu les quatre chapitres suivants.

CHAPITRE XVI.
PROPRIÉTÉS DISTINCTIVES DE LA RÉPUBLIQUE.

Il est de la nature d’une république qu’elle n’ait qu’un petit territoire ; sans cela elle ne peut guère subsister(49). Dans une grande république, il y a de grandes fortunes, et par conséquent peu de modération dans les esprits : il y a de trop grands dépôts à mettre entre les mains d’un citoyen ; les intérêts se particularisent ; un homme sent d’abord qu’il peut être heureux, grand, glorieux, sans sa patrie ; et bientôt, qu’il peut être seul grand sur les ruines de sa patrie.

Dans une grande république, le bien commun est sacrifié à mille considérations ; il est subordonné à des exceptions ; il dépend des accidents. Dans une petite, le bien public est mieux senti, mieux connu, plus près de chaque citoyen ; les abus y sont moins étendus, et par conséquent moins protégés.

Ce qui fit subsister si longtemps Lacédémone, c’est qu’après toutes ses guerres, elle resta toujours avec son territoire. Le seul but de Lacédémone étoit la liberté ; le seul avantage de sa liberté, c’étoit la gloire.

Ce fut l’esprit des républiques grecques de se contenter de leurs terres, comme de leurs lois. Athènes prit de l’ambition, et en donna à Lacédémone : mais ce fut plutôt pour commander à des peuples libres, que pour gouverner des esclaves ; plutôt pour être à la tête de l’union, que pour la rompre. Tout fut perdu lorsqu’une monarchie s’éleva ; gouvernement dont l’esprit est plus tourné vers l’agrandissement.

Sans des circonstances particulières(50), il est difficile que tout autre gouvernement que le républicain puisse subsister dans une seule ville. Un prince d’un si petit État chercheroit naturellement à opprimer, parce qu’il auroit une grande puissance et peu de moyens pour en jouir, ou pour la faire respecter : il fouleroit donc beaucoup ses peuples. D’un autre côté, un tel prince seroit aisément opprimé par une force étrangère, ou même par une force domestique ; le peuple pourroit à tous les instants s’assembler et se réunir contre lui. Or, quand un prince d’une ville est chassé de sa ville, le procès est fini ; s’il a plusieurs villes, le procès n’est que commencé.

CHAPITRE XVII.
PROPRIÉTÉS DISTINCTIVES DE LA MONARCHIE.

Un État monarchique doit être d’une grandeur médiocre. S’il étoit petit, il se formeroit en république ; s’il étoit fort étendu, les principaux de l’État, grands par eux-mêmes, n’étant point sous les yeux du prince, ayant leur cour hors de sa cour, assurés d’ailleurs contre les exécutions promptes par les lois et par les moeurs, pourroient cesser d’obéir ; ils ne craindroient pas une punition trop lente et trop éloignée.(51)

Aussi Charlemagne eut-il à peine fondé son empire, qu’il fallut le diviser ; soit que les gouverneurs des provinces n’obéissent pas ; soit que, pour les faire mieux obéir, il fût nécessaire de partager l’empire en plusieurs royaumes.

Après la mort d’Alexandre, son empire fut partagé. Comment ces grands de Grèce et de Macédoine, libres, ou du moins chefs des conquérants répandus dans cette vaste conquête, auroient-ils pu obéir ?

Après la mort d’Attila, son empire fut dissous : tant de rois qui n’étoient plus contenus, ne pouvoient point reprendre des chaînes.

Le prompt établissement du pouvoir sans bornes est le remède qui, dans ces cas, peut prévenir la dissolution nouveau malheur après celui de l’agrandissement !

Les fleuves courent se mêler dans la mer : les monarchies vont se perdre dans le despotisme.(52)

CHAPITRE XVIII.
QUE LA MONARCHIE D’ESPAGNE ÉTOIT DANS UN CAS
PARTICULIER.

