EXTRAIT DU CÉDÉROM DES OEUVRES COMPLÈTES DE VOLTAIRE
OEUVRES COMPLÈTES DE MONTESQUIEU
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CONSÉQUENCES DES DIFFÉRENTS PRINCIPES
DES TROIS GOUVERNEMENTS
PAR RAPPORT AUX LOIS SOMPTUAIRES, AU LUXE
ET A LA CONDITION DES FEMMES.CHAPITRE PREMIER.
DU LUXE.(1)
Le luxe est toujours en proportion avec l’inégalité des fortunes. Si, dans un État, les richesses sont également partagées(2), il n’y aura point de luxe ; car il n’est fondé que sur les commodités qu’on se donne par le travail des autres.Pour que les richesses restent également partagées, il faut que la loi ne donne à chacun que le nécessaire physique. Si l’on a au delà, les uns dépenseront, les autres acquerront, et l’inégalité s’établira.
Supposant le nécessaire physique égal à une somme donnée, le luxe de ceux qui n’auront que le nécessaire sera égal à zéro ; celui qui aura le double aura un luxe égal à un ; celui qui aura le double du bien de ce dernier aura un luxe égal à trois ; quand on aura encore le double(3) on aura un luxe égal à sept ; de sorte que le bien du particulier qui suit, étant toujours supposé double de celui du précédent, le luxe croîtra du double plus une unité, dans cette progression 0, 1, 3, 7, 15, 31, 63, 127.
Dans la république de Platon(4), le luxe auroit pu se calculer au juste. Il y avoit quatre sortes de cens établis. Le premier étoit précisément le terme où finissoit la pauvreté(5) ; le second étoit double, le troisième triple, le quatrième quadruple du premier. Dans le premier cens, le luxe étoit égal à zéro ; il étoit égal à un dans le second, à deux dans le troisième, à trois dans le quatrième ; et il suivoit ainsi la proportion arithmétique.
En considérant le luxe des divers peuples les uns à l’égard des autres, il est dans chaque État en raison composée de l’inégalité des fortunes qui est entre les citoyens, et de l’inégalité des richesses des divers États. En Pologne, par exemple, les fortunes sont d’une inégalité extrême ; mais la pauvreté du total empêche qu’il y ait autant de luxe que dans un État plus riche.
Le luxe est encore en proportion avec la grandeur des villes, et surtout de la capitale ; en sorte qu’il est en raison composée des richesses de l’État, de l’inégalité des fortunes des particuliers et du nombre d’hommes qu’on assemble dans de certains lieux.
Plus il y a d’hommes ensemble, plus ils sont vains et sentent naître en eux l’envie de se signaler par de petites choses(6). S’ils sont en si grand nombre que la plupart soient inconnus les uns aux autres, l’envie de se distinguer redouble, parce qu’il y a plus d’espérance de réussir. Le luxe donne cette espérance ; chacun prend les marques de la condition qui précède la sienne. Mais à force de vouloir se distinguer, tout devient égal, et on ne se distingue plus : comme tout le monde veut se faire regarder, on ne remarque personne.
Il résulte de tout cela une incommodité générale. Ceux qui excellent dans une profession mettent à leur art le prix qu’ils veulent ; les plus petits talents suivent cet exemple ; il n’y a plus d’harmonie entre les besoins et les moyens. Lorsque je suis forcé de plaider, il est nécessaire que je puisse payer un avocat ; lorsque je suis malade, il faut que je puisse avoir un médecin.
Quelques gens ont pensé qu’en assemblant tant de peuple dans une capitale, on diminuoit le commerce, parce que les hommes ne sont plus à une certaine distance les uns des autres. Je ne le crois pas ; on a plus de désirs, plus de besoins, plus de fantaisies quand on est ensemble.
CHAPITRE II.
DES LOIS SOMPTUAIRES DANS LA DÉMOCRATIE.(7)Je viens de dire(8) que, dans les républiques où les richesses sont également partagées, il ne peut point y avoir de luxe ; et comme on a vu au livre cinquième(9) que cette égalité de distribution faisoit l’excellence d’une république, il suit que moins il y a de luxe dans une république, plus elle est parfaite. Il n’y en avoit point chez les premiers Romains ; il n’y en avoit point chez les Lacédémoniens ; et dans les républiques où l’égalité n’est pas tout à fait perdue, l’esprit de commerce, de travail et de vertu fait que chacun y peut et que chacun y veut vivre de son propre bien, et que par conséquent il y a peu de luxe.
Les lois du nouveau partage des champs, demandées avec tant d’instance dans quelques républiques, étoient salutaires par leur nature. Elles ne sont dangereuses que comme action subite. En ôtant tout à coup les richesses aux uns, et augmentant de même celles des autres, elles font dans chaque famille une révolution, et en doivent produire une générale dans l’État.
A mesure que le luxe s’établit dans une république, l’esprit se tourne vers l’intérêt particulier. A des gens à qui il ne faut rien que le nécessaire, il ne reste à désirer que la gloire de la patrie et la sienne propre. Mais une âme corrompue par le luxe a bien d’autres désirs. Bientôt elle devient ennemie des lois qui la gênent. Le luxe que la garnison de Rhége commença à connoître, fit qu’elle en égorgea les habitants.
