NOTES

Note_1 Le duc de Bavière était père de ce jeune prince appelé par Charles II au trône d’Espagne, et mort à Bruxelles. L’électeur, dans son manifeste contre l’empereur, dit, en parlant de la mort de son fils, « qu’il avait succombé à un mal qui avait souvent sans péril attaqué son enfance, avant qu’il eût été déclaré l’héritier de Charles II. » Il ajoutait que « l’étoile de la maison d’Autriche avait toujours été funeste à ceux qui s’étaient opposés à sa grandeur. » Une accusation directe eût peut-être été moins insultante que cette terrible ironie. Le duc de Bavière, en se séparant de l’empire pour s’unir à un prince en guerre avec l’empire, donnait un prétexte à l’empereur. Louis XIV avait traité avec autant de dureté le duc de Lorraine et l’électeur palatin, et il avait moins d’excuses. (K.) 

Note_2 Dans l’histoire de Reboulet, il est dit qu’il eut cette souveraineté dès l’an 1700.; mais alors il n’avait que la vice-royauté. 

Note_3 On tint à Madrid, au nom de l’archiduc, plusieurs conseils où furent appelés les hommes les plus distingués de son parti. Le marquis de Ribas, secrétaire d’État sous Charles II, y assista. C’était lui qui avait dressé le testament de ce prince en faveur de Philippe V. Des cabales de cour l’avaient fait disgracier. On lui proposa de déclarer que le testament avait été supposé; mais il ne voulut consentir à aucune déclaration qui pût affaiblir l’autorité de cet acte: ni les menaces ni les promesses ne purent l’ébranler. (K.) 

Note_4 Berwick avait commandé avec succès en Espagne pendant l’année 1704. Des intrigues de cour le firent rappeler. Le maréchal de Tessé demandait un jour à la jeune reine pourquoi elle n’avait pas conservé un général dont les talents et la probité lui auraient été si utiles. « Que voulez-vous que je vous dise? répondit-elle; c’est un grand diable d’Anglais, sec, qui va toujours tout droit devant lui. » Dans la campagne que termina la bataille d’Almanza, Berwick était instruit de l’état de l’armée alliée et de ses projets, par un officier général portugais qui, persuadé que l’alliance du roi de Portugal avec l’empereur était contraire à ses vrais intérêts, le trahissait par esprit de patriotisme. (Mémoires de Berwick.) 

Note_5 L’armée du duc d’Orléans prit aussi Saragosse; lorsque les troupes françaises parurent à la vue de la ville, on fit accroire au peuple que ce camp qu’il voyait n’était pas un objet réel, mais une apparence causée par un sortilège: le clergé se rendit processionnellement sur les murailles pour exorciser ces fantômes; et le peuple ne commença à croire qu’il était assiégé par une armée réelle, que lorsqu’il vit les houssards abattre quelques têtes. (Mémoires de Berwick.) 

Note_6 Le respect pour la vérité dans les plus petites choses oblige encore de relever le discours que le compilateur des Mémoires de Mme de Maintenon fait tenir par le roi de Suède, Charles XII, au duc de Marlborough: « Si Toulon est pris, je l’irai reprendre. » Ce général anglais n’était point auprès de roi de Suède dans le temps du siège. Il le vit dans Alt-Ranstadt en avril 1707, et le siège de Toulon fut levé au mois d’août. Charles XII, d’ailleurs, ne se mêla jamais de cette guerre; il refusa constamment de voir tous les Français qu’on lui députa. On ne trouve, dans les Mémoires de Maintenon, que des discours qu’on n’a ni tenus ni pu tenir; et on ne peut regarder ce livre que comme un roman mal digéré. 

Note_7 Entre autres Reboulet, page 233 du tome VIII. Il fonde ses soupçons sur ceux du chevalier de Forbin. Celui qui a donné au public tant de mensonges, sous le titre de Mémoires de Mme de Maintenon, et qui fit imprimer, en 1752, à Francfort, une édition frauduleuse du Siècle de Louis XIV, demande, dans une des notes, qui sont ces historiens qui ont prétendu que la reine Anne était d’intelligence avec son frère. « C’est un fantôme, » dit-il. Mais on voit ici clairement que ce n’est point un fantôme, et que l’auteur du Siècle de Louis XIV n’avait rien avancé que la preuve en main: il n’est pas permis d’écrire l’histoire autrement. 

Note_8 Telle est l’histoire qu’un libraire, nommé Van Duren fit écrire par le jésuite La Motte, réfugié en Hollande sous le nom de La Hode, continuée par La Martinière; le tout sur prétendus Mémoires d un comte de…, secrétaire d’État. Lés Mémoires de Mme de Maintenon, encore plus remplis de mensonges, disent, tome IV, page 119, que les assiégeants jetaient dans la ville des billets conçus en ces termes: « Rassurez-vous, Français, la Maintenon ne sera pas votre reine; nous ne lèverons pas le siège. On croira, ajoute-t-il, que Louis, dans la ferveur du plaisir que lui donnait la certitude d’une victoire inattendue, offrit ou promit le trône à Mme de Maintenon. » Comment, dans la ferveur de l’impertinence, peut-on mettre sur le papier ces nouvelles et ces discours des halle? Comment cet insensé a-t-il pu pousser l’effronterie jusqu’à dire que le duc de Bourgogne trahit le roi son grand-père, et fit prendre Lille par le prince Eugène, de peur que Mme de Maintenon ne fût déclarée reine? 

Note_9 On peut voir les détails de cette campagne dans les Mémoires de Berwick: mais il faut les lire avec précaution. Berwick était dans l’armée, mais humilié de servir sous Vendôme, et presque toujours d’un avis contraire au sien. Vendôme, fatigué des contradictions qu’il éprouvait, semblait avoir perdu, pendant cette campagne, son activité et ses talents. Louis XIV envoya deux fois Chamillart à l’armée comme un arbitre entre les généraux. 

Durant le siège de Lille, Marlborough écrivit au maréchal de Berwick son neveu, pour qu’il proposât à Louis XIV d’entamer une négociation pour la paix avec les députés de Hollande, le prince Eugène et lui. On crut à la cour que cette proposition était la suite des inquiétudes de Marlborough sur le succès du siège de Lille, et on obligea le duc de Berwick à faire une réponse négative. Marlborough aimait beaucoup la gloire et l’argent, et il pouvait alors désirer la paix comme le meilleur moyen de mettre sa fortune en sûreté, et d’ajouter une autre espèce de gloire à sa réputation militaire, qui ne pouvait plus croître. Bientôt après il s’opposa de toutes ses forces à cette paix qu’il avait désirée, parce que la guerre lui était devenu nécessaire pour soutenir son crédit dans sa patrie. (K.) 