Qu’on ne cite point l’exemple de l’Espagne ; elle prouve plutôt ce que je dis. Pour garder l’Amérique, elle fit ce que le despotisme même ne fait pas ; elle en détruisit les habitants(53). Il fallut, pour conserver sa colonie, qu’elle la tînt dans la dépendance de sa subsistance même.

Elle essaya le despotisme dans les Pays-Bas ; et si tôt qu’elle l’eut abandonné, ses embarras augmentèrent. D’un côté, les Wallons ne vouloient pas être gouvernés par les Espagnols ; et de l’autre, les soldats espagnols ne vouloient pas obéir aux officiers wallons.(54)

Elle ne se maintint dans l’Italie, qu’à force de l’enrichir et de se ruiner : car ceux qui auroient voulu se défaire du roi d’Espagne, n’étoient pas pour cela d’humeur à renoncer à son argent.

CHAPITRE XIX.
PROPRIÉTÉS DISTINCTIVES DU GOUVERNEMENT
DESPOTIQUE.

Un grand empire suppose une autorité despotique dans celui qui gouverne. Il faut que la promptitude des résolutions supplée à la distance des lieux où elles sont envoyées ; que la crainte empêche la négligence du gouverneur ou du magistrat éloigné ; que la loi soit dans une seule tête ; et qu’elle change sans cesse, comme les accidents, qui se multiplient toujours dans l’État, à proportion de sa grandeur.

CHAPITRE XX.
CONSÉQUENCE DES CHAPITRES PRÉCÉDENTS.

Que si la propriété naturelle des petits États est d’être gouvernés en république ; celle des médiocres, d’être soumis à un monarque ; celle des grands empires, d’être dominés par un despote ; il suit que, pour conserver les principes du gouvernement établi, il faut maintenir l’État dans la grandeur qu’il avoit déjà ; et que cet État changera d’esprit, à mesure qu’on rétrécira, ou qu’on étendra ses limites.

CHAPITRE XXI.
DE L’EMPIRE DE LA CHINE.(55)

Avant de finir ce livre, je répondrai à une objection qu’on peut faire sur tout ce que j’ai dit jusqu’ici.

Nos missionnaires nous parlent du vaste empire de la Chine, comme d’un gouvernement admirable, qui mêle ensemble dans son principe la crainte, l’honneur et la vertu. J’ai donc posé une distinction vaine, lorsque j’ai établi les principes des trois gouvernements.

J’ignore ce que c’est que cet honneur dont on parle chez des peuples à qui on ne fait rien faire qu’à coups de bâton.(56)

De plus, il s’en faut beaucoup que nos commerçants nous donnent l’idée de cette vertu dont nous parlent nos missionnaires : on peut les consulter sur les brigandages des mandarins.(57)

Je prends encore à témoin le grand homme mylord Anson.(58)

D’ailleurs, les lettres du P. Parennin sur le procès que l’empereur fit faire à des princes du sang néophytes(59) qui lui avoient déplu, nous font voir un plan de tyrannie constamment suivi, et des injures faites à la nature humaine avec règle, c’est-à-dire de sang-froid. .

Nous avons encore les lettres de M. de Mairan et du même P. Parennin sur le gouvernement de la Chine. Après des questions et des réponses très sensées, le merveilleux s’est évanoui.

Ne pourroit-il pas se faire que les missionnaires auroient été trompés par une apparence d’ordre ; qu’ils auroient été frappés de cet exercice continuel de la volonté d’un seul, par lequel ils sont gouvernés eux-mêmes, et qu’ils aiment tant à trouver dans les cours des rois des Indes, parce que n’y allant que pour y faire de grands changements, il leur est plus aisé de convaincre les princes qu’ils peuvent tout faire que de persuader aux peuples qu’ils peuvent tout souffrir.(60)

Enfin, il y a souvent quelque chose de vrai dans les erreurs même. Des circonstances particulières, et peut-être uniques, peuvent faire que le gouvernement de la Chine ne soit pas aussi corrompu qu’il devroit l’être. Des causes, tirées la plupart du physique du climat, ont pu forcer les causes morales dans ce pays, et faire des espèces de prodiges.