Sitôt que les Romains furent corrompus, leurs désirs devinrent immenses(10). On en peut juger par le prix qu’ils mirent aux choses. Une cruche de vin de Falerne(11) se vendoit cent deniers romains ; un baril de chair salée du Pont en coûtoit quatre cents ; un bon cuisinier, quatre talents : les jeunes garçons n’avoient point de prix. Quand, par une impétuosité(12) générale, tout le monde se portoit à la volupté, que devenoit la vertu ?
L’aristocratie mal constituée a ce malheur, que les nobles y ont les richesses, et que cependant ils ne doivent pas dépenser ; le luxe contraire à l’esprit de modération en doit être banni. Il n’y a donc que des gens très pauvres qui ne peuvent pas recevoir, et des gens très riches qui ne peuvent pas dépenser.
A Venise, les lois forcent les nobles à la modestie(13). Ils se sont tellement accoutumés à l’épargne, qu’il n’y a que les courtisanes qui puissent leur faire donner de l’argent. On se sert de cette voie pour entretenir l’industrie(14) ; les femmes les plus méprisables y dépensent sans danger, pendant que leurs tributaires y mènent la vie du monde la plus obscure.
Les bonnes républiques grecques avoient, à cet égard, des institutions admirables. Les riches employoient leur argent en fêtes, en choeurs de musique, en chariots, en chevaux pour la course, en magistratures onéreuses. Les richesses y étoient aussi à charge que la pauvreté.(15)
« Les Suions(16), nation germanique, rendent honneur aux richesses, dit Tacite(17) ; ce qui fait qu’ils vivent sous le gouvernement d’un seul. » Cela signifie bien que le luxe est singulièrement propre aux monarchies, et qu’il n’y faut point de lois somptuaires.
Comme, par la constitution des monarchies, les richesses y sont inégalement partagées, il faut bien qu’il y ait du luxe. Si les riches n’y dépensent pas beaucoup, les pauvres mourront de faim. Il faut même que les riches y dépensent à proportion de l’inégalité des fortunes, et que, comme nous avons dit, le luxe y augmente dans cette proportion. Les richesses particulières n’ont augmenté que parce qu’elles ont ôté à une partie des citoyens le nécessaire physique(18) ; il faut donc qu’il leur soit rendu.
Ainsi, pour que l’État monarchique se soutienne, le luxe doit aller en croissant, du laboureur à l’artisan, au négociant, aux nobles, aux magistrats, aux grands seigneurs, aux traitants principaux, aux princes ; sans quoi tout seroit perdu.
Dans le sénat de Rome, composé de graves magistrats, de jurisconsultes et d’hommes pleins de l’idée des premiers temps, on proposa, sous Auguste, la correction des moeurs et du luxe des femmes. Il est curieux de voir dans Dion(19) avec quel art il éluda les demandes importunes de ces sénateurs. C’est qu’il fondoit une monarchie, et dissolvoit une république.
Sous Tibère, les édiles proposèrent dans le sénat le rétablissement des anciennes lois somptuaires(20). Ce prince, qui avoit des lumières, s’y opposa : « L’État ne pourroit subsister, disoit-il, dans la situation où sont les choses. Comment Rome pourroit-elle vivre ? comment pourroient vivre les provinces ? Nous avions de la frugalité lorsque nous étions citoyens d’une seule ville ; aujourd’hui nous consommons les richesses de tout l’univers ; on fait travailler pour nous les maîtres et les esclaves. » Il voyoit bien qu’il ne falloit plus de lois somptuaires.
Lorsque, sous le même empereur, on proposa au sénat de défendre aux gouverneurs de mener leurs femmes dans les provinces, à cause des dérèglements qu’elles y apportoient, cela fut rejeté. On dit « que les exemples de la dureté des anciens avoient été changés en une façon de vivre plus agréable(21) ». On sentit qu’il falloit d’autres moeurs.
Le luxe est donc nécessaire dans les États monarchiques ; il l’est encore dans les États despotiques. Dans les premiers, c’est un usage que l’on fait de ce qu’on possède de liberté : dans les autres, c’est un abus qu’on fait des avantages de sa servitude ; lorsqu’un esclave(22) choisi par son maître pour tyranniser ses autres esclaves, incertain pour le lendemain de la fortune de chaque jour, n’a d’autre félicité que celle d’assouvir l’orgueil, les désirs et les voluptés de chaque jour.
Tout ceci mène à une réflexion. Les républiques finissent par le luxe ; les monarchies, par la pauvreté.(23)
CHAPITRE V.
DANS QUELS CAS LES LOIS SOMPTUAIRES SONT UTILES
DANS UNE MONARCHIE.Ce fut dans l’esprit de la république, ou dans quelques cas particuliers, qu’au milieu du XIIIe siècle on fit en Aragon des lois somptuaires. Jacques Ier ordonna que le roi, ni aucun de ses sujets, ne pourroient manger plus de deux sortes de viandes à chaque repas, et que chacune ne seroit préparée que d’une seule manière, à moins que ce ne fût du gibier qu’on eût tué soi-même.(24)
On a fait aussi de nos jours, en Suède, des lois somptuaires ; mais elles ont un objet différent de celles d’Aragon.
Un État peut faire des lois somptuaires dans l’objet d’une frugalité absolue ; c’est l’esprit des lois somptuaires des républiques ; et la nature de la chose fait voir que ce fut l’objet de celles d’Aragon.
