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NOTES
Note_1
Le duc de Bavière était père de ce jeune prince appelé
par Charles II au trône d’Espagne, et mort à Bruxelles. L’électeur,
dans son manifeste contre l’empereur, dit, en parlant de la mort de son
fils, « qu’il avait succombé à un mal qui avait souvent
sans péril attaqué son enfance, avant qu’il eût été
déclaré l’héritier de Charles II. » Il ajoutait
que « l’étoile de la maison d’Autriche avait toujours été
funeste à ceux qui s’étaient opposés à sa grandeur.
» Une accusation directe eût peut-être été
moins insultante que cette terrible ironie. Le duc de Bavière, en
se séparant de l’empire pour s’unir à un prince en guerre
avec l’empire, donnait un prétexte à l’empereur. Louis XIV
avait traité avec autant de dureté le duc de Lorraine et
l’électeur palatin, et il avait moins d’excuses. (K.)
Note_2
Dans l’histoire de Reboulet, il est dit qu’il eut cette souveraineté
dès l’an 1700.; mais alors il n’avait que la vice-royauté.
Note_3
On tint à Madrid, au nom de l’archiduc, plusieurs conseils où
furent appelés les hommes les plus distingués de son parti.
Le marquis de Ribas, secrétaire d’État sous Charles II, y
assista. C’était lui qui avait dressé le testament de ce
prince en faveur de Philippe V. Des cabales de cour l’avaient fait disgracier.
On lui proposa de déclarer que le testament avait été
supposé; mais il ne voulut consentir à aucune déclaration
qui pût affaiblir l’autorité de cet acte: ni les menaces ni
les promesses ne purent l’ébranler. (K.)
Note_4
Berwick avait commandé avec succès en Espagne pendant l’année
1704. Des intrigues de cour le firent rappeler. Le maréchal de Tessé
demandait un jour à la jeune reine pourquoi elle n’avait pas conservé
un général dont les talents et la probité lui auraient
été si utiles. « Que voulez-vous que je vous dise?
répondit-elle; c’est un grand diable d’Anglais, sec, qui va toujours
tout droit devant lui. » Dans la campagne que termina la bataille
d’Almanza, Berwick était instruit de l’état de l’armée
alliée et de ses projets, par un officier général
portugais qui, persuadé que l’alliance du roi de Portugal avec l’empereur
était contraire à ses vrais intérêts, le trahissait
par esprit de patriotisme. (Mémoires de Berwick.)
Note_5
L’armée du duc d’Orléans prit aussi Saragosse; lorsque les
troupes françaises parurent à la vue de la ville, on fit
accroire au peuple que ce camp qu’il voyait n’était pas un objet
réel, mais une apparence causée par un sortilège:
le clergé se rendit processionnellement sur les murailles pour exorciser
ces fantômes; et le peuple ne commença à croire qu’il
était assiégé par une armée réelle,
que lorsqu’il vit les houssards abattre quelques têtes. (Mémoires
de Berwick.)
Note_6
Le respect pour la vérité dans les plus petites choses oblige
encore de relever le discours que le compilateur des Mémoires de
Mme de Maintenon fait tenir par le roi de Suède, Charles XII,
au duc de Marlborough: « Si Toulon est pris, je l’irai reprendre.
» Ce général anglais n’était point auprès
de roi de Suède dans le temps du siège. Il le vit dans Alt-Ranstadt
en avril 1707, et le siège de Toulon fut levé au mois d’août.
Charles XII, d’ailleurs, ne se mêla jamais de cette guerre; il refusa
constamment de voir tous les Français qu’on lui députa. On
ne trouve, dans les Mémoires de Maintenon, que des discours
qu’on n’a ni tenus ni pu tenir; et on ne peut regarder ce livre que comme
un roman mal digéré.
Note_7
Entre autres Reboulet, page 233 du tome VIII. Il fonde ses soupçons
sur ceux du chevalier de Forbin. Celui qui a donné au public tant
de mensonges, sous le titre de Mémoires de Mme de Maintenon,
et qui fit imprimer, en 1752, à Francfort, une édition frauduleuse
du Siècle de Louis XIV, demande, dans une des notes, qui
sont ces historiens qui ont prétendu que la reine Anne était
d’intelligence avec son frère. « C’est un fantôme, »
dit-il. Mais on voit ici clairement que ce n’est point un fantôme,
et que l’auteur du Siècle de Louis XIV n’avait rien avancé
que la preuve en main: il n’est pas permis d’écrire l’histoire autrement.
Note_8
Telle est l’histoire qu’un libraire, nommé Van Duren fit écrire
par le jésuite La Motte, réfugié en Hollande sous
le nom de La Hode, continuée par La Martinière; le tout sur
prétendus Mémoires d un comte de…, secrétaire d’État.
Lés Mémoires de Mme de Maintenon, encore plus remplis
de mensonges, disent, tome IV, page 119, que les assiégeants jetaient
dans la ville des billets conçus en ces termes: « Rassurez-vous,
Français, la Maintenon ne sera pas votre reine; nous ne lèverons
pas le siège. On croira, ajoute-t-il, que Louis, dans la ferveur
du plaisir que lui donnait la certitude d’une victoire inattendue, offrit
ou promit le trône à Mme de Maintenon. » Comment, dans
la ferveur de l’impertinence, peut-on mettre sur le papier ces nouvelles
et ces discours des halle? Comment cet insensé a-t-il pu pousser
l’effronterie jusqu’à dire que le duc de Bourgogne trahit le roi
son grand-père, et fit prendre Lille par le prince Eugène,
de peur que Mme de Maintenon ne fût déclarée reine?
Note_9
On peut voir les détails de cette campagne dans les Mémoires
de Berwick: mais il faut les lire avec précaution. Berwick était
dans l’armée, mais humilié de servir sous Vendôme,
et presque toujours d’un avis contraire au sien. Vendôme, fatigué
des contradictions qu’il éprouvait, semblait avoir perdu, pendant
cette campagne, son activité et ses talents. Louis XIV envoya deux
fois Chamillart à l’armée comme un arbitre entre les généraux.
Durant le siège de Lille, Marlborough écrivit
au maréchal de Berwick son neveu, pour qu’il proposât à
Louis XIV d’entamer une négociation pour la paix avec les députés
de Hollande, le prince Eugène et lui. On crut à la cour que
cette proposition était la suite des inquiétudes de Marlborough
sur le succès du siège de Lille, et on obligea le duc de
Berwick à faire une réponse négative. Marlborough
aimait beaucoup la gloire et l’argent, et il pouvait alors désirer
la paix comme le meilleur moyen de mettre sa fortune en sûreté,
et d’ajouter une autre espèce de gloire à sa réputation
militaire, qui ne pouvait plus croître. Bientôt après
il s’opposa de toutes ses forces à cette paix qu’il avait désirée,
parce que la guerre lui était devenu nécessaire pour soutenir
son crédit dans sa patrie. (K.)