Le climat de la Chine est tel qu’il favorise prodigieusement la propagation de l’espèce humaine(61). Les femmes y sont d’une fécondité si grande, que l’on ne voit rien de pareil sur la terre. La tyrannie la plus cruelle n’y arrête point le progrès de la propagation. Le prince n’y peut pas dire comme Pharaon : Opprimons-les avec sagesse. Il seroit plutôt réduit à former le souhait de Néron, que le genre humain n’eût qu’une tête(62). Malgré la tyrannie, la Chine, par la force du climat, se peuplera toujours, et triomphera de la tyrannie.

La Chine, comme tous les pays où croît le riz(63), est sujette à des famines fréquentes. Lorsque le peuple meurt de faim, il se disperse pour chercher de quoi vivre ; il se forme de toutes parts des bandes de trois, quatre ou cinq voleurs. La plupart sont d’abord exterminées ; d’autres se grossissent et sont exterminées encore. Mais, dans un si grand nombre de provinces, et si éloignées, il peut arriver que quelque troupe fasse fortune. Elle se maintient, se fortifie, se forme en corps d’armée, va droit à la capitale, et le chef monte sur le trône.

Telle est la nature de la chose, que le mauvais gouvernement y est d’abord puni. Le désordre y naît soudain, parce que ce peuple prodigieux y manque de subsistance. Ce qui fait que, dans d’autres pays, on revient si difficilement des abus, c’est qu’ils n’y ont pas des effets sensibles(64) ; le prince n’y est pas averti d’une manière prompte et éclatante, comme il l’est à la Chine.

Il ne sentira point, comme nos princes, que, s’il gouverne mal, il sera moins heureux dans l’autre vie, moins puissant et moins riche dans celle-ci. Il saura que, si son gouvernement n’est pas bon, il perdra l’empire et la vie.

Comme, malgré les expositions d’enfants, le peuple augmente toujours à la Chine(65), il faut un travail infatigable pour faire produire aux terres de quoi le nourrir : cela demande une grande attention de la part du gouvernement(66). Il est à tous les instants intéressé à ce que tout le monde puisse travailler sans crainte d’être frustré de ses peines. Ce doit moins être un gouvernement civil qu’un gouvernement domestique.(67)

Voilà ce qui a produit les règlements dont on parle tant. On a voulu faire régner les lois avec le despotisme ; niais ce qui est joint avec le despotisme n’a plus de force. En vain ce despotisme, pressé par ses malheurs, a-t-il voulu s’enchaîner ; il s’arme de ses chaînes, et devient plus terrible encore.

La Chine est donc un État despotique, dont le principe est la crainte. Peut-être que dans les premières dynasties, l’empire n’étant pas si étendu, le gouvernement déclinoit un peu de cet esprit. Mais aujourd’hui cela n’est pas.

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NOTES

Note_1 Ce chapitre est d’actualité pour la France de 2005. (RDB.)

Note_2 A. B. Ne sont plus pesées. La correction est dans l’édition de 1751.

Note_3 Chap. iv, Platon, Rép., liv. VIII.

Note_4 Voyez Plutarque, dans les Vies de Timoléon et de Dion. (Montesquieu.)

Note_5 C’est celui des six cents, dont parle Diodore, liv. XIX, ch. v. (Montesquieu.)

Note_6 Ayant chassé les tyrans, ils firent citoyens des étrangers et des soldats mercenaires, ce qui causa des guerres civiles. Aristote, Politique, liv. V, chap. iii. Le peuple ayant été cause de la victoire sur les Athéniens, la république fut changée, Ibid., chap. iv. La passion de deux jeunes magistrats, dont l’un enleva à l’autre un jeune garçon, et celui-ci lui débaucha sa femme, fit changer la forme de cette république, Ibid., liv. VII, chap. iv. (Montesquieu.)