Les lois somptuaires peuvent avoir aussi pour objet une frugalité relative, lorsqu’un État, sentant que des marchandises étrangères d’un trop haut prix demanderoient une telle exportation des siennes, qu’il se priveroit plus de ses besoins par celles-ci, qu’il n’en satisferoit par celles-là, en défend absolument l’entrée ; et c’est l’esprit des lois que l’on a faites de nos jours en Suède(25). Ce sont les seules lois somptuaires qui conviennent aux monarchies.
En général, plus un État est pauvre, plus il est ruiné par son luxe relatif ; et plus, par conséquent, il lui faut de lois somptuaires relatives. Plus un État est riche, plus son luxe relatif l’enrichit ; et il faut bien se garder d’y faire des lois somptuaires relatives. Nous expliquerons mieux ceci dans le livre sur le commerce(26). Il n’est ici question que du luxe absolu.
Des raisons particulières demandent des lois somptuaires dans quelques États. Le peuple, par la force du climat, peut devenir si nombreux, et d’un autre côté les moyens de le faire subsister peuvent être si incertains, qu’il est bon de l’appliquer tout entier à la culture des terres. Dans ces États le luxe est dangereux, et les lois somptuaires y doivent être rigoureuses. Ainsi, pour savoir s’il faut encourager le luxe ou le proscrire, on doit d’abord jeter les yeux sur le rapport qu’il y a entre le nombre du peuple, et la facilité de le faire vivre. En Angleterre le sol produit beaucoup plus de grain qu’il ne faut pour nourrir ceux qui cultivent les terres, et ceux qui procurent les vêtements(27) ; il peut donc y avoir des arts frivoles, et par conséquent du luxe. En France il croît assez de bled pour la nourriture des laboureurs et de ceux qui sont employés aux manufactures. De plus, le commerce avec les étrangers peut rendre pour des choses frivoles tant de choses nécessaires, qu’on n’y doit guère craindre le luxe.
A la Chine, au contraire, les femmes sont si fécondes(28), et l’espèce humaine s’y multiplie à un tel point, que les terres, quelque cultivées qu’elles soient, suffisent à peine pour la nourriture des habitants. Le luxe y est donc pernicieux, et l’esprit de travail et d’économie y est aussi requis que dans quelque république que ce soit(29). Il faut qu’on s’attache aux arts nécessaires, et qu’on fuie ceux de la volupté.
Voilà l’esprit des belles ordonnances des empereurs chinois. « Nos anciens, dit un empereur de la famille des Tang(30), tenoient pour maxime que, s’il y avoit un homme qui ne labourât point, une femme qui ne s’occupât point à filer, quelqu’un souffroit le froid ou la faim dans l’empire... » Et sur ce principe, il fit détruire une infinité de monastères de bonzes.
Le troisième empereur de la vingt-unième dynastie(31), à qui on apporta des pierres précieuses trouvées dans une mine, la fit fermer, ne voulant pas fatiguer son peuple à travailler pour une chose qui ne pouvoit ni le nourrir ni le vêtir.
« Notre luxe est si grand, dit Kiayventi(32), que le peuple orne de broderies les souliers des jeunes garçons et des filles, qu’il est obligé de vendre. » Tant d’hommes étant occupés à faire des habits pour un seul, le moyen qu’il n’y ait bien des gens qui manquent d’habits(33) ? Il y a dix hommes qui mangent le revenu des terres, contre un laboureur : le moyen qu’il n’y ait bien des gens qui manquent d’aliments(34) ?
On voit dans l’histoire de la Chine qu’elle a eu vingt-deux dynasties qui se sont succédé ; c’est-à-dire qu’elle a éprouvé vingt-deux révolutions générales, sans compter une infinité de particulières. Les trois premières dynasties durèrent assez longtemps, parce qu’elles furent sagement gouvernées, et que l’empire étoit moins étendu qu’il ne le fut depuis. Mais on peut dire en général que toutes ces dynasties commencèrent assez bien. La vertu, l’attention, la vigilance, sont nécessaires à la Chine ; elles y étoient dans le commencement des dynasties, et elles manquoient à la fin. En effet, il étoit naturel que des empereurs, nourris dans les fatigues de la guerre, qui parvenoient à faire descendre du trône une famille noyée dans les délices, conservassent la vertu qu’ils avoient éprouvée si utile, et craignissent les voluptés qu’ils avoient vues si funestes. Mais, après ces trois ou quatre premiers princes, la corruption, le luxe, l’oisiveté, les délices, s’emparent des successeurs ; ils s’enferment dans le palais, leur esprit s’affoiblit, leur vie s’accourcit, la famille décline ; les grands s’élèvent, les eunuques s’accréditent, on ne met sur le trône que des enfants ; le palais devient ennemi de l’empire ; un peuple oisif qui l’habite ruine celui qui travaille, l’empereur est tué ou détruit par un usurpateur, qui fonde une famille, dont le troisième ou quatrième successeur va dans le même palais se renfermer encore.(35)
CHAPITRE VIII.
DE LA CONTINENCE PUBLIQUE.(36)Il y a tant d’imperfections attachées à la perte de la vertu dans les femmes, toute leur âme en est si fort dégradée, ce point principal ôté en fait tomber tant d’autres, que l’on peut regarder, dans un État populaire, l’incontinence publique comme le dernier des malheurs, et la certitude d’un changement dans la constitution.
Aussi les bons législateurs y ont-ils exigé des femmes une certaine gravité de moeurs. Ils ont proscrit de leurs républiques non seulement le vice, mais l’apparence même du vice. Ils ont banni jusqu’à ce commerce de galanterie qui produit l’oisiveté, qui fait que les femmes corrompent avant même d’être corrompues, qui donne un prix à tous les riens, et rabaisse ce qui est important, et qui fait que l’on ne se conduit plus que sur les maximes du ridicule, que les femmes entendent si bien à établir.