Note_10
Le marquis d’O.
Note_11
Ce furent des officiers au service de Hollande qui firent ce coup hardi.
Presque tous étaient des Français que la révocation
fatale de l’édit de Nantes avait forcés de choisir une nouvelle
patrie; ils prirent la chaise du marquis de Beringhen pour celle du dauphin,
parce qu’elle avait l’écusson de France. L’ayant enlevé,
ils le firent monter à cheval; mais comme il était âgé
et infirme, ils eurent la politesse en chemin de lui chercher eux-mêmes
une chaise de poste. Cela consuma du temps. Les pages de roi coururent
après eux, le premier écuyer fut délivré; et
ceux qui l’avaient enlevé furent prisonniers eux-mêmes; quelques
minutes plus tard ils auraient pris le dauphin, qui arrivait après
Beringhen avec un seul garde.
Note_12
L’histoire de l’ex-jésuite La Motte, rédigée par La
Martinière, dit que Chamillart fut destitué du ministère
des finances en 1703, et que la voix publique y appela le maréchal
d’Harcourt. Les fautes de cet historien sont sans nombre.
Note_13
c’est ce que l’auteur tient de la bouche de vingt personnes qui les entendirent
parler ainsi à Lille, après la prise de cette ville. Cependant
il se peut que ces expressions fussent moins l’effet d’une fierté
grossière que d’un style laconique assez en usage dans les armées.
Note_14
Voy. les Mémoires de Torcy, tome III, p. 2; ils ont confirmé
tout ce qui est avancé ici.
Note_15
L’auteur des Mémoires de Mme de Maintenon dit, pages 92 et
93 du tome V, que « le duc de Marlborough et le prince Eugène
gagnèrent Heinsius, » comme si Heinsius avait eu besoin d’être
gagné. Il met dans la bouche de Louis XIV, au lieu des belles paroles
qu’il prononça en plein conseil, ces mots bas et plats: Alors
comme alors. Il cite l’auteur du Siècle de Louis XIV et
le reprend d’avoir dit que « Louis XIV fit afficher sa lettre circulaire
dans les rues de Paris. » Nous avons confronté toutes les
éditions du Siècle de Louis XIV: il n’y a pas un seul
mot de ce que cite cet homme, pas même dans l’édition subreptice
qu’il fit à Francfort en 1752.
Note_16
Cet endroit mérite d’être éclairci. L’auteur célèbre
de l’Esprit des lois dit que l’honneur est le principe des gouvernements
monarchiques, et la vertu le principe des gouvernement républicains.
Ce sont là des idées vagues et confuses
qu’on a attaquées d’une manière aussi vague, parce que rarement
on convient de la valeur des termes, rarement on s’entend. L’honneur est
le désir d’être honoré, d’être estimé:
de là vient l’habitude de ne rien faire dont on puisse rougir. La
vertu est l’accomplissement des devoirs, indépendamment du désir
de l’estime: de là vient que l’honneur est commun, la vertu rare.
Le principe d’une monarchie ou d’une république
n’est ni l’honneur ni la vertu. Une monarchie est fondée sur le
pouvoir d’un seul; une république est fondée sur le pouvoir
que plusieurs ont d’empêcher le pouvoir d’un seul. La plupart des
monarchies ont été établies par des chefs d’armées,
les républiques par des citoyens assemblés. L’honneur est
commun à tous les hommes, et la vertu rare dans tout gouvernement.
L’amour-propre de chaque membre d’une république veille sur l’amour-propre
des autres; chacun voulant être maître, personne ne l’est;
l’ambition de chaque particulier est un frein public, et l’égalité
règne.
Dans une monarchie affermie, l’ambition ne peut s’élever
qu’en plaisant au maître, ou à ceux qui gouvernent sous le
maître. Il n’y a dans ces premiers ressorts ni honneur ni vertu,
de part ni d’autre; il n’y a que de l’intérêt. La vertu est
en tout pays le fruit de l’éducation et du caractère. Il
est dit dans l’Esprit des lois qu’il faut plus de vertu dans une
république: c’est, en un sens, tout le contraire: il faut beaucoup
plus de vertu dans une cour pour résister à tant de séductions.
Le duc de Montausier, le duc de Beauvilliers, étaient des hommes
d’une vertu très austère. Le maréchal de Villeroi
joignit des moeurs plus douces à une probité non moins incorruptible.
Le marquis de Torcy a été un des plus honnêtes hommes
de l’Europe, dans une place où la politique permet le relâchement
dans la morale. Les contrôleurs généraux Le Pelletier
et Chamillart passèrent pour être moins habiles que vertueux
Il faut avouer que Louis XIV, dans cette guerre malheureuse,
ne fut guère entouré que d’hommes irréprochables;
c’est une observation très vraie et très importante dans
une histoire où les moeurs ont tant de part.
Note_17
Dans le livre intitulé Mémoires du maréchal de
Berwick, il est dit que le maréchal de Berwick fit cette retraite.
C’est ainsi que tant de mémoires sont écrits. On trouve dans
ceux de Mme de Maintenon, par La Beaumelle tome v, p. 99, que les alliés
accusèrent le maréchal de Villars de « s’être
blessé lui-même, et que les Français lui reprochèrent
de s’être retiré trop tôt. » Ce sont deux impostures
ridicules. Ce général avait reçu un coup de carabine
au dessous du genou, qui lui fracassa l’os, et qui le fit boiter toute
sa vie. Le roi lui envoya le sieur Maréchal, son premier chirurgien,
qui seul empêcha qu’on lui coupât la cuisse. C’est ce que je
tiens de la bouche de M. le maréchal de Villars et de ce chirurgien
célèbre: c’est ce que tout les officier ont su; c’est ce
que M. le duc de Villars daigne me confirmer par ses lettres. Il n’oppose
que le mépris aux sottises insolentes et calomnieuses de La Beaumelle.
— Les Mémoires de Berwick, dont parle Voltaire, sont de l’abbé
Margon. Les véritable Mémoires de Berwick ont été
publiés en 1778 pour la première fois.