Note_10 Le marquis d’O. 

Note_11 Ce furent des officiers au service de Hollande qui firent ce coup hardi. Presque tous étaient des Français que la révocation fatale de l’édit de Nantes avait forcés de choisir une nouvelle patrie; ils prirent la chaise du marquis de Beringhen pour celle du dauphin, parce qu’elle avait l’écusson de France. L’ayant enlevé, ils le firent monter à cheval; mais comme il était âgé et infirme, ils eurent la politesse en chemin de lui chercher eux-mêmes une chaise de poste. Cela consuma du temps. Les pages de roi coururent après eux, le premier écuyer fut délivré; et ceux qui l’avaient enlevé furent prisonniers eux-mêmes; quelques minutes plus tard ils auraient pris le dauphin, qui arrivait après Beringhen avec un seul garde. 

Note_12 L’histoire de l’ex-jésuite La Motte, rédigée par La Martinière, dit que Chamillart fut destitué du ministère des finances en 1703, et que la voix publique y appela le maréchal d’Harcourt. Les fautes de cet historien sont sans nombre. 

Note_13 c’est ce que l’auteur tient de la bouche de vingt personnes qui les entendirent parler ainsi à Lille, après la prise de cette ville. Cependant il se peut que ces expressions fussent moins l’effet d’une fierté grossière que d’un style laconique assez en usage dans les armées. 

Note_14 Voy. les Mémoires de Torcy, tome III, p. 2; ils ont confirmé tout ce qui est avancé ici. 

Note_15 L’auteur des Mémoires de Mme de Maintenon dit, pages 92 et 93 du tome V, que « le duc de Marlborough et le prince Eugène gagnèrent Heinsius, » comme si Heinsius avait eu besoin d’être gagné. Il met dans la bouche de Louis XIV, au lieu des belles paroles qu’il prononça en plein conseil, ces mots bas et plats: Alors comme alors. Il cite l’auteur du Siècle de Louis XIV et le reprend d’avoir dit que « Louis XIV fit afficher sa lettre circulaire dans les rues de Paris. » Nous avons confronté toutes les éditions du Siècle de Louis XIV: il n’y a pas un seul mot de ce que cite cet homme, pas même dans l’édition subreptice qu’il fit à Francfort en 1752. 

Note_16 Cet endroit mérite d’être éclairci. L’auteur célèbre de l’Esprit des lois dit que l’honneur est le principe des gouvernements monarchiques, et la vertu le principe des gouvernement républicains. 

Ce sont là des idées vagues et confuses qu’on a attaquées d’une manière aussi vague, parce que rarement on convient de la valeur des termes, rarement on s’entend. L’honneur est le désir d’être honoré, d’être estimé: de là vient l’habitude de ne rien faire dont on puisse rougir. La vertu est l’accomplissement des devoirs, indépendamment du désir de l’estime: de là vient que l’honneur est commun, la vertu rare. 

Le principe d’une monarchie ou d’une république n’est ni l’honneur ni la vertu. Une monarchie est fondée sur le pouvoir d’un seul; une république est fondée sur le pouvoir que plusieurs ont d’empêcher le pouvoir d’un seul. La plupart des monarchies ont été établies par des chefs d’armées, les républiques par des citoyens assemblés. L’honneur est commun à tous les hommes, et la vertu rare dans tout gouvernement. L’amour-propre de chaque membre d’une république veille sur l’amour-propre des autres; chacun voulant être maître, personne ne l’est; l’ambition de chaque particulier est un frein public, et l’égalité règne. 

Dans une monarchie affermie, l’ambition ne peut s’élever qu’en plaisant au maître, ou à ceux qui gouvernent sous le maître. Il n’y a dans ces premiers ressorts ni honneur ni vertu, de part ni d’autre; il n’y a que de l’intérêt. La vertu est en tout pays le fruit de l’éducation et du caractère. Il est dit dans l’Esprit des lois qu’il faut plus de vertu dans une république: c’est, en un sens, tout le contraire: il faut beaucoup plus de vertu dans une cour pour résister à tant de séductions. Le duc de Montausier, le duc de Beauvilliers, étaient des hommes d’une vertu très austère. Le maréchal de Villeroi joignit des moeurs plus douces à une probité non moins incorruptible. Le marquis de Torcy a été un des plus honnêtes hommes de l’Europe, dans une place où la politique permet le relâchement dans la morale. Les contrôleurs généraux Le Pelletier et Chamillart passèrent pour être moins habiles que vertueux 

Il faut avouer que Louis XIV, dans cette guerre malheureuse, ne fut guère entouré que d’hommes irréprochables; c’est une observation très vraie et très importante dans une histoire où les moeurs ont tant de part. 

Note_17 Dans le livre intitulé Mémoires du maréchal de Berwick, il est dit que le maréchal de Berwick fit cette retraite. C’est ainsi que tant de mémoires sont écrits. On trouve dans ceux de Mme de Maintenon, par La Beaumelle tome v, p. 99, que les alliés accusèrent le maréchal de Villars de « s’être blessé lui-même, et que les Français lui reprochèrent de s’être retiré trop tôt. » Ce sont deux impostures ridicules. Ce général avait reçu un coup de carabine au dessous du genou, qui lui fracassa l’os, et qui le fit boiter toute sa vie. Le roi lui envoya le sieur Maréchal, son premier chirurgien, qui seul empêcha qu’on lui coupât la cuisse. C’est ce que je tiens de la bouche de M. le maréchal de Villars et de ce chirurgien célèbre: c’est ce que tout les officier ont su; c’est ce que M. le duc de Villars daigne me confirmer par ses lettres. Il n’oppose que le mépris aux sottises insolentes et calomnieuses de La Beaumelle. — Les Mémoires de Berwick, dont parle Voltaire, sont de l’abbé Margon. Les véritable Mémoires de Berwick ont été publiés en 1778 pour la première fois. 