CHAPITRE IX.
DE LA CONDITION DES FEMMES DANS LES DIVERS
GOUVERNEMENTS.Les femmes ont peu de retenue dans les monarchies, parce que la distinction des rangs les appelant à la cour, elles y vont prendre cet esprit de liberté qui est à peu près le seul qu’on y tolère(37). Chacun se sert de leurs agréments et de leurs passions pour avancer sa fortune(38) ; et comme leur foiblesse ne leur permet pas l’orgueil, mais la vanité, le luxe y règne toujours avec elles.(39)
Dans les États despotiques, les femmes n’introduisent point le luxe ; mais elles sont elles-mêmes un objet du luxe. Elles doivent être extrêmement esclaves. Chacun suit l’esprit du gouvernement, et porte chez soi ce qu’il voit établi ailleurs. Comme les lois y sont sévères et exécutées sur-le-champ, on a peur que la liberté des femmes n’y fasse des affaires. Leurs brouilleries, leurs indiscrétions, leurs répugnances, leurs penchants, leurs jalousies, leurs piques, cet art qu’ont les petites âmes d’intéresser les grandes, n’y sauroient être sans conséquence.(40)
De plus, comme dans ces États les princes se jouent de la nature humaine, ils ont plusieurs femmes, et mille considérations les obligent de les renfermer.
Dans les républiques, les femmes sont libres par les lois, et captivées par les moeurs(41) ; le luxe en est banni, et avec lui la corruption et les vices.
Dans les villes grecques, où l’on ne vivoit pas sous cette religion qui établit que, chez les hommes même, la pureté des moeurs est une partie de la vertu ; dans les villes grecques, où un vice aveugle régnoit d’une manière effrénée, où l’amour n’avoit qu’une forme que l’on n’ose dire, tandis que la seule amitié s’étoit retirée dans le mariage(42) ; la vertu, la simplicité, la chasteté des femmes, y étoient telles, qu’on n’a guère jamais vu de peuple qui ait eu à cet égard une meilleure police.(43)
Les Romains n’avoient pas, comme les Grecs, des magistrats particuliers qui eussent inspection sur la conduite des femmes. Les censeurs n’avoient l’oeil sur elles que comme sur le reste de la république. L’institution du tribunal domestique(44) suppléa à la magistrature établie chez les Grecs.(45)
Le mari assembloit les parents de la femme, et la jugeoit devant eux(46). Ce tribunal maintenoit les moeurs dans la république. Mais ces mêmes moeurs maintenoient ce tribunal. Il devoit juger non seulement de la violation des lois, mais aussi de la violation des moeurs. Or, pour juger de la violation des moeurs, il faut en avoir.
Les peines de ce tribunal devoient être arbitraires, et l’étoient en effet ; car, tout ce qui regarde les moeurs, tout ce qui regarde les règles de la modestie, ne peut guère être compris sous un code de lois. Il est aisé de régler par des lois ce qu’on doit aux autres ; il est difficile d’y comprendre tout ce qu’on se doit à soi-même.(47)
Le tribunal domestique regardoit la conduite générale des femmes. Mais il y avoit un crime qui, outre l’animadversion de ce tribunal, étoit encore soumis à une accusation publique : c’étoit l’adultère ; soit que, dans une république, une si grande violation de moeurs intéressât le gouvernement ; soit que le dérèglement de la femme pût faire soupçonner celui du mari ; soit enfin que l’on craignit que les honnêtes gens mêmes n’aimassent mieux cacher ce crime que le punir, l’ignorer que le venger.(48)
CHAPITRE XI.
COMMENT LES INSTITUTIONS CHANGÈRENT A ROME
AVEC LE GOUVERNEMENT.Comme le tribunal domestique supposoit des moeurs, l’accusation publique en supposoit aussi ; et cela fit que ces deux choses tombèrent avec les moeurs, et finirent avec la république.(49)
L’établissement des questions perpétuelles, c’est-à-dire, du partage de la juridiction entre les préteurs, et la coutume qui s’introduisit de plus en plus que ces préteurs jugeassent eux-mêmes(50) toutes les affaires, affoiblirent l’usage du tribunal domestique ; ce qui paroît par la surprise des historiens, qui regardent comme des faits singuliers et comme un renouvellement de la pratique ancienne, les jugements que Tibère fit rendre par ce tribunal.(51)
L’établissement de la monarchie et le changement des moeurs firent encore cesser l’accusation publique. On pouvoit craindre qu’un malhonnête homme, piqué des mépris d’une femme, indigné de ses refus, outré de sa vertu même, ne formât le dessein de la perdre. La loi Julia ordonna qu’on ne pourroit accuser une femme d’adultère, qu’après avoir accusé son mari de favoriser ses dérèglements ; ce qui restreignit beaucoup cette accusation, et l’anéantit pour ainsi dire.(52)
Sixte-Quint sembla vouloir renouveler l’accusation publique(53). Mais il ne faut qu’un peu de réflexion pour voir que cette loi, dans une monarchie telle que la sienne, étoit encore plus déplacée que dans toute autre.