Note_18
On assure qu’après la bataille, Philippe V n’ayant point de lit,
le duc de Vendôme lui dit: « Je vais vous faire donner le plus
beau lit sur lequel jamais roi ait couché; » et il fit faire
un matelas des étendards et des drapeaux pris sur le ennemis.
Note_19
Le marquis de Torcy l’appelle dans ses Mémoires, ministre prédicant:
il se trompe; c est un titre qu’on ne donne qu’aux presbytériens.
Henri Sacheverel, dont il est question, était docteur d’Oxford,
et du parti épiscopal. Il avait prêché dans la cathédrale
de Saint-Paul l’obéissance absolue aux rois et l’intolérance.
Ces maximes furent condamnées par le parlement: mais ses invectives
contre le parti de Marlborough le furent bien davantage.
Note_20
Mémoires de Torcy, tome III, page 33.
Note_21
Le lord Bolingbroke rapporte dans ses lettres qu’alors il y avait de grandes
cabales à la cour de Louis XIV; il ne doute pas, tome II, page 244,
« qu’il ne se formât dans sa cour d’étranges projets
d’ambition particulière: » il en juge par un discours que
lui tinrent depuis à souper les ducs de La Feuillade et de Mortemar:
« Vous auriez pu nous écraser, pourquoi ne l’avez-vous pas
fait? » Bolingbroke, malgré ses lumières et sa philosophie,
tombe ici dans le défaut de quelques ministres, qui croient que
tous les mots qu’on leur dit signifient quelque chose. On connaît
assez l’état de la cour de France, et celui de ces deux ducs, pour
savoir qu’il n’y avait, du temps de la paix d’Utrecht, ni desseins, ni
factions, ni aucun homme en situation de rien entreprendre.
Note_22
Le maréchal de Villars eut à Versailles une partie de l’appartement
qu’avait occupé Monseigneur, et le roi vint l’y voir. L’auteur des
Mémoires de Maintenon, qui confond tous les temps,
dit, tome V, page 119 de ces Mémoires, que le maréchal de
Villars arriva dans les jardins de Marly, et que le roi lui ayant dit «
qu’il était très content de lui, » le maréchal
se tournant vers les courtisans, leur dit: « Messieurs, au moins
vous l’entendez. » Ce conte, rapporté dans cette occasion,
ferait tort à un homme qui venait de rendre de si grands services.
Ce n’est pas dans ces moments de gloire qu’on fait ainsi remarquer aux
courtisans que le roi est content. Cette anecdote défigurée
est de l’année 1711. Le roi lui avait ordonné de ne point
attaquer le duc de Marlborough. Les Anglais prirent Bouchain. On murmurait
contre le maréchal de Villars. Ce fut après cette campagne
de 1711 que le roi lui dit qu’il était content; et c’est alors qu’il
pouvait convenir à un général d’imposer silence aux
reproches des courtisans, en leur disant que son souverain était
satisfait de sa conduite, quoique malheureuse.
Ce fait est très peu important; mais il faut de
la vérité dans les plus petites choses.
Note_23
La reine Anne envoya au mois d’août son secrétaire d’État,
le vicomte de Bolingbroke, consommer la négociation. Le marquis
de Torcy fait un très grand éloge de ce ministre, et dit
que Louis XIV lui fit l’accueil qu’il lui devait. En effet il fut reçu
à la cour comme un homme qui venait donner la paix; et lorsqu’il
vint à l’Opéra, tout le monde se leva pour lui faire honneur:
c’est donc une grande calomnie, dans les Mémoires de Maintenon,
de dire, page 115 de tome V: « Le mépris que Louis XIV
témoigna pour milord Bolingbroke ne prouve point qu’il l’ait eu
au nombre de ses pensionnaires. » Il est plaisant de voir un tel
homme parler ainsi des plus grands hommes.
Note_24
L’Abrégé chronologique de Hénault.
Note_25
Jamais le lord Stair ne parla au roi qu’en présence de secrétaire
d’État, Torcy, qui a dit n’avoir jamais entendu un discours si déplacé.
Ce discours aurait été bien humiliant pour Louis XIV, quand
il fit cesser les ouvrages de Mardick.
Note_26
Dans l’Essai sur les moeurs, etc., chap. CLXXVII.
Note_27
Cette ville de Xativa fut rasée en 1707, après la bataille
d’Almanza. Philippe V fit bâtir sur ses ruines une autre ville qu’on
nomme à présent San Felipe.
Note_28
Les alliés ne firent de progrès en Espagne qu’à l’aide
du parti qui y subsistait en faveur de la maison d’Autriche. Ce parti s’était
formé pendant la vie de Charles II, et les fautes de ministère
de Philippe V lui donnèrent des forces. Il était impossible
qu’il n’y eût des cabales dans la cour d’un roi étranger à
l’Espagne, jeune, incapable de gouverner par lui-même: et il était
impossible d’empêcher ces cabales de dégénérer
en conspirations et en partis. Peut-être cependant eût-on prévenu
les suites funestes de ces cabales, si, au lieu d’abandonner son petit-fils
aux intrigues de la princesse des Ursins, des ambassadeurs de France, des
Français employés a Madrid, des ministres espagnols, Louis
XIV lui eût donné pour guide un homme capable à la
fois d’être ambassadeur, ministre et général; assez
supérieur à tous les préjugés pour n’en blesser
aucun inutilement; assez au-dessus de la vanité pour ne faire aucune
parade de son pouvoir et se borner à être utile en secret;
assez modeste pour cacher à la haine des Espagnols pour les étrangers
le bien qu’il ferait à leur pays; un homme enfin dont le nom, respecté
dans l’Europe, en imposât à la jalousie nationale. Cet homme
existait en France; mais Mme de Maintenon trouvait qu’il n’avait pas une
véritable piété.
La nation castillane montra un attachement inébranlable
pour Philippe V. Lorsque les troupes de l’archiduc traversèrent
la Castille, elles la trouvèrent presque déserte; le peuple
fuyait devant elles, cachait ses vivres pour n’être pas obligé
de leur en vendre; les soldats qui s’écartaient étaient tués
par les paysans. Les courtisanes de Madrid se rendirent en foule au camp
des Anglais et des Allemands, dans l’intention d’y répandre le poison
que les compagnons de Colomb avaient porté en Espagne. (Mémoires
de Saint-Philippe.) A peine sortis d’une ville, les partisans de l’archiduc
entendaient le bruit des réjouissances que le peuple faisait en
l’honneur de Philippe. Mais la nation aragonaise penchait pour l’archiduc.
La haine entre les deux nations semblait s’être réveillée.