Note_18 On assure qu’après la bataille, Philippe V n’ayant point de lit, le duc de Vendôme lui dit: « Je vais vous faire donner le plus beau lit sur lequel jamais roi ait couché; » et il fit faire un matelas des étendards et des drapeaux pris sur le ennemis. 

Note_19 Le marquis de Torcy l’appelle dans ses Mémoires, ministre prédicant: il se trompe; c est un titre qu’on ne donne qu’aux presbytériens. Henri Sacheverel, dont il est question, était docteur d’Oxford, et du parti épiscopal. Il avait prêché dans la cathédrale de Saint-Paul l’obéissance absolue aux rois et l’intolérance. Ces maximes furent condamnées par le parlement: mais ses invectives contre le parti de Marlborough le furent bien davantage. 

Note_20 Mémoires de Torcy, tome III, page 33. 

Note_21 Le lord Bolingbroke rapporte dans ses lettres qu’alors il y avait de grandes cabales à la cour de Louis XIV; il ne doute pas, tome II, page 244, « qu’il ne se formât dans sa cour d’étranges projets d’ambition particulière: » il en juge par un discours que lui tinrent depuis à souper les ducs de La Feuillade et de Mortemar: « Vous auriez pu nous écraser, pourquoi ne l’avez-vous pas fait? » Bolingbroke, malgré ses lumières et sa philosophie, tombe ici dans le défaut de quelques ministres, qui croient que tous les mots qu’on leur dit signifient quelque chose. On connaît assez l’état de la cour de France, et celui de ces deux ducs, pour savoir qu’il n’y avait, du temps de la paix d’Utrecht, ni desseins, ni factions, ni aucun homme en situation de rien entreprendre. 

Note_22 Le maréchal de Villars eut à Versailles une partie de l’appartement qu’avait occupé Monseigneur, et le roi vint l’y voir. L’auteur des Mémoires de Maintenon, qui confond tous les temps, dit, tome V, page 119 de ces Mémoires, que le maréchal de Villars arriva dans les jardins de Marly, et que le roi lui ayant dit « qu’il était très content de lui, » le maréchal se tournant vers les courtisans, leur dit: « Messieurs, au moins vous l’entendez. » Ce conte, rapporté dans cette occasion, ferait tort à un homme qui venait de rendre de si grands services. Ce n’est pas dans ces moments de gloire qu’on fait ainsi remarquer aux courtisans que le roi est content. Cette anecdote défigurée est de l’année 1711. Le roi lui avait ordonné de ne point attaquer le duc de Marlborough. Les Anglais prirent Bouchain. On murmurait contre le maréchal de Villars. Ce fut après cette campagne de 1711 que le roi lui dit qu’il était content; et c’est alors qu’il pouvait convenir à un général d’imposer silence aux reproches des courtisans, en leur disant que son souverain était satisfait de sa conduite, quoique malheureuse. 

Ce fait est très peu important; mais il faut de la vérité dans les plus petites choses. 

Note_23 La reine Anne envoya au mois d’août son secrétaire d’État, le vicomte de Bolingbroke, consommer la négociation. Le marquis de Torcy fait un très grand éloge de ce ministre, et dit que Louis XIV lui fit l’accueil qu’il lui devait. En effet il fut reçu à la cour comme un homme qui venait donner la paix; et lorsqu’il vint à l’Opéra, tout le monde se leva pour lui faire honneur: c’est donc une grande calomnie, dans les Mémoires de Maintenon, de dire, page 115 de tome V: « Le mépris que Louis XIV témoigna pour milord Bolingbroke ne prouve point qu’il l’ait eu au nombre de ses pensionnaires. » Il est plaisant de voir un tel homme parler ainsi des plus grands hommes. 

Note_24 L’Abrégé chronologique de Hénault. 

Note_25 Jamais le lord Stair ne parla au roi qu’en présence de secrétaire d’État, Torcy, qui a dit n’avoir jamais entendu un discours si déplacé. Ce discours aurait été bien humiliant pour Louis XIV, quand il fit cesser les ouvrages de Mardick. 

Note_26 Dans l’Essai sur les moeurs, etc., chap. CLXXVII. 

Note_27 Cette ville de Xativa fut rasée en 1707, après la bataille d’Almanza. Philippe V fit bâtir sur ses ruines une autre ville qu’on nomme à présent San Felipe.

Note_28 Les alliés ne firent de progrès en Espagne qu’à l’aide du parti qui y subsistait en faveur de la maison d’Autriche. Ce parti s’était formé pendant la vie de Charles II, et les fautes de ministère de Philippe V lui donnèrent des forces. Il était impossible qu’il n’y eût des cabales dans la cour d’un roi étranger à l’Espagne, jeune, incapable de gouverner par lui-même: et il était impossible d’empêcher ces cabales de dégénérer en conspirations et en partis. Peut-être cependant eût-on prévenu les suites funestes de ces cabales, si, au lieu d’abandonner son petit-fils aux intrigues de la princesse des Ursins, des ambassadeurs de France, des Français employés a Madrid, des ministres espagnols, Louis XIV lui eût donné pour guide un homme capable à la fois d’être ambassadeur, ministre et général; assez supérieur à tous les préjugés pour n’en blesser aucun inutilement; assez au-dessus de la vanité pour ne faire aucune parade de son pouvoir et se borner à être utile en secret; assez modeste pour cacher à la haine des Espagnols pour les étrangers le bien qu’il ferait à leur pays; un homme enfin dont le nom, respecté dans l’Europe, en imposât à la jalousie nationale. Cet homme existait en France; mais Mme de Maintenon trouvait qu’il n’avait pas une véritable piété. 

La nation castillane montra un attachement inébranlable pour Philippe V. Lorsque les troupes de l’archiduc traversèrent la Castille, elles la trouvèrent presque déserte; le peuple fuyait devant elles, cachait ses vivres pour n’être pas obligé de leur en vendre; les soldats qui s’écartaient étaient tués par les paysans. Les courtisanes de Madrid se rendirent en foule au camp des Anglais et des Allemands, dans l’intention d’y répandre le poison que les compagnons de Colomb avaient porté en Espagne. (Mémoires de Saint-Philippe.) A peine sortis d’une ville, les partisans de l’archiduc entendaient le bruit des réjouissances que le peuple faisait en l’honneur de Philippe. Mais la nation aragonaise penchait pour l’archiduc. La haine entre les deux nations semblait s’être réveillée. Les Espagnols des deux partis montrèrent dans cette guerre le même caractère qu’ils avaient déployé dans leurs guerres contre les Carthaginois et les Romains. La domination de Rome, des Goths et des Maures, la révolution dans la religion et dans le gouvernement, ne l’avaient point changé. Plusieurs villes se défendirent comme Sagonte et comme Numance; mais, comme dans ces anciennes époques, nulle réunion entre les différents cantons, nul effort suivi et combiné cette force de caractère ne se montrait que quand ils étaient attaqués, et alors elle devenait indomptable. 