Les institutions des Romains mettoient les femmes dans une perpétuelle tutelle, à moins qu’elles ne fussent sous l’autorité d’un mari(54). Cette tutelle étoit donnée au plus proche des parents par mâles ; et il paroît, par une expression vulgaire(55), qu’elles étoient très gênées. Cela étoit bon pour la république, et n’étoit point nécessaire dans la monarchie.(56)
Il paroît, par les divers codes des lois des barbares, que les femmes, chez les premiers Germains, étoient aussi dans une perpétuelle tutelle(57). Cet usage passa dans les monarchies qu’ils fondèrent ; mais il ne subsista pas.
CHAPITRE XIII.
DES PEINES ÉTABLIES PAR LES EMPEREURS
CONTRE LES DÉBAUCHES DES FEMMES.La loi Julia établit une peine contre l’adultère. Mais bien loin que cette loi, et celles que l’on fit depuis là-dessus, fussent une marque de la bonté des moeurs, elles furent au contraire une marque de leur dépravation.
Tout le système politique à l’égard des femmes changea dans la monarchie. Il ne fut plus question d’établir chez elles la pureté des moeurs, mais de punir leurs crimes. On ne faisoit de nouvelles lois pour punir ces crimes, que parce qu’on ne punissoit plus les violations qui n’étoient point ces crimes.
L’affreux débordement des moeurs obligeoit bien les empereurs de faire des lois pour arrêter à un certain point l’impudicité ; mais leur intention ne fut pas de corriger les moeurs en général. Des faits positifs, rapportés par les historiens, prouvent plus cela que toutes lois ne sauroient prouver le contraire. On peut voir dans Dion la conduite d’Auguste à cet égard, et comment il éluda, et dans sa préture et dans sa censure, les demandes qui lui furent faites.(58)
On trouve bien dans les historiens des jugements rigides, rendus, sous Auguste et sous Tibère, contre l’impudicité de quelques dames romaines ; mais en nous faisant connoître l’esprit de ces règnes, ils nous font connoître l’esprit de ces jugements.
Auguste et Tibère songèrent principalement à punir les débauches de leurs parentes. Ils ne punissoient point le dérèglement des moeurs, mais un certain crime d’impiété ou de lèse-majesté(59) qu’ils avoient inventé, utile pour le respect, utile pour leur vengeance. De là vient que les auteurs romains(60) s’élèvent si fort contre cette tyrannie.
La peine de la loi Julia étoit légère(61). Les empereurs voulurent que, dans les jugements, on augmentât la peine de la loi qu’ils avoient faite. Cela fut le sujet des invectives des historiens. Ils n’examinoient pas si les femmes méritoient d’être punies, mais si l’on avoit violé la loi pour les punir.
Une des principales tyrannies de Tibère(62) fut l’abus qu’il fit des anciennes lois. Quand il voulut punir quelque dame romaine au delà de la peine portée par la loi Julia il rétablit contre elle le tribunal domestique.(63)
Ces dispositions, à l’égard des femmes, ne regardoit que les familles des sénateurs, et non pas celles du peuple. On vouloit des prétextes aux accusations contre les grands et les déportements des femmes en pouvoient fournir sans nombre.
Enfin ce que j’ai dit, que la bonté des moeurs n’est pas le principe du gouvernement d’un seul(64), ne se vérifie jamais mieux que sous ces premiers empereurs ; et si l’on en doutoit, on n’auroit qu’à lire Tacite, Suétone, Juvénal et Martial.
Nous avons parlé de l’incontinence publique, parce qu’elle est jointe avec le luxe, qu’elle en est toujours suivie, et qu’elle le suit toujours. Si vous laissez en liberté les mouvements du coeur, comment pourrez-vous gêner les foiblesses de l’esprit ?
A Rome, outre les institutions générales, les censeurs firent faire, par les magistrats, plusieurs lois particulières, pour maintenir les femmes dans la frugalité. Les lois Fannienne, Licinienne et Oppienne eurent cet objet(65). Il faut voir dans Tite-Live(66) comment le sénat fut agité, lorsqu’elles demandèrent la révocation de la loi Oppienne. Valère-Maxime met l’époque du luxe chez les Romains à l’abrogation de cette loi.
CHAPITRE XV.
DES DOTS ET DES AVANTAGES NUPTIAUX
DANS LES DIVERSES CONSTITUTIONS.Les dots doivent être considérables dans les monarchies, afin que les maris puissent soutenir leur rang et le luxe établi(67). Elles doivent être médiocres dans les républiques, où le luxe ne doit pas régner(68). Elles doivent être à peu près nulles dans les États despotiques, où les femmes sont, en quelque façon, esclaves.
La communauté des biens, introduite par les lois françoises entre le mari et la femme, est très convenable dans le gouvernement monarchique, parce qu’elle intéresse les femmes aux affaires domestiques, et les rappelle, comme malgré elles, au soin de leur maison. Elle l’est moins dans la république, où les femmes ont plus de vertu. Elle seroit absurde dans les États despotiques, où presque toujours les femmes sont elles-mêmes une partie de la propriété du maître.
Comme les femmes, par leur état, sont assez portées au mariage, les gains que la loi leur donne sur les biens de leur mari sont inutiles(69). Mais ils seroient très pernicieux dans une république, parce que leurs richesses particulières produisent le luxe. Dans les États despotiques, les gains de noces doivent être leur subsistance, et rien de plus.
CHAPITRE XVI.