Les Espagnols des deux partis montrèrent dans cette guerre le même
caractère qu’ils avaient déployé dans leurs guerres
contre les Carthaginois et les Romains. La domination de Rome, des Goths
et des Maures, la révolution dans la religion et dans le gouvernement,
ne l’avaient point changé. Plusieurs villes se défendirent
comme Sagonte et comme Numance; mais, comme dans ces anciennes époques,
nulle réunion entre les différents cantons, nul effort suivi
et combiné cette force de caractère ne se montrait que quand
ils étaient attaqués, et alors elle devenait indomptable.
Les Catalans furent dépouillés de leurs
privilèges; heureusement ces prétendus privilèges
n’étaient que des droits accordés aux villes et aux riches,
aux dépens des campagnes et du peuple. Depuis leur destruction,
l’industrie de cette nation s’est ranimée; l’agriculture, les manufactures,
le commerce ont fleuri; et l’orgueil de la victoire a ordonné ce
que, dans un temps plus éclairé, un gouvernement paternel
eût voulu faire. (K.)
Note_29
On appelle généralement du nom de Flandre les provinces des
Pays-Bas qui appartiennent à la maison d’Autriche, comme on appelle
les sept Provinces-Unies la Hollande.
Note_30
Voy. les deux Mémoires de Louis XIV rapportés dans ce volume
(chapitre XXVIII).
Note_31
Cette anecdote est accréditée par les Mémoires
de Le Porte, pages 255 et suivantes. On y voit que le roi avait de
l’aversion pour le cardinal; que ce ministre, son parrain et surintendant
de son éducation, l’avait très mal élevé, et
qu’il le laissa souvent manquer du nécessaire. Il ajoute même
des accusations beaucoup plus graves, et qui rendraient la mémoire
du cardinal bien infâme, mais elles ne paraissent pas prouvées,
et toute accusation doit l’être.
Note_32
Cette galanterie et quelques imprudences dans sa conduite furent la cause
et des malheurs qu’elle éprouva sous le gouvernement de Richelieu,
et des bruits injurieux répandus contre elle par les frondeurs.
Richelieu voulait la perdre, et il eût réussi, sans la fidélité
et le courage de ses amis et de quelques-uns de ses domestiques. On trouve,
dans des Mémoires non imprimés du duc de La Rochefoucauld,
quelle avait formé le projet de se retirer à Bruxelles: quoique
très jeune, il était à la tête de ce complot,
et s’était chargé de l’enlever et de la conduire. (K.)
— La première partie des Mémoires de La Rochefoucauld
n’a été publiée qu’en 1817.
Note_33
Ces paroles, fidèlement recueillies, sont dans tous les Mémoires
authentiques de ce temps-là: il n’est permis ni de les omettre,
ni d’y rien changer dans aucune histoire de France.
L’auteur des Mémoires de Maintenon s’avise
de dire au hasard dans sa note: « Son discours ne fut pas tout à
fait si beau, et ses yeux en dirent plus que sa bouche. » Où
a-t-il pris que le discours de Louis XIV ne fut pas tout à fait
si beau, puisque ce furent là ses propres paroles? il ne fut ni
plus ni moins beau: il fut tel qu’on le rapporte.
Note_34
Le cardinal de Richelieu avait déjà donné des ballets,
mais ils étaient sans goût, comme tout ce qu’en avait eu de
spectacles avant lui. Les Français, qui ont aujourd’hui porté
la danse à la perfection, n’avaient, dans la jeunesse de Louis XIV,
que des danses espagnoles, comme la sarabande, la courante, la pavane,
etc.
Note_35
Un fameux chirurgien, gendre du médecin dont je parle, et qui a
appartenu au maréchal de Richelieu, est témoin de ce que
j’avance; et M. de Bernaville, successeur de Saint-Mars, me l’a souvent
confirmé.
Note_36
Ceci a été écrit en 1750. Ce personnage très
digne de foi est Riousse, ancien commissaire des guerres à Cannes.
Note_37
Les comptes qui le prouvent étaient à Vaux aujourd’hui Villars,
en 1718, et doivent y être encore. M. le duc de Villars, fils du
maréchal, confirme ce fait. Il est moins singulier qu’on
ne pense. Voue voyez, dans tes Mémoires de L’abbé de Choisy,
que le marquis de Louvois lui disait, en lui parlant de Meudon: «
Je suie sur le quatorzième million. »
Note_38
J’ai retrouvé depuis cette même particularité dans
Saint-Évremond.
Note_39
Voy. les Mémoires de Gourville.
Note_40
Racine assure, dans ses Fragments historiques, que le roi dit chez
Mlle de Lavallière: « S’il avait été condamné
à mort, je l’aurais laissé mourir. » S’il prononça
ces paroles, on ne peut les excuser: elles paraissent trop dures et trop
ridicules.
Note_41
M. Delort, dans son Histoire de la détention des philosophes,
etc., 1829, in-8°, dit, tome I, page 52, que Fouquet mourut à
Pignerol le 23 mars 1680. (B.)
Note_42
Voy. Guy Patin et les Mémoires du temps. — Voici ce que Guy Patin
écrivait le 7 février 1662: « La chambre de justice
a donné un arrêt considérable contre un partisan nommé
Boislève, ci-devant intendant des finances; on avait saisi ses beaux
meubles, et on avait avis d’une bonne somme d’argent qui lui appartenait.
Un sien frère, ci-devant conseiller de la cour, aujourd’hui évêque
d’Avranches, et, de plus, grand fourbe, est intervenu prétendant
revendiquer lesdits meubles, et l’argent aussi, comme s’ils lui appartenaient;
il en a fait un serment, dont la fausseté fut aussitôt découverte
par M. Talon; ensuite de quoi les meubles et l’argent furent trouvés,
et déclarés biens saisie, et l’évêque condamné
à une amende de douze mille livres parisis. » La livre parisis
valait une livre cinq sous tournois. (B.)
Note_43
Non dans la place Royale, comme le dit l’Histoire de La Hode, sous
le nom de La Martinière.
Note_44
Mort en 1680.
Note_45
Une Liste de quelques gens de lettres française vivants en 1662,
composée par ordre de M. Colbert par M. Chapelain, a été
imprimée en 1726, dans le tome II des Mémoires de
littérature, par le P. Desmolets; et la même année,
dans les Mélanges de littérature de Chapelain. Un
Mémoire des gens de lettres célèbres en France,
par M. Costar, est aussi imprimé dans le tome II des Mémoires
de Desmolets; c’est là que Chapelain est appelé « le
premier poète du monde pour l’héroïque. » M. Peignot
a publié des Documents authentiques et détails curieux
sur les dépenses de Louis XIV en bâtiments et châteaux
royaux, en gratifications et pensions accordées aux savants, gens
de lettres et artistes, depuis 1663, etc., etc., Paris, 1827, in-8°.