Note_7 Dans ces pages admirables, dans ce tableau des excès qui perdent la démocratie, Montesquieu, comme Cicéron, s’est inspiré de Platon, que, plus d’une fois, il s’est contenté de traduire. Platon, Rép., liv. VIII ; Cicéron, de Rep., liv. I, c. XLIII, XLIV.

Note_8 Sup., I, ii et iii.

Note_9 Aristote, Politique, liv. V, chap. iv. (Montesquieu.)

Note_10 Ibid.(Montesquieu.)

Note_11 L’aristocratie se change en oligarchie. (Montesquieu.)

Note_12 Venise est une des républiques qui a le mieux corrigé, par ses lois, les inconvénients de l’aristocratie héréditaire. (Montesquieu.)

Note_13 Justin attribue à la mort d’Épaminondas l’extinction de la vertu à Athènes. N’ayant plus d’émulation, ils dépensèrent leurs revenus en fêtes, frequentius coenam quam castra visentes. Pour lors, les Macédoniens sortirent de l’obscurité. Liv. VI, ch. ix. (Montesquieu.)

Note_14 C’est ce que firent les Valois et les Bourbons.

Note_15 Compilation d’ouvrages faits sous les Ming, rapportés par le P. du Halde. Description de la Chine, t. II, p. 648. (Montesquieu.) — En d’autres termes : les monarchies tempérées périssent par la centralisation. On voit qu’en parlant de la Chine, c’est la monarchie française que vise Montesquieu.

Note_16 Allusion plus que transparente à la politique de Louis XIV.

Note_17 Sous le règne de Tibère on éleva des statues, et l’on donna les ornements triomphaux aux délateurs : ce qui avilit tellement ces honneurs, que ceux qui les avoient mérités les dédaignèrent. Fragment de Dion, liv. LVIII, ch. xiv, tiré de l’Extrait des vertus et des vices, de Const. Porphyrog. Voyez dans Tacite comment Néron, sur la découverte et la punition d’une prétendue conjuration, donna à Petronius Turpilianus, à Nerva, à Tigellinus, les ornements triomphaux. Annales, liv. XV, ch. LXXII. Voyez aussi comment les généraux dédaignèrent de faire la guerre, parce qu’ils en méprisoient les honneurs. Pervulgatis triumphi insignibus. Tacite, Annales, liv. XIII, ch. LIII. (Montesquieu.)

Note_18 Est-ce une allusion au cardinal Dubois ?

Note_19 Dans cet état, le prince savoit bien quel étoit le principe de son gouvernement. (Montesquieu.)

Note_20 Hérodien. (Montesquieu.) — Livre I, Vie de Commode.

Note_21 A. B. Un crime de majesté, etc.

Note_22 Benjamin Constant, De l’esprit de conquête, liv. II, chap. xv, a repris et soutenu avec éloquence ces idées de Montesquieu, Cours de droit constitutionnel, t. II, p. 244.

Note_23 Ce sentiment n’était pas moins vif en 1789, et ce ne fut pas une des moindres causes qui hâtèrent la chute de la monarchie.

Note_24 Allusion au Moriamur pro rege nostro Maria Theresa, et à la conduite de la noblesse de Hongrie dans la guerre de la succession d’Autriche, 1741-1748.

Note_25 Aristote, Politique, liv. II, chap. x.

Note_26 On se réunissoit toujours d’abord contre les ennemis du dehors, ce qui s’appeloit syncrétisme. Plutarque, Oeuvres morales, p. 88. (Montesquieu.)

Note_27 République, liv. IX. (Montesquieu.)

Note_28 Plutarque, Oeuvres morales, au traité : Si l’homme d’âge doit se mêler des affaires publiques. (Montesquieu.)

Note_29 République, lib. V. (Montesquieu.)