BELLE COUTUME DES SAMNITES.(70)Les Samnites avoient une coutume qui, dans une petite république, et surtout dans la situation où étoit la leur, devoit produire d’admirables effets. On assembloit tous les jeunes gens, et on les jugeoit. Celui qui étoit déclaré le meilleur de tous, prenoit pour sa femme la fille qu’il vouloit ; celui qui avoit les suffrages après lui choisissoit encore ; et ainsi de suite(71). Il étoit admirable de ne regarder entre les biens des garçons que les belles qualités, et les services rendus à la patrie(72). Celui qui étoit le plus riche de ces sortes de biens choisissoit une fille dans toute la nation. L’amour, la beauté, la chasteté, la vertu, la naissance, les richesses même, tout cela étoit, pour ainsi dire, la dot de la vertu. Il seroit difficile d’imaginer une récompense plus noble, plus grande, moins à charge à un petit État, plus capable d’agir sur l’un et l’autre sexe.
Les Samnites descendoient des Lacédémoniens ; et Platon, dont les institutions ne sont que la perfection des lois de Lycurgue, donna à peu près une pareille loi.(73)
Il est contre la raison et contre la nature que les femmes soient maîtresses dans la maison, comme cela étoit établi chez les Égyptiens(74) ; mais il ne l’est pas qu’elles gouvernent un empire. Dans le premier cas, l’état de foiblesse où elles sont ne leur permet pas la prééminence : dans le second, leur foiblesse même leur donne plus de douceur et de modération ; ce qui peut faire un bon gouvernement, plutôt que les vertus dures et féroces.
Dans les Indes, on se trouve très bien du gouvernement des femmes ; et il est établi que, si les mâles ne viennent pas d’une mère du même sang, les filles qui ont une mère du sang royal, succèdent(75). On leur donne un certain nombre de personnes pour les aider à porter le poids du gouvernement. Selon M. Smith(76), on se trouve aussi très bien du gouvernement des femmes en Afrique. Si l’on ajoute à cela l’exemple de la Moscovie et de l’Angleterre(77), on verra qu’elles réussissent également, et dans le gouvernement modéré, et dans le gouvernement despotique.
NOTES
Note_1 Qu’est-ce que le luxe dans la langue de Montesquieu ? D’ordinaire, on donne ce nom aux dépenses stériles, aux plaisirs d’éclat ; mais Montesquieu donne ce nom à tout ce qui dépasse le nécessaire physique. C’est une conception étroite et fausse. Si les hommes s’en étaient tenus au nécessaire, physique ils ne seraient jamais sortis de la barbarie. Je préfère de beaucoup la définition de l’abbé de Saint-Pierre. « Le mauvais usage du superflu, c’est ce que j’appelle luxe. » (Rêves d’un homme de bien, p. 225.)
Note_2 C’est une hypothèse chimérique. Il y a des couvents où chaque moine n’a que le nécessaire physique ; mais il n’y a pas de société qui vive dans de pareilles conditions. Dès qu’un homme travaille et économise, il y a inégalité dans le partage des richesses.
Note_3 1. A. B. Quand on aura encore un doublé, etc.
Note_4 Le premier cens étoit le sort héréditaire en terres, et Platon ne vouloit pas qu’on pût avoir, en autres effets, plus du triple du sort héréditaire. Voyez ses liv. IV. (Montesquieu.)
Note_5 Suivant Platon. Qui peut dire le terme où finit la pauvreté ? Elle est relative aux charges de la famille, au nombre des enfants, à la condition de l’individu, etc.
Note_6 Dans une grande ville, dit [Mandeville], l’auteur de la Fable des abeilles, t. I, p. 133, on s’habille au-dessus de sa qualité, pour être estimé plus qu’on n’est par la multitude. C’est un plaisir pour un esprit foible, presque aussi grand que celui de l’accomplissement de ses désirs. (Montesquieu.) — Ce sont les yeux des autres qui nous ruinent, a dit Franklin.
Note_7 Que signifie ce chapitre entier ? L’égalité des richesses est une chimère ; le partage des terres ne vaut rien, ni comme action, ni comme loi. (Helvétius.)
Note_9 Chap. iii et iv. (Montesquieu.) — Les mots : on a vu au livre cinquième, ne sont pas dans les premières éditions.
Note_10 Les Romains parvinrent à la fortune comme d’insolents parvenus ; ils en jouirent de même. (Helvétius.)
Note_11 Fragment du livre XXXVI de Diodore, rapporté par Const. Porphyrog., Extrait des vertus et des vices. (Montesquieu.)
Note_12 Cum maximus omnium impetus ad luxuriam esset. Ibid. (Montesquieu.)
Note_13 « La noblesse ne sauroit pas même s’habiller à sa fantaisie, ni se faire servir chez elle par caprice. Aucun ne sauroit s’exempter du service public, à moins d’être malade ou de prendre le petit collet. Il faut servir aussitôt que le gouvernement l’ordonne. Il vous tire de la campagne, de la ville, de vos propres affaires et de vos plaisirs même toutes les fois qu’il le trouve bon. » Catanéo, La source, la force et le véritable esprit des lois, p. 221.
Note_14 Cela seroit bien à rebours du bon sens. (Helvétius.)
Note_15 Si, dans une république, l’industrie et le travail produisent l’abondance, et par l’abondance le luxe, et que ce luxe fasse vivre nombre de citoyens et d’habitants, ce moyen ne vaudra-t-il pas les fêtes, les choeurs de musique, les chariots et les chevaux pour la course, et toutes les admirables institutions des républiques grecques que notre auteur admire ? (Luzac.)