(B.)
Note_46
Boileau Despréaux n’est sur aucune liste de gratifications et pensions
avant 1674; il reçut alors deux mille francs. Racine et Quinault
touchaient alors chacun huit cent francs. Racine n’avait eu que six cents
francs en 1663, en même temps que l’on donnait trois mille francs
à Chapelain. Les libéralité du roi s'étendaient
aussi dans les pays étrangers. « A l’égard de celles
qui se distribuaient à Paris, dit Charles Perrault, elles se portèrent
la première année, chez tous les gratifiés par le
commis du trésorier des bâtiments, dans des bourses de soie
d’or, les plus propres du monde; la seconde année, dans des bourses
de cuir. Comme toutes choses ne peuvent pas demeurer au même état,
et vont naturellement en dépérissant, les années suivantes
il fallut aller recevoir soi-même les pensions chez le trésorier,
en monnaie ordinaire. Les années bientôt eurent quinze et
seize mois; et, quand on déclara la guerre à l’Espagne, une
grande partie de ces gratifications s’amortirent. » (B.)
Note_47
Le 17 avril. Il venait d’être reçu à l’Académie
française. Bussy sortit de la Bastille le 16 mai 1666, pour aller
rétablir sa santé chez un maître chirurgien, mais sous
la promesse de revenir à la Bastille dès qu’il serait rétabli.
Cependant, le 10 août, il obtint de se retirer un Bourgogne. (B.)
Note_48
Le bec amoureux était celui de Mlle de La Vallière.
(B.)
Note_49
L’origine de cette imputation, qu’on trouve dans tant d’historiens, vient
du Segraisiana. C’est un recueil posthume de quelques conversations
de Segrais, presque toutes falsifiées. Il est plein de contradictions;
et l’on sait qu’aucun de ces ana ne mérite de créance.
Note_50
On a imprimé, à la fin de ses Mémoires une Histoire
des amours de Mademoiselle et de M. de Lauzun. c’est l’ouvrage de quelque
valet de chambre. On y a joint des vers dignes de l’histoire et de toutes
les inepties qu’on était en possession d’imprimer en Hollande.
On doit mettre au même rang la plupart des contes
qui se trouvent dans les Mémoires de Mme de Maintenon, faits
par le nommé La Beaumelle: il y est dit qu’en 1681 un des ministres
du duc de Lorraine vint, déguise en mendiant, se présenter
dans une église à Mademoiselle, lui montra une paire d’heures
sur lesquelles il était écrit; « De la part du duc
de Lorraine; » et qu’ensuite il négocia avec elle pour l’engager
à déclarer le duc son héritier (tome II, page 204).
Cette fable est prise de l’aventure vraie ou fausse de la reine Clotilde.
Mademoiselle n’en parle point dans ses Mémoires, où elle
n’omet pas les petits faits. Le duc de Lorraine n’avait aucun droit à
la succession de Mademoiselle; de plus elle avait fait, en 1679, le duc
du Maine et le comte de Toulouse ses héritiers.
L’auteur de ces misérable Mémoires dit,
page 207, que « le duc de Lauzun, à son retour, ne vit dans
Mademoiselle qu’une fille brûlante d’un amour impur. » elle
était sa femme, et il l’avoue. Il est difficile d’écrire
plus d’impostures dans un style plus indécent.
Note_51
Le 19 novembre 1723, à quatre-vingt-dix ans.
Note_52
Voy. l’Histoire de Mme Henriette d’Angleterre, par Mme la comtesse
de La Fayette, page 171, édition de 1742.
Note_53
Des fragments de diamant et de verre pourraient, par leurs pointes, percer
une tunique des entrailles, et la déchirer: mais aussi on ne pourrait
les avaler, et on serait averti tout d’un coup du danger par l’excoriation
du palais et du gosier. La poudre impalpable ne peut nuire. Les médecins
qui ont rangé le diamant au nombre des poisons auraient dû
distinguer le diamant réduit en poudre impalpable du diamant grossièrement
pilé.
Note_54
Acte IV, scène IV.
Note_55
L’Histoire de Louis XIV, sous le nom de La Martinière, le
nomme l’abbé de La croix. Cette histoire, fautive en tout, confond
les noms, les dates et les événements.
Note_56
François Cayot de Pitaval, mort en 1743.
Note_57
L’Histoire de Reboulet dit « que la duchesse de Bouillon fut
décrétée de prise de corps, et qu’elle parut devant
les juges avec tant d’amis, qu’elle n’avait rien à craindre, quand
même elle eût été coupable. » Tout cela
est très faux; il n’y eut point de décret de prise de corps
contre elle, et alors nuls amis n’auraient pu la soustraire à la
justice.
Note_58
On voit, dans les Mémoires de Saint-Philippe, qu’on croyait
en Espagne qu’elle avait averti Louis XIV de l’impuissance de Charles II,
seul secret d’État dont cette reine infortunée pût
être instruite. (K.)
Note_59
Le sonnet irrégulier de J. Hesnault, dont Voltaire cite le second
quatrain, fut fait pour l’accident arrivé à Mlle de Guerchy,
fille d’honneur de la reine, et maîtresse du duc de Vitry. Sa grossesse,
dont elle faisait mystère, la mettant hors d’état d’accompagner
la reine dans un voyage, Mlle de Guerchy eut recours à une sage-femme,
nommée Constantin, qui, dans ses opérations pour la faire
avorter, la blessa mortellement. Vitry envoya chercher un confesseur; et
dès que le prêtre eut donné l’absolution, l’amant,
pour abréger les souffrances de sa maîtresse, lui cassa la
tête, puis s’enfuit en Bavière. La Constantin fut pendue en
août 1660 (voyez la lettre de Guy Patin, de 12 octobre de cette année).
Dans sa lettre du 22 juin 1660, Guy Patin dit: « On fait ici grand
bruit de la mort de Mlle de Guerchy.... Le curé de Saint-Eustache
a refusé la sépulture au corps de cette dame; on dit qu’on
l’a porté dans l’hôtel de Condé, et qu’il y a été
mis dans la chaux, afin de le consumer plus tôt, et qu’on n’y puisse
rien reconnaître si on venait à la visiter. » Vitry
obtint sa grâce lorsqu’il eut négocié le mariage de
Monsieur avec la princesse de Bavière. (B.)