Les Catalans furent dépouillés de leurs privilèges; heureusement ces prétendus privilèges n’étaient que des droits accordés aux villes et aux riches, aux dépens des campagnes et du peuple. Depuis leur destruction, l’industrie de cette nation s’est ranimée; l’agriculture, les manufactures, le commerce ont fleuri; et l’orgueil de la victoire a ordonné ce que, dans un temps plus éclairé, un gouvernement paternel eût voulu faire. (K.) 

Note_29 On appelle généralement du nom de Flandre les provinces des Pays-Bas qui appartiennent à la maison d’Autriche, comme on appelle les sept Provinces-Unies la Hollande. 

Note_30 Voy. les deux Mémoires de Louis XIV rapportés dans ce volume (chapitre XXVIII). 

Note_31 Cette anecdote est accréditée par les Mémoires de Le Porte, pages 255 et suivantes. On y voit que le roi avait de l’aversion pour le cardinal; que ce ministre, son parrain et surintendant de son éducation, l’avait très mal élevé, et qu’il le laissa souvent manquer du nécessaire. Il ajoute même des accusations beaucoup plus graves, et qui rendraient la mémoire du cardinal bien infâme, mais elles ne paraissent pas prouvées, et toute accusation doit l’être. 

Note_32 Cette galanterie et quelques imprudences dans sa conduite furent la cause et des malheurs qu’elle éprouva sous le gouvernement de Richelieu, et des bruits injurieux répandus contre elle par les frondeurs. Richelieu voulait la perdre, et il eût réussi, sans la fidélité et le courage de ses amis et de quelques-uns de ses domestiques. On trouve, dans des Mémoires non imprimés du duc de La Rochefoucauld, quelle avait formé le projet de se retirer à Bruxelles: quoique très jeune, il était à la tête de ce complot, et s’était chargé de l’enlever et de la conduire. (K.) — La première partie des Mémoires de La Rochefoucauld n’a été publiée qu’en 1817. 

Note_33 Ces paroles, fidèlement recueillies, sont dans tous les Mémoires authentiques de ce temps-là: il n’est permis ni de les omettre, ni d’y rien changer dans aucune histoire de France. 

L’auteur des Mémoires de Maintenon s’avise de dire au hasard dans sa note: « Son discours ne fut pas tout à fait si beau, et ses yeux en dirent plus que sa bouche. » Où a-t-il pris que le discours de Louis XIV ne fut pas tout à fait si beau, puisque ce furent là ses propres paroles? il ne fut ni plus ni moins beau: il fut tel qu’on le rapporte. 

Note_34 Le cardinal de Richelieu avait déjà donné des ballets, mais ils étaient sans goût, comme tout ce qu’en avait eu de spectacles avant lui. Les Français, qui ont aujourd’hui porté la danse à la perfection, n’avaient, dans la jeunesse de Louis XIV, que des danses espagnoles, comme la sarabande, la courante, la pavane, etc. 

Note_35 Un fameux chirurgien, gendre du médecin dont je parle, et qui a appartenu au maréchal de Richelieu, est témoin de ce que j’avance; et M. de Bernaville, successeur de Saint-Mars, me l’a souvent confirmé. 

Note_36 Ceci a été écrit en 1750. Ce personnage très digne de foi est Riousse, ancien commissaire des guerres à Cannes. 

Note_37 Les comptes qui le prouvent étaient à Vaux aujourd’hui Villars, en 1718, et doivent y être encore. M. le duc de Villars, fils du maréchal, confirme ce fait. Il est moins singulier qu’on ne pense. Voue voyez, dans tes Mémoires de L’abbé de Choisy, que le marquis de Louvois lui disait, en lui parlant de Meudon: « Je suie sur le quatorzième million. » 

Note_38 J’ai retrouvé depuis cette même particularité dans Saint-Évremond. 

Note_39 Voy. les Mémoires de Gourville

Note_40 Racine assure, dans ses Fragments historiques, que le roi dit chez Mlle de Lavallière: « S’il avait été condamné à mort, je l’aurais laissé mourir. » S’il prononça ces paroles, on ne peut les excuser: elles paraissent trop dures et trop ridicules. 

Note_41 M. Delort, dans son Histoire de la détention des philosophes, etc., 1829, in-8°, dit, tome I, page 52, que Fouquet mourut à Pignerol le 23 mars 1680. (B.) 

Note_42 Voy. Guy Patin et les Mémoires du temps. — Voici ce que Guy Patin écrivait le 7 février 1662: « La chambre de justice a donné un arrêt considérable contre un partisan nommé Boislève, ci-devant intendant des finances; on avait saisi ses beaux meubles, et on avait avis d’une bonne somme d’argent qui lui appartenait. Un sien frère, ci-devant conseiller de la cour, aujourd’hui évêque d’Avranches, et, de plus, grand fourbe, est intervenu prétendant revendiquer lesdits meubles, et l’argent aussi, comme s’ils lui appartenaient; il en a fait un serment, dont la fausseté fut aussitôt découverte par M. Talon; ensuite de quoi les meubles et l’argent furent trouvés, et déclarés biens saisie, et l’évêque condamné à une amende de douze mille livres parisis. » La livre parisis valait une livre cinq sous tournois. (B.) 

Note_43 Non dans la place Royale, comme le dit l’Histoire de La Hode, sous le nom de La Martinière. 

Note_44 Mort en 1680. 

Note_45 Une Liste de quelques gens de lettres française vivants en 1662, composée par ordre de M. Colbert par M. Chapelain, a été imprimée en 1726, dans le tome II des Mémoires de littérature, par le P. Desmolets; et la même année, dans les Mélanges de littérature de Chapelain. Un Mémoire des gens de lettres célèbres en France, par M. Costar, est aussi imprimé dans le tome II des Mémoires de Desmolets; c’est là que Chapelain est appelé « le premier poète du monde pour l’héroïque. » M. Peignot a publié des Documents authentiques et détails curieux sur les dépenses de Louis XIV en bâtiments et châteaux royaux, en gratifications et pensions accordées aux savants, gens de lettres et artistes, depuis 1663, etc., etc., Paris, 1827, in-8°. (B.) 