Note_30 La gymnastique se divisoit en deux parties : la danse et la lutte. On voyoit en Crète les danses armées des Curètes ; à Lacédémone, celles de Castor et de Pollux ; à Athènes, les danses armées de Pallas, très propres pour ceux qui ne sont pas encore en âge d’aller à la guerre. La lutte est l’image de la guerre, dit Platon, des Lois, liv. VII. Il loue l’antiquité de n’avoir établi que deux danses : la pacifique et la pyrrhique. Voyez comment cette dernière danse s’appliquoit à l’art militaire. Platon, ibid. (Montesquieu.)

Note_31 Martial, lib. IV, epig. 55. (Montesquieu.) :
.

. . . . . . . . . Aut libidinosae
Ledaeas Lacedemonis palestras.
.
Note_32 Oeuvres morales, au traité : Des demandes des choses romaines. Question XL. (Montesquieu.)

Note_33 Plutarque, ibid.(Montesquieu.)

Note_34 Plutarque, Oeuvres morales, Propos de table, liv. II. Question v. (Montesquieu.) — Sur qui gagnèrent-ils cette bataille ? Sur les Lacédémoniens qui s’exerçaient à la gymnastique depuis quatre cents ans. (B. Constant, Commentaire sur Filangieri, IVe partie, chap. i.)

Note_35 A. Et je puis bien dire ici ce que disait Épicure, etc. Sincerum nisi vas, quodcumque infundis acescit. (Horace.)

Note_36 Tribuni œrarii.

Note_37 Grandeur et décadence des Romains, chap. viii.

Note_38 Liv. I. In praefat. (Montesquieu.)

Note_39 Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains, chap. I.

Note_40 Tite-Live, liv. III, c. xx. (Montesquieu.) — Quintius n’eut garde de tenir un pareil discours. Si ceux à qui il parloit eussent prêté serment au consul de l’année précédente, ils auroient été libres de leur engagement, car, dans les premiers temps de la République, les Romains ne s’enrôlaient que pour une campagne. Mais Cincinnatus était consul substitué en la place de P. Valerius qui avait été tué au commencement de l’année ; et ce sont les soldats de P. Valerius qu’il rappelle au drapeau. (Crévier.)

Note_41 Tite-Live, liv. II, c. xxxii. (Montesquieu.)

Note_42 Jamais peuple n’a formé un dessein aussi chimérique. Il s’agissait simplement de jeunes officiers qui, désespérant de la République, voulaient se retirer auprès de quelque roi étranger. Voyez Tite-Live, XXII, c. LIII.

Note_43 Politique, liv. II, ch. xi.

Note_44 Environ cent ans après. (Montesquieu.) — Polybe, Hist., liv. VI.

Note_45 Tite-Live, liv. XXIII, chap. XLVI.

Note_46 Voyez Dion, liv. XXXVIII ; la Vie de Cicéron dans Plutarque ; Cicéron à Atticus, liv. IV, lettres x et xv ; Asconius sur Cicéron, de divination. (Montesquieu.)

Note_47 A. B. S’abolit d’elle-même. — Les premières éditions ajoutent en note Les Tribuns les empêchèrent de faire le cens, et s’opposèrent à leur élection. Voyez Cicéron à Atticus, liv. IV, lettres x et xv. (Montesquieu.)

Note_48 Cette dernière phrase n’est ni dans A ni dans B.

Note_49 Cela était de la nature des républiques de l’antiquité, en un temps où les États n’étaient que des cités qui se gouvernaient elles-mêmes en délibérant sur la place publique. Aujourd’hui l’exemple de l’Amérique nous a donné d’autres idées. Mais aux derniers siècles l’exemple manquait ; et pour Machiavel comme pour Montesquieu, qui n’avaient devant les yeux que la chute de la république romaine dès qu’elle s’était agrandie, c’était un axiome reçu qu’une république ne peut vivre que sur un petit territoire.

Note_50 Comme quand un petit souverain se maintient entre deux grands États par leur jalousie mutuelle ; mais il n’existe que précairement. (Montesquieu.)