Note_60
Les Mémoires donnés sous le nom de Mme de Maintenon
rapportent qu’elle dit à Mme de Montespan, en parlant de ses
rêves: « J’ai rêvé que nous étions sur
le grand escalier de Versailles: je montais, vous descendiez: je m’élevais
jusqu’aux nues, vous allâtes à Fontevrault. » Ce conte
est renouvelé d’après le fameux duc d’Épernon, qui
rencontra le cardinal de Richelieu sur l’escalier du Louvre, l’année
1624. Le cardinal lui demanda s’il n’y avait rien de nouveau. « Non,
lui dit le duc, sinon que vous montez, et je descends. » Ce conte
est gâté en ajoutant que d’un escalier on s’éleva jusqu’aux
nues. Il faut remarquer que dans presque tous les livres d’anecdotes, dans
les ana, on attribue presque toujours à ceux qu’on fait parler
des choses dites un siècle et même plusieurs siècles
auparavant.
Note_61
Il y a plus de vingt volumes dans lesquels vous verrez que la maison d’Orléans
et la maison de Condé s’indignèrent de ces propositions;
vous lirez que la princesse, mère du duc de Chartres, menaça
son fils; vous lirez même qu’elle le frappa. Les Anecdotes de
la constitution rapportent sérieusement que le roi s’étant
servi de l’abbé Dubois, sous-précepteur du duc de Chartres,
pour faire réussir la négociation, cet abbé n’en vint
à bout qu’avec peine, et qu’il demanda pour récompense le
chapeau de cardinal. Tout ce qui regarde la cour est écrit ainsi
dans beaucoup d’histoires.
Note_62
Environ vingt mille de nos livres.
Note_63
Le 11 décembre 1686.
Note_64
L’Histoire du règne de Louis XIV, par Reboulet, Avignon,
1744, 3 volumes in-4°.
Note_65
Et non pas le chevalier de Forbin, comme le disent les Mémoires
de Choisy. On ne prend pour confidents d’un tel secret que des domestiques
affidés, et des hommes attachés par leur service à
la personne du roi. Il n’y eut point d’acte de célébration:
on n’en fait que pour constater un état; et il ne s’agissait ici
que de ce qu’on appelle un mariage de conscience. Comment peut-on rapporter
qu’après la mort de l’archevêque de Paris, Harlay, en 1695,
près de dix ans après le mariage, « ses laquais trouvèrent
dans ses vieilles culottes l’acte de célébration? »
Ce conte, qui n’est pas même fait pour des laquais, ne se trouve
que dans les Mémoires de Maintenon.
Note_66
Mme de Maintenon, née le 27 novembre 1635, n’était que dans
sa cinquante et unième année.
Note_67
Il est dit dans les prétendus Mémoires de Maintenon, tome
I, page 216, « qu’elle n’eut longtemps qu’un même lit avec
la célèbre Ninon Lenclos, sur les ouï-dire de l’abbé
de Châteauneuf et de l’auteur du Siècle de Louis XIV.
» Mais il ne se trouve pas un mot de cette anecdote chez l’auteur
du Siècle de Louis XIV ni dans tout ce qui nous reste
de M. l’abbé de Châteauneuf. L’auteur des Mémoires
de Maintenon ne cite jamais qu’an hasard. Ce fait n’est porté
que dans les Mémoires du marquis de La Fare, page 190, edition
de Rotterdam. C’était encore la mode de partager son lit avec ses
amis; et cette mode, qui ne subsiste plus, était très ancienne,
même à la cour. On voit dans Histoire de France que
Chartes IX, pour sauver le comte de La Rochefoucauld des massacres de la
Saint-Barthélemy, lui proposa de coucher au Louvre dans son lit;
et que le duc de Guise et le prince de Condé avaient longtemps couché
ensemble.
Note_68
L’auteur du roman des Mémoires de Mme de Maintenon lui fait
dire à la vue du château Trompette: « Voilà où
j’ai été élevée, etc. » Cela est évidemment
faux; elle avait été élevée à Niort.
Note_69
Voy. les Lettres à son frère: « Je vous conjure de
vivre commodément, et de manger les dix-huit mille francs de l’affaire
que nous avons faite: nous en ferons d’autres. »
Note_70
Le compilateur des Mémoires de Mme de Maintenon dit, tome
IV, page 200: « Rousseau, vipère acharnée contre ses
bienfaiteurs, fit des couplets satiriques contre le maréchal de
Noailles. » Cela n’est pas vrai: il ne faut calomnier personne. Rousseau,
très jeune alors, ne connaissait pas le premier maréchal
de Noailles. Les chansons satiriques dont il parle étaient d’un
gentilhomme nommé de Cabanac, qui les avouait hautement.
Note_71
Ce fait a été rapporté par le fils de l’illustre Racine,
dans la Vie de son père.
Note_72
Qui croirait que, dans les Mémoires de Mme de Maintenon, tome
III, p. 273, il est dit que ce ministre craignait que le roi ne l’empoisonnât?
Il est bien étrange qu’on débite à Paris des
horreurs si insensées, à la suite de tant de contes ridicules.
Cette sottise atroce est fondée sur un bruit populaire
qui courut à la mort du marquis de Louvois. Ce ministre prenait
des eaux (de Balaruc) que Séron, son médecin, lui avait ordonnées,
et que La Ligerie, son chirurgien, lui faisait boire. C’est ce même
La Ligerie qui a donné au public le remède qu’on nomme aujourd’hui
la poudre des Chartreux. Ce La Ligerie m’a souvent dit qu’il avait
averti M. de Louvois qu’il risquait sa vie s’il travaillait en prenant
des eaux. Le ministre continua son travail: il mourut presque subitement
le 16 juillet 1691, et non pas en 1692, comme le dit l’auteur des faux
Mémoires. La Ligerie l’ouvrit, et ne trouva d’autre cause de
sa mort que celle qu’il avait prédite. On s’avisa de soupçonner
le médecin Séron d’avoir empoisonné une bouteille
de ces eaux. Nous avons vu combien ces funestes soupçons étaient
alors communs. On prétendit qu’un prince voisin (Victor-Amédée,
duc de Savoie), que Louvois avait extrêmement irrité et maltraité,
avait gagné le médecin Séron. On trouve une partie
de ces anecdotes dans les Mémoires du marquis de La Fare, chapitre
X. La famille même de Louvois fit mettre en prison un Savoyard qui
frottait dans la maison; mais ce pauvre homme très innocent fut
bientôt relâché. Or, si l’on soupçonna, quoique
très mal à propos, un prince ennemi de la France d’avoir
voulu attenter à la vie d’un ministre de Louis XIV, ce n’était
pas certainement une raison pour en soupçonner Louis XIV lui-même.