Note_46 Boileau Despréaux n’est sur aucune liste de gratifications et pensions avant 1674; il reçut alors deux mille francs. Racine et Quinault touchaient alors chacun huit cent francs. Racine n’avait eu que six cents francs en 1663, en même temps que l’on donnait trois mille francs à Chapelain. Les libéralité du roi s'étendaient aussi dans les pays étrangers. « A l’égard de celles qui se distribuaient à Paris, dit Charles Perrault, elles se portèrent la première année, chez tous les gratifiés par le commis du trésorier des bâtiments, dans des bourses de soie d’or, les plus propres du monde; la seconde année, dans des bourses de cuir. Comme toutes choses ne peuvent pas demeurer au même état, et vont naturellement en dépérissant, les années suivantes il fallut aller recevoir soi-même les pensions chez le trésorier, en monnaie ordinaire. Les années bientôt eurent quinze et seize mois; et, quand on déclara la guerre à l’Espagne, une grande partie de ces gratifications s’amortirent. » (B.) 

Note_47 Le 17 avril. Il venait d’être reçu à l’Académie française. Bussy sortit de la Bastille le 16 mai 1666, pour aller rétablir sa santé chez un maître chirurgien, mais sous la promesse de revenir à la Bastille dès qu’il serait rétabli. Cependant, le 10 août, il obtint de se retirer un Bourgogne. (B.) 

Note_48 Le bec amoureux était celui de Mlle de La Vallière. (B.) 

Note_49 L’origine de cette imputation, qu’on trouve dans tant d’historiens, vient du Segraisiana. C’est un recueil posthume de quelques conversations de Segrais, presque toutes falsifiées. Il est plein de contradictions; et l’on sait qu’aucun de ces ana ne mérite de créance. 

Note_50 On a imprimé, à la fin de ses Mémoires une Histoire des amours de Mademoiselle et de M. de Lauzun. c’est l’ouvrage de quelque valet de chambre. On y a joint des vers dignes de l’histoire et de toutes les inepties qu’on était en possession d’imprimer en Hollande. 

On doit mettre au même rang la plupart des contes qui se trouvent dans les Mémoires de Mme de Maintenon, faits par le nommé La Beaumelle: il y est dit qu’en 1681 un des ministres du duc de Lorraine vint, déguise en mendiant, se présenter dans une église à Mademoiselle, lui montra une paire d’heures sur lesquelles il était écrit; « De la part du duc de Lorraine; » et qu’ensuite il négocia avec elle pour l’engager à déclarer le duc son héritier (tome II, page 204). Cette fable est prise de l’aventure vraie ou fausse de la reine Clotilde. Mademoiselle n’en parle point dans ses Mémoires, où elle n’omet pas les petits faits. Le duc de Lorraine n’avait aucun droit à la succession de Mademoiselle; de plus elle avait fait, en 1679, le duc du Maine et le comte de Toulouse ses héritiers. 

L’auteur de ces misérable Mémoires dit, page 207, que « le duc de Lauzun, à son retour, ne vit dans Mademoiselle qu’une fille brûlante d’un amour impur. » elle était sa femme, et il l’avoue. Il est difficile d’écrire plus d’impostures dans un style plus indécent. 

Note_51 Le 19 novembre 1723, à quatre-vingt-dix ans. 

Note_52 Voy. l’Histoire de Mme Henriette d’Angleterre, par Mme la comtesse de La Fayette, page 171, édition de 1742. 

Note_53 Des fragments de diamant et de verre pourraient, par leurs pointes, percer une tunique des entrailles, et la déchirer: mais aussi on ne pourrait les avaler, et on serait averti tout d’un coup du danger par l’excoriation du palais et du gosier. La poudre impalpable ne peut nuire. Les médecins qui ont rangé le diamant au nombre des poisons auraient dû distinguer le diamant réduit en poudre impalpable du diamant grossièrement pilé. 

Note_54 Acte IV, scène IV. 

Note_55 L’Histoire de Louis XIV, sous le nom de La Martinière, le nomme l’abbé de La croix. Cette histoire, fautive en tout, confond les noms, les dates et les événements. 

Note_56 François Cayot de Pitaval, mort en 1743. 

Note_57 L’Histoire de Reboulet dit « que la duchesse de Bouillon fut décrétée de prise de corps, et qu’elle parut devant les juges avec tant d’amis, qu’elle n’avait rien à craindre, quand même elle eût été coupable. » Tout cela est très faux; il n’y eut point de décret de prise de corps contre elle, et alors nuls amis n’auraient pu la soustraire à la justice. 

Note_58 On voit, dans les Mémoires de Saint-Philippe, qu’on croyait en Espagne qu’elle avait averti Louis XIV de l’impuissance de Charles II, seul secret d’État dont cette reine infortunée pût être instruite. (K.) 

Note_59 Le sonnet irrégulier de J. Hesnault, dont Voltaire cite le second quatrain, fut fait pour l’accident arrivé à Mlle de Guerchy, fille d’honneur de la reine, et maîtresse du duc de Vitry. Sa grossesse, dont elle faisait mystère, la mettant hors d’état d’accompagner la reine dans un voyage, Mlle de Guerchy eut recours à une sage-femme, nommée Constantin, qui, dans ses opérations pour la faire avorter, la blessa mortellement. Vitry envoya chercher un confesseur; et dès que le prêtre eut donné l’absolution, l’amant, pour abréger les souffrances de sa maîtresse, lui cassa la tête, puis s’enfuit en Bavière. La Constantin fut pendue en août 1660 (voyez la lettre de Guy Patin, de 12 octobre de cette année). Dans sa lettre du 22 juin 1660, Guy Patin dit: « On fait ici grand bruit de la mort de Mlle de Guerchy.... Le curé de Saint-Eustache a refusé la sépulture au corps de cette dame; on dit qu’on l’a porté dans l’hôtel de Condé, et qu’il y a été mis dans la chaux, afin de le consumer plus tôt, et qu’on n’y puisse rien reconnaître si on venait à la visiter. » Vitry obtint sa grâce lorsqu’il eut négocié le mariage de Monsieur avec la princesse de Bavière. (B.) 