Note_16 Les Suions occupèrent cette partie de l’Europe que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de Suède.
Note_17 De moribus Germanorum, c. XLIV. (Montesquieu.)
Note_18 C’est une erreur constante chez Montesquieu de croire que la richesse du monde est une quantité fixe, et qu’on ne peut donner à l’un sans ôter à l’autre. Qui ne voit au contraire que la richesse se crée tous les jours par le travail ? Plus un pays est riche, plus il a de capitaux, et plus il y a de chances pour le pauvre de sortir de sa misère, non pas en prenant une part de la richesse d’autrui, mais en unissant son travail au capital d’autrui pour produire une richesse nouvelle.
Note_19 Dion Cassius, liv. LIV, c. xvi. (Montesquieu.)
Note_20 Tacite, Annales, liv. III, c. xxxiv. (Montesquieu.)
Note_21 Multa duritiei veterum melius et laetius mutata. Tacite, Annales, liv. III, xxxiv. (Montesquieu.)
Note_22 A. De sa servitude ; un esclave choisi par son maître, etc.
Note_23 Opulentia paritura mox egestatem. Florus, liv. III, c. xii. (Montesquieu.) — La monarchie ou plutôt l’empire romain a fini par la ruine universelle ; mais on ne voit pas pourquoi une monarchie, dans laquelle le peuple vit d’agriculture, de commerce et d’industrie, finirait par la pauvreté. Quand la monarchie française est tombée en 1789, elle était au plus haut degré de prospérité matérielle.
Note_24 Constitution de Jacques Ier, de l’an 1234, art. 6, dans Marca Hispanica, p. 1429. (Montesquieu.)
Note_25 On y a défendu les vins exquis et autres marchandises précieuses. (Montesquieu.)
Note_26 Lettres persanes, CVI. Voyez inf., liv. XX, chap. xx. (Montesquieu.)
Note_27 C’est le contraire aujourd’hui, et qui oserait dire que l’Angleterre est plus pauvre qu’au dernier siècle ?
Note_28 Lettres persanes, CXIX.
Note_29 Le luxe y a toujours été arrêté. (Montesquieu.)
Note_30 Dans une ordonnance rapportée par le P. du Halde, tome II, p.497. (Montesquieu.)
Note_31 Histoire de la Chine, vingt-unième dynastie, dans l’ouvrage du P. du Halde, t. I. (Montesquieu.)
Note_32 Dans un discours rapporté par le P. du Halde, t. II, p. 418. (Montesquieu.)
Note_33 Ceci est une erreur économique. Ceux qui font des habits pour les autres ne les font pas pour rien. Ils gagnent un salaire qui leur permet de vivre, c’est-à-dire de se loger, de se nourrir et de s’habiller.
Note_34 Si dix hommes mangent ce revenu des terres comme fonctionnaires ou rentiers, sans doute le laboureur sera écrasé par l’impôt ; mais si ces dix hommes travaillent de leur côté et produisent des valeurs de commerce et d’échange, le prix du bled montera, et au besoin on en fera venir du dehors. Comment y aura-t-il des, gens qui manquent d’aliments, quand le pays sera plus riche, et le travail plus abondant ?
Note_35 Ce n’est pas seulement l’histoire de la Chine, c’est l’histoire de tous les despotismes d’Orient. Qui sait même si Montesquieu ne songeait pas à la monarchie française, et si l’exemple de la Chine n’était pas un avis au lecteur ?
Note_37 A. B. Qui est le seul qu’on y tolère.
Note_38 Lettres persanes, CVII.
Note_39 N’y a-t-il pas aussi de l’honneur pour les femmes dans la monarchie ? Je suis trop pauvre pour être votre femme, disait Catherine de Rohan à Henri IV, mais de trop bonne maison pour être votre maitresse.
Note_41 A. Et retenues par les moeurs.
Note_42 Quant au vrai amour, dit Plutarque, les femmes n’y ont aucune part. Oeuvres morales, Traité de l’amour, p. 600. Il parloit comme son siècle. Voyez Xénophon, au dialogue intitulé Hiéron. (Montesquieu.) — Ce n’est point Plutarque qui dit cela, mais un des personnages du dialogue.
Note_43 A Athènes, il y avoit un magistrat particulier qui veilloit sur la conduite des femmes. (Montesquieu.)
Note_44 Romulus institua ce tribunal, comme il paroît par Denys d’Halicarnasse, liv. II, p. 96. (Montesquieu.)
Note_45 Voyez dans Tite-Live, liv. XXXIX, l’usage que l’on fit de ce tribunal lors de la conjuration des bacchanales : on appela conjuration contre la république, des assemblées où l’on corrompoit les moeurs des femmes et des jeunes gens. (Montesquieu.)
Note_46 Il paroît par Denys d’Halicarnasse, liv. II, que par l’institution de Romulus, le mari, dans les cas ordinaires, jugeoit seul devant les parents de la femme ; et que, dans les grands crimes, il la jugeoit avec cinq d’entre eux. Aussi Ulpien, au titre VI, § 9, 12 et 13, distingue-t-il, dans les jugements des moeurs, celles qu’il appelle graves, d’avec celles qui l’étoient moins : mores graviores, mores leviores. (Montesquieu.)
Note_47 C’est la distinction du droit et de la morale. La loi, faite pour le maintien de la société, ne peut s’occuper que des actes qui troublent la société, sous peine de dégénérer en tyrannie.