Note_51 Montesquieu songeait à l’empire de Charlemagne, et au temps où il n’y avait ni routes, ni navigation ; mais aujourd’hui le problème est changé. Avec les chemins de fer, les télégraphes, la mer couverte de navires, il est plus aisé au président des États-Unis de tenir un continent sous sa main, qu’il ne l’était à Louis le Gros de maintenir Corbeil dans l’obéissance. La question d’étendue de territoire n’est plus aujourd’hui une question de gouvernement, à moins qu’il ne s’agisse d’un pays aussi vaste que la Chine et aussi étranger aux merveilles de l’industrie moderne. Inf., IX, vi.

Note_52 Montesquieu nous parle toujours de la monarchie française de son temps. Il n’y a pas de raison pour qu’une monarchie constitutionnelle, qui est, à vrai dire, une espèce de république, ne gouverne pas, sans danger pour elle-même, des peuples nombreux. Voyez ce que fait l’Angleterre.

Note_53 A. B. Tous les habitants. — Cela est exagéré. Il y eut d’abominables massacres, mais on ne détruisit pas tous les Indiens. Ils existent encore aujourd’hui au Mexique et ailleurs.

Note_54 Voyez l’Histoire des Provinces-Unies, par M. Le Clerc. (Montesquieu.)

Note_55 Au dernier siècle, les jésuites avaient fait de la Chine une peinture si séduisante, qu’il y eut une admiration universelle pour cet empire patriarcal. Les philosophes du XVIIIe siècle se servent de la Chine, comme Tacite se sert de la Germanie, pour écraser les contemporains. Montesquieu n’a pas donné dans cette erreur ; il se défiait des lettres du Père Parennin, et ne pouvait pas comprendre l’union de la vertu et de l’honneur avec un pouvoir absolu. Il n’est pas besoin de dire si Montesquieu avait raison.

Note_56 C’est le bâton qui gouverne la Chine, dit le P. du Halde. Disc. de la Chine, t. II, p. 134. (Montesquieu.)

Note_57 Voyez, entre autres, la relation de Lange. (Montesquieu.)

Note_58 Cette phrase n’est ni dans A ni dans B. — Lorsque parut le Voyage autour du monde de l’amiral Anson*, Montesquieu s’écria : Ah ! je l’ai toujours dit que les Chinois n’étaient pas si honnêtes gens qu’ont voulu le faire croire les Lettres édifiantes. (Lettre à l’abbé de Guasco, de 1755.)

* La traduction française est de 1749, in-4°. Seconde édition, 1754, 4 vol. in-12.

Note_59 De la famille de Sourniama, Lettres édifiantes, 18e recueil. (Montesquieu.)

Note_60 Voyez dans le P. du Halde comment les missionnaires se servirent de l’autorité de Canhi pour faire taire les mandarins, qui disoient toujours que, par les lois du pays, un culte étranger ne pouvoit être établi dans l’empire. (Montesquieu.)

Note_61 Sup., VII, vi.

Note_62 C’est Caligula à qui l’on prête ce voeu abominable : Utinam populus Romanus unam cervicem haberet. Suétone, Caligula, c. xxx.

Note_63 Voyez ci-après, liv. XXIII, chap. xiv. (Montesquieu.)

Note_64 A. B. Des effets d’abord sensibles. Corrigé dans l’édition de 1751.

Note_65 Voyez le mémoire d’un Tsongtou, pour qu’on défriche, Lettres édif., 21e recueil. (Montesquieu.)

Note_66 A. B. Cela demande du gouvernement une attention qu’on n’a point ailleurs.

Note_67 Montesquieu a raison. La Chine est un gouvernement paternel et administratif, réglé par la coutume. Mais ce gouvernement sui generis ne rentre en rien dans la classification de l’Esprit des Lois. C’est ce qui explique l’embarras, et quelquefois l’impatience, de l’auteur.