Note_60 Les Mémoires donnés sous le nom de Mme de Maintenon rapportent qu’elle dit à Mme de Montespan, en parlant de ses rêves: « J’ai rêvé que nous étions sur le grand escalier de Versailles: je montais, vous descendiez: je m’élevais jusqu’aux nues, vous allâtes à Fontevrault. » Ce conte est renouvelé d’après le fameux duc d’Épernon, qui rencontra le cardinal de Richelieu sur l’escalier du Louvre, l’année 1624. Le cardinal lui demanda s’il n’y avait rien de nouveau. « Non, lui dit le duc, sinon que vous montez, et je descends. » Ce conte est gâté en ajoutant que d’un escalier on s’éleva jusqu’aux nues. Il faut remarquer que dans presque tous les livres d’anecdotes, dans les ana, on attribue presque toujours à ceux qu’on fait parler des choses dites un siècle et même plusieurs siècles auparavant. 

Note_61 Il y a plus de vingt volumes dans lesquels vous verrez que la maison d’Orléans et la maison de Condé s’indignèrent de ces propositions; vous lirez que la princesse, mère du duc de Chartres, menaça son fils; vous lirez même qu’elle le frappa. Les Anecdotes de la constitution rapportent sérieusement que le roi s’étant servi de l’abbé Dubois, sous-précepteur du duc de Chartres, pour faire réussir la négociation, cet abbé n’en vint à bout qu’avec peine, et qu’il demanda pour récompense le chapeau de cardinal. Tout ce qui regarde la cour est écrit ainsi dans beaucoup d’histoires. 

Note_62 Environ vingt mille de nos livres. 

Note_63 Le 11 décembre 1686. 

Note_64 L’Histoire du règne de Louis XIV, par Reboulet, Avignon, 1744, 3 volumes in-4°. 

Note_65 Et non pas le chevalier de Forbin, comme le disent les Mémoires de Choisy. On ne prend pour confidents d’un tel secret que des domestiques affidés, et des hommes attachés par leur service à la personne du roi. Il n’y eut point d’acte de célébration: on n’en fait que pour constater un état; et il ne s’agissait ici que de ce qu’on appelle un mariage de conscience. Comment peut-on rapporter qu’après la mort de l’archevêque de Paris, Harlay, en 1695, près de dix ans après le mariage, « ses laquais trouvèrent dans ses vieilles culottes l’acte de célébration? » Ce conte, qui n’est pas même fait pour des laquais, ne se trouve que dans les Mémoires de Maintenon.

Note_66 Mme de Maintenon, née le 27 novembre 1635, n’était que dans sa cinquante et unième année. 

Note_67 Il est dit dans les prétendus Mémoires de Maintenon, tome I, page 216, « qu’elle n’eut longtemps qu’un même lit avec la célèbre Ninon Lenclos, sur les ouï-dire de l’abbé de Châteauneuf et de l’auteur du Siècle de Louis XIV. » Mais il ne se trouve pas un mot de cette anecdote chez l’auteur du Siècle de Louis XIV ni dans tout ce qui nous reste de M. l’abbé de Châteauneuf. L’auteur des Mémoires de Maintenon ne cite jamais qu’an hasard. Ce fait n’est porté que dans les Mémoires du marquis de La Fare, page 190, edition de Rotterdam. C’était encore la mode de partager son lit avec ses amis; et cette mode, qui ne subsiste plus, était très ancienne, même à la cour. On voit dans Histoire de France que Chartes IX, pour sauver le comte de La Rochefoucauld des massacres de la Saint-Barthélemy, lui proposa de coucher au Louvre dans son lit; et que le duc de Guise et le prince de Condé avaient longtemps couché ensemble. 

Note_68 L’auteur du roman des Mémoires de Mme de Maintenon lui fait dire à la vue du château Trompette: « Voilà où j’ai été élevée, etc. » Cela est évidemment faux; elle avait été élevée à Niort. 

Note_69 Voy. les Lettres à son frère: « Je vous conjure de vivre commodément, et de manger les dix-huit mille francs de l’affaire que nous avons faite: nous en ferons d’autres. » 

Note_70 Le compilateur des Mémoires de Mme de Maintenon dit, tome IV, page 200: « Rousseau, vipère acharnée contre ses bienfaiteurs, fit des couplets satiriques contre le maréchal de Noailles. » Cela n’est pas vrai: il ne faut calomnier personne. Rousseau, très jeune alors, ne connaissait pas le premier maréchal de Noailles. Les chansons satiriques dont il parle étaient d’un gentilhomme nommé de Cabanac, qui les avouait hautement. 

Note_71 Ce fait a été rapporté par le fils de l’illustre Racine, dans la Vie de son père. 

Note_72 Qui croirait que, dans les Mémoires de Mme de Maintenon, tome III, p. 273, il est dit que ce ministre craignait que le roi ne l’empoisonnât? Il est bien étrange qu’on débite à Paris des horreurs si insensées, à la suite de tant de contes ridicules. 

Cette sottise atroce est fondée sur un bruit populaire qui courut à la mort du marquis de Louvois. Ce ministre prenait des eaux (de Balaruc) que Séron, son médecin, lui avait ordonnées, et que La Ligerie, son chirurgien, lui faisait boire. C’est ce même La Ligerie qui a donné au public le remède qu’on nomme aujourd’hui la poudre des Chartreux. Ce La Ligerie m’a souvent dit qu’il avait averti M. de Louvois qu’il risquait sa vie s’il travaillait en prenant des eaux. Le ministre continua son travail: il mourut presque subitement le 16 juillet 1691, et non pas en 1692, comme le dit l’auteur des faux Mémoires. La Ligerie l’ouvrit, et ne trouva d’autre cause de sa mort que celle qu’il avait prédite. On s’avisa de soupçonner le médecin Séron d’avoir empoisonné une bouteille de ces eaux. Nous avons vu combien ces funestes soupçons étaient alors communs. On prétendit qu’un prince voisin (Victor-Amédée, duc de Savoie), que Louvois avait extrêmement irrité et maltraité, avait gagné le médecin Séron. On trouve une partie de ces anecdotes dans les Mémoires du marquis de La Fare, chapitre X. La famille même de Louvois fit mettre en prison un Savoyard qui frottait dans la maison; mais ce pauvre homme très innocent fut bientôt relâché. Or, si l’on soupçonna, quoique très mal à propos, un prince ennemi de la France d’avoir voulu attenter à la vie d’un ministre de Louis XIV, ce n’était pas certainement une raison pour en soupçonner Louis XIV lui-même. 