Note_49 Judicio de moribus (quod antea quidem in antiquis legibus positum erat, non autem frequentabatur) penitus abolito. L.11. § 2, Cod. de repud. (Montesquieu.)
Note_50 Judicia extraordinaria. (Montesquieu.)
Note_51 Tacite, Annales, II, 50.
Note_52 Constantin l’ôta entièrement : « C’est une chose indigne, disoit-il, que des mariages tranquilles soient troublés par l’audace des étrangers. » (Montesquieu.)
Note_53 Sixte V ordonna qu’un mari qui n’iroit point se plaindre à lui des débauches de sa femme, seroit puni de mort, Voyez Leti, Vie de Sixte V. (Montesquieu.) — C’étoit raisonner comme un moine. (Helvétius.)
Note_54 Nisi convenissent in manum viri. (Montesquieu.)
Note_55 Ne sis mihi patruus oro. (Montesquieu.)
Note_56 La loi Papienne ordonna, sous Auguste, que les femmes qui auroient eu trois enfants, seroient hors de cette tutelle. (Montesquieu.)
Note_57 Cette tutelle s’appeloit chez les Germains Mundeburdium. (.M.)
Note_58 Comme on lui eut amené un jeune homme qui avoit épousé femme avec laquelle il avoit eu auparavant un mauvais commerce, il hésita longtemps, n’osant ni approuver, ni punir ces choses. Enfin, reprenant ses esprits : « Les séditions ont été cause de grands maux, dit-il, oublions-les. » (Dion, liv. LIV, ch. xvi.) Les sénateurs lui ayant demandé des règlements sur les moeurs des femmes, il éluda cette demande, en leur disant qu’ils corrigeassent leurs femmes, comme il corrigeoit la sienne. Sur quoi ils le prièrent de leur dire comment il en usoit avec sa femme ; (question, ce me semble, fort indiscrète). (Montesquieu.)
Note_59 Culpam inter viros et feminas vulgatam, gravi nomine laesarum religionum, ac violatae majestatis appellando, clementiam majorum suasque ipse leges egrediebatur. Tacite, Annales, liv. III, c. xxiv. (Montesquieu.)
Note_60 A. Les auteurs latins, etc.
Note_61 Cette loi est rapportée au Digeste ; mais on n’y a pas mis la peine. On juge qu’elle n’étoit que de la relégation, puisque celle de l’inceste n’étoit que de la déportation. L. Si quis viduam, ff. de quest. (Montesquieu.) Tacite, Annales, II, c. L.
Note_62 Proprium id Tiberio fuit, scelera nuper reperta priscis verbis oblegere. Tacite, Annales, liv. IV, ch. xix. (Montesquieu.)
Note_63 Adulterii graviorem poenam deprecatus, ut, exemplo majorum, propinquis suis ultra ducentesimum lapidem removeretur, suasit. Adultero Manlio Italia atque Africa interdictum est. Tacite, Annales, liv. II. (Montesquieu.) C’était un adoucissement de la peine que demandait Tibère, non point une aggravation.
Note_64 Il a trop d’intérêt à favoriser la corruption ; rien ne distrait au de toute affaire publique. (Helvétius.)
Note_65 Il n’est dit nulle part que ces trois lois aient été portées à la sollicitation ou réquisition des censeurs. Les consuls ou tribuns qui les portèrent, agirent d’office, et sans avoir besoin d’être excités par le ministère des censeurs. Les lois Fannia et Licinia ne regardoient point spécialement les femmes. Elles régloient et modéroient la dépense de la table. (Crévier.)
Note_66 Décade IV, liv. IV. (Montesquieu.)
Note_67 Inf., XXVII, 1 à la fin. Je répète une observation que j’ai déjà faite. Dans tout ce que Montesquieu dit de la monarchie, c’est-à-dire de la France ; il ne s’occupe que des classes privilégiées. Le peuple n’existe pas pour lui, non plus que pour ses contemporains.
Note_68 Marseille fut la plus sage des républiques de son temps ; les dots ne pouvoient passer cent écus en argent, et cinq en habits, dit Strabon, liv. IV. (M).
Note_69 Celui qui concourt au profit doit y avoir part. (Helvétius.) — Il ne peut pas être inutile d’assurer l’existence de la femme qui a le malheur de perdre son mari. C’est ce que font les contrats de mariage. Pourquoi la loi serait-elle moins prévoyante pour ceux qui ne font pas de contrat ?
Note_70 L’auteur a pris ici les Sunites, peuple de la Sarmatie, pour les Samnites, peuple d’Italie. Stobée les appelle Sunitae. (Dupin.)
Note_71 Fragm. de Nicolas de Damas, tiré de Stobée, dans le Recueil de Constantin Porphyrogénète. (Montesquieu.)
Note_72 Il n’eût pas été moins admirable de consulter la jeune fille avant de lui donner un époux.
Note_73 Il leur permet même de se voir plus fréquemment. (Montesquieu.)
Note_74 Lettres persanes, XXXVIII ; Temple de Gnide, chant iii.
Note_75 Lettres édifiantes, 14e recueil. (Montesquieu.)
Note_76 Voyage de Guinée, seconde partie, p. 165 de la traduction ; sur le royaume d’Angona, sur la côte d’Or. (Montesquieu.)
Note_77 Élisabeth et Anne en Angleterre ; la première Catherine, Anne et Élisabeth en Moscovie.