Le même auteur, qui, dans les Mémoires
de Maintenon, a rassemblé tant de faussetés, prétend,
au même endroit, que le roi dit « qu’il avait été
défait la même année de trois hommes qu’il ne pouvait
souffrir, le maréchal de La Feuillade, le marquis de Seignelay,
et le marquis de Louvois. » Premièrement, M. de Seignelay
ne mourut point la même année 1691, mais en 1690. En second
lieu, à qui Louis XIV, qui s’exprimait toujours avec circonspection
et en honnête homme, a-t-il dit des paroles si imprudentes et si
odieuses? à qui a-t-il développé une âme si
ingrate et si dure? à qui a-t-il pu dire qu’il était bien
aise d’être défait de trois hommes qui l’avaient servi avec
le plus grand zèle? Est-il permis de calomnier ainsi, sans la plus
légère preuve, sans la moindre vraisemblance, la mémoire
d’un roi connu pour avoir toujours parlé sagement? Tout lecteur
sensé ne voit qu’avec indignation ces recueils d’impostures, dont
le public est surchargé; et l’auteur des Mémoires de Maintenon
mériterait d’être châtie, si le mépris dont
il abuse ne le sauvait de la punition.
Note_73
Cette lettre est authentique, et l’auteur l’avait déjà vue
en manuscrit avant que le fils du grand Racine l’eût fait imprimer.
Note_74
Il est dit dans les Mémoires de Maintenon que Racine, voyant
le mauvais succès d’Esther dans le public, s’écria:
« Pourquoi m’y suis-je exposé? pourquoi m’a-t-on détourné
de me faire chartreux? Mille louis le consolèrent. »
1° Il est faux qu’Esther fût alors mal
reçue.
2° Il est faux et impossible que Racine ait dit qu’on
l’avait empêché alors de se faire chartrenx, puisque sa femme
vivait. L’auteur, qui a tout écrit au hasard et tout confondu, devait
consulter les Mémoires sur la vie de Jean Racine, par Louis
Racine, son fils; il y aurait vu que Jean Racine voulait se faire chartreux
avant son mariage.
3° Il est faux que le roi lui eût donné
alors mille louis. Cette fausseté est encore prouvés par
les mêmes Mémoires. Le roi lui fit présent d’une charge
de gentilhomme ordinaire de sa chambre, en 1690, après la représentation
d’Athalie, à Versailles. Ces minuties acquièrent quelque
importance quand il s’agit d’un aussi grand homme que Racine. Les fausses
anecdotes sur ceux qui illustrèrent le beau siècle de Louis
XIV sont répétées dans tant de livres ridicules, et
ces livres sont en si grand nombre, tant de lecteurs oisifs et mal instruits
prennent ces contes pour des vérités, qu’on ne peut trop
les prémunir contre tous ces mensonges. Et si l’on dément
souvent l’auteur des Mémoires de Maintenon, c’est que jamais
auteur n’a plus menti que lui.
Note_75
Comment le marquis de La Fare peut-il dire dans ses Mémoires que
« depuis la mort de Madame ce ne fut que jeu, confusion, et impolitesse?
» On jouait beaucoup dans les voyages de Marly et de Fontainebleau,
mais jamais chez Mme de Maintenon; et la cour fut en tout temps le modèle
de la plus parfaite politesse. La duchesse d’Orléans, alors duchesse
de Chartres, la princesse de Conti, Madame la Duchesse, démentaient
bien ce que le marquis de La Fare avance. Cet homme, qui dans le commerce
était de la plus grande indulgence, n’a presque écrit qu’une
satire. Il était mécontent du gouvernement: il passait sa
vie dans une société qui se faisait un mérite de condamner
la cour et cette société fit d’un homme très aimable
un historien quelquefois injuste.
Note_76
Louis XV.
Note_77
L’auteur des Mémoires de Mme de Maintenon, tome IV, dans
un chapitre intitulé Mlle Chouin, dit que « Monseigneur
fut amoureux d’une de ses propres soeurs, et qu’il épousa ensuite
Mlle Chouin. » Ces contes populaires sont reconnus pour faux chez
tous les honnêtes gens. Il faudrait être non seulement contemporain,
mais être muni de preuves, pour avancer de telles anecdotes. Il n’y
a jamais vu le moindre indice que Monseigneur eût épousé
Mlle Chouin. Renouveler ainsi, au bout de soixante ans, des bruits de ville
si vagues, si peu vraisemblables, si décriés, ce n’est point
écrire l’histoire, c’est compiler au hasard des scandales pour gagner
de l’argent. Sur quel fondement cet écrivain a-t-il le front d’avancer,
page 244, que Mme la duchesse de Bourgogne dit au prince son époux:
« Si j’étais morte, auriez-vous fait le troisième tome
de votre famille? » Il fait parler Louis XIV, tous les princes, tous
les ministres, comme s’il les avait écoutés. On trouve peu
de pages dans ces Mémoires qui ne soient remplies de ces mensonges
hardis qui soulèvent tous les honnêtes gens.
Note_78
Le récit du marquis de Canillac ne prouva ni de près, ni
de loin, l’innocence du duc d’Orléans. La Beaumelle. — Ce fut pour
cette note que La Beaumelle fut mis à la Bastille. (B.)
Note_79
L’auteur de la Vie du duc d’Orléans est la premier qui ait
parlé de ces soupçons atroces: c’était un jésuite
nommé La Motte, le même qui prêcha à Rouen contre
ce prince pendant sa régence, et qui se réfugia ensuite en
Hollande sous la nom de La Hode. Il était instruit de quelques faits
publics. Il dit, tome I, page 112, que « le prince, si injustement
soupçonné, demanda à se constituer prisonnier; et
ce fait est très vrai. Ce jésuite n’était pas à
portée de savoir comment M. de Canillac s’opposa à cette
démarche trop injurieuse à l’innocence du prince. Toutes
les autres anecdotes qu’il rapporte sont fausses. Reboulet, qui la copié,
dit après lui, page 143, tome VIII, que « le dernier enfant
du duc et de la duchesse de Bourgogne fut sauvé par du contrepoison
de Venise. » Il n’y a point de contrepoison de Venise qu’on donne
ainsi au hasard. La médecine ne connaît point d’antidotes
généraux qui puissent guérir un mal dont on ne connaît
point la source. Tous les contes qu’on a répandus dans le public
en ces temps malheureux ne sont qu’un amas d’erreurs populaires.