Le même auteur, qui, dans les Mémoires de Maintenon, a rassemblé tant de faussetés, prétend, au même endroit, que le roi dit « qu’il avait été défait la même année de trois hommes qu’il ne pouvait souffrir, le maréchal de La Feuillade, le marquis de Seignelay, et le marquis de Louvois. » Premièrement, M. de Seignelay ne mourut point la même année 1691, mais en 1690. En second lieu, à qui Louis XIV, qui s’exprimait toujours avec circonspection et en honnête homme, a-t-il dit des paroles si imprudentes et si odieuses? à qui a-t-il développé une âme si ingrate et si dure? à qui a-t-il pu dire qu’il était bien aise d’être défait de trois hommes qui l’avaient servi avec le plus grand zèle? Est-il permis de calomnier ainsi, sans la plus légère preuve, sans la moindre vraisemblance, la mémoire d’un roi connu pour avoir toujours parlé sagement? Tout lecteur sensé ne voit qu’avec indignation ces recueils d’impostures, dont le public est surchargé; et l’auteur des Mémoires de Maintenon mériterait d’être châtie, si le mépris dont il abuse ne le sauvait de la punition. 

Note_73 Cette lettre est authentique, et l’auteur l’avait déjà vue en manuscrit avant que le fils du grand Racine l’eût fait imprimer. 

Note_74 Il est dit dans les Mémoires de Maintenon que Racine, voyant le mauvais succès d’Esther dans le public, s’écria: « Pourquoi m’y suis-je exposé? pourquoi m’a-t-on détourné de me faire chartreux? Mille louis le consolèrent. » 

1° Il est faux qu’Esther fût alors mal reçue. 

2° Il est faux et impossible que Racine ait dit qu’on l’avait empêché alors de se faire chartrenx, puisque sa femme vivait. L’auteur, qui a tout écrit au hasard et tout confondu, devait consulter les Mémoires sur la vie de Jean Racine, par Louis Racine, son fils; il y aurait vu que Jean Racine voulait se faire chartreux avant son mariage. 

3° Il est faux que le roi lui eût donné alors mille louis. Cette fausseté est encore prouvés par les mêmes Mémoires. Le roi lui fit présent d’une charge de gentilhomme ordinaire de sa chambre, en 1690, après la représentation d’Athalie, à Versailles. Ces minuties acquièrent quelque importance quand il s’agit d’un aussi grand homme que Racine. Les fausses anecdotes sur ceux qui illustrèrent le beau siècle de Louis XIV sont répétées dans tant de livres ridicules, et ces livres sont en si grand nombre, tant de lecteurs oisifs et mal instruits prennent ces contes pour des vérités, qu’on ne peut trop les prémunir contre tous ces mensonges. Et si l’on dément souvent l’auteur des Mémoires de Maintenon, c’est que jamais auteur n’a plus menti que lui. 

Note_75 Comment le marquis de La Fare peut-il dire dans ses Mémoires que « depuis la mort de Madame ce ne fut que jeu, confusion, et impolitesse? » On jouait beaucoup dans les voyages de Marly et de Fontainebleau, mais jamais chez Mme de Maintenon; et la cour fut en tout temps le modèle de la plus parfaite politesse. La duchesse d’Orléans, alors duchesse de Chartres, la princesse de Conti, Madame la Duchesse, démentaient bien ce que le marquis de La Fare avance. Cet homme, qui dans le commerce était de la plus grande indulgence, n’a presque écrit qu’une satire. Il était mécontent du gouvernement: il passait sa vie dans une société qui se faisait un mérite de condamner la cour et cette société fit d’un homme très aimable un historien quelquefois injuste. 

Note_76 Louis XV. 

Note_77 L’auteur des Mémoires de Mme de Maintenon, tome IV, dans un chapitre intitulé Mlle Chouin, dit que « Monseigneur fut amoureux d’une de ses propres soeurs, et qu’il épousa ensuite Mlle Chouin. » Ces contes populaires sont reconnus pour faux chez tous les honnêtes gens. Il faudrait être non seulement contemporain, mais être muni de preuves, pour avancer de telles anecdotes. Il n’y a jamais vu le moindre indice que Monseigneur eût épousé Mlle Chouin. Renouveler ainsi, au bout de soixante ans, des bruits de ville si vagues, si peu vraisemblables, si décriés, ce n’est point écrire l’histoire, c’est compiler au hasard des scandales pour gagner de l’argent. Sur quel fondement cet écrivain a-t-il le front d’avancer, page 244, que Mme la duchesse de Bourgogne dit au prince son époux: « Si j’étais morte, auriez-vous fait le troisième tome de votre famille? » Il fait parler Louis XIV, tous les princes, tous les ministres, comme s’il les avait écoutés. On trouve peu de pages dans ces Mémoires qui ne soient remplies de ces mensonges hardis qui soulèvent tous les honnêtes gens. 

Note_78 Le récit du marquis de Canillac ne prouva ni de près, ni de loin, l’innocence du duc d’Orléans. La Beaumelle. — Ce fut pour cette note que La Beaumelle fut mis à la Bastille. (B.) 

Note_79 L’auteur de la Vie du duc d’Orléans est la premier qui ait parlé de ces soupçons atroces: c’était un jésuite nommé La Motte, le même qui prêcha à Rouen contre ce prince pendant sa régence, et qui se réfugia ensuite en Hollande sous la nom de La Hode. Il était instruit de quelques faits publics. Il dit, tome I, page 112, que « le prince, si injustement soupçonné, demanda à se constituer prisonnier; et ce fait est très vrai. Ce jésuite n’était pas à portée de savoir comment M. de Canillac s’opposa à cette démarche trop injurieuse à l’innocence du prince. Toutes les autres anecdotes qu’il rapporte sont fausses. Reboulet, qui la copié, dit après lui, page 143, tome VIII, que « le dernier enfant du duc et de la duchesse de Bourgogne fut sauvé par du contrepoison de Venise. » Il n’y a point de contrepoison de Venise qu’on donne ainsi au hasard. La médecine ne connaît point d’antidotes généraux qui puissent guérir un mal dont on ne connaît point la source. Tous les contes qu’on a répandus dans le public en ces temps malheureux ne sont qu’un amas d’erreurs populaires. 

C’est une fausseté de peu de conséquence dans le compilateur des Mémoires de Mme de Maintenon, de dire que « le duc du Maine fut alors à l’agonie; c’est une calomnie puérile de dire que « l’auteur du Siècle de Louis XIV accrédite ces bruits plus qu’il ne les détruit. » 

Jamais l’histoire n’a été déshonorée par de plus absurdes mensonges que dans les prétendus Mémoires. L’auteur feint de les écrire en 1753. Il s’avise d’imaginer que le duc et la duchesse de Bourgogne, et leur fils aîné, moururent de la petite vérole; il avance cette fausseté pour se donner un prétexte de parler de l’inoculation qu’on a faite au mois de mai 1756. Ainsi, dans la même page, il se trouve qu’il parle, en 1753, de ce qui est arrivé en 1756. 

La littérature a été infectée de tant de sortes d’écrits calomnieux, on a débité en Hollande tant de faux Mémoires, tant d’impostures sur le gouvernement et sur les citoyens, que c’est un devoir de précautionner les lecteurs contre cette foule de libelles. 

Note_80 Les Mémoires de Mme de Maintenon, tome V, page 194, disent que Louis XIV voulut faire le duc du Maine lieutenant général du royaume. Il faut avoir des garants authentiques pour avancer une chose si extraordinaire et aussi importante. Le duc du Maine eût été au-dessus du duc d’Orléans: c’eût été tout bouleverser; aussi le fait est-il faux. 

Note_81 Le maréchal de Berwick dit, dans ses Mémoires, qu’il tient de la reine d’Angleterre que cette princesse ayant félicité Louis XIV sur la sagesse de son testament: « On a voulu absolument que je le fisse, répondit-il; mais dès que je serai mort, il n’en sera ni plus ni moins. » (K.) 

Note_82 Dans les premières éditions, au lieu de cet alinéa et du suivant, on lisait: « Il est à croire que ces paroles n’ont pas peu contribué, trente ans après, à cette paix que Louis XV a donnée à ses ennemis, dans laquelle on a vu un roi victorieux rendre toutes ses conquêtes pour tenir sa parole, rétablir tous ses alliés, et devenir l’arbitre de l’Europe par son désintéressement plus encore que par ses victoires. » 

Note_83 J’ai vu de petites tentes dressées sur le chemin de Saint-Denis. On y buvait, on y chantait, On riait. Les sentiments des citoyens de Paris avaient passé jusqu’à la populace. Le jésuite Le Tellier était la principale cause de cette joie universelle. J’entendis plusieurs spectateurs dire qu’il allait mettre le feu aux maisons des jésuites avec les flambeaux qui éclairaient la pompe funèbre. 

Note_84 Il est déposé à la Bibliothèque du roi depuis plusieurs années. 

Note_85 L’abbé Castel de Saint-Pierre, connu par plusieurs ouvrages singuliers, dans lesquels on trouve beaucoup de vues philosophiques et très peu de praticables, a laissé des Annales politiques depuis 1658 jusqu’à 1739. Il condamne sévèrement en plusieurs endroits l’administration de Louis XIV. Il ne veut pas surtout qu’on l’appelle Louis le Grand. Si grand signifie parfait, il est sûr que ce titre ne lui convient pas; mais par ces Mémoires écrits de la main de ce monarque, il paraît qu’il avait d’aussi bons principes de gouvernement, pour le moins, que l’abbé de Saint-Pierre. Ces Mémoires de l’abbé de Saint-Pierre n’ont rien de curieux que la bonne foi grossière avec laquelle cet homme se croit fait pour gouverner. 

Note_86 Sur trente-trois articles que contenaient les instructions, Voltaire en rapporte vingt-sept. Il avait omis les six premiers que voici: 

1. Ne manqués a aucun de uos devoirs surtout enuers dieu. 

2. Conserués uous dans la pureté de uostre éducation. 

3. Faites honorer dieu par tout ou uous aurés du pouuoir procurés sa gloire donnés en lexemple cest un des plus grands biens que les roys puissent faire. 

4. Desclarés uous en toutte occation pour la uertu et contre le uice. 

5. Naiés jamais dattachement pour personne. 

6. Aimés uotre femme uiués bien auec elle demandés en une a dieu qui uous conuienne Je ne croy pas que uous deuiés prendre une autrichienne. 

C’est M. A. A. Renouard qui le premier, a, en 1819, ajouté ces six articles. (B.) 

Note_87 On voit qu’il se trompa dans cette conjecture. 

Note_88 Cela seul peut servir à confondre tant d’historiens qui, sur la foi des Mémoires infidèles écrits en Hollande, ont rapporté un prétendu traité (signé par Philippe V avant son départ), par lequel traité ce prince cédait à son grand-père la Flandre et le Milanais. 

Note_89 Le roi d’Espagne profita de ces conseils: c’était un prince vertueux. 

L’auteur des Mémoires de Maintenon, tome V, pages 200 et suiv., l’accuse d’avoir fait un « souper scandaleux avec la princesse des Ursins le lendemain de la mort de sa première femme, et d’avoir voulu épouser cette dame, » qu’il charge d’opprobres. Remarquez que Anne-Marie de La Trimouille, princesse des Ursins, dame d’honneur de la feue reine, avait alors plus de soixante-dix ans, et que c’était cinquante-cinq ans après son premier mariage, et quarante après le second. Ces contes populaires, qui ne méritent que l’oubli, deviennent des calomnies punissables, quand on les imprime, et qu’on veut flétrir les noms les plus respectés sans apporter la plus légère preuve. 

Note_90 Ces mots démentent bien l’infâme calomnie de La Beaumelle, qui ose dire que « le marquis de Louvois avait craint que Louis XIV ne l’empoisonnât. » 

Au reste, cette lettre doit être encore parmi les manuscrits laissés par M. le garde des sceaux, Chauvelin. 

Note_91 Frédéric-Guillaume, dit le Grand, électeur de Brandebourg, père du premier roi de Prusse. 

Note_92 L’auteur l’a vue avec M. de Caumartin, l’intendant des finances, qui avait le droit d’entrer dans l’intérieur du couvent.