C’est une fausseté de peu de conséquence
dans le compilateur des Mémoires de Mme de Maintenon, de
dire que « le duc du Maine fut alors à l’agonie; c’est une
calomnie puérile de dire que « l’auteur du Siècle
de Louis XIV accrédite ces bruits plus qu’il ne les détruit.
»
Jamais l’histoire n’a été déshonorée
par de plus absurdes mensonges que dans les prétendus Mémoires.
L’auteur feint de les écrire en 1753. Il s’avise d’imaginer que
le duc et la duchesse de Bourgogne, et leur fils aîné, moururent
de la petite vérole; il avance cette fausseté pour se donner
un prétexte de parler de l’inoculation qu’on a faite au mois de
mai 1756. Ainsi, dans la même page, il se trouve qu’il parle, en
1753, de ce qui est arrivé en 1756.
La littérature a été infectée
de tant de sortes d’écrits calomnieux, on a débité
en Hollande tant de faux Mémoires, tant d’impostures sur le gouvernement
et sur les citoyens, que c’est un devoir de précautionner les lecteurs
contre cette foule de libelles.
Note_80
Les Mémoires de Mme de Maintenon, tome V, page 194, disent
que Louis XIV voulut faire le duc du Maine lieutenant général
du royaume. Il faut avoir des garants authentiques pour avancer une chose
si extraordinaire et aussi importante. Le duc du Maine eût été
au-dessus du duc d’Orléans: c’eût été tout bouleverser;
aussi le fait est-il faux.
Note_81
Le maréchal de Berwick dit, dans ses Mémoires, qu’il
tient de la reine d’Angleterre que cette princesse ayant félicité
Louis XIV sur la sagesse de son testament: « On a voulu absolument
que je le fisse, répondit-il; mais dès que je serai mort,
il n’en sera ni plus ni moins. » (K.)
Note_82
Dans les premières éditions, au lieu de cet alinéa
et du suivant, on lisait: « Il est à croire que ces paroles
n’ont pas peu contribué, trente ans après, à cette
paix que Louis XV a donnée à ses ennemis, dans laquelle on
a vu un roi victorieux rendre toutes ses conquêtes pour tenir sa
parole, rétablir tous ses alliés, et devenir l’arbitre de
l’Europe par son désintéressement plus encore que par ses
victoires. »
Note_83
J’ai vu de petites tentes dressées sur le chemin de Saint-Denis.
On y buvait, on y chantait, On riait. Les sentiments des citoyens de Paris
avaient passé jusqu’à la populace. Le jésuite Le Tellier
était la principale cause de cette joie universelle. J’entendis
plusieurs spectateurs dire qu’il allait mettre le feu aux maisons des jésuites
avec les flambeaux qui éclairaient la pompe funèbre.
Note_84
Il est déposé à la Bibliothèque du roi depuis
plusieurs années.
Note_85
L’abbé Castel de Saint-Pierre, connu par plusieurs ouvrages singuliers,
dans lesquels on trouve beaucoup de vues philosophiques et très
peu de praticables, a laissé des Annales politiques depuis
1658 jusqu’à 1739. Il condamne sévèrement en
plusieurs endroits l’administration de Louis XIV. Il ne veut pas surtout
qu’on l’appelle Louis le Grand. Si grand signifie parfait, il
est sûr que ce titre ne lui convient pas; mais par ces Mémoires
écrits de la main de ce monarque, il paraît qu’il avait d’aussi
bons principes de gouvernement, pour le moins, que l’abbé de Saint-Pierre.
Ces Mémoires de l’abbé de Saint-Pierre n’ont rien de curieux
que la bonne foi grossière avec laquelle cet homme se croit fait
pour gouverner.
Note_86
Sur trente-trois articles que contenaient les instructions, Voltaire en
rapporte vingt-sept. Il avait omis les six premiers que voici:
1. Ne manqués a aucun de uos devoirs surtout enuers
dieu.
2. Conserués uous dans la pureté de uostre
éducation.
3. Faites honorer dieu par tout ou uous aurés du
pouuoir procurés sa gloire donnés en lexemple cest un des
plus grands biens que les roys puissent faire.
4. Desclarés uous en toutte occation pour la uertu
et contre le uice.
5. Naiés jamais dattachement pour personne.
6. Aimés uotre femme uiués bien auec elle
demandés en une a dieu qui uous conuienne Je ne croy pas que uous
deuiés prendre une autrichienne.
C’est M. A. A. Renouard qui le premier, a, en 1819, ajouté
ces six articles. (B.)
Note_87
On voit qu’il se trompa dans cette conjecture.
Note_88
Cela seul peut servir à confondre tant d’historiens qui, sur la
foi des Mémoires infidèles écrits en Hollande, ont
rapporté un prétendu traité (signé par Philippe
V avant son départ), par lequel traité ce prince cédait
à son grand-père la Flandre et le Milanais.
Note_89
Le roi d’Espagne profita de ces conseils: c’était un prince vertueux.
L’auteur des Mémoires de Maintenon, tome
V, pages 200 et suiv., l’accuse d’avoir fait un « souper scandaleux
avec la princesse des Ursins le lendemain de la mort de sa première
femme, et d’avoir voulu épouser cette dame, » qu’il charge
d’opprobres. Remarquez que Anne-Marie de La Trimouille, princesse des Ursins,
dame d’honneur de la feue reine, avait alors plus de soixante-dix ans,
et que c’était cinquante-cinq ans après son premier mariage,
et quarante après le second. Ces contes populaires, qui ne méritent
que l’oubli, deviennent des calomnies punissables, quand on les imprime,
et qu’on veut flétrir les noms les plus respectés sans apporter
la plus légère preuve.
Note_90
Ces mots démentent bien l’infâme calomnie de La Beaumelle,
qui ose dire que « le marquis de Louvois avait craint que Louis XIV
ne l’empoisonnât. »
Au reste, cette lettre doit être encore parmi les
manuscrits laissés par M. le garde des sceaux, Chauvelin.
Note_91
Frédéric-Guillaume, dit le Grand, électeur de Brandebourg,
père du premier roi de Prusse.
Note_92
L’auteur l’a vue avec M. de Caumartin, l’intendant des finances, qui avait
le droit d’entrer dans l’intérieur du couvent